Mes lectures

Le système Victoria – Eric REINHARDT

          La vie de David bascule le jour où il aborde Vicoria dans une galerie marchande. David est marié et cette femme va devenir sa maîtresse. Moins d’un an après, elle trouve la mort et David se retire dans un hôtel perdu de la Creuse, bouleversé par le rôle qu’il a joué dans cette histoire.

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          J’attendais beaucoup de ce livre dont l’histoire me paraissait intéressante et dont j’avais entendu dire le plus grand bien de toute part. Ca ne m’avait pourtant pas empêché de le laisser un peu mariner dans ma bibliothèque, ne manquant pas d’autres lectures. Je me suis finalement lancée il y a peu, pleine d’enthousiasme, quasiment sure de tenir là un grand roman. Comme souvent dernièrement, j’ai vite déchanté. J’en viens à me demander si ce n’est pas juste moi qui suis mal lunée en ce moment… Toujours est-il que je n’ai pas du tout accroché.

          Au début du roman, on regarde David suivre Victoria pendant des heures dans un centre commercial. La situation est aussi improbable que dénuée d’intérêt. Les cent premières pages sont entièrement consacrées au désir de cet homme – dont on se contrefout – et ont mis mes nerfs à dure épreuve. J’ai eu beau insister, rien à faire, impossible de m’intéresser à cette histoire à laquelle je n’ai pas cru une seconde. Sans compter que j’ai trouvé le style assez plat et plutôt froid. L’ennui fut tel (assorti d’une petite pointe d’agacement, admettons-le) que j’ai fini par abandonner lâchement. Une déception. 

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Quand vous vous trouvez, en compagnie de quelques-uns de vos semblables, tout en haut de la pyramide, et c’était le cas de Victoria, personne n’est susceptible de vous causer des ennuis, vous êtes payé pour en créer aux autres par les contraintes que vous imposez et par les stratégies que vous mettez en oeuvre.

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D’être possédé par l’autre nous rend à nous-même.

Mes lectures

Le sang et la poussière – Malla Nunn

          A Durban, en 1953, l’ancien inspecteur-chef Emmanuel Cooper est contraint de gagner sa vie en travaillant sur les docks. Le meurtre d’un jeune garçon va le forcer à sortir de l’ombre. Il va devenir le suspect numéro un et devoir mener sa propre enquête pour se disculper. Une enquête difficile pour cet homme qui, déclaré métis, a perdu tout ses droits.

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          J’avais adoré le premier roman de Malla Nunn : Vengeance dans un paysage de rêve. Un excellent polar sur fond d’apartheid, à la fois haletant et passionnant d’un point de vie historique et social. La combinaison parfaite. J’avais dont hâte de m’attaquer à cette suite. J’ai été un peu déçue de constater que, si on retrouve bien le personnage principal, il ne s’agit pas d’une suite à proprement parler. On est quelques années plus tard et il s’agit d’une nouvelle enquête, dans un tout autre lieu. La fin du premier roman était assez ouverte, j’ai donc été frustrée que l’histoire s’arrête là. De plus, j’avais beaucoup aimé l’univers dans lequel se passait le premier opus, dans le bush avec des descriptions de paysages qui faisaient envie et l’ambiance si particulière des petits villages. J’ai un peu moins accroché avec l’univers de la grise Durban, beaucoup plus glauque…

          Toutefois, le style est toujours là. C’est très bien écrit et on se laisse vite prendre à l’histoire, d’autant que l’inspecteur Cooper est très sympathique : un peu cassé, un peu perdu aussi, on est loin du stéréotype du héros. Si j’ai moins accroché avec l’environnement urbain qu’avec celui plus champêtre du premier roman mais ce changement permet aussi de découvrir un face encore plus sombre de l’Afrique du Sud. Comme le précédent, ce roman permet d’aborder toute la complexité de ce pays. En se plaçant dans les années 50, ces textes sont moins politiques t polémiques que s’ils étaient situés dans le contexte actuel, mais ils permettent pourtant d’apprendre un peu à connaître l’histoire de ce pays et de mieux comprendre ses contradictions actuelles et sa complexité. Un histoire extrêmement prenante, intelligemment menée et bien écrite. Un très bon polar au fond social passionnant, comme on aimerait en voir plus souvent.

