Mes lectures

Moi, 20 ans, diplômée, motivée… Exploitée ! – Yatuu

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          Une jeune femme diplômée et super motivée rentre dans le monde du travail par un stage dans une agence de pub. Un salaire de misère, une considération inexistante et des horaires extensibles à l’infini seront à présent son quotidien. La réalité est parfois bien rude !

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          J’avais lu Génération mal-logée et j’avais trouvé cela un peu léger. Je pensais que l’univers des stagiaires me parlerait plus, étant donné que j’y ai moi-même passé un long moment, connaissant quelques déboires… Malheureusement, je ferai pour cette BD-ci sensiblement les mêmes réflexions que pour la première. Si l’idée de départ est bonne et que nombreux sont ceux qui se retrouveront dans les situations évoquées, elles restent très banales. Chaque stagiaire ou presque a connu ça un jour, voir bien pire ! Il m’a semblé à la lecture être face à un journal qui n’a pas vraiment été retravaillé pour le passage en livre (ou pas assez). Ca manque d’un peu de recul pour donner du relief à l’ensemble. Une BD qui se laisse lire mais ne marquera pas franchement les esprits.

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Mes lectures

Nouvelles d’Ecosse – Laura HIRD

          Onze nouvelles provocatrices et autant d’histoires sur la solitude et le désespoir. Un style décapant, voire même franchement choquant, qui ne peut en aucun cas laisser indifférent. Un livre choc de la contre-culture écossaise.

          Ma première impression sur ce recueil a été assez défavorable. J’aime les style plutôt classiques et j’ai beaucoup de mal à supporter que la littérature fasse dans le langage de charretier. Dans les dialogues, à la rigueur, si c’est fait avec style, mais dans la narration, JA-MAIS. Je préfère qu’un livre me fasse rêver en me proposant une langue un peu plus belle que celle qui nous écorche les oreilles en bien des occasions à longueur d’année. Autant vous dire que ce livre m’a mise au supplice !!! Toutefois, il s’est passé une chose étrange : bien que le style m’ait laissé perplexe et quelque peu agacée, la première nouvelle m’a assez fascinée. Sans franchement me passionner, elle m’a tout de même suffisamment accrochée pour me donner envie d’aller jusqu’à la fin. Il se dégage quelque chose de ce récit de fort et marqué. L’ambiance qu’il recrée et les émotions qui s’en dégagent sont aussi malsains que fascinants. Un tour de force qui ne se reproduit pas à chaque nouvelle bien que les ingrédients soient souvent là. Un livre que je n’ai pas particulièrement apprécié mais auquel on ne peut que reconnaître une très forte identité.

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Je plonge dans l’armée de bouteilles, recharge mon verre et lui propose à boire. Farfouillant dans son sac genre découpé dans un tapis afghan, posé à côté d’elle, elle en tire une demi-bouteille de Macallan dix ans d’âge et s’en verse une dose de terrassier.

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Je me réveille avec la sensation de froid, de vide, de tête prise dans un étau qui prélude toujours à une journée en famille. Les congés annuels, c’est précieux, et ça me fait chier d’en gaspiller la moindre seconde avec les mômes de mes cousins, mon odieuse tante et les éternelles larmes de ma mère après quelques verres d’asti spumante.

Expositions

Mille et une nuits

          Les contes des Mille et une nuits sont connus de par le monde entier ; traduits dans de nombreuses langues, il en existe des versions très diverses. Ils sont un mélange des mythes et croyances orientales et d’images, réelles ou rêvées, façonnées par l’Occident. L’Institut du monde arabe nous invite à découvrir les origines de ce recueil universel et les images que depuis des siècles il a inspirées. 

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          Les Mille et une nuits est un recueil de contes orientaux célèbre dans le monde entier. Shéhérazade est mariée à un sultan cruel qui épouse chaque soir une femme et la tue au matin après leur nuit de noce, afin d’être sûr de ne jamais être trompé. Pour retarder le moment de sa mort, elle le tient en haleine avec des histoires fabuleuses. Il existe de nombreuses versions de ce texte dont certaines sont très anciennes (on trouve des traces du recueil portant ce nom au X° siècle mais son origine est sans doute bien antérieure). Si les contes sont essentiellement originaires d’Inde et de Perse, le texte s’est surtout développé dans le monde arabe. Issus de la tradition orale, ces contes se sont transformés et enrichis au fil des siècles. Fixés pour la première fois à l’écrit au XIII° s., ils ont été traduits dans presque toutes les langues. Considérés comme une littérature mineure car née de la culture populaire, les textes ne seront illustrés que tardivement, sous l’influence de l’Occident.

