Cinéma

Lincoln

Drame/biopic américain de Steven Spielberg avec Daniel Day-Lewis, Sally Field, David Strathairn

          Abraham Lincoln vient d’être réélu Président des Etats-Unis, alors que la Guerre de Sécession fait rage. Il souhaite voir ce conflit meurtrier prendre fin au plus vite et profiter de cette instabilité pour abolir l’esclavage. Un changement pour lequel le pays ne semble pas vraiment prêt mais Lincoln compte bien se battre pour obtenir ce qu’il souhaite, par tous les moyens…

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          Je dois admettre mon amour certain pour ce type de films. Les histoires politiques me fascinent et j’aime découvrir la vie des grands hommes à l’écran. Je me rends également compte avec le temps que j’apprécie le cinéma hollywoodien. Certes, il en fait souvent trop, joue sur la corde sensible plus souvent que de raison, abuse des violons et autres artifices surfaits, ne se lasse pas d’être moralisateur et sacrifie parfois l’histoire au grand spectacle et pourtant, quand ça marche, c’est tellement magique ! J’ai beau trouver des tonnes de défauts à ces films calibrés pour plaire, ils n’en parviennent pas moins à me faire rêver. Telles étaient mes principales réflexions devant cet imposant Lincoln. Il faut avouer aussi, que comme je vous le disais ici, je partais déjà conquise : Lincoln sur fond d’abolition de l’esclavage, Spielberg et Daniel Day-Lewis fleuraient bon le trio gagnant, d’autant que les critiques semblaient quasi-unanimes.

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         Dès les premières minutes, j’ai trouvé le résultat presque à la hauteur de mes espérances (oui, juste presque). Commençons par l’essentiel, Daniel Day-Lewis est absolument parfait en Lincoln. Sa remarquable prestation mise à part, j’ai aimé la manière dont l’histoire était filmée avec une lumière intéressante et quelques très jolis plans. L’histoire est quant à elle évidemment grandiose, l’abolition de l’esclavage est un sujet en or ! Spielberg fait de Lincoln un président profondément humain avec ses contradictions, ses manies, ses convictions, ses doutes et ses peurs. Il fait parfois penser à un grand-père quelque peu roublard, à la fois sympathique et rassurant.

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          Je suis sortie de la salle avec l’envie d’en savoir plus sur l’homme et la période chaotique de sa présidence. On peut reprocher au film un côté un peu scolaire sur les coulisses du pouvoir et un aspect parfois un peu lisse alors même qu’il traite d’un sujet qui a déchaîné les passions (ce n’est d’ailleurs pas sans rappeler des débats récents…). Malgré ce petit bémol (et quelques longueurs), Spielberg signe ici un grand film et offre à Daniel Day-Lewis un rôle magnifique. Un très bel hommage que ce Lincoln tout en profondeur et en humanité.


Mes lectures

Une femme aimée – Andreï Makine

          Oleg est un jeune cinéaste fasciné par la vie de la Grande Catherine ; cette souveraine présentée comme une séductrice invétérée, tsarine cruelle et parfois despotique se définissant pourtant comme républicaine. Une femme complexe à la tête d’un empire. Il souhaite effacer ces clichés et trouver derrière ce destin exceptionnel ce qu’il y a pu avoir de simplement humain chez cette femme hors du commun. Une quête qui va le poursuivre et trouvera un échos dans sa propre vie, dans une Russie en pleine mutation.

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          Ceux qui me suivent depuis un moment le savent déjà, je suis une inconditionnelle de l’écriture sensible d’Andreï Makine. Je ne pouvais donc que me réjouir de la sortie de ce nouvel ouvrage pourtant un peu particulier puisqu’il s’attache à la biographie de Catherine II de Russie. Comme souvent chez cet auteur, bien qu’on rentre directement au coeur du sujet, il faut un certain pour se plonger dans le style et l’histoire, d’autant que mes connaissances en culture russe sont quand même très limitées. Le sujet devient réellement intéressant quand l’histoire d’Oleg vient se confondre avec celle de la souveraine dont il décortique la vie. Il cherche à se retrouver dans une destinée qui n’a en apparence strictement aucun rapport avec la sienne, à part peut-être dans les manques et les insatisfactions qui les traversent : l’envie d’être aimée ou l’impression de ne pas être à sa place dans son temps.

          On retrouve dans ce roman beaucoup des qualités que j’aime chez cet auteur. Le style est fluide et la construction travaillée. Comme souvent chez Makine, il est question à la fois d’amour et du rapport à la société. Ses personnages sont en décalage avec leur temps et leur histoire permet d’aborder avec légèreté des sujets universels. J’ai aimé découvrir Catherine II, avec ses contradictions et ses excentricités. Le fait de lire sa biographie à travers les yeux d’un jeune russe passionné permet de mettre l’accent sur certains aspects de sa vie et d’y chercher une logique qui défie les préjugés. Andreï Makine sait comme personne mettre en lumière l’humanité des personnages qu’il construit et leurs fêlures. Un roman intelligent et sensible qui mêle plusieurs visions d’une Russie en perpétuelle évolution. 

