Mes lectures

Ciseaux – Stéphane Michaka

          Raymond Carver est alcoolique et écrivain. Du moins il essaie de devenir, mais s’il écrit de nombreuses nouvelles, il peine à se faire publier. Du moins jusqu’à sa rencontre avec Gordon Lish, le célèbre éditeur. On le surnomme « Ciseaux », tant il coupe dans les textes pour n’en garder que le squelette. Pour accepter à la postérité, Raymond devra donc trahir l’âme de son oeuvre, qui est pourtant toute sa vie, et un hommage à l’amour de sa vie, sa femme, Maryann. Un choix que s’avérera difficile et va changer sa vie. 

          Je n’avais jamais lu la moindre ligne de Raymond Carver avant d’ouvrir ce livre, ni ne connaissais Gordon Lish. J’avais donc peur que ce livre ne me parle guère, faute d’en connaître les protagonistes. Craintes dissipées dès les premières lignes. J’ai absolument a-do-ré le style de ce livre. Déjà je dois admettre avoir un faible pour les écrivains alcooliques américains, je n’ai donc pas été déçue par celui-ci ! J’ai également trouvé très touchante l’histoire d’amour complètement bancale qu’il vit avec sa femme. On retrouve cette histoire déclinée à l’infini dans ces nouvelles, largement reprises dans le roman. Mise en abîme absolument passionnante. On suit le parcours de cet écrivain par différents regards : le sien, celui de sa femme, de son éditeur, de ses personnages… Un procédé narratif que je trouve toujours intéressant car il permet une écriture très dynamique et lui donne de la profondeur grâce à la variation de points de vue.

         Ce livre possède un sacré paquet de qualités : une excellente histoire (qui s’avère être une biographie qui plus est, on se cultive donc au passage !), une écriture alerte, une construction habile. On se régale du début à la faim. J’ai dévoré ce roman et me suis délecté de chaque ligne. Le changement de point de vue est parfois déroutant, surtout quand se sont les personnages des nouvelles qui ont la parole. Personnages qui sont les doubles de l’auteur et sa famille. Un peu perturbant au début, mais on s’habitue et finalement, cette légère confusion au début de certains chapitres, le temps qu’on comprennent à qui on a affaire, et cela donne même un certain charme à ce texte qui n’en manquait déjà pas. On pourrait énumérer longtemps les raisons de lire ce texte plein d’humour qui relate une histoire littéraire passionnante. Un roman qui se lit avec plaisir et avidité. Sans doute un des meilleurs textes de cette rentrée littéraire de qualité. 

La fiction : le réel avec un pas de côté. Il est où, votre pas de côté ? je dis à mes étudiants. La sincérité, fuyez-la comme la peste.

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Qu’est-ce que le minimalisme ?

Le crépitement d’une phrase, le coup de fouet d’une formule étonnamment concise, une histoire qui, à peine née, meurt entre vos mains. Pas dans un vacarme mais dans un murmure. 

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Attention : les écrivains n’aiment pas les étiquettes. La seule qu’ils tolèrent, c’est le code-barres au dos de leur livre. parce que personne ne peut le déchiffrer.

Sur ce livre, vous pouvez également lire la critique de Carmadou, ici.

Mes lectures

Grand maître- Jim Harrison

          L’inspecteur Sunderson est sur le point de prendre sa retraite. Il rêve déjà des longues parties de pêche à la truite près de Lac Supérieur, dans son Nord natal. Mais une affaire le tracasse, un gourou qui se fait appeler Grand Maître et qu’il soupçonne de s’intéresser d’un peu trop près aux très jeunes filles. Tant qu’il n’aura pas arrêté le vieux fou, Sunderson ne trouvera pas le repos.

