Mes lectures

Jack LONDON, L’amour de la vie

          Un recueil de nouvelles qui ont pour personnage principal le Grand Nord. Dans la lignée de Croc Blanc, des histoires de grands espaces, du froid et de la souffrance. Un homme qui marche pendant des jours dans l’immensité de l’Alaska, sans manger ; un village d’indien qui fuie ; un loup qu’on domestique ; autant d’aperçus de la vie dans ces contrées sauvages.

          Je suis une inconditionnelle de Jack London. Un style brut que j’apprécie. Une biographie à faire pâlir d’envie les plus grands explorateurs. Un homme simple avec un esprit d’aventure incroyable, qui en 40 ans semble avoir vécu plusieurs vies, un écorché vif qui entre rudes travaux manuels et mondanités d’écrivain a bien du mal à trouver sa place.

          Ce livre est une vraie bouffée d’air frais. Des nouvelles qui nous montrent la vie dans ce qu’elle a de plus simple et de plus dur. Dans une société à la recherche de plaisir facile, London vante les marches interminables dans un froid polaire, la souffrance liée aux milieux arides. Le bonheur n’est peut-être pas où on le croit, les conditions extrêmes nous confrontent à nous-même, nous apprennent à nous connaître et nous font parfois découvrir, au fond de la souffrance, des ressources insoupçonnées : un amour de la vie qu’on ne peut rencontrer qu’en approchant la mort.

L’homme jura et jeta le fusil loin de lui ; il gémit tout haut tandis qu’il essayait de se mettre sur ses pieds. C’était une tâche difficile et lente ; ses jointures étaient comme des choses rouillées, travaillaient mal dans leurs alvéoles et avec beaucoup de frottement : chaque flexion, chaque raidissement ne pouvait ne pouvait s’accomplir que grâce à un effort de volonté. Une fois sur ses pieds, il lui fallut une autre minute ou deux pour se mettre droit.

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Du travail sans fin, et la famine, et la gelée, et toutes les autres misères : c’est ce qu’il aura en venant avec moi. Mais il aime cela.

Mes lectures

Laurent MAUVIGNIER, Ce que j’appelle oubli

          Ce court texte de 60 pages, sans points, s’inspire d’un fait divers : à Lyon en 2009, quatre vigiles ont tabassé à mort un homme pour le vol d’une bière.

          Ce texte est très surprenant. Je ne suis pas une inconditionnelle de l’écriture un peu âpre de Laurent Mauvignier, ni d’une manière générale des récits aussi intimistes. Je ne dirais donc pas que ce texte m’a particulièrement touchée. En revanche, on ne peut que remarquer son incroyable force. Ce texte se lit dans un souffle, sans arrêts ni pauses (d’où l’intérêt de l’absence de points), on commence à manquer d’air en même temps que le personnage qui agonise sous les coups.

          Laurent Mauvignier fait partie des grands auteurs d’aujourd’hui, des voix qui comptent. Il a un style très marqué, sans pour autant tomber dans la facilité d’un roman à l’autre. Si je ne suis pas particulièrement friande de ses textes, je trouve cependant qu’ils sont particulièrement intéressants dans leur construction et dans le travail de l’écriture. Un auteur qui ne me touche pas tellement mais que je pense quand même incontournable, un auteur dont j’admire l’indépendance dans le paysage littéraire actuel et que je compte suivre. Si vous ne le connaissez pas (et si vous le connaissez aussi d’ailleurs), je vous recommande la lecture de ce texte.

– peut-être ont-ils demandé si ça allait ? – est-ce que le plus vieux s’est penché vers lui pour le secouer ? et sa peau toute blanche, est-ce qu’elle a rougi un peu avant de demander, tu vas répondre, dis, ça va ? réponds et soudain l’image de la mort s’est collée sur la rétine de ses yeux verts et sur les deux autres, ceux que la lâcheté a fait reculer d’un pas

          Le 24 mars dernier, une journée d’étude consacrée à Laurent Mauvignier a été organisée par l’université de Toulouse le Mirail. Différents intervenants ont parlé de ses textes et c’était fort intéressant. Notamment parce que c’était très accessible au grand public : point jargonneux et dirigé par des gens que l’on sent passionnés. L’ambiance détendue et bonne enfant, trop rare dans les rencontres de recherche universitaires était des plus agréable. En fin de journée, l’auteur est venu lire son texte. Une performance exceptionnelle, qui vallait vraiment le déplacement et mettait en avant toute sa force. un grand moment.

Club lecture

Club lecture avril

          Au mois d’avril nous lirons un roman policier : Les chiens de Riga, d’Henning MANKELL. L’inspecteur Wallander est amené à enquêter sur le meurtre d’un de ses amis en Lettonie. Il semblerait que l’exécution ait étée avant tout politique et l’inspecteur va se retrouver piégé dans une situation qui le dépasse, où chacun essaiera de le manipuler.

          Ce roman est un des moins connus de Mankell, cependant, il a le bon goût d’être le plus court, ce qui convient parfaitement aux exigences de notre club-lecture. Nous nous réunirons pour en parler le 19 avril à 20h, toujours au Café livres. Bonne lecture à tous.

Mes lectures

José Carlos SOMOZA, Clara et la pénombre

Attention ! Attention ! Lecture absolument essentielle !