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Cette chambre dans un appartement communautaire, quinze habitants répartis dans les sept pièces, une cuisine commune, l’unique salle de bain. Un enfer quotidien, et pourtant on peut y être heureux (ses parents, de leur vivant, le disaient : en Enfer, profitons du feu…)

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Rien de plus lointain qu’une femme qui s’installe dans un nouvel amour. Une extraterrestre, un doux monstre distrait dont le visage, proche et déjà méconnaissable, provoque une attirance exacerbée, torturante et vaine.

Actualité

L’actu de la semaine (02/02)

La jeune Ludivine, 17 ans, portée disparue mercredi matin, a été retrouvée pendue dans un bois tout proche de chez elle. En l’absence de traces suspectes, la piste du suicide est privilégiée, d’autant qu’elle qu’avant sa disparition, ses comptes sur les réseaux sociaux avaient été fermés. L’enquête continue toutefois.

Les débats sur le mariage pour tous sont en cours à l’Assemblée Nationale, après les fortes mobilisation des « anti » il y a 3 semaines et ds « pro » la semaine passée. Comme on pouvait s’y attendre, il semblerait qu’on assiste à un vrai dialogue de sourds entre les deux parties. Les amendements les plus farfelus ont été déposés par le Front National pour tenter d’empêcher le vote de la loi. On trouve toutefois, même dans les rangs de l’oppositions, quelques défenseurs du texte. Affaire à suivre…

Le moment sport du jour : Laure Manaudou annonce qu’elle est enceinte et prend sa retraite à 26 ans ; de son côté, à 37 ans, David Beckham rejoint le PSG, un choix sans doute bien plus économique que sportif pour le célèbre club.

Dans le Nord, un professeur a été d’escroquer des parents d’élèves. Il leur demandait 7500€ contre son silence sur une agression de leur fils à son égard. En effet, celui-ci l’aurait frappé au visage avec une brique. Les parents ont d’abord commencé par payer 300€ mensuels en mandat-cash avant de porter plainte pour ce chantage lorsque leur fils a finalement été exclu de l’établissement.

Le revue médicale Prescrire vient de publier une longue liste (4 pages) des médicaments qui seraient selon elle plus dangereux qu’utiles. Parmi eux, de nombreux médicaments employés de manière assez courante. La revue invite les patients à ne pas paniquer mais à demander à leur médecin de les rediriger vers un traitement plus sûr lorsque cela s’avère possible.

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Le mot de la semaine sera GODELUREAU : « Jeune homme aux manières affectées et qui se plaît à courtiser les femmes. »

Les sorties ciné :

– Lincoln : le film revient sur la fin du mandat de Lincoln, le président tente de mettre fin à la guerre civile qui ravage le pays et d’abolir l’esclavage, une mesure qui connaît une vive opposition mais qu’il ne compte pas abandonner. Le sujet est passionnant, l’acteur principal (Daniel Day-Lewis) est trop rare et c’est Spielberg qui est aux commandes. Sans doute l’un des grands films de cette année.

– Happiness therapy : Pat a perdu sa maison, son travail et sa femme, il retourne donc vivre chez ses parents, contraint et forcé ; il garde pourtant un moral d’acier et quand il rencontre Tiffany, aussi paumée que lui, ils vont décider de s’aider à reprendre mutuellement leurs vies en main. Un film sur lequel la critique est unanime et dont la bande-annonce me tente bien, une comédie romantique qui me semble réussie et me tente bien.

– Amitiés sincères : Walter aime une vie simple entouré de ses amis et de sa fille ; pour lui, la sincérité est au centre de tout, pourtant ses amis lui mentent, mais ça, il ne le sait pas encore. A priori, pas exactement mon genre de film, mais un peu de bons sentiments de temps en temps ça n’a jamais fait de mal à personne et j’aime Lanvin dans ce type de rôle. Un film qui me paraît bien pour un bon moment de détente.

Bonne semaine à tous !

Divers

Janvier, le bilan

          Un bilan de janvier bien morose qui va avoir le mérite d’être vite fait. Je n’ai lu qu’un seul livre en janvier (mais quel livre !) : le célèbre Guerre et Paix de Léon Tolstoï. Donc bon, forcément, le choix a été aisé. Il se trouve que c’était une bonne lecture, quoiqu’un rien fastidieuse, elle n’aurait donc sans doute pas été détrônée si autre livre il y avait eu. C’est bien écrit -évidément – l’histoire est prenant et la psychologie des personnages fouillée. L’aspect historique est aussi prenant que les intrigues de salon, pour une fresque politico-sociale des plus passionnantes. 950 pages (oui oui, c’était la version courte…) en plus d’un mois, ma productivité en prend un sacré coup ! Espérons que ça ira mieux en février. D’ailleurs j’ai presque fini Une femme aimée, le dernier Makine, qui risque fort de se retrouver dans mon bilan de février.

