Mes lectures

John STEINBECK, Des souris et des hommes

          Lennie est un colosse, une véritable force de la nature. Il ne brille pas par son intelligence mais est au fond un brave garçon. Son ami George, petit mais vif, veille sur lui. Ils vont proposer leurs services de ferme en ferme, en espérant mettre un jour assez de côté pour s’acheter un lopin de terre mais il est difficile pour Lennie de passer inaperçu…

          Un classique de la littérature américaine. L’auteur à la renommée internationale a eu le Prix Nobel en 1962. L’écriture est sèche et efficace. Pas d’effets de style : un livre écrit comme parlent ses personnages. Une écriture efficace qui sonne vrai. Cette histoire d’amitié est touchante, sans jamais en faire trop. Des personnages marquants derrière lesquels se dessine l’air de rien une critique de la société américaine.

          Rien n’est en trop dans ce récit. L’auteur ne s’attarde jamais inutilement. Une rudesse qui ne rend que plus forte l’amitié qu’elle décrit. Une histoire poignante dont le souvenir me restera sans aucun doute longtemps. Sobre et efficace, un grand roman à mettre entre toutes les mains.

Y a pas besoin d’avoir de la cervelle pour être un brave type. Des fois, il me semble que c’est même le contraire. Prends un type qu’est vraiment malin, c’est bien rare qu’il soit un bon gars.

________________

Parce que je suis noir. Ils jouent aux cartes, là-bas, mais moi, j’peux pas jouer parce que je suis noir. Ils disent que je pue. Ben j’peux te le dire, pour moi, c’est vous tous qui puez.

_______________

Vous avez tous peur les uns des autres, c’est pas autre chose. Vous avez tous peur que les autres aient quelque chose à raconter sur votre compte.

Mes lectures

Yves NAVARRE, Ce sont amis que vent emporte

          David et Roch sont ensemble depuis 20 ans. Tous deux sont en phase terminale du sida. Roch, dont la maladie est moins avancée, s’occupe de David avec amour pour adoucir ses derniers jours. Avant que le vent ne les emporte tous deux, il écrit leur histoire. Ce n’est pas la mort qui est au centre de ce récit mais la vie, et l’amour. « Ce n’est pas ici l’histoire d’une mort mais celle de notre vie, une histoire comme toutes les autres histoires, jamais la même, toujours la même, histoire d’amour et de son cours. »

          Ce livre a été une découverte  marquante, presque une révélation. L’écriture est magnifique. C’est simple, c’est beau, tout en finesse. Un récit qui aborde la maladie avec une grande justesse, sans jamais devenir larmoyant. Car c’est avant tout un hommage à la vie, dont la mort n’est jamais que la conclusion. Une histoire d’amour bouleversante qui m’a donnée envie de découvrir l’oeuvre de cet auteur. À lire absolument.

En chacun de nous, une sorte de long monologue intérieur se poursuit toute la vie. On ne peut pas l’interrompre, pas plus qu’on ne peut arrêter la pensée.

_______________

La parole est à double tranchant et […] les parleurs font souvent les reproches qu’ils n’osent pas se faire. Ils se débarrassent ainsi du fardeau de leurs jalousies et de leur manque à l’échange.

_______________

Tout ce qui est écrit est factice ?

Si la société est un frein, c’est la société qu’il faut changer. Tout est toujours possible.

Culture en vrac

Goncourt 2011, première sélection

          La première sélection pour le Prix Goncourt 2011 est (déjà) tombée, les heureux élus au prix suprême sont :

Stéphane Audeguy Rom@ Gallimard
Emmanuel Carrère Limonov POL
Sorj Chalandon Retour à Killybegs Grasset
Charles Dantzig Dans un avion pour Caracas Grasset
David Foenkinos Les Souvenirs Gallimard
Alexis Jenni L’Art français de la guerre Gallimard
Simon Libérati Jayne Mansfield 1967 Grasset
Ali Magoudi Un sujet français Albin Michel
Carole Martinez Du Domaine des Murmures Gallimard
Véronique Ovaldé Des vies d’oiseaux L’Olivier
Eric Reinhardt Le Système Victoria Stock
Romain Slocombe Monsieur le Commandant Nil
Morgan Sportès Tout, tout de suite Fayard
Lyonel Trouillot La belle amour humaine Actes Sud
Delphine de Vigan Rien ne s’oppose à la nuit JC Lattès

          Quelques grands noms de la littérature contemporaine, un nouveau roman (au moins, je ne les connais pas tous), la part belle faite aux auteurs Gallimard et Grasset, comme le veut la tradition (le Seuil se cache sous ses filiales cette année)… Bref, une sélection assez classique. Quelques titres me tentent bien. J’espère avoir l’occasion d’en ouvrir 2 ou 3 pour me faire une idée. La suite très prochainement !

