Jean-Noël PANCRAZI, Les quartiers d’hiver

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          Nous sommes au début des années 90, dans la nuit parisienne, au début des années sida, à l’heure où la maladie est encore honteuse. Un homme voit peut à peu ses amis partir, les corps se défaire. Il nous raconte avec retenue cette vieillesse survenue avant l’heure qui a frappé si durement le milieu homosexuel. Une blessure qui pudiquement se dévoile.

          Je dois admettre que ce livre m’a quelque peu surprise. Tout n’y est dit qu’à demi-mot, la maladie ne s’expose pas ouvertement. Le narrateur passe d’une amitié à une autre, évoquant quelques souvenirs avec nostalgie. Il y a un certain charme dans ces histoires entrevues, dans ce léger brouillard qui semble nimber les pages.

          Cependant, j’ai été assez vite gênée par le côté un peu décousu du texte, par cette histoire qui ne prend pas réellement forme. Le style est très travaillé et s’il m’a séduite dans un premier temps, j’ai fini par le trouver un peu trop ampoulé. Après le franc parler d’Hervé Guibert, j’ai eu du mal à me plonger dans ce roman tout en retenue. J’aurais aimé que le sujet soit traité de manière plus franche, moins détournée, et une écriture plus simple aurait sans doute mis en valeur le fond. J’ai un peu eu l’impression d’avoir affaire à une coquille vide.

          Un livre qui m’a laissée sur ma faim donc. Notons qu’il a eu le prix Medicis en 1990. Déçue…

Pourquoi avais-je toujours accordé autant d’importance à la cadence des pas, à la variation de la marche, comme si tout, de la vie – les arrivées et les départs, les promesses et la naissance des trahisons -, se passait dans ces infimes décalages ?

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Tandis que, face à lui, je feignais d’être indifférent à la fin de l’amour, je me rendais compte que c’était cette attitude même de comédie qui avait, peu à peu, altéré notre amitié – ce désir de donner le change, cette résurgence de l’orgueil qui nous empêchait désormais de mettre nos coeurs à nu, cette imperceptible tenue de scène que nous avions revêtue pour déguiser les traces de nos débâcles.

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  1. Pingback: La littérature et le sida « Madimado's Blog

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