          La trame est un classique du polar et n’offre pas de réelles surprises. D’ailleurs, l’histoire est presque secondaire. Une fois encore, en prenant pour prétexte cette traque, c’est l’Amérique que nous raconte Jim Harrison. Il nous parle de ce pays si varié, tant par les paysages que par les hommes qui les peuplent. Entre exaspération face à la bêtise ambiante et amour pour sa patrie, l’auteur nous livre un portrait sans concession mais pourtant plein de tendresse des Etats-Unis. Du Michigan à l’Arizona, on découvrira de grands espaces dignes des plus belles cartes postales et des modes de vie que tout oppose. La nature tient une place de choix dans les romans de Jim Harrison, ses personnages y font de longues excursions et il prend plaisir à nous décrire ces lieux qu’il aime, nous donnant envie d’aller à notre tour les découvrir.

          Il est moins tendre avec les hommes. Le personnage principal de ce roman est un homme vieillissant, un peu paumé, assez pathétique au fond, mais tout de même attachant. Il est en est de même pour ceux qui l’entourent : ce sont les failles de chacun qui sont mises en avant, ses blessures. Ce qui donne au roman un note un peu triste qui fait aussi son charme. L’écriture est comme les hommes dont elle parle, brute, sans apprêt. Du côté de l’histoire, on se laisse porter par cette traque, je reprocherais simplement une fin un peu bâclée, ce qui est très dommage et gâche quelque peu ce roman qui eût pu être excellent. Toutefois, on prend grand plaisir à cette lecture, à découvrir une Amérique loin des clichés, pleine de contradictions et qui attire autant qu’elle fait peur. Jim Harrison ne signe sans doute pas ici son meilleur roman mais reste une valeur sure : des personnages nuancés, un amour des grands espaces et un esprit critique aiguisé qui en font un auteur incontournable de la littérature américaine. 

La religion était un fait de la vie, comme l’huile de foie de morue, les impôts, la rentrée scolaire.

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J’en suis venu à m’intéresser de près aux rapports entre la religion, l’argent et le sexe.

– Eh bien vous êtes un crétin ou un érudit, ou encore les deux à la fois. Tout ça ne fait qu’un. On ne peut pas les dissocier.

Mes lectures

Viviane Elisabeth Fauville – Julia Deck

          Viviane Elsabeth Fauville, la quarantaine, un bébé, fraîchement divorcée. Elle est suivi par un psychanalyste et un jour, sans trop savoir pourquoi, elle le tue. Un meurtre qui la surprend elle-même et va quelque peu chambouler son existence jusque-là bien rangée.

         Un roman pour le moins surprenant, tant par l’histoire que par l’écriture. En effet, le point de vue semble interne mais c’est le « vous » qui est utilisé pour désigner notre héroïne, ce qui est extrêmement rare en littérature (à vrai dire de mémoire je serais même bien incapable de vous fournir un seul exemple). Une très belle originalité donc qui crée une ambiance toute particulière. La distance du vouvoiement donne un style assez froid qui retranscrit bien l’état d’esprit du personnage. Je ne m’étendrai pas trop sur ce livre, assez court et dont l’intrigue très particulière est le principal atout. Je n’ai trouvé aucun reproche majeur à lui faire, c’est original, bien écrit, bien construit. Incroyable mais vrai : je n’ai strictement rien à y redire ! L’auteur nous surprend et nous offre même une fin inattendue. La sensibilité et l’humour n’en sont pas pour autant oubliés avec une réflexion douce amère sur la quarantaine, le couple et la maternité. Un excellent premier roman qui ne ressemble à aucun autre et laisse présager du meilleur. A découvrir au plus vite.

Elle y boit des cafés en attendant d’aller chercher sa fille. Il paraît que les autres mères sont débordées, ravies d’échanger leurs enfants contre une ou deux heures de liberté, et Viviane pense pour quoi faire, il n’y a pas assez de démarche administratives pour occuper toute une vie, pas assez de ressources créatives chez aucun coiffeur pour justifier de s’y rendre plus d’une fois par semaine.

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L’argent, l’amour – on prend l’un quand on n’a pas l’autre, vous ne croyez pas ?

