Cinéma

Le médecin de famille

Drame, thriller, argentin de Lucia Puenzo Alex Brendemühl, Natalia Oreiro, Diego Peretti

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          Dans les années 60, une famille argentine s’apprête à ouvrir un hôtel et prend comme premier client un médecin allemand. Cet homme charmant, cultivé et élégant, s’intéresse particulièrement à leur fille, un peu petite pour son âge. Mais peu à peu son obsession va commencer à diviser la famille et à les mettre mal à l’aise.

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          Ce film faisait partie de ceux que j’attendais en cette fin d’année. J’apprécie généralement le cinéma latino-américain, bien qu’ayant trop peu l’occasion d’en voir, souvent des films assez sobres mais qui comportent une certaine violence. Le sujet de celui-ci était de plus fascinant., j’avais donc hâte de voir ce qu’il en était même si j’ai un peu tardé à me rendre au cinéma et plus encore à vous en parler. L’histoire démarre doucement. La famille fait la connaissance du médecin et si on sent dès le départ un certain malaise, l’homme est charismatique, laissant le spectateur dans le doute quant à ses intentions. La situation se met en place peu à peu, on voit naître la fascination pour cette petite fille un peu chétive et comment ils se lient peu à peu d’amitié. Mais plus on avance dans le film, plus les zones d’ombre apparaissent dans la personnalité du médecin et plus on se demande où il veut en venir, malgré son apparente prévenance.

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          C’est la grande réussite de ce film, cette tension qui se met en place peu à peu et ne cesse de croître jusqu’au tout dernier moment, et ce même après que des éléments clef aient été dévoilés. Une ambiance aussi pesante et malsaine qui, je dois l’avouer est somme toute assez fascinante. La manière de filmer est sobre, dans des décors magnifiques. Une certaine élégance se dégage du tout avec quelques très belles images. Ce film aurait pu être un grand thriller, ou un drame familial bouleversant, mais la réalisatrice garde une certaine distance qui donne une froideur à l’ensemble qui fait sa force si particulière. L’histoire de ce personnage qui semble vouloir se défaire de son passé mais reste enfermé dans ses obsessions est passionnante mais il est toutefois dommage que le trait ne soit pas un peu plus appuyé, il y a des choses que j’ai bien failli ne pas saisir tant elles étaient (trop) subtilement présentées. C’aurait été bien dommage car l’intrigue est intéressante et croise une période de l’Histoire récente que je suis bien loin de maîtriser. J’ai beaucoup apprécié ce film à la beauté très particulière qui à l’art de mettre mal à l’aise.

Cinéma

The Immigrant

Drame, romance, américain de James Gray avec Marion Cotillard, Joaquin Phoenix, Jeremy Renner

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          Quand Ewa et Magda quittent la Pologne pour les Etat-Unis en 1921, elles espèrent y trouver une vie meilleure. Mais à leur arrivée, Magda, atteinte de tuberculose, est placée en quarantaine. Sa sœur va alors tout faire pour la sortir de là, dût-elle pour cela se prostituer.

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          On attendait beaucoup du dernier James Gray, annoncé comme l’un des grands films de cette année. Je l’ai vu le jour même de sa sortie, c’est dire le temps qu’il m’aura fallu pour vous en parler. Oui, j’ai pris un peu de retard dans mes articles récemment, non seulement je n’écris pas beaucoup mais en plus je sors pas mal… On va essayer de combler ce retard en 2014 ! Je dois avouer que pour ma part je n’étais pas bien sure de goûter autre mesure les charmes de ce grand mélo – n’étant pas une adepte du genre, je suis très exigeante en la matière – et puis Marion Cotillard et moi, ce n’est pas franchement une grande histoire d’amour… Tout ça pour dire que si je voulais voir ce film, j’étais un peu réticente tout de même.

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          Je dois bien admettre que ce film s’est avéré assez proche de ce que j’attendais. L’image est très belle, extrêmement travaillée. Quant à l’histoire, elle est très forte. En revanche, malgré ses indéniables atouts, je n’ai pas vibré autant que je l’aurai voulu. Tout d’abord, Marion Cotillard, que je n’apprécie guère – quoiqu’elle joue plutôt bien dans ce film – est à l’écran du début à la fin, presque toujours en gros plan. Il n’y en a que pour elle ! Difficile donc pour moi d’apprécier pleinement l’histoire quand tout ne tient que par un personnage qui m’est assez antipathique… Ensuite, j’ai trouvé l’ensemble quelque peu figé et froid.