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           En effet, dès leur traduction au début du XVIII° s., les Mille et une nuits connaîtront en France et dans le reste de l’Europe un grand engouement qui nourrira bien des fantasme et inspirera les artistes. Les textes les plus célèbres comme la légende d’Aladin et la lampe magique, de Sinbad le marin ou d’Ali Baba et les 40 voleurs, bien qu’issues de la mythologie orientale, ont été fixés à l’écrit en français pour être intégrés au récit de Shéhérazade avant d’être traduit en arabe ! La plupart des versions du recueil contiennent environ 200 contes (certains sont récités sur plusieurs nuits) et un seul parvient exactement au total de mille et une nuits, bien que plusieurs tentatives pour atteindre ce nombre symbolique aient été faites. Les éditions occidentales du texte sont richement illustrées et inspireront à leur tour les artistes orientaux. Un texte qui s’est enrichi au contact de différentes cultures : ancré dans la tradition orientale, il fait rêver l’Occident.

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          L’exposition propose environ 300 oeuvres autour de ce texte mythique. Au rez-de-chaussée, sont exposés des recueils des Mille et une nuits de différentes périodes et d’origines géographiques diverses. Du manuscrit au texte imprimé, illustré ou non, oriental ou occidental, nombreux ont été les ouvrages qui ont compilé ces contes orientaux. Un très bel échantillon nous en est présenté parmi lequel quelques textes richement illustrés et de très anciens manuscrits, souvent très bien conservés. Les panneaux explicatifs replacent bien ces oeuvres dans leur contexte et expliquent de manière passionnante et détaillée la naissance de ce monument de la littérature. Si les murs sombres et l’éclairage tamisé nous plongent dans une ambiance orientale, ça rend en revanche la lecture parfois un peu ardue, ce qui est dommage. Une ambiance un peu austère qui aurait mérité un peu plus de chaleur. La quantité de texte est assez importante et pourrait en décourager certains, ce qui serait fort dommage étant donnée la richesse du contenu. On regrette un peu l’absence de musique pour nous accompagner. Toutefois, par endroits, des contes lus ponctuent le parcours. Malheureusement, en bas, on ne les entend guère à moins de passer par hasard sous l’enceinte qui les diffuse et en cas d’affluence, celle-ci étant placée au-dessus des panneaux explicatifs, on empêche les autres de lire si l’on s’arrête pour écouter. Un petit défaut de conception qui ne gène pas la visite mais s’avère un peu frustrant.

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         L’étage est beaucoup plus ludique, avec une très belle scénographie. Ici on trouve essentiellement des illustrations, aussi bien occidentales qu’orientales, qui recouvrent une période très vaste. Une pièce permet d’écouter une quinzaine de contes grâce à un casque, en français ou en arabe. Le lieu est bien conçu et très agréable. On peut également découvrir dans la suite de l’exposition des photographies, des objets orientaux peuplent notre imaginaire (quelques sabres notamment), des costumes ou encore des extraits d’adaptations cinématographiques du recueil. Comme au rez-de-chaussée, des contes sont diffusés mais la scénographie est mieux conçues et on peut plus facilement s’arrêter les écouter (il faut dire aussi que les lieux sont plus vastes). Il y a une belle diversité dans les oeuvres proposées et certaines illustrations anciennes sont absolument magnifiques et impressionnent par leurs couleurs chatoyantes que les siècles n’ont pas ternis. Les ouvrages du rez-de-chaussée auraient peut-être mérité d’être intégré au reste, afin que les textes soient mieux répartis et la lecture moins fastidieuse. Une belle exposition au contenu extrêmement intéressant, une invitation au voyage qui n’est pas sans rappeler des rêves enfantins. 