Actualité

Le prix des libraires, 1° sélection

Après l’averse de 2° sélection pour les prix littéraires prestigieux que nous avons connu hier, voilà que le prix des Libraires nous dévoile aujourd’hui sa très belle première liste. 26 ouvrages sont sélectionnés :

Olivier Adam, Les lisières (Flammarion)
Metin Arditi, Prince d’orchestre (Actes Sud)
Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)
Nathalie Démoulin, La grande bleue (Editions du Rouergue)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker, La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois),
Lionel Duroy, L’hiver des hommes (Julliard)
Nicolas d’Estienne d’Orves, Les fidélités successives (Albin Michel)
Eric Faye, Devenir immortel et puis mourir (Corti)
Jérôme Ferrari, Sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Yannick Grannec, La déesse des petites victoires (Anne Carrière)
Cécile Guilbert, Réanimation (Grasset)
Thierry Hesse, L’inconscience (L’Olivier)
Fabrice Humbert, Avant la chute (Le Passage)
Serge Joncour, L’amour sans le faire (Flammarion)
Fabienne Juhel, Les oubliés de la lande (Editions du Rouergue)
Marie-Hélène Lafon, Les pays (Buchet-Chastel)
Sébastien Lapaque, La convergence des alizés (Actes Sud)
Mathieu Larnaudie, Acharnement (Actes Sud)
Douna Loup, Les lignes de ta paume (Mercure de France)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelson (Sabine Wespieser)
Hubert Mingarelli, Un repas en hiver (Stock)
Derek Munn, Mon cri de Tarzan (Leo Scheer)
Makenzy Orcel, Les Immortelles (Zulma)
Joy Sorman, Comme une bête (Gallimard)

          Si certains de ces titres ont déjà été sélectionnés sur d’autres listes (à tout hasard, Patrick Deville…), d’autres étaient jusque-là absents. Une très belle liste qui comporte presque tous les livres de cette rentrée que j’ai aimés dont le très beau Jérôme Ferrari, le trop rare Hubert Mingeralli et le  si émouvant Serge Joncour.

          La deuxième sélection sera dévoilée début novembre, puis une dernière liste de 3 titres seulement en janvier et enfin, le résultats au mois de mars. Il y a fortes chances que j’ai complètement oublié d’ici-là mais avec un peu de chance, je vous tiendrai au courant.

Actualité

Prix littéraires, la sélection continue

          Après le Goncourt la semaine dernière, sont tombées aujourd’hui les 2° sélections des prix Renaudot, Médicis et Femina. Les voici.

Prix Renaudot :

Vassilis Alexakis, L’enfant grec (Stock)
Christian Authier, Une certaine fatigue (Stock)
Anne Berest, Les Patriarches (Grasset)
Mohamed Boudjedra, Le parti des coïncidences (Alma)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Henri Lopes, Une enfant de Poto-Poto (Gallimard)
Jean-Loup Trassard, L’homme des haies (Gallimard)
Florian Zeller, La Jouissance (Gallimard)

Prix Médicis :

Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Philippe Djian, Oh! (Gallimard)
Leslie Kaplan, Millefeuille (POL)
Emmanuelle Pireyre, Féerie générale (L’Olivier)
Patrick Roegiers, Le Bonheur des Belges (Grasset)
Abdellah Taïa, Infidèles (Seuil)

Prix Femina :

Thierry Beinstingel, Ils désertent (Fayard)
Julia Deck, Viviane Elisabeth Fauville (Minuit)
Patrick Deville, Peste et choléra (Seuil)
Jérôme Ferrari, Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Lancelot Hamelin, Le couvre-feu d’octobre (L’Arpenteur/Gallimard)
Bruno Le Maire, Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber (Gallimard)
Catherine Mavrikakis, Les derniers jours de Smokey Nelsol (Wespieser)
Catherine Safonoff, Le mineur et le canari (Zoé)
Antoine Sénanque, Salut Marie (Grasset)
Anne Serre, Petite table, sois mise ! (Verdier)

          On notera que Patrick Deville est décidément partout quand d’autres présences sont plus surprenantes à ce stade plus avancé des diverses sélections. Je vous rappelle au passage que la 2° sélection du Goncourt, c’est par là.Le verdict sera pour les tout premiers jours de novembre… En attendant, le Prix Nobel de littérature sera décerné ce jeudi. Rendez-vous très vite pour les résultats.