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          Tout est impeccable dans ce film, il n’y a pas grand chose à y redire. Il est splendide et mené de main de maître. Mais un peu trop peut-être, il reste peu de place pour l’émotion dans cette mécanique bien huilée. On est dans un univers sombre et violent digne des Misérables, avec une bonne dose de désespoir que vient éclairer une histoire d’amour et de jalousie. Tout est là pour nous faire vibrer. Et pourtant… Si j’ai pris beaucoup de plaisir à regarder ce film, j’étais bien loin de verser ma petite larme, ce qui est un peu décevant pour un mélo tout de même. Certes, nul n’était besoin de tomber dans le larmoyant mais un rien d’émotion n’eut pas été du luxe et aurait un peu réchauffé l’atmosphère. Un beau film à l’esthétique intéressante mais qui manque un peu de chaleur pour être le chef-d’œuvre qu’on attendait.

Cinéma

Casse-tête chinois

Comédie française de Cédric Klapisch avec Romain Duris, Cécile de France, Audrey Tautou, Kelly Reilly

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          On retrouve Xavier à New-York fraîchement divorcé et père de deux enfants. Wendy, Isabelle et Martine, ne sont jamais bien loin. Alors qu’il essaie d’y voir plus clair dans sa vie, elle semble au contraire se compliquer. A défaut de savoir comment résoudre ce casse-tête chinois, il en fait un roman.

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          J’avais vu les deux volets précédents, L’auberge espagnole et Les poupées russes et je les avez bien aimés alors même si je trouvais qu’un troisième volet ça faisait peut-être un peu beaucoup et que je pressentais qu’on n’allait pas avoir affaire au film de l’année, je ne me suis pas posé de questions, il fallait que je le voie. Je n’allais tout de même pas rater la suite de l’histoire. Malheureusement, cette fois-ci, je n’y ai pas retrouvé la même légèreté et je l’ai trouvée bien longue à démarrer. Nos héros ont vieilli, leur préoccupations ne sont plus les mêmes : à 25 ans, ils ne pensaient qu’à faire la fête, à 30 ans, qu’à l’amour et à 40, à leur vie qui n’a pas pris les chemins qu’ils auraient voulu. Divorce, garde des enfants, remise en question… ce n’est pas que ces questions-là ne m’intéressent pas (quoique déjà je me sente moyennement concernée) mais je trouve que c’est moyennement compatible avec le style enjoué de Céric Klapisch.

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          Il en résulte un film en demi-teintes. Bien sûr, il reste bien quelque chose de la joie des deux précédents films, dans l’énergie des acteurs et leur complicité, dans une certaine forme d’humour, dans un côté un peu brouillon aussi parfois même s’il est bien moins marqué que dans les deux autres. Mais malgré tout, j’ai trouvé ça un peu triste, fade. Le film est mieux construit que les précédents mais bizarrement, au lieux d’être une force, ça l’alourdit, il lui manque ce côté un peu déjanté qui faisait le charme du cinéma de Klapisch. Après une première partie sans relief, la seconde est plus accrocheuse mais si le film se regarde avec un certain plaisir, il reste dans l’ensemble moyen et peine à trouver son souffle. Après L’auberge espagnole, qui n’a pas rêvé d’aller faire ses études en Espagne pour vivre la même chose qu’eux ?  La force de ces films c’était de nous montrer des jeunes comme nous, un peu paumés sur les bords mais qui avaient l’air de bien se marrer quand même et nous vendaient l’air de rien un peu de rêve. Et moi, ce film-là, il ne me fait pas rêver du tout.

Cinéma

Les Garçons et Guillaume, à table !

Comédie française de et avec Guillaume Gallienne avec André Marcon, Françoise Fabian et Nanou Garcia

20529833_20131017171932686.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Guillaume est très proche de sa mère, il l’admire tellement et voudrait être comme elle. En revanche, ses rapports avec son père ses deux frères sont plus compliqués. Quand elle appelle ses enfants, sa mère dit souvent « les garçons et Garçons et Guillaume, à table ! », et quand elle l’a au téléphone, il lui arrive de l’appeler « ma chérie ». Difficile avec tout ça d’y voir clair dans son identité.

21053874_20131030102745287.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Certains parlaient de ce film comme de la comédie de l’année et je dois admettre que j’avais hâte de la voir. Finalement, s’il y a certes bien des passages qui prêtent à sourire, j’ai été assez surprise de constater qu’elle étaient bien plus douce-amère que je ne m’y attendais. En effet, Guillaume Gallienne ne se contente pas de nous faire rire avec les petits travers de sa famille mais permet de faire naître une réelle réflexion sur les rapports familiaux et la recherche d’identité notamment. On l’entend d’ailleurs en voix-off se parler à lui-même et auto-commenter sa propre vie, comme pour nous faire partager les bénéfices de sa psychanalyse (qui visiblement n’était pas de trop quand même). Bien que le personnage soit haut en couleurs et qu’il y ait peu de chances pour que le spectateur se retrouve en lui – pour la très grande majorité en tout cas – je pense que les rapports à cette mère aimante mais très possessive en toucheront plus d’un. Je les ai pour ma part trouvé très justes. J’aimerais être capable de dire déceler de la sorte ce qui pêche, sans pour autant sombrer dans l’amertume. En effet, il le fait avec une tendresse, voire une vénération, que j’ai trouvé émouvante et qui est pour moi sans nul doute un des gros point forts du film.