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Mille et une nuits

Institut du Monde arabe

1, rue des Fossés Saint-Bernard

75005 Paris

Jusqu’au 28 avril 2013

Fermé le lundi, horaires et tarifs ici

Une web série pleine d’humour est consacrée à l’exposition, à découvrir sur le site de l’IMA

Mes lectures

Les silences de la guerre – Claire FOURIER

          En 1944, en Bretagne, un officier allemand réquisitionne la maison de Klauda et de son père et s’installe dans la chambre au fond du couloir, près de celle de la jeune fille. Il est reçu avec froideur mais son naturel diligent, sa curiosité et sa culture arrivera peu à peu à faire sortir ses hôtes de leur mutisme. Contre toute attente, une certaine complicité va s’établir entre ces deux factions ennemies.

          Je dois admettre que j’étais moyennement emballée par ce livre : une histoire d’amour entre une bretonne et un officier nazi pendant l’Occupation n’avait a priori pas grand chose pour me séduire. Pourtant, les premières pages de ce roman m’ont agréablement surprise. Le style est très fluide et agréable, mais surtout bien plus travaillé que ce à quoi je m’attendais. La rencontre est également traitée de manière assez intelligente. Les personnages mettent du temps à s’apprivoiser, on n’est pas vraiment dans un coup de foudre mais plutôt dans la lente mise en place d’une relation plus durable. Malheureusement, cette bonne lancée qui m’a tenu en haleine à peu près un tiers du livre n’a pas duré. Les conversations entre Hermann et Klauda, qui tournent beaucoup autour de l’art, la littérature, la philosophie et les mérites comparés des côtes bretonnes et baltes, sont absolument soporifiques. L’officier allemand y est décrit comme un tel modèle de perfection qu’il en perd toute consistance et affadit sérieusement une histoire d’amour qui aurait mérité d’être plus tourmentée étant donné les sombres circonstances. Un livre bien écrit mais qui lasse assez vite par la longueur de ses descriptions et le manque de profondeur de ses personnages.

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Des étoiles clignotaient. La chambre au bout du couloir donnait au nord. Elle est sombre et froide, me dis-je. Je n’y songeais pas quand mon frère était là.

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L’homme parlait avec le sombre sérieux d’une âme guerrière qui en voulait à la guerre d’être une chose haineuse et vile, une chose sans envergure.

Actualité·Culture en vrac

Une littérature pour grands ados ?

          Aujourd’hui, un article coup de gueule. La semaine dernière, Rue 89 publiait un article (à lire ici) sur la littérature pour grands ados, à savoir les 15/30 ans, nouveau créneau éditorial qui me sort par les yeux. Un papier qui m’a franchement agacée et m’a donné envie de me lancer dans un coup de gueule libérateur. En effet, cette « niche » des 15/30 ans me paraît être un vulgaire coup marketing fumeux que des pseudos journalistes, qui ont oublié en route leur esprit d’analyse, prennent visiblement tout à fait au sérieux. Mais non, comme toutes les femmes ne se nourrissent pas exclusivement de crudités sans sauce et de produits allégés, tous les moins de trente ans ne fuient pas les librairies et ne recherchent pas la légèreté à tout prix.

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          Je suis la première à défendre une littérature pour adolescents, parfois de très bonne qualité, qui avec des thèmes d’actualité et un vocabulaire moderne qui permettent de se mettre à la portée des plus jeunes. On ne s’initie pas à la lecture avec Proust et il est normal à 15 ans de lire de la littérature qui nous est destinée plutôt que de se lancer dans l’intégrale de Roland Barthes. De là à vouloir vendre la même chose aux trentenaires qu’aux adolescents, il y a un pas que je ne suis pas prête à franchir. Enfants, nos parents nous lisent des histoires, puis ce sont nous qui nous mettons à lire des albums puis les premier romans pour la jeunesse, illustrés d’abord, puis qui s’étoffent peu à peu. On passe par plusieurs phases : les grandes histoires d’amitié laissent la place à des livres d’horreur. Et puis l’adolescence, où on aime les séries, s’attacher aux personnages et les retrouver de livre en livre parce qu’il est rassurant de rester dans le même univers, empli de magie de préférence. Vient ensuite l’envie de lire autre chose, envie de grandir, de faire comme les adultes. Une évolution constante, une construction de ses goûts de lecteurs qui se fait peu à peu, d’où ma perplexité face une tranche d’âge qui durerait 15 ans et viserait pèle-mêle l’adolescente qui rentre au lycée et le jeune cadre dynamique.

