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Michel Strogoff, de Jules Verne

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          Les provinces sibériennes de la Russie sont envahies par des hordes tartares. Le traitre Ivan Ogareff projette d’entamer l’empire moscovite ! Le frère du tsar est en péril à Irkoutsk et les communications sont coupées. Comment le prévenir ? Pour passer, en dépit des difficultés sans nombre et presque insurmontables, il faudrait un courrier d’une intelligence et d’un courage quasi surhumains. Le capitaine Michel Strogoff est choisi et part, porteur d’une lettre du tsar, en même temps qu’une jeune Livonienne, la belle Nadia, et que deux journalistes, l’Anglais Harry Blount et le Français Alcide Jolivet…

Couverture de Michel Strogoff

          Classiques toujours. Le dernier de cette première série de (re)découverte des classiques de la littérature. J’avais lu Michel Strogoff étant enfant et j’en gardais un excellent souvenir, j’étais donc très curieuse de le relire avec des yeux d’adultes. Contre toute attente, je me souvenais assez précisément de l’histoire. Je me rappelais d’un roman d’aventure et d’une histoire d’amour et je pensais que si je l’avais lu avec autant de plaisir à 10 ans le style devait être plutôt facile à lire. J’espérais y prendre le même plaisir qu’étant enfant et raviver mes souvenirs.

          Si je ne m’étais pas trop trompée du côté de l’histoire (je me rappelais grosso modo des moments les plus marquants), pour le style j’ai été très étonnée de constater que non, ce n’était pas particulièrement facile à lire. C’est un style classique, parfois pompeux, dans l’ensemble assez lourd et qui a plutôt mal vieilli. Ca manque clairement de mordant et de légèreté. Sans compter qu’il y a des tournures parfois assez alambiquées et du vocabulaire qui m’échappe encore aujourd’hui. Bref, un style très « XIX° ». C’est bien écrit mais ce n’est pas le comble de la modernité. Je suis fort étonnée que ça ne m’ait absolument pas frappée à l’époque et que j’aie trouvé ça tout à fait normal. Comme quoi, les enfants, tant que l’histoire est bien, ça se fiche pas mal de galérer avec le style. J’essaierai de me rappeler devant le prochain bouquin alambiqué que j’étais autrement plus patiente  10 ans…

          Côté histoire, il y a quand même de quoi faire dans ce roman. Il y a un héros qui assure (du genre fort et courageux), il se trouve une acolyte toute faible à protéger (bon, c’est un peu sexiste, ok mais pour l’époque on va dire que ça passe). Ca y va fort sur la péripétie, le méchant très méchant et tout et tout, franchement, c’est génial ! Et en plus ça se passe en Russie avec des tartares, ça fait une occasion de se cultiver un peu. Gros gros plaisir de lecture. Même si ça passerait encore mieux avec un style plus actuel. Un roman d’aventure efficace dont l’écriture a sans doute un peu vieilli et qui m’a permis de me rendre compte à quel point mes goûts en littérature allaient de plus en plus (un peu trop ?) vers la simplicité.

Portrait de Jules Verne

Eh ! Que diable ! Il faut bien bouillir quelquefois ! Dieu nous aurait mis de l’eau dans les veines et non du sang, s’il nous eût voulus toujours et partout imperturbables !

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Michel Strogoff avait le tempérament de l’homme décidé, qui prend rapidement son parti, qui ne se ronge pas les ongles dans l’incertitude, qui ne se gratte pas l’oreille dans le doute, qui ne piétine pas dans l’indécision.

Volia Volnaïa de Victor Remizov

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          Un roman russe fulgurant, une plongée dans l’immensité sibérienne, qui conte l’éternel affrontement entre désir de liberté et asservissement au pouvoir. Porté par une seule devise, Volia volnaïa, « Libre liberté », une très forte quête identitaire, avec, en toile de fond, le tableau contrasté de la Russie d’aujourd’hui, tiraillée entre tradition et modernité.