21047258_20131007143654613.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx          Les autres principaux atouts de ce film, ce sont sa mise en scène et l’incroyable prestation de son acteur principal. La mise en scène est particulièrement déroutante. Avant d’en faire un long métrage, Guillaume Gallienne avait fait de ses relations familiales une pièce de théâtre. Il la reprend habilement ici, dans une sorte de mise en abîme constante : il se filme sur scène et pendant qu’il nous parle, on semble plonger dans ses souvenirs. Mais le Guillaume d’aujourd’hui est adulte, ainsi, dans les scènes où il a 12 ans, on se retrouve avec un grand dadais de 40 pour jouer son rôle. Déroutant je vous dit. Terriblement original, jouissif pour les amoureux de théâtre et absolument génial. Quand à Guillaume Gallienne, non seulement il joue son propre rôle – à tous les âges donc – mais aussi celui de sa mère avec un naturel assez troublant. Une performance assez stupéfiante qui est pour beaucoup dans la réussite de cette OVNI cinématographique. J’ai ri parfois devant ce film, souri souvent, été émue par certaines réflexions qui me touchent. J’ai adoré la mise en scène et admiré la performance de Guillaume Gallienne qui pour son premier film met la barre haut. En sortant de la salle, je ne savais pas trop à quel point j’avais aimé tant j’étais déstabilisée dans mes attentes mais il y avait une chose dont j’étais sure : ce film-là, il ne fallait pas le rater.

Cinéma

Inside Llewyn Davis

Drame musical américain de Joel et Ethan Coen avec Oscar Isaac, Carey Mulligan, Justin Timberlake

21005275_20130927183847948          Llewyn Davis essaie tant bien que mal de gagner sa vie avec la musique folk. Sans adresse fixe, il va d’un canapé à l’autre sa guitare à la main. Il espère avoir une audition avec un grand nom de la musique pour enfin avoir une chance d’en vivre réellement.

inside-llewyn-davis-10897366racgs_1713          Le sujet de ce film de tentait beaucoup. Je trouve que la musique est toujours un sujet porteur, elle permet de créer une ambiance marquée et d’éviter par la même occasion les écueils des violons habituels. J’aurais tendance à dire qu’on y est donc doublement gagnant ! Et puis j’aime bien la folk et le personnage me semblait poétique, la bande-annonce était pleine de promesses. Je dois avouer que je n’ai guère été déçue. Je ne suis pas une inconditionnelle du cinéma des frères Coen qui me semble parfois froid et dont l’humour est quelquefois déroutant. Cette fois je suis rentrée très vite dans leur univers avec ce personnage tendre et mélancolique.

inside-llewyn-davis-justin-timberlake-carey-mulligan           Ce musicien raté, qui joue dans de petits bars, dors sur le canapé des copains quand ils veulent bien de lui et faits de petits boulots à l’occasion parce qu’il faut bien survivre, est l’anti-héros américain. Un peu désabusé, c’est une Amérique plus sombre et inégalitaire qu’on voit à travers ses yeux. Elle a son charme pourtant, on sent bien que pour rien au monde il ne rentrerait dans le moule, ne voudrait de la vie bien rangée, d’un travail tranquille et d’une vie dans un pavillon de banlieue. La vie de bohème n’est pas facile tous les jours mais avec elle, aucun risque de tomber dans l’ennui.

inside-llewyn-davis-oscar-isaac          Les frères Cohen ne jugent pas les personnages qu’ils nous donnent à voir. Ils ne donnent pas les clefs pour les appréhender mais laissent au contraire le spectateur tirer ses propres conclusions, ne lui disant jamais que penser. L’atmosphère est particulière, les images aux tons assez froids et un peu patinés paraissent comme vieillies, ce qui leur donne un charme certain et contribue à nous plonger dans cette Amérique des années 60 loin des clichés hauts en couleur. J’ai particulièrement apprécié que les chansons aient beaucoup de place dans ce film et ne soient pas coupées, on les entend en intégralité – ce qui n’a pas été sans me rappeler mon énorme coup de cœur de l’année, Alabama Monroe. Sur le moment j’ai été surprise par la fin quelque peu abrupte mais avec le recul, elle est dans la continuité de l’histoire. Les frères Coen nous livrent un film mélancolique et esthétique où la musique tient une place de choix : du grand cinéma.