Mes lectures

Jean-Noël PANCRAZI, Les quartiers d’hiver

          Nous sommes au début des années 90, dans la nuit parisienne, au début des années sida, à l’heure où la maladie est encore honteuse. Un homme voit peut à peu ses amis partir, les corps se défaire. Il nous raconte avec retenue cette vieillesse survenue avant l’heure qui a frappé si durement le milieu homosexuel. Une blessure qui pudiquement se dévoile.

          Je dois admettre que ce livre m’a quelque peu surprise. Tout n’y est dit qu’à demi-mot, la maladie ne s’expose pas ouvertement. Le narrateur passe d’une amitié à une autre, évoquant quelques souvenirs avec nostalgie. Il y a un certain charme dans ces histoires entrevues, dans ce léger brouillard qui semble nimber les pages.

          Cependant, j’ai été assez vite gênée par le côté un peu décousu du texte, par cette histoire qui ne prend pas réellement forme. Le style est très travaillé et s’il m’a séduite dans un premier temps, j’ai fini par le trouver un peu trop ampoulé. Après le franc parler d’Hervé Guibert, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman tout en retenue. J’aurais aimé que le sujet soit traité de manière plus franche, moins détournée, et une écriture plus simple aurait sans doute mis en valeur le fond. J’ai un peu eu l’impression d’avoir affaire à une coquille vide.

          Un livre qui m’a laissée sur ma faim donc. Notons qu’il a eu le prix Medicis en 1990. Déçue…

Pourquoi avais-je toujours accordé autant d’importance à la cadence des pas, à la variation de la marche, comme si tout, de la vie – les arrivées et les départs, les promesses et la naissance des trahisons -, se passait dans ces infimes décalages ?

_______________

Tandis que, face à lui, je feignais d’être indifférent à la fin de l’amour, je me rendais compte que c’était cette attitude même de comédie qui avait, peu à peu, altéré notre amitié – ce désir de donner le change, cette résurgence de l’orgueil qui nous empêchait désormais de mettre nos coeurs à nu, cette imperceptible tenue de scène que nous avions revêtue pour déguiser les traces de nos débâcles.

Mes lectures

Hervé GUIBERT, Le protocle compassionnel

          Hervé Guibert signe ici la suite dÀ l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie. Il continue à nous conter sa maladie et son traitement, entre fiction et témoignage.

          On retrouve dans ce roman, les mêmes thèmes et les mêmes traits d’écritures que dans le premier. La maladie est peut-être plus présente encore, ou en tout cas plus parasitée par l’espoir d’une rémission. L’aspect médical semble plus présent encore : beaucoup de scènes se déroulent à l’hôpital. On retrouve cependant toute la finesse et l’humour d’Hervé Guibert. Son dévouement à la littérature aussi. À la relecture, j’ai pu me rendre compte que beaucoup de passages que j’attribuais à À l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie se trouvent en réalité dans Le protocole compassionnel. Un livre dur et émouvant, dont la seconde lecture m’aura dévoilé un roman bien plus sensible que l’impression que j’en avait gardée.

Je cavalai comme le cheval éventré, à l’abattoir, continue de galoper dans le vide, suspendu à son treuil, la tête en bas, et se dévidant de son sang.

_______________

Le crapaud mange des mouches et des petits insectes qu’il lape rapidement pour les mâcher ensuite pendant des heures dans la poche de son goitre. Le faucon pioche le crapaud. L’homme mange des animaux, des agneaux, des cochons de lait, des entrailles, des cervelles, des reins et des rognons blancs, des coeurs, des poulpes, de batraciens frits, des organismes palpitants, des huîtres crues. Le sida, microscopique et virulent, mange l’homme, ce géant.