Jeunesse·Mes lectures

Beauté – II, La reine indécise – Kerascoët et Hubert

          On avait laissé Beauté, jeune reine fraîchement mariée. La voilà qui se languit dans son palais et s’entoure des plus beaux hommes du pays pour tromper son ennui. Une situation qui risque de ne pas être au goût du roi qui en temps de guerre a besoin de ses chevaliers.

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          J’avais bien aimé le premier tome de cette BD, avec son humour décalé, même si j’étais restée un peu sur ma faim. Je regrettais que les auteurs n’aillent pas encore un peu plus loin dans l’originalité et la réécriture du conte de fée traditionnel. Ce deuxième tome reste dans la lignée du premier même si l’histoire prend un tournant plus sombre. Notre petite Beauté tourne mal et profite outrageusement de son ascendant sur les hommes. Un comportement inconséquent qui pourrait bien lui jouer des tours…

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          L’histoire confirme un certain intérêt avec une héroïne au caractère plutôt trouble. J’ai bien aimé ce revirement de situation, avec un personnage principal assez torturé et pas toujours très sympathique. Dommage qu’on retombe par moments dans certains clichés (sur le lien entre beauté et vanité par exemple). Toutefois, il me reste un dernier tome avant la conclusion et j’ai bon espoir que le dernier tome clôture cette série drôle et originale en beauté.

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Actualité·Mes lectures

Appel à l’aide !

Bonjour à tous !

          Une fois n’est pas coutume, je me tourne vers vous pour solliciter votre aide. Grâce à MyBoox, je participe demain à une rencontre avec Elizabeth Gilbert à l’occasion de la sortie de L’empreinte de toute chose chez Calmann-Lévy. Le hic, c’est que je n’ai rien lu d’elle et que son dernier roman ne nous sera remis que lors de l’évènement, ne laissant aucune chance de l’entamer avant… Elle est également l’auteur de Mange, prie, aime, dont l’adaptation cinématographique est sortie en 2010, avec Julia Roberts dans le rôle titre (que j’ai vue, c’est déjà ça !). Voilà à peu près toute l’étendue de mes connaissances à son sujet.

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          Il faudrait que je prépare pour demain (autant dire là, maintenant, tout de suite) quelques questions à lui poser et je dois avouer que je sèche un peu (l’art de la litote, toujours)… Y aurait-il parmi vous des fans de cet auteur ? Certains d’entre-vous ont-ils déjà lu ses livres ? Si vous avez des questions à son sujet, sur son écriture, les thèmes qu’elle aborde, ses romans… je vous propose de me les faire parvenir d’ici demain et je lui poserai pour vous ; vous trouverez votre réponse ici-même vendredi avec un résumé de la rencontre.

          A vos claviers !

Mes lectures

Et quelquefois j’ai comme une grande idée – Ken Kesey

Attention chef-d’œuvre !

          La grève fait rage à Wakonda, tous les bûcherons font front mais une famille résiste face au syndicat. Les Stamper, seuls contre tous, s’attirent les foudres de la population. Mais le retour à la maison du petit dernier après des années d’absence pourrait bien ébranler la résistance. En effet, si Lee revient, en apparence fragile, ce n’est pas pour aider son frère mais pour s’en venger et anéantir coûte que coûte l’inébranlable Hank Stamper.