          Nous sommes en 2006 et depuis la fin de la seconde guerre mondiale, l’art tel que nous le connaissons disparaît peu à peu pour faire place à l’hyperdramatisme : les toiles qui s’exposent sont des êtres humains. Quand une des oeuvres les plus célèbres du grand artiste Bruno Van Tysch est détruite, une question se pose : le drame tient-il plus à la disparition d’un objet de valeur ou à l’assassinat de l’adolescente qui lui servait de support ? Les êtres humains peuvent-ils être traités comme des objets ? L’art peut-il valoir plus qu’une vie humaine ? Et la jeune Clara Reyes, toile si prometteuse, serait-elle prête à donner sa vie pour créer une oeuvre immortelle ?

         Ce livre est extrêmement perturbant. Le lisant dans le cadre d’un cours d’esthétique, je m’attendais à une sorte de traité sur l’art légèrement romancé, en clair, à un truc chiant. Finalement, dès les premières pages, je me suis trouvée face à une réalité parallèle, sorte d’oeuvre de science-fiction, très troublante. La fluidité de l’écriture m’a plu d’emblée mais ce léger décalage avec notre réalité m’a mise mal à l’aise.Pendant de nombreuses, très nombreuses pages, je n’ai pu décider si j’aimais ou non ce livre. Et puis, peu à peu, on bascule dans le roman policier : un premier meurtre, une enquête, un second meurtre, l’étau qui se resserre… On découvre aussi l’héroïne, attachante, dont on se demande quel lien elle peut bien avoir avec tout ça. Le suspense monte, jusqu’à devenir insoutenable, et on ne peut plus lâcher le livre.

          Si les premières pages sont un peu difficiles, la suite mérite largement ce petit effort. J’ai rarement été autant happée par un livre. Un passage m’a tellement surprise que j’ai passé 10 minutes la bouche grande ouverte dans le métro, choquée par ce qui venait d’arriver. Que les détracteurs du roman policier lisent celui-là ! Car oui, il s’agit bien d’une trame policière classique, mais sur laquelle viennent se greffer des considérations esthétiques passionnantes. A la fois roman d’anticipation, roman policier et traité esthétique, ce livre ne ressemble à aucun autre ! Je ne suis pas du tout calée en art ni en philosophie et si je ne suis pas sure d’avoir toujours bien compris le fond du propos, j’ai trouvé les réflexions de l’auteur extrêmement intéressantes. Notons toutefois que si ce livre est absolument exceptionnel, il n’est pas à la portée de tous : à la fois long et très dense, il s’adresse plutôt aux lecteurs aguerris.

           Je ne saurais dire à quel point cette lecture a été intense, comment vous donner envie d’ouvrir vous aussi ce livre. Il y a des ouvrages qui marquent le vécu d’un lecteur. Pour moi, il y a eu le Seigneur des anneaux à 11 ans, mon premier « livre de grands », qui m’a fait découvrir qu’on pouvait créer un monde avec des mots. Puis Les démons de Dostoïesvki, qui m’ont ouvert de nouveaux horizons, me faisant découvrir les merveilleuses fresques de la littérature russe. Je pense que Clara à son tour fera partie de ces lectures marquantes, même s’il est bien trop tôt aujourd’hui pour savoir dans quelle mesure. Une lecture qui me semble essentielle. Un sentiment d’angoisse en pensant que j’aurais pu (que j’aurais dû même sans doute) ne jamais ouvrir ce livre. En littérature comme ailleurs, les chefs-d’oeuvres sont rares, ce livre en est un.

Etait-il possible qu’une oeuvre se retouchât elle-même après le décès de son créateur ? Et si oui, devait-on considérer le résultat comme une oeuvre posthume ou comme une falsification ? Etranges questions.

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Il faut de temps en temps affronter ce que nous n’aimons pas. Ce que nous n’aimons pas est comme un ami honnête : il nous offense en nous disant la vérité.

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Vous et moi ne nous connaissons pas, mais nous nous sommes déjà fait une idée l’un de l’autre. Vous ne vous connaissez pas vous-même, mais vous vous êtes déjà fait une idée de vous.

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Du moins avait-il réussi à se pendre correctement : le noeud de cravate était parfait.

Club lecture

Club lecture, 4°, mars : Alexandra DAVID-NEEL, Voyage d’une parisienne à Lhassa

          Hier soir s’est tenue la 4° réunion de notre club lecture. Le moins qu’on puisse dire c’est que ce récit d’aventure n’a pas soulevé les foules. Nous étions trois : deux à ne pas l’avoir lu et une à ne pas l’avoir achevé. Je vous raconte quand même.

          Voyage d’une parisienne à Lhassa est un récit d’Alexandra David-Neel qui raconte son voyage au Tibet alors que les frontières du pays étaient encore fermées aux occidentaux. Elle est par ailleurs connue pour être la première occidentale à entrer à Lhassa.

          Alors, qu’en a pensé notre lectrice ? Visiblement, le style n’est pas palpitant. Beaucoup de descriptions interminables et pas toujours utiles à l’avancée du récit. Le reproche majeur concernait le fait qu’on ne découvre pas à travers ce livre les us et coutumes des populations locales. L’auteur n’a que peu de contact avec la population et n’en parle pas vraiment. Un livre où il ne se passe pas grand chose en somme, et pas très bien écrit, en plus. Décevant.

          Et le mois prochain, on lit quoi alors ? Un polar ! On en parle depuis un petit moment, l’idée a été adoptée. Nous nous attaquerons à un roman d’Henning Mankell. Le titre n’est pas encore choisi mais je vous dis ça très vite. On se retrouvera le 19 avril, à 20h. Bonnes lectures à tous !