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Elle n’avait jamais été éconduite, se dit Emmanuel. Jamais un homme ne lui avait dit non. Qui était-il pour changer le cours de l’histoire ?

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Elle aimait ça comprit Emmanuel, le mélange d’amour, de douleur et de besoin.

Mes lectures

Op oloop – Juan Filloy

          Optimus Oloop est statisticien finnois qui vit dans le Buenos Aires des années 30. Il ordonne son quotidien avec une rigueur mathématique mais le jour de ses fiançailles, cette belle mécanique se grippe. Ce roman retrace tel un journal de bord 19h et 25min de sa vie en plein dérèglement.

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          J’avais acheté ce livre car il était mis en avant dans une librairie qui le désignait comme coup de coeur et j’avais trouvé sa couverture tellement belle qu’il fallait absolument qu’elle rejoigne ma bibliothèque. Je dois admettre que la quatrième de couverture m’inspirait moyennement, 19h de la vie d’un homme psychorigide, ce n’est a priori pas trop mon type de littérature. Mais bon, c’était aussi l’occasion de découvrir autre chose, je me suis donc lancée. Grande fut ma surprise en découvrant la qualité de l’écriture ! Un vrai régal ! Je m’attendais à quelques chose d’un peu austère et j’ai été très étonnée de trouver un style léger, plein d’un humour pince-sans rire et surtout, d’une incroyable maîtrise. Une écriture flamboyante comme on en croise trop peu !

          L’histoire sort également de l’ordinaire. Le personnage principal est assez antipathique mais le voir prendre pied peu à peu entraîne des situations cocasses et quelques réflexions assez drôles. J’ai beaucoup aimé toute la première partie sur la vie d’Op Oloop qui se dérègle peu à peu et l’ai littéralement dévorée. Malheureusement, vers le milieu, le livre s’essouffle un peu. La deuxième partie est essentiellement composée du compte rendu d’un repas qui est tout simplement interminable. L’occasion pour l’auteur d’aborder d’autre sujets, notamment politiques et sociaux, mais le stratagème manque de finesse et le résultat est d’un ennui mortel. On se désintéresse peu à peu de cette histoire qui s’enlise. Au final un roman qui s’avère inégal mais marque par son originalité et la qualité de son écriture, dommage qu’il ne parvienne pas à nous tenir en haleine jusqu’au bout.

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Il est indispensable que chacun apprenne à bien gérer sa haine ! La mienne est répartie de façon équitable entre ceux qui sont congelés dans le passé et ceux qui transpirent dans le présent. Car les uns souffrent de constipation cérébrale et les autres d’hémoroïdes de la sensibilité. De sorte que chacun à sa façon trahit la loi vitale qui exige d’évacuer ponctuellement les immondices telles que les mirages anciens ou lâchetés du temps présent

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La routine est tenace comme les morpions. Elle s’accroche à vous et se reproduit dans chaque geste comme le pou dans chaque poil. Seules la folie et la fièvre parviennent à l’extirper.

Mes lectures

Le Maître et Marguerite – Mikhaïl Boulgakov

          Que dire de ce livre ? Je regarde mon écran désespérément en tentant de trouver ce que je vais bien pouvoir raconter. Le maître et Marguerite, c’est un incontournable de la littérature russe du XX° siècle, un livre qui est devenu un classique à une vitesse époustouflante. Une très belle histoire d’amour aussi, paraît-il. Vous connaissez peut-être mon amour pour la littérature russe (bien que je lui consacre bien trop peu de temps), de Bougakov, j’avais adoré la biographie de Molière, tout le monde me disait le plus grand bien de son chef-d’oeuvre. Bref, un livre que je voulais depuis de nombreuses années et qui m’avait conquise avant même que j’en ai lu une seule ligne.