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          La quatrième de couverture y va fort dans la comparaison élogieuse : « C’est Faulkner. C’est Dos Passos. C’est Truman Capote et Tom Wolfe. C’est un chef-d’œuvre. » Eh bien je ne l’aurais pas mieux dit ! Ce livre est foisonnant, inclassable, difficile aussi : il fait partie de ces rares lectures qui marquent profondément un lecteur, bouleversent ses habitudes. Un grand roman comme un n’en lit qu’une poignée dans une vie. Une lecture pour moi comparable au choc du Seigneur des anneaux au début de mon adolescence, à ma découverte de Racine à 15 ans ou à celle de Dostoïevski à mon entrée en fac. Dans les contemporains, seul Somoza je crois m’a fait un effet comparable, avec une écriture difficile et un univers incomparable. On a ici de la légèreté dans l’écriture mais une telle complexité dans la forme que plus d’un s’y perdront mais quelle récompense à la clef pour ceux qui en viendront à bout ! Vous l’aurez compris, ce texte est à placer pour moi parmi les très grands. Ce texte de 1964 vient juste d’être publié en français. Merci à Monsieur Toussaint Louverture de nous avoir livré cette traduction magnifique et indispensable.

          Étrangement, je trouve qu’il est assez difficile e parler de ce roman. Il est tellement inclassable, surprenant et riche que toute tentative de description semble réductrice. Bien que le ton soit plutôt léger et plein d’humour, l’écriture est extrêmement complexe. Le point de vue de cesse de varier, avec différents narrateurs rarement identifiés de manière explicite. On peut entendre les pensées d’un personnage pendant qu’un autre est en train de lui parler, ce qui est particulièrement déroutant. On pourrait craindre la plus grand confusion avec ces changements constants mais il n’en est rien, chaque personnage a une identification tellement forte qu’on reconnaît sa voix parmi les autres à sa manière de s’exprimer ou à un détail habilement disposé. Si cette polyphonie (certains diraient cacophonie tant ça se coupe la parole dans tous les sens) ralentit la lecture et rend aussi ce texte incroyablement vivant. J’ai rarement vu personnages aussi réalistes et hauts en couleurs, on est embarqué dans leur univers, on peut presque entendre leurs cris qui résonnent dans la maison. Une vitalité qui m’a totalement séduite.

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          Quant à l’histoire, là encore ça fourmille dans tous les sens. L’histoire de jalousie entre les deux frères n’en finit plus de rebondir et de créer quiproquos et situations improbables. Une relation toxique qui crée un réel suspens, on se demande à chaque page s’ils vont finir par se réconcilier ou s’entre-tuer. Pour assaisonner le tout (il ne faudrait pas qu’on s’ennuie non plus), nos deux frères ennemis sont au cœur d’une vraie guerre qui les oppose aux bûcherons grévistes et, par extension, à toute la ville. Ils doivent batailler avec les éléments entre le travail en forêt et leur maison construite contre toute logique tout près lit de la rivière et menacée à chaque intempérie. Et puis il y a Viv, la femme de Hank, si douce qu’elle en attendrit Lee, ce qui ne va pas arranger les relations des deux frères. Autant dire que ce n’est pas l’action qui manque !

          Vous l’aurez compris, je ne trouve rien à reprocher à ce livre qui est un véritable monument. Pourtant, malgré mon enthousiasme certain, j’ai peiné à en venir à bout ! J’avais beau adorer le style et être totalement accrochée à l’histoire, cette lecture m’a pris beaucoup, beaucoup de temps (il faut dire aussi que c’est un sacré pavé !). En effet, la construction est tellement dense qu’on avance un peu à tâtons, j’ai eu l’impression de défricher au fur et à mesure de mon avancée, avec quelques retours en arrière pour essayer de ne pas rater trop de nuances en route ; il y a tellement de détails dans tous les sens ! Pourtant, quand je suis arrivée à la fin, j’ai réussi à me faire surprendre par des choses qu’on savait depuis le début mais que j’avais totalement oubliées, noyée sous le flot d’informations. Quelque chose me dit que ce n’est pas un hasard, mais une volonté de l’auteur de se jouer de son lecteur, le faisant quelque peu tourner en bourrique : un tour de force qui m’a assez impressionnée. Beaucoup de thèmes majeurs sont abordés – le travail, la famille, l’amour, la société… – avec un humour qui ma ravie ! C’est grinçant à souhait, tout comme j’aime. Malgré ses innombrables qualités, ce roman reste difficile, à la fois par sa narration originale, son univers particulier (les amoureux de littérature américaine seront aux anges) et son incroyable densité. Une lecture savoureuse et surtout un très grand moment de littérature.

