Mes lectures

Jane Eyre, Charlotte Brontë

Orpheline, Jane Eyre est recueillie à contrecœur par une tante qui la traite durement et dont les enfants rudoient leur cousine. Placée ensuite en pension, elle y reste jusqu’à l’âge de dix-huit ans. Elle devient alors gouvernante pour le noble M. Rochester, dont elle tombe bientôt amoureuse, mais les obstacles seront nombreux.

J’ai récemment décidé de me lancer dans la lecture de quelques classiques de la littérature anglaise, que je connais bien trop peu. Parmi eux, j’ai choisi Jane Eyre. Je dois avouer que malgré la célébrité de ce roman, je n’en connaissais pas grand-chose hormis le nom de son héroïne. C’a donc été pour moi une découverte totale. Et je dois dire que j’ai été au premier abord assez surprise. Il m’a fallu du temps pour rentrer dans cette histoire que j’ai trouvée austère. Sans raison particulière, je ne me suis pas vraiment attachée au personnage de Jane et j’ai eu un peu de mal à compatir à ses tourments. Toutefois, j’ai fini par me laisser porter par l’histoire au fil des pages.

Je n’ai pas été spécialement emballée par ce roman et j’ai eu du mal à m’attacher au personnage et à compatir à ses malheurs (je suis sans cœur, je sais). L’aspect romantique et tourmenté ne m’a pas particulièrement convaincue. Mais il faut dire que je suis peu sensible au genre, ce qui est loin de s’arranger avec l’âge. L’histoire est pleine de rebondissements qui m’ont parfois parus improbables. Toutefois, je pense que c’est tout à fait un texte que j’aurais pu apprécier plus jeune. Je regrette de l’avoir découvert sur le tard, je pense que je l’aurais sans doute adoré à 18 ans. Bien que ce ne soit pas trop mon genre, j’ai pris un certain plaisir à cette lecture et je suis contente d’avoir enfin pris le temps de lire ce grand classique de la littérature anglaise.

Portrait de Charlotte Brontë par George Richmond
George Richmond, 1850

Comme il est vrai que la beauté réside dans le regard de qui la contemple.

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Il n’y a pas de bonheur comme celui d’être aimé de ses semblables et de sentir que votre présence ajoute à leur bien-être.

Mes lectures

Lucy in the sky, Pete Fromm

Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.

Il y a peu, j’ai eu la chance de pouvoir choisir 3 titres parmi le catalogue des éditions Gallmeister (l’une de mes maisons favorites). J’aime toutes leurs parutions ou presque, ça n’a donc pas été facile ! Pour réduire un peu les possibilités, je me suis concentrée sur des écrivains que je n’avais pas encore lus. Pete Fromm faisait partie de ceux que j’avais envie de découvrir depuis longtemps. Pour le choix du titre, ça n’a pas été simple, finalement j’ai opté de quelque de très différent des titres que j’avais déjà à lire, pour de varier les plaisirs. Les histoires d’adolescentes, c’est un peu quitte ou double, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas toujours bien traité et ça peut rapidement être niais. J’attendais de voir.

Couverture de Lucy in the sky de Pete Fromm

J’ai de suite beaucoup aimé le style de Pete Fromm. Son écriture est un immense coup de cœur. Le personnage de Lucy est également une belle réussite, on apprend à la connaître au fil des pages, on la voit évoluer autant qu’on la voit grandir et elle gagne en subtilité peu à peu. Elle s’avère très attachante, une ado un peu spéciale, un peu « garçon manqué » qui échappe pour l’essentiel aux clichés du genre. J’ai beaucoup aimé ce personnage et la manière dont ses relations aux autres (ses parents, son meilleur ami…) sont traitées. Il y a beaucoup de tendresse et de fraîcheur dans ces lignes.

Pour autant, l’histoire de Lucy est loin d’être simple. Elle connaît évidemment les affres de l’adolescence : le corps qui change, les repères qui sont chamboulés, le futur incertain, les émotions à fleur de peau… Tout cela est très bien décrit, la peur de sortir de l’enfance, les premiers pas dans la séduction, le flou autour de tout ça aussi. Mais à cela s’ajoute une prise de conscience sur les manquements de ses parents, et notamment de son père, toujours absent. Elle prend peu à peu conscience du mystère qui entoure ses absences et de côté fuyant de celui qu’elle a toujours tant admiré. Cela suscite des questions dont les réponses pourraient bien bouleverser sa vie.