          J’aime généralement beaucoup la littérature russe, même si je connais plus les classiques que les contemporains et j’avais bien envie de découvrir ce roman. La vie au cœur de la taïga me fascine, les grands espaces, la nature, la vodka qui coule à flots, je ne sais pas, ça me fait toujours un peu rêver. J’avais donc hâte de commencer ma lecture. Etrangement, je n’ai pas accroché plus que ça. J’ai trouvé que c’était plutôt bien écrit et agréable à lire mais je ne sais pas, je ne suis pas rentrée dedans. Ca partait plutôt bien : la nature, un homme solitaire avec ses chiens, je me voyais déjà au milieu des paysages enneigés.

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          Et puis le reste n’a pas suivi. On change de personnage d’un chapitre à l’autre. La plupart ne m’ont pas été très sympathiques, j’ai eu du mal à m’intéresser à leur histoire, et surtout, j’ai commencé à les confondre. Pourtant j’ai l’habitude des romans russes avec les noms à rallonge, les surnoms, tout ça. D’habitude je m’aide des caractères des personnages pour me repérer mais là j’ai trouvé qu’ils se ressemblaient trop pour cette méthode fonctionne vraiment, mais passer mon temps à douter de qui était qui et avait fait quoi? Exténuant.

          Le rythme est très lent, ce qui en soi n’est pas particulièrement un problème, mais comme je n’accrochais pas trop avec les personnages, j’ai vite trouvé le temps long. C’est un peu bizarre, quelque part j’aimais bien cette lecture, simplement je n’arrivais pas à suffisamment m’y intéresser pour avoir envie de rouvrir ce livre après l’avoir refermé. Je n’avais pas non plus spécialement envie de l’arrêter mais puisque je n’avançais pas, que je n’étais pas plus intriguée que ça par la suite de l’histoire et que j’en venais à toujours trouver mieux à faire que lire, je l’ai finalement laissé de côté. Trop de lectures qui m’attendent. Je regrette un peu de ne pas avoir aimé ce roman plus que ça, je pense qu’il aurait pu me plaire à une autre période, il y a des livres qui ne tombent pas au bon moment. Dommage.

Victor Remizov

La solitude dans la taïga est une drogue accrocheuse. Celui qui y a goûté, s’il vaut quelque chose, ne peut plus s’en passer et, s’il y renonce contre son gré, il en souffre comme d’une perte irréparable.

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Le matin, il se découvrit face au soleil levant et resta longtemps à le contempler. C’était sa façon de prier.

Berezina, le dernier pari fou de Sylvain Tesson

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          Sylvain Tesson revient avec un nouveau récit de voyage. Cette fois, il a décidé avec quelques copains de partir sur les traces de Napoléon et de refaire le trajet de la retraite de Russie… en side-car. Toute une expédition où la petite histoire rejoint la grande.

          Ce n’est un secret pour personne, j’adore Sylvain Tesson. Les récits de voyages en général, les siens en particulier. J’aime son style un peu âpre et son amour des grands espaces à la Jack London (un de mes auteurs favoris), son cynisme, sa culture et sa sensibilité. Oui oui, tout ça. C’est l’homme idéal, ni plus ni moins (je sais, j’ai une drôle de vision de l’homme idéal mais on s’en fiche, là n’est pas le sujet). Cet été, j’ai eu une peur bleue de perdre un de mes auteurs contemporains préférés lorsqu’il est tombé d’un toit en escaladant un chalet juste après avoir déposé ce manuscrit chez son éditeur. Dix jours de coma et pas mal de séquelles mais si le physique est meurtri, son intelligence reste intacte et c’est bien là l’essentiel. Après une longue rééducation, on retrouvera sans doute l’aventurier acharné dans de nouveaux récits, forts nombreux je l’espère. En attentant, il revient avec ce livre un peu particulier, qui mêle aventure et histoire.