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Dans le temps, j’accusais toujours le gamin de faire semblant d’être faible. Mais pour faire semblant d’être faible, il faut l’être. Car si on est fort, on n’a pas la faiblesse de simuler. Non personne ne peut jamais faire semblant d’être faible. Tu peux seulement faire semblant d’être fort…

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J’arrête pas de me dire qu’il faudrait que j’aille lui serrer la main et lui dire comme ça me fait plaisir qu’il soit là, mais je me rends compte que c’est un truc impossible pour moi. Je serais incapable de faire ça, pas plus que je pourrais embrasser la joue poilue du paternel et lui dire combien ça me fait de la peine de le voir dans cet état. Ou pas plus que le paternel pourrait me complimenter et me dire beau boulot fiston depuis que je me suis cassé la gueule et que t’as abattu de l’ouvrage pour deux. C’est pas notre genre, c’est tout.

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– Docteur…çà y est, je deviens fou, je disjoncte dans les grandes largeurs, çà me tombe dessus !  […]
– Non, Leland, pas vous. Vous, ainsi que beaucoup d’autres de votre génération, vous trouvez en quelque sorte exclu de ce refuge-là. Il vous est désormais impossible de « devenir fou » dans le sens classique de l’expression. Il fut un temps où les gens « devenaient fous » fort à propos, et disparaissaient de la circulation. Comme des personnages de fiction à l’époque romantique. Mais de nos jours… », et là je crois qu’il s’était même payé le luxe de bailler, « …vous êtes trop bien informés sur vous-mêmes et votre psychisme. Vous connaissez trop intimement un trop grand nombre de symptômes de la maladie mentale pour vous laisser prendre par surprise. Et autre chose encore: tous autant que vous êtes, vous avez le don de vous libérer de votre frustration par le biais de fantasmes trop malins pour être honnêtes. Et vous, Leland, vous êtes le pire de la bande de ce point de vue. Alors…vous serez peut-être névrosé jusqu’à la moelle pour le restant de vos jours, et malheureusement aussi vous serez peut-être bon pour un petit séjour à Bellevue et vous allez sans aucun doute en prendre pour 5 années supplémentaires de séances payantes avec moi – mais j’ai bien peur que vous ne soyez jamais complètement dingue.
Et il s’était renversé dans son élégant fauteuil club avant d’ajouter : – Désolé de vous décevoir, mais le meilleur diagnostic que je puisse vous offrir, c’est une bonne vieille schizophrénie à tendance paranoïaque.

          Une adaptation cinématographie a été fait au cinéma en 1971est sortie dans les salles en 1971 sous le titre Le clan des irréductibles avec Paul Newman et Henry Fonda. Maintenant que j’ai découvert son existence, il faut que je le voie d’urgence !

Mes lectures

Poupées – Rainer Maria Rilke

          Trois courts textes autour de l’enfance. Ces nouvelles de Rainer Maria Rilke sont suivies d’un essai de Charles Baudelaire intitulé La morale du joujou. Bien que ce soient deux auteurs que j’apprécie, je ne connaissais aucun de ces textes et j’avais hâte de les découvrir, d’autant que le thème était pour le moins prometteur.

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          Je dois avouer que contre toute attente, j’ai beau être une inconditionnelle des nouvelles de Rilke, je n’ai pas grand choses à dire de celles-ci. Je n’ai absolument pas accroché. J’ai trouvé la première nouvelle notamment extrêmement obscure. J’ai eu le plus grand mal à entrer dans le texte et à suivre ce qu’il s’y passait. Disons que c’est quasi mystique, très empreint de spiritualité, ce que je ne goûte guère avec mon esprit terriblement terre à terre. Les pages sont peu nombreuses mais j’ai dû me faire violence pour en venir à bout. Pourtant, il y a tout de même beaucoup de choses intéressantes dans ces textes qui proposent une vision de l’enfance dénuée de tout aspect puéril. Le merveilleux se confronte à la réalité dans ces trois nouvelles très différentes mais exigeantes et difficiles que complète très bien le texte de Baudelaire sur le rapport de l’enfant à ses jouets.

