Mes lectures

Sylvain TESSON, Dans les forêts de Sibérie

          Sylvain Tesson est un aventurier qui a parcouru le monde. Et puis, il a décidé de s’arrêter, de cesser de vadrouiller pendant quelques mois. Une confrontation au vide et au silence, loin de l’humanité. Pour sa retraite solitaire, il a choisi une cabane, sur les rives du lac Baïkal où il a passé six mois avec pour seule compagnie des livres, des cigares et de la vodka. 

          Le Grand Nord m’a toujours fascinée. Une cabane surchauffée, au milieu d’une mer de glace, remplie de livres et où l’on peut boire du thé brûlant à longueur de journée s’approche assez de l’idée que je me fais du paradis. Je n’aime pas le froid mais j’ai toujours rêvé de me confronter à ces températures extrêmes. Parce qu’après avoir souffert dehors, après avoir cru qu’on allait perdre ses orteils en pêchant ou ses doigts en coupant bois, après avoir marché des heures dans la neige et le vent jusqu’à ne plus sentir ses joues, le plaisir de retrouver la chaleur du poêle doit être incomparable. Déjà ici en rentrant d’une bonne marche dans la neige par – 5 ou -10 °C, après avoir souffert et avoir eu l’impression de se congeler les poumons, retrouver un bon feu dans la cheminée et afin retirer ses chaussures gelées avant de se faire un thé à boire brûlant avec un bon livre ne doit pas être loin d’être le summum du bonheur. Par – 30 en pleine taïga ça doit être la même sensation en bien plus intense encore. A défaut de le vivre, Sylvain Tesson nous donne un petit goût de liberté par procuration.

         J’ai beaucoup aimé ce livre. Il m’a semblé avoir à peu près la même vision de la vie et la même conception du bonheur que l’auteur. Sauf que je ne franchirai sans doute jamais ce cap du départ vers l’inconnu, ce qui fait quand même une énorme différence, je vous l’accorde. Toujours est-il que je me suis assez retrouvée dans ce texte qui représente une forme d’idéal. Cette idée d’un bonheur simple est réconfortante. On retrouve dans la plume de Sylvain Tesson quelque chose des grands aventuriers. C’est assez proche de certains textes de London notamment (et on connaît mon amour inconditionnel pour London). J’ai aimé ce mélange d’aventure et de culture. Un équilibre rare, une grande bouffée d’air (très) frais. Un vrai coup de coeur, récompensé par le prix Médicis essai. A lire absolument.

J’y ai emporté des livres, des cigares et de la vodka. Le reste – l’espace, le silence et la solitude – était déjà là.
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Quand on se méfie de sa vie intérieure, il faut emporter de bons livres : on pourra toujours remplir son propre vide. L’erreur serait de choisir exclusivement de la lecture difficile en imaginant que la vie dans les bois vous maintient à un très haut degré de température spirituelle. Le temps est long quand on n’a que Hegel pour les après-midi de neige.
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Entre l’envie et le regret, il y a un point qui s’appelle le présent. Il faudrait s’entraîner à y tenir en équilibre comme ces jongleurs qui font tourner leurs balles, debout sur le goulot d’une bouteille.
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Un bois n’a jamais refusé l’asile. Les princes, eux, envoyaient leurs bûcherons pour abattre les bois. Pour administrer un pays, la règle est de le défricher. Dans un royaume en ordre, la forêt est le dernier bastion de liberté à tomber.
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La contemplation, c’est le mot que les gens malins donnent à la paresse pour la justifier aux yeux des sourcilleux qui veillent à ce que « chacun trouve sa place dans la vie active ».

Culture en vrac

Janvier : le bilan

          Moi aussi je succombe à cette manie des bilans. Janvier a été un très bon mois pour ce blog avec un record de visites et commentaires. Le temps est passé très vite et je n’ai pas eu le temps de faire tout ce que j’aurais voulu. Comme promis, la mise en page du blog a changé. Moins de couleurs cette fois mais cette sobriété me repose. En revanche, le premier article thématique n’a toujours pas vu le jour. Le temps est passé vite et nous voilà en février sans que j’aie vu janvier passer. Avec un mois de retard je vous promets donc de m’y mettre pour le 15, date choisie arbitrairement pour ce rendez-vous mensuel.

          En janvier je ne suis pas beaucoup allée au cinéma, avec seulement 4 films vus sur grand écran. Côté livres, un mois en demi-teinte également. 7 livres lus mais pas de grande révélation (à vrai dire, si, mais je n’ai pas fini de le lire alors la révélation sera pour février). Le film que j’ai préféré ce mois-ci est A dangerous method. Pour les livres, mon choix s’arrêtera sur Lolita, parce que les premières pages sont une vraie splendeur et qu’une telle perfection force l’admiration. Et vous, quels ont été vos coups de coeur ce mois-ci ? Rendez-vous le 1° mars pour le choix de février.

Mes lectures

Christian PETIT, Bombay Victoria

          A la mort de son père, le petit Raju doit se mettre au service du prêteur pour payer les dettes de sa famille. Pour échapper à cette servitude, il s’enfuit et rejoint Bombay où il veut retrouver son oncle et devenir menuisier. Malheureusement, tout ne se passe pas comme prévu et il devient malgré lui le chef d’une bande d’enfants qui ramassent les ordures dans la gare pour les revendre. Le début d’une grande aventure !