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          Côté cinéma, un désert également, avec seulement 2 films vus. Et tant d’autres qui me tentent ! Torture d’être cloîtré chez soi sans trouver l’énergie nécessaire pour aller jusqu’au cinéma, pourtant bien proche… Bref, le film du mois sera donc sans surprises Django Unchainedle dernier Tarantino. C’était couru d’avance : j’adore Tarantino, j’adore les films pleins d’action et d’hémoglobine, j’adore les acteurs qui jouent dedans. J’étais conquise avant même d’entrer dans la salle ! Je n’ai pas été déçue, le western spaghetti est ici revisité avec humour et adresse. Les images sont belles, le casting irréprochable et la musique géniale ; bref, un très bon moment de détente.

          C’est tout pour janvier ! Pas d’expo, pas de théâtre. Rien de rien. Sur ce dernier point, deux pièces sont prévues début février, et je compte bien aller voir au moins une expo pour me remettre dans le bain. Et tenter de revenir à un film par semaine, contre vents et marées ! En espérant que le bilan du mois prochain sera donc un peu plus palpitant… Rendez-vous le mois prochain !

Mes lectures

La Guerre et la Paix – Lev Tolstoï

        Entre 1805 et 1812, les relations entre la Russie et la France sont tendues. Les deux pays oscillent entre guerre et paix. Un calme relatif et une amitié instable entre les deux pays succèdent aux batailles sanglantes qui opposent ces empires rivaux. Entre Saint-Pétersbourg et Moscou, trois familles, les Bolkonsky, les Rostov et les Bézoukhov, sont les témoins privilégiés de cet échiquier politique, au centre de la haute société russe. Amitié, premiers amours, ambition et trahisons se côtoient quand la petite histoire rejoint la grande.

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          Il y avait longtemps que cette version allégée (par l’auteur lui-même, qui l’a épurée de ses nombreuses digressions) de ce grand classique de la littérature russe attendait dans ma bibliothèque. J’aime généralement beaucoup les auteurs slaves, même si Dostoïevski l’a toujours largement emporté dans mon coeur sur Tolstoï dont le côté moralisateur a une certaine tendance à m’agacer. Je me suis donc lancée dans cette lecture à la fois enthousiaste et un peu méfiante. J’ai eu un peu de mal à accrocher avec les premières pages, le temps de comprendre qui était qui (et croyez-moi, ça a pris du temps !), de m’habituer au style et de replonger dans ce début de 19° s. Mais assez rapidement, les caractères des personnages se dessinent. Ils sont nombreux et cette virevolte constante des sentiments et des opinions devient grisante. On retrouve toute la légèreté feinte des salons, les intrigues qui s’y nouent et les drames intimes qui y naissent.

          Le texte alterne entre les périodes de paix dans les salons pétersbourgeois ou moscovites et les périodes de guerre sur le front. Les scènes de bataille sont saisissantes, criantes de vérité. On y retrouve aussi bien les calculs alambiqués des théoriciens, les luttes internes pour le pouvoir que la peur du simple soldat. J’ai aimé cette ambiance champ de bataille avec sa désorganisation, sa peur viscérale, et la vantardise des soldats après la victoire, pour oublier leur lâcheté. Le style de Tolstoï est exigeant, il demande du temps pour se plonger dedans, mais il nous entraîne avec lui dans cet univers où l’ambition est au centre de tout. On suit avec délices aussi bien les intrigues politiques que celles de salons. Un livre qui se dévore, autant pour l’aspect historique que pour le plaisir de voir les personnages s’enfoncer dans d’improbables manigances pour parvenir à leurs fins. Une belle écriture et une psychologie soignée dans un contexte historique passionnant qui font de ce pavé une lecture aussi intéressant qu’agréable.

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Il affirmait que les vices humains n’avaient que deux sources – l’oisiveté et la superstition -, et qu’il n’y avait que deux vertus – l’action et l’esprit.

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Pourquoi pas ? Ca me coûte si peu et ça vous fera tant de plaisir.

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Pfuel était l’un de ces théoriciens qui aiment tellement leur théorie qu’ils en oublient le but : sa mise en pratique. Dans l’amour de sa théorie, il haïssait toute pratique et ne voulait pas en entendre parler. Il se réjouissait même du fiasco, car un fiasco qui provient de l’inévitable écart entre la théorie et la pratique démontrait la justesse de sa théorie.