J’ai pris un immense plaisir à suivre l’évolution de cette petite fille qui devient peu à peu une jeune femme et dont le caractère s’affirme au fil des pages. Ce texte pourtant parle de choses assez simples et quotidiennes mais j’ai trouvé qu’il y avait un côté universel dans les émotions décrites et il y a une touche de dérision qui donne beaucoup de charme à ce texte. Seule la fin m’a laissée un peu perplexe, je ne sais trop que penser des dernières pages. Un roman léger en apparence mais qui ne manque pourtant pas de profondeur. Coup de cœur pour le personnage de Lucy et la vivacité tant du personnage que de l’écriture. Coup de cœur aussi pour ce texte tendre et pétillant, une excellente surprise.

Portrait de Pete Fromm, auteur

C’était donc ça, boire. Encore une étape dans ma vie. Ça et le sexe, je pouvais maintenant les ranger dans une sorte de boîte à souvenirs. « Étapes franchies ». Ça tinterait comme mes dents de lait dans la vieille boîte de tabac Copenhagen de Papa. Expériences vécues. C’était amusant, mais plus je faisais les choses – comme embrasser Justin Haven devant tout le monde -, plus je me sentais vide.

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Chez nous, l’amour n’est pas une chose qu’on fait semblant de ne pas voir dans l’espoir que ça disparaisse.

Mes lectures

Chien-loup, Serge Joncour

          L’idée de passer tout l’été coupés du monde angoissait Franck mais enchantait Lise, alors Franck avait accepté, un peu à contrecœur et beaucoup par amour, de louer dans le Lot cette maison absente de toutes les cartes et privée de tout réseau. L’annonce parlait d’un gîte perdu au milieu des collines, de calme et de paix. Mais pas du passé sanglant de cette maison que personne n’habitait plus et qui avait abrité un dompteur allemand et ses fauves pendant la Première Guerre mondiale. Et pas non plus de ce chien sans collier, chien ou loup, qui s’était imposé au couple dès le premier soir et qui semblait chercher un maître.

          Si vous suivez ce blog depuis longtemps, vous le savez peut-être : je suis une inconditionnelle des écrits de Serge Joncour. J’ai découvert ses romans il y a une quinzaine d’années, si je ne les ai pas tous lus, j’attends toujours impatiemment la sortie des nouveaux. Même si cette fois j’ai attendu un peu avant de me lancer dans cette lecture. J’ai d’abord aimé chez cet auteur l’humour grinçant et le délicieux cynisme de ses textes, et puis, il y a quelques années, le ton a changé du tout au tout, des textes plus intimes, plus profonds aussi et je dois admettre que ça lui réussit, son œuvre se bonifie avec le temps. L’amour sans le faire est sans doute celui que je préfère. J’avais donc hâte de commencer ma lecture.

Couverture du roman Chien-Loup de Serge Joncour

          Eh bien pour tout vous dire, c’est le premier Joncour qui me déçoit un peu. Enfin, pas que ce soit mal écrit mais je n’ai pas trop accroché avec l’histoire, j’ai trouvé tout ça très vain. La narration alterne entre deux époques et deux récits qui ont en commun le lieu où ils se déroulent, l’un aujourd’hui, l’autre durant la première Guerre mondiale. Si j’ai eu un peu de mal à rentrer dedans au début, j’ai finalement beaucoup aimé l’histoire du dresseur de fauves qui a échappé à la guerre avec ses lions en se réfugiant dans une maison isolée du causse.

          En revanche, l’histoire de ce couple se retrouvant là un siècle après m’a laissée de marbre. Ou plutôt devrais-je dire m’a profondément agacée. Cas typique de bobo parisien. Elle veut retourner à la nature, lui ne la supporte. Disons que le comportement du mec méprisant envers la campagne et ses habitants est très bien rendu mais ça m’horripile. On en voit déjà assez tous les jours, je n’ai pas spécialement envie de les recroiser dans mes lectures.

          Plus j’ai avancé dans cette lecture et plus une forme d’ennui s’est installée. J’ai trouvé que ça peinait à trouver son rythme et que sa manquait parfois de crédibilité. Je n’ai pas été happée, j’ai eu le sentiment constant d’un décalage, sans que je puisse le formuler, quelque chose qui fait que certes c’est pas mal, mais ce n’est pas totalement convaincant. Heureusement, la plume de Serge Joncour est aussi agréable qu’à l’accoutumée, il a un certain talent de conteur et à défaut de réellement croire à cette histoire, elle reste dans l’ensemble plutôt plaisante. Petite déception avec ce texte en demi-teinte dont seul un des deux pans m’a séduite quand l’autre m’a profondément ennuyée. Bien qu’il ne soit pas exactement raté, à mes yeux le roman le moins réussi de cet auteur ces dernières années.