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          Il y a de très bons romans pour adolescents ou jeunes adultes, là n’est pas le problème, mais comme on n’écrit pas des livres pour les 5/15 ans sans distinctions, on ne devrait pas en écrire pour les 15/30. 15/20 à la limite, et puis 20/30 à la rigueur… Ce sont des âges où on change encore énormément, où on vit tout un tas d’expériences : premiers amours, premier appartement, premier boulot ; on n’est clairement pas le même à 15 ans qu’à 30 et c’est bien normal. Je me demande à quel moment on a commencé à considérer les jeunes costards/cravate de La Défense comme de grands ados. L’infantilisation des jeunes adultes me laisse pantoise. J’ose espérer qu’à 25 ou 30 ans (c’est plus ou moins long selon les individus, je vous l’accorde), on est un adulte à part entière et non pas une espèce de grand enfant qui a besoin qu’on le prenne par la main. Je crois sincèrement que si à 30 ans on n’est pas encore sorti de l’adolescence, il n’y a plus d’espoir d’en sortir jamais. Je ne comprends pas cette infantilisation qui semble s’étendre d’année en année à des tranches d’âge de plus en plus vastes. Et je ne comprends pas que les premiers concernés se laissent ainsi faire sans broncher.

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          Je ne dénie à personne le droit de lire ce qui lui chante, on prend tous plaisir à lire des choses différentes et il n’y a aucun mal à cela ; en revanche, j’aimerais qu’on arrête de tout mélanger pour arranger les services commerciaux des grandes maisons. Personnellement je ne me considère pas comme une cible à part. Je lis à peu près de tout (sauf de la littérature pour jeunes adultes justement…). Je lis aussi bien des classiques que des nouveautés, de la littérature exigeante que des choses plus légères, de la littérature française que de l’étrangère, beaucoup de romans certes, mais aussi quelques essais, et un peu de poésie ou de théâtre à l’occasion. Bref, je lis ce qui me chante et essaie de me construire une culture littéraire acceptable, avec une constante soif de découverte. Je me sens donc vaguement insultée quand on m’explique qu’à mon âge, on va plutôt vers des choses plus légères et écrites pour nous, ce que j’ai plus ou moins abandonné depuis mes 12 ansQuand j’étais enfant, à 8 ans j’étais fière de lire des livres marqués « à partir de 12 ans », à 12 ans mes premiers romans « sérieux », à 15 les classiques piqués à la bibliothèque parentale. Je voulais grandir et la littérature était là pour m’y aider. Aujourd’hui, on ne veut plus que les livres nous fassent grandir, on veut qu’il nous ramène vers l’enfance dont on refuse de sortir.

SALON DU LIVRE ET DE LA PRESSE JEUNESSE 2010

          Je trouve ça d’une tristesse sans nom… On vendra bientôt l’intégrale de Oui-oui à de jeunes cadres dynamiques qui, les pauvres, n’ont pas le temps de lire des choses plus sérieuses. Ce qui m’agace, ce n’est pas que des trentenaires lisent de la littérature pour adolescent(e)s, s’il y trouvent du plaisir, ça ne regarde qu’eux, mais que les maisons d’éditions nous prennent par la main pour nous diriger vers cette littérature-là. Jusque-là la littérature adulte échappait un peu aux inepties publicitaires destinée à appâter le chaland. A 25 ou 30 ans, on est largement assez grand pour choisir seul ce qu’on veut lire, sans avoir besoin qu’on nous consacre des collections « adaptées ». Ces nouvelles prétendues niches m’exaspèrent au plus haut point. On a déjà des journées de dingues, surexploités, sur-diplômés et sous-payés, on n’a pas besoin de se sentir pris pour des imbéciles par dessus le marché. Moi qui a 15 ans était toute fière de lire enfin la même chose que les adultes, j’aimerais continuer à échapper à ces tranches d’âges improbables et restrictives. Ne peut-on pas dépenser son énergie à autre chose qu’à s’évertuer à coller les gens dans des petites cases bien étiquetées ? Non, vraiment, j’apprécierais que les jeunes cons du marketing éditorial qui n’ont jamais ouvert un bouquin nous foutent la paix et arrêtent un peu de nous prendre pour des buses.