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          J’avoue ne pas être très calée en histoire et je ne sais à peu près rien de la bataille de Russie. Tout ce que j’en sais, je l’ai découvert dans Guerre et Paix. J’avoue qu’heureusement que j’avais quelques vagues souvenirs du roman parce que sinon j’aurais peut-être eu un peu de mal à suivre. Sylvain Tesson a toujours été un personnage atypique mais dans ce récit on atteint des sommets ! Cet homme est complètement barré ! J’apprécie, notez, mais j’ai parfois eu un peu de mal à rentrer dans le délire. Le side-car, j’adhère totalement, par contre le mec qui se prend pour Napoléon en pleine retraite euh… comment dire ? Je sais qu’entre copains on peut aller très loin dans ses divagations mais le grand public pourrait trouver ça un poil mégalo quand même. Ou juste complètement fou. Il vaut mieux donc être adepte de l’originalité (et d’histoire napoléonienne) pour se lancer dans cette lecture au risque d’être un peu paumé.

          Après une rapide présentation du projet et de a préparation, on suit le périple au jour le jour. Je dois avouer que ce n’est pas le récit de l’auteur auquel j’ai le plus accroché. Tesson et ses amis se sont lancé sur les traces de Napoléon 200 ans après lui. L’auteur fait donc un constant parallèle entre leurs expériences pourtant si dissemblables. J’ai beaucoup aimé le côté aventureux et un peu fou de l’expérience. En revanche, j’avoue avoir parfois avoir un peu décroché avec le côté historique, très présent et parfois de manière un peu décousue. J’ai à la fois été ravie d’apprendre plein de choses sur la retraite de Russie, et par moments un peu lassée de ne pas saisir toutes les références. Je pense que la lecture aurait été particulièrement difficile si Guerre et paix ne m’avait pas un peu éduquée en la matière. J’ai donc été un peu mitigée sur ce livre intéressant par certains aspects mais dans lequel je me suis un peu perdue parfois. Sylvain Tesson ne nous livre pas ici son livre le plus abouti, tant dans sa forme – un peu brouillon – que dans son style -assez brut, mais l’idée est originale (trop ?) et le fond historique solide. Une lecture qui m’a un peu égarée parfois mais qui dans l’ensemble s’est avérée agréable. Les amateurs d’histoire seront sans doute enchantés.

Sylvain Tesson et Cédric Gras passent devant le monastère de Borodino.

L’homme n’est jamais content de son sort, il aspire à autre chose, cultive l’esprit de contradiction, se propulse hors de l’instant. L’insatisfaction est le moteur de ses actes.

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Moi qui aime par-dessus tout la contemplation des atlas, je me disais que les stratèges exercent un beau métier. Ils vivent, penchés sur les cartes, à piqueter des épingles et dessiner des flèches, en s’offusquant que le mouvement des troupes ne suit pas les tracés.

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La retraite de Russie repose ainsi sur ce paradoxe, pressenti par Koutouzov, unique dans l’Histoire des Hommes: une armée marcha, de victoire en victoire, vers son anéantissement total !

Le lien vers son passage dans La grande Librairie et la vidéo d’On n’est pas couché (désolée pour les pubs incessantes, un vrai fléau).

Terminus radieux, Antoine Volodine

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          Dans un monde où l’explosion des centrales nucléaires a rendu inhabitable une grande partie du territoire, alors que la 2° Union Soviétique s’effondre, trois amis fuient au milieu des terres désolées. En chemin, ils rencontreront un président de kolkhoze tyrannique et ses trois filles. A leurs côtés, ils vont errer entre la vie et la mort.

couv Terminus radieux

          D’Antoine Volodine, je n’avais lu que le splendide Ecrivains, un récit qui se présente comme un recueil de nouvelles, publié il y a 4 ans. La découverte de son style a été une décharge, une illumination, un éblouissement. Je crois bien que jamais je n’avais rien lu d’aussi beau. Il est vrai que le sujet me parlait mais surtout, quel style : riche, dense poétique. Rien n’est facile dans cette écriture-là, elle se mérite et pourtant elle m’a semblé couler d’elle-même. Je me souviens d’une phrase de 2 pages lue sans m’en rendre compte, comme dans un souffle. Une évidence. J’avais rarement trouvé un texte aussi dense et aussi beau.