          Ce livre commence bien, avec un petit garçon malicieux à qui il n’arrive que des tuiles. Malheureusement, ça ne dure pas. Ce personnage attachant partage vite le devant de la scène avec d’autres, bien moins intéressants. Nous avons une française qui s’est découvert une passion pour l’Inde lors de vacances dans le Larzac (!), un indien qui a enseigné à la faculté aux Etats-Unis et qui suite à une rencontre fortuite se lance dans l’enseignement pour les enfants défavorisés, une jeune femme riche qui elle aussi se dévoue corps et âme aux enfants des rues, bref, vous l’aurez compris, tout le monde il est beau, tout le monde il est gentil. L’Inde c’est joli et puis ça sent bon, c’est un pays merveilleux.

          On sent pourtant que l’auteur ne veut pas nier la réalité du pays, simplement il est tellement enthousiaste qu’il le fait malgré lui. Les doutes des personnages, qui devraient faire tout l’intérêt de ce livre, sont à peine effleurés. Les personnages ne sont pas assez contrastés, en accentuant les aspects positifs pour nous les rendre sympathique, l’auteur leur enlève toute vie. Les bons sentiments s’accumulent jusqu’à l’écoeurement (qui chez moi arrive vite, avouons-le). L’idée de départ était jolie, dommage que les bonnes intentions ne suffisent pas à faire de bons livres.

Librairies

Et si vous aviez une librairie ?

          La question du jour vise à aider une lectrice assidue qui se lance dans une grande aventure : elle ouvre sa propre librairie. Vos idées peuvent l’aider alors soyez nombreux à répondre à l’appel. La librairie sera de taille modeste et dans une petite ville qui en est pour le moment dépourvue. Les questions sont simples :

– Pour quelles raisons vous rendez-vous chez un libraire de quartier ? pour y acheter un titre précis ? pour faire un cadeau ? pour demander conseil et trouver des idées ?

– Que vous attendez-vous à y trouver ? plutôt des classiques ou des nouveautés ? des poches ou des grands formats ?

– Quels types de livres achetez-vous plutôt chez un libraire qu’en grande surface (culturelle ou non) ou sur internet ? littérature classique, romans contemporains, polars, essais, beaux-livres… ?

– Qu’aimeriez-vous trouver chez votre libraire et qui n’y est pas forcément ? des livres « rares » ou originaux, des rencontres avec des auteurs méconnus, des lectures à voix haute ?

– Quels sont ces livres, qui sortent des sentiers battus, mais que vous voudriez absolument voir figurer dans les rayonnages de votre librairie ? Pour moi il y aurait Folco et Somoza par exemple.

          La liste est non exhaustive et, bien sûr, l’idée n’est pas de répondre à tout. Je voudrais simplement me faire une idée de ce que vous aimez chez votre libraire qu’il n’y a pas ailleurs, ce qui peut vous faire faire des kilomètres rien que pour le voir. J’aimerais essayer de toucher du doigt ce qu’est l’essence même pour vous d’une librairie. Comment en faire un petit coin de paradis ou on se sent chez soi ? Toutes les idées, même les plus folles, seront les bienvenues. En un mot :

DECRIVEZ-MOI VOTRE LIBRAIRIE IDEALE !

Mes lectures

Ryû MURAKAMI, 1969

          1969, Ken passe en terminale dans son petit lycée de province. Il rêve de Révolution, de rock, de filles : de liberté ! Il décide de poser des barricades au lycée et d’organiser le premier festival japonais. Dans ce Japon autoritaire, souffle un vent de liberté au son de la musique pop. 

          On est très loin de l’univers sombre auquel Murakami nous a habitués. Un livre lumineux, frais, optimiste même. La fin des années soixante vue du côté japonais : une bonne surprise, un point de vue inhabituel. L’histoire de cette bande de lycéens est somme toute assez banale. Comme ailleurs, la même révolte contre l’autorité, la même envie de liberté, la même énergie.

          Ce texte est empreint d’humour et de nostalgie, ce qui en fait tout le charme. J’ai beaucoup apprécié de plonger dans le passé de l’auteur. Je ne n’avais jamais lu un livre (ni vu de film d’ailleurs) traitant de cette période au Japon et j’ai trouvé ça à la fois intéressant et amusant de découvrir ce qui avait transpiré du mouvement hippie de l’autre côté du Pacifique. Un livre sans prétention mais très agréable à lire, totalement en opposition avec ce à quoi cet auteur nous a habitués. Un bon moment de lecture.

Nous avions donc l’espoir un peu naïf que quelque chose allait peut-être changer et qu’en tout cas tirer du plaisir d’un joint de marijuana s’accordait beaucoup mieux à l’ère nouvelle que la volonté d’entrer dans quelque université.

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Essayer, par exemple, de parler de La Peste de Camus en patois transformait immédiatement le débat en une farce grotesque. Cela donnait : « La peste, ben, c’est point seulement qu’une maladie des gens. Si que ça se trouve, que ça serait peut-être un symbole métaphorique du fascisme. »