Mes lectures

L’enfant grec – Vassilis Alexakis

          Le narrateur vient de subir une grosse opération et est en convalescence près du jardin du Luxembourg à Paris où il passe le plus clair de ses journées pour tromper l’ennui en assistant aux spectacles de Guignol ou en discutant avec les habitués. Le jardin lui rappelle celui de son enfance, en Grèce, dans le quartier de Callithéa à Athènes, et ses souvenirs d’enfance s’en mêlent.

l-enfant-grec-2532962-250-400          J’avais entendu louer les louanges de ce texte, sorti à la rentrée littéraire de l’an passé mais n’avais pas encore trouvé le temps de le lire. Il y a déjà un moment que j’ai fini cette lecture mais j’ai mis un peu de temps pour prendre le temps d’en parler, ne trouvant à vrai dire pas grand chose à en dire je crois. Je ne savais pas trop à quoi m’attendre mais le titre me plaisait bien, je trouvais qu’il invitait au voyage. La découverte de l’histoire m’a donc un peu déçue. D’ailleurs je dois avouer que je m’attendais plus à un « vrai » roman qu’à une autofiction, ce qui m’a un peu désappointée également. Bref, je ne sais pas trop pourquoi mais j’avais une image totalement erronée de ce livre et il ne correspondait pas trop à mes attentes au moment de la lecture, une période où j’avais envie de quelque chose plus léger je crois.

          Le style est très agréable. C’est bien écrit et j’ai commencé cette lecture avec plaisir. Toutefois, je me suis assez rapidement ennuyée. Dans ce genre de textes, se couler dans le rythme du récit est particulièrement important. Il faut prendre le temps de se faire à l’univers du narrateur, sa voix, ses souvenirs. Je dois bien admettre qu’ici malgré la beauté des phrases je n’y suis pas arrivée. J’ai eu l’impression que les choses allaient un peu trop lentement et que cette retenue constante gênait mon envie de d’avancer. Je n’ai pas lu ce texte jusqu’à la fin, alors que je n’avais pourtant rien à lui reprocher. Je pense que même si c’est une écriture trop intime à mon goût, c’est un livre que j’aurais pu apprécier à un autre moment, ce n’était sans doute simplement pas le bon choix à la bonne période, ce sont des choses qui arrive, peut-être dans quelques années, retenterais-je me chance ? Une rencontre qui ne s’est pas faite malgré une écriture de qualité et une grande sensibilité.

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Peu après, elle m’a apporté le Petit Robert qu’elle a déposé sur ma poitrine. Ce dictionnaire que j’utilise depuis trente-cinq ans et dans lequel j’ai puisé tous mes livres m’a paru soudain extrêmement lourd. J’ai eu peur d’étouffer sous le poids du vocabulaire français.

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-Pourquoi écrivez-vous? interroge-t-on aussi.
Est-ce une activité saugrenue, comme la cleptomanie ou le saut en parachute? Je regarde encore mes mains. La main droite lâche à nouveau le crayon et s’approche de mon visage. Elle ne va pas me gifler, j’espère? Non, bien sûr. Elle me gratte cette fois-ci la tête : c’est tout ce qu’elle peut faire pour m’aider à trouver une réponse. J’ai découvert de bonne heure que la vie n’avait rien de plus beau à m’offrir que des mensonges. Je l’ai su grâce aux lectures que me faisait ma mère le soir. Je ne rêvais pas encore d’écrire, pour la bonne raison que je ne savais même pas lire.