          Je l’ai prêté autour de moi, mes amis l’ont abandonné les uns après les autres. Je crois que c’est le moment où j’ai compris à quel point cette lecture pouvait être ardue si on ne tombait pas sous le charme de son style. Cette année-là, Antoine Volodine publiait en même temps 3 romans, sous 3 pseudonymes différents. Je les ai tous achetés. Le 2° auquel je me suis attaquée m’a paru, sombre, compliqué voire carrément sordide (ma critique ici, d’ailleurs à la relire, j’avais adoré le style alors que je ne me souviens que de l’univers ultra glauque, comme quoi). J’ai abandonné au bout de 50 pages d’une lecture laborieuse. Le 3° est resté à sommeiller dans ma bibliothèque et attend encore que je l’en déloge. J’étais donc très curieuse de voir ce que celui-ci aller donner. D’autant plus que quand j’en ai parlé à une libraire fan de l’auteur elle m’a dit « c’est aussi sombre que tous les autres », comme je n’en avais lu que deux qui n’avaient pas le moindre rapport, je n’étais pas sure d’aimer cette réponse.

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          La 4° de couverture fait un peu peur, il y est question de soldats fantômes, de morts vivants et d’inquiétantes princesses dans un monde dévasté par des accidents nucléaires. Pas joyeux et surnaturel en prime. Pourtant, dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si particulière qui m’avait charmée la première fois. Quant au côté surnaturel, il est assez peu présent (au début surtout). On est dans un futur où de vastes zones sont rendues inhabitables par les accidents nucléaires successifs ce qui est quand même on ne peut plus crédible. On plonge doucement aux frontières de fantastique peu à peu, mais comme on a 600 pages pour s’habituer, la transition se fait en douceur.

          J’ai beaucoup aimé cette lecture même s’il faut dire qu’il y a tout de même quelques longueurs. Toutefois, rares sont les passages où je me suis ennuyée. C’est surtout sur la fin que j’ai un peu décroché par moments, quand ça devient un peu plus étrange. Je trouve très difficile de parler de ce roman riche, complexe et à mes yeux assez indéfinissable. En général, quand j’aime un livre, j’ai envie de le partager avec la terre entière. Celui-ci a beau être considéré comme l’un de plus réussis de Volodine (et des plus accessibles par la même occasion), je ne vois vraiment pas qui autours de moi pourrait bien l’apprécier. Et je suis entourée de grands lecteurs ! Il me semble que malgré ses qualités nombreuses et indéniables Terminus Radieux s’adresse tout de même à un public assez restreint et disons-le plutôt intello.

          J’ai toujours aimé la littérature russe. Je ne sais pas pourquoi l’évocation de la taïga et de la toundra me fait autant rêver. Toujours est-il que ça fonctionne à tous les coups ! Je trouve toujours dans la lenteur des traversées de ces grands espaces une poésie qui me ravit. Etant donné que tous le roman ou presque ce déroule dans des espaces vierges, j’ai été comblée. J’ai beaucoup aimé cette lecture que j’ai d’ailleurs trouvée moins ardue que ce que je pensais du point de vue du style. Il est certes complexe mais pas retors et on avance dans cette épopée futuriste rapidement. L’histoire est sans doute un peu moins évidente mais là aussi, je m’attendais tellement à un univers apocalyptique que je l’ai finalement trouvé assez abordable. Ce texte interroge sur la société et l’avenir de l’humanité tout en virant parfois au mystique. Un roman, dense, complexe, intelligent, terriblement bien écrit : à la fois sombre et lumineux.

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Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes.
Le ciel était couvert d’une mince laque de nuages. Juste derrière, le soleil invisible brillait. On ne pouvait lever les yeux sans être ébloui.