Portrait de Serge Joncour

La nature de l’homme est de vite oublier les catastrophes passées, autant que de ne pas voir celles qui s’amorcent.

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Et si l’on dit des voyages qu’ils forment la jeunesse, les lectures font bien plus, elles apprennent à envisager le monde depuis mille points de vue dispersés.

Mes lectures

Ma première lecture en VO ou comment j’ai redécouvert Stephen King

J’ai lu beaucoup de romans de Stephen King dans mon adolescence et pourtant, je n’avais jamais lu Misery, qui est l’un de ses plus célèbres. Depuis quelques temps, la nouille que je suis en anglais s’est mis en tête de progresser. Quand j’ai vu cette version du roman en VO pour débutant avec les mots-clefs traduits publiée chez Harrap’s, ça m’a semblé pas mal pour débuter. La libraire m’a affirmé que c’était abordable et que même si le vocabulaire était un peu difficile au début, l’histoire était assez prenante pour ne pas décourager le lecteur débutant. Me voilà donc lancée dans ma première lecture en anglais.

Dès la première page, j’ai senti que ça n’allait pas être gagné cette histoire ! Même avec les mots-clefs traduits, j’ai été obligée d’aller en chercher un certain nombre dans le dictionnaire. Beaucoup de vocabulaire que je ne connaissais pas dans ce texte. Notamment autour de la douleur. Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait y avoir autant de mot pour dire « soupirer » ou « souffrir ». Enfin, en français aussi les nuances sont nombreuses, mais en anglais c’est plutôt pire. Et autant vous dire que vu mon niveau comprendre les nuances n’est pas aisé, pour ne pas dire impossible.

Le choix de ce roman n’était pas exactement une bonne idée pour débuter. C’est un huis-clos, il ne se passe pas grand-chose et la première moitié tourne essentiellement autour de la souffrance du personnage, décrite sous toutes les coutures, avec toutes les nuances possibles et imaginables. Lire ça quand on souffre de douleurs chroniques et qu’on est en pleine crise s’avère d’ailleurs assez déroutant comme expérience. En tout cas quand on manque de vocabulaire, pas évident de commencer par quelque chose qui repose beaucoup sur la psychologie du personnage et demande un minimum de compréhension fine pour en profiter. Je conseillerais plutôt de commencer par un roman d’aventure où l’action prime et qui est surement plus entraînant.

Couverture du roman Misery de Stephen King

J’étais partie pour une sacrée galère mais je me suis accrochée. Je me suis efforcée de lire une vingtaine de pages par jours (heureusement, ce roman est très court) et il m’a fallu trois semaines pour en venir à bout. Bien que j’aie eu beaucoup de mal et que ç’ait été très fastidieux (particulièrement dans la première moitié), j’ai apprécié cette lecture. Souvent, quand je dis que je trouve que Stephen King est loin d’être un mauvais auteur face à quelqu’un qui le méprise, je suis incapable d’expliquer pourquoi. Je trouve ses histoires prenantes, terrifiantes pour certaines, mais je ne sais pas analyser et quoi c’est un « bon » auteur. Il m’aura fallu le lire en VO à un rythme de tortue neurasthénique pour comprendre.

La force de Stephen King réside en sa capacité à créer des images. L’écriture est assez simple en apparence. On n’est pas face à des phrases travaillées et parfaitement construites à la Proust ou à la Flaubert (vu la vitesse d’écriture du King, on ne s’attend pas à ce qu’il passe une semaine sur une phrase me direz-vous). Le style peut sembler familier, souvent c’est écrit un peu comme on parle. Mais cette simplicité est quelque peu trompeuse. L’auteur use d’un vocabulaire vaste. Ici pour décrire la souffrance physique comme psychologique du personnage. Il ne nous épargne aucune nuance. De plus, il use et abuse des comparaisons et métaphores. Ici, une métaphore filée qui compare la douleur au flux et reflux de la marée. La répétition de cette image associée à un grand nombre d’adjectifs pour définir la profondeur de la souffrance du personnage nous permet presque, au fil des pages de commencer à la ressentir nous-même et ainsi nous glisser dans la peau du personnage.