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          Dès les premières lignes, ce roman m’a extrêmement surprise, et pas vraiment dans le bon sens du terme…Grosso modo, je m’attendais à une histoire d’amour et voilà que nous commençons avec deux amis qui rencontrent un personnage des plus mystérieux, qui s’avérera finalement être le diable en personne. Autant vous dire que j’étais sidérée ! Le diable, rien que ça ! On nage en plein fantastique et c’est bien la dernière chose que j’aurais imaginée. Je ne suis pas une grande adepte du genre et le côté foisonnant de ce roman plein de péripéties toujours plus folles m’a clairement gênée. Toutefois, l’histoire est loin d’être dénuée de sens.

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          L’auteur l’a écrite en URSS, où la liberté d’expression était pour le moins limitée, le diable n’est ainsi qu’un stratagème pour dénoncer les agissement de Staline. Malheureusement, même en ayant conscience de ce contexte extrêmement difficile, j’ai tout de même peiné à apprécier la profondeur que cette double lecture donne à l’ouvrage. Peut-être que j’ai manqué de références pour bien appréhender les enjeux du texte, ou peut-être le premier sens de lecture était-il simplement trop éloigné de mes goûts pour que je m’intéresse vraiment au second, un peu des deux sans doute. Toujours est-il que je n’ai absolument pas accroché avec ce roman dont j’attendais temps. J’ai trouvé chaque nouveau rebondissement plus improbable que le précédent et à aucun moment je ne me suis intéressée à ce qu’il se passait. J’ai fini par abandonner, déçue d’être passée totalement à côté de ce livre. 

Mes lectures

Le Premier Homme – Albert Camus

          Jacques se souvient de son enfance à Alger, dans une famille pauvre mais aimante, à sa façon. Une vie simple et dure où l’amitié et les petits plaisirs prennent toute la place. Des jeunes années difficiles qui vont forger la personnalité du jeune Jacques et le marquer durablement. 

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          Le premier homme est le manuscrit sur lequel travaillait Albert Camus au moment de sa mort. Il reste inachevé et les nombreuses notes de bas de page sont autant de témoignages de l’écriture en cours, avec ses hésitations. L’écriture est très agréable, même si on sent par moments que le texte n’est pas fini. Il y a parfois des longueurs et quelques passages mériteraient d’être retravaillés, pourtant, quand on lit ce texte, on est avant tout marqué par la maîtrise et la qualité du style. On n’en est que plus frustré de le savoir inachevé, et on pense au chef-d’oeuvre qu’il se serait sans doute devenu.

          Si l’écriture d’une grande qualité, l’histoire n’est pas en reste. Ce roman est largement autobiographique et cela se ressent dans la force des souvenirs évoqués. Il y a beaucoup de tendresse dans ces lignes, malgré la rudesse de la vie qu’elles décrivent. C’est simple et dur, grillé par le soleil, où jamais rien n’est superflu, et où se cache pourtant une certaine beauté. Plus encore que la beauté de l’écriture, j’ai apprécié l’univers qu’elle esquisse, sec et intransigeant. Certains des souvenirs d’enfance de l’auteur sont particulièrement forts et émouvants, et on ne peut qu’admirer son incroyable parcours. Un très beau livre dont on ne peut que regretter qu’il n’ait pu être fini.

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La mémoire des pauvres est déjà moins nourrie que celle des riches, elle a moins de repères dans l’espace puisqu’ils quittent rarement le lieu où ils vivent, moins de repères aussi dans le temps d’une vie uniforme et grise.

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Une défiance résignée à l’égard de la vie, qu’ils aimaient animalement mais dont ils savaient par expérience qu’elle accouche régulièrement du malheur sans même avoir donné de signes qu’elle le portait.