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Nous n’avions aucune explication quand nous nous interrogions sur les mauvais choix de I’humanité. L’optimisme marxiste nous interdisait d’y voir les preuves de graves défauts dans le patrimoine génétique de notre espèce. Une attirance imbécile pour I’autodestruction, une passivité masochiste devant les prédateurs, et peut-être aussi et surtout une inaptitude fondamentale au collectivisme. Nous pensions cela au fond de nous, mais, comme la théorie officielle balayait ces hypothèses d’un haussement d’épaules, nous n’abordions pas le sujet, même entre camarades. Même dans les plaisanteries entre camarades.

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Quand on progresse dans la vieille forêt, quand on écrase sous ses bottes des branchettes perdues par les arbres, les sapins centenaires, les mélèzes noirs, quand on a le visage caressé ou battu par les mousses ruisselantes, on se trouve dans un univers intermédiaire, dans quelque chose où tout existe fortement, où rien n’est illusion, mais, en même temps, on a l’inquiétante sensation d’être prisonnier à l’intérieur d’une image, et de se déplacer dans un rêve étranger, dans un bardo où l’on est soi-même étranger, où l’on est un intrus peu sympathique, ni vivant ni mort, dans un rêve sans issue et sans durée.

Limonov – Emmanuel Carrère

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          Edouard Limonov, un personnage inclassable de l’opposition au pouvoir en Russie. Avant d’en arriver là, il a été tour à tour petit voyou, poète, clochard, valet de chambre, écrivain à la mode, soldat… De Moscou aux Balkans en passant par Paris et New-York, une vie d’aventure pour un personnage trouble et ambigu.

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          Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais été particulièrement tenté par les livres d’Emmanuel Carrère, sans doute parce que les gens qui l’appréciaient autour de moi étaient très intellos parisiens. Pourtant, quand il a obtenu le prix Renaudot avec Limonov, pour la première fois, ça a réellement éveillé ma curiosité. Parce que Limonov est un sacré personnage et que je voulais en apprendre plus sur lui, parce que le sujet ne collait pas avec l’image (fausse et étriquée) que j’avais de l’auteur et parce que la critique était unanime. Bref, autant de raison de s’y mettre, même s’il m’aura fallu quelques mois (l’attente de la sortie en poche, tout ça…) avant de me décider.

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          Dès les premières lignes j’ai été très surprise – et conquise – par le style. Il est simple et efficace : on est plus proche du journalisme que du romanesque. L’auteur n’hésite pas à faire entendre sa voix, donner son avis ou faire part de ses doutes, ce qui donne au texte un aspect très intéressant. Quant à la vie de Limonov, elle se suffit à elle-même. Un destin hors-normes pour un personnage qui l’est tout autant. A travers son histoire, c’est également l’évolution de la Russie après la Seconde Guerre Mondiale qu’on découvre. Il donne également envie de se pencher sur d’autres auteurs, qui ont jalonné les parcours des deux écrivains. Tout est passionnant dans ce livre qui se dévore littéralement.

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La vie a été bonne parce qu’on s’est aimés. Ce n’est peut-être pas comme ça que ça finira mais c’est comme ça, s’il ne tenait qu’à moi, que j’aimerais que ça finisse.

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Cette énergie, hélas, au lieu de me stimuler, m’enfonçait un peu plus, page après page, dans la dépression et la haine de moi-même. Plus je le lisais, plus je me sentais taillé dans une étoffe terne et médiocre, voué à tenir dans le monde un rôle de figurant, et de figurant amer, envieux, de figurant qui rêve des premiers rôles en sachant bien qu’il ne les aura jamais parce qu’il manque de charisme, de générosité, de courage, de tout sauf de l’affreuse lucidité des ratés.

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Je suis pris de court mais je répond sincèrement : parce qu’il a – ou parce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.
Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarde :
« une vie de merde, oui ».