Cette mise en place est assez longue. Mais une fois le lecteur ferré, l’auteur passe à l’action, instille peu à peu un climat d’insécurité, puis de peur, voire de terreur. Il amène le lecteur sur le terrain en même temps que son personnage. Par des images toujours, des petits détails insignifiants en apparence mais qui nous plongent dans cette réalité avec beaucoup de réalisme. Il recrée un quotidien banal dans lequel le lecteur se retrouve, l’y amène par des images simples et forte à la fois, et une fois qu’il a ferré sa proie, tout est prêt pour l’émouvoir ou la terroriser selon son bon vouloir. Je ne sais pas si c’est le cas pour tous ses romans (je ne pense pas, certains étant très différents), mais comprendre le mécanisme d’écriture derrière ses romans psychologiques m’a émerveillée. C’est du grand art. Stephen King est définitivement un conteur hors pair. Misery n’est peut-être pas son meilleur roman mais c’est un texte court qui fonctionne très bien et peut permettre de découvrir son univers. Ca m’a donné envie de lire ou relire d’autres de ses textes en VO.

Divers

Dernière nuit à Twisted River, John Irving

A Twisted River circulent des histoires… Celles que les bûcherons racontent dans la chaleur du camp, peuplées d’ours et de sensuelles Indiennes. Et celles qu’ils taisent, comme cette nuit glacée qui a vu la fuite de Dominic et de son fils, après le meurtre accidentel de la maîtresse du shérif. En cavale à travers l’Amérique, ils tentent de semer leur passé. Mais peut-on oublier Twisted River ?

Je n’avais jamais rien lu de John Irving, c’était une première pour moi et j’avais hâte de découvrir cet auteur avec ce roman qu’on m’avait conseillé. J’ai trouvé ça très bien écrit pourtant j’ai eu un peu de mal à accrocher au style comme à l’histoire. C’est complexe comme écriture, très dense, si je reconnais la qualité de la plume, ce n’est pas exactement léger. Quant à l’histoire, ça démarre plutôt bien. Les récits de bucherons au fond des bois, ça me parle ! Il me tardait de voir où tout cela allait nous mener. Le récit met du temps à se mettre en place. C’est assez lent. J’ai mis du temps à comprendre pourquoi j’aimais bien mais espérais en même temps tout à fait autre chose : ces histoires de grumes m’en rappelaient d’autres, celles de Quelquefois j’ai comme une grande idée, qui avait été un énorme coup de cœur, au fond je ne pouvais m’empêcher de comparer et d’être un peu déçue.

Couverture du roman Dernière nuit à Twisted river

Passée cette première impression un peu étrange de « j’aime bien mais pas tant que ça non plus », j’ai quand même fini par m’attacher un peu aux personnages et m’intéresser plus à leur sort. Il leur arrive pas mal de choses et ça s’avère assez prenant. Jusqu’à ce que de nouveau, je commence à m’ennuyer… Il y a un moment où j’ai commencé à trouver que non seulement ça devenait trop long mais surtout je ne croyais plus à cette histoire d’un mec qui voulait se venger pour un accident survenu 20 ans auparavant. Vraiment, plus les pages défilaient et plus j’ai trouvé que ça devenait tiré par les cheveux cette affaire.

J’ai alterné durant ma lecture les « on s’ennuie un peu non ? » et les « c’est pas mal quand même ! » J’ai eu un mal fou à me décider. Les deux à la fois sans doute. J’ai définitivement trouvé ça trop long. Ca se perd parfois dans des considérations qui n’ont plus grand-chose à voir avec l’histoire initiale. Ca mériterait d’être un peu écourté. Mais finalement j’ai dans l’ensemble bien aimé ce texte qui prend le temps de poser une ambiance et de construire des personnages intéressants. Comme j’écris mon article longtemps après l’avoir lu, je peux aussi dire que si sur le moment je n’ai pas adoré, j’y ai repensé fréquemment depuis, notamment aux lieux évoqués, comme si à travers ces 700 pages je m’en étais imprégnée. J’aime bien cette idée et je me dis que c’est aussi ça qui fait un grand texte : l’empreinte qu’il laisse. Un roman qui sur le moment, malgré la qualité de l’écriture, m’a semblé trop long, mais qui finalement m’a plus marquée je ne n’aurais cru.

Portrait de John Irving

On ne choisit pas toujours les circonstances d’une rencontre. Parfois les gens atterrissent bien proprement dans notre vie, comme tombés du ciel ou débarqués d’un vol en provenance directe du paradis ; et puis nous perdons brutalement des gens que nous avions cru à jamais tissés dans la trame de nos jours.

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Pour devenir la caricature de nous-mêmes, il suffit de vivre assez longtemps.