Théâtre

Tango passion

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          La semaine dernière, je suis allée voir la célèbre troupe de Tango passion sur les planches des Folies Bergères. J’ai toujours été totalement fascinée par le tango et j’étais donc on ne peut plus enthousiaste à l’idée de voir ce spectacle dont on parle tant.

Tango Pasion - El Ultimo TangoEtant donné mes modestes revenus et les tarifs prohibitifs des théâtres parisiens, je m’étais contentée d’une place en 3° catégorie mais n’étais finalement pas si mal placée, au 2° rang du balcon, complètement sur le côté, juste au dessus de la scène. L’avantage c’est que je voyais et entendais extrêmement ce qui se passait sous mes yeux, l’inconvénient c’est que je ne voyais que les 2/3 de la scène, en restant penché et de côté. Mais bon, ce n’était pas si mal. Le spectacle commence avec une très belle mise en scène, qui retrace la vie d’un bar argentin. Des tables sont disposées autour de la scène et un jeu de séduction et de rivalités est mimé entre les danseurs. Si c’est visuellement très beau, j’ai regretté que les parties dansées soient assez peu spectaculaires et qu’il y ait de nombreux temps morts.

tangopasion(13)Dans un second temps, le décor disparaît et la danse se fait beaucoup plus grand spectacle, avec beaucoup de portés et des jeux de jambes assez impressionnants. Si ça correspond plus à ce que j’apprécie dans un spectacle de danse, j’ai trouvé dommage que la mise en scène soit délaissée. Je pense que j’aurais apprécié un spectacle plus équilibré, et non pas divisé en deux parties aussi différentes. Il y a également beaucoup de moments réservés à l’orchestre seul, pour des morceaux souvent plus longs que ceux dansés. J’ai trouvé ces intermèdes uniquement musicaux un peu trop nombreux, ils cassent le rythme du spectacle. En revanche, je suis tombée totalement sur le charme de la chanteuse avec sa voix chaude et son physique de rêve. Ses formes à la Betty Boop m’ont laissée rêveuse…

Tango_Pasion©AnjaBeutler-14Les danseurs sont très bons et les costumes absolument magnifiques, cette élégance est d’ailleurs sans doute le point fort de ce spectacle. Dommage que les deux parties soient aussi marquées et que le rythme soit un peu haché. Autre reproche, le spectacle est extrêmement cher et chacune des 2 parties dure à peine 35 min, avec 20 min d’entracte, pour un rapport quantité/prix un peu léger. Il faut bien l’avouer, j’avais en tête un point de comparaison dur à égaler, le spectacle Paris-Buenos Aires vu il y a deux ans à la Cigale et qui était impressionnant de bout en bout avec une mise en scène splendide. Il y a avait dans celui-là beaucoup de danse à plusieurs couples où tout était tellement beau qu’on ne savait où donner de la tête. C’est cette profusion qui m’a un peu manquée dans Tango passion. Malgré le talent de la troupe et de très jolies choses, ça manquait un peu de magie, ou de folie peut-être. Mais bon, je chipote je chipote, dans l’ensemble, ça reste un très beau spectacle.

          Si j’ai été vaguement déçue de ne pas en prendre un peu plus plein la vue tout le long, les danseurs sont très bons, la chanteuse vraiment exceptionnelle et l’élégance des costumes fait rêver. Un divertissement des plus agréable.

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Actualité·Culture en vrac

Une littérature pour grands ados ?

          Aujourd’hui, un article coup de gueule. La semaine dernière, Rue 89 publiait un article (à lire ici) sur la littérature pour grands ados, à savoir les 15/30 ans, nouveau créneau éditorial qui me sort par les yeux. Un papier qui m’a franchement agacée et m’a donné envie de me lancer dans un coup de gueule libérateur. En effet, cette « niche » des 15/30 ans me paraît être un vulgaire coup marketing fumeux que des pseudos journalistes, qui ont oublié en route leur esprit d’analyse, prennent visiblement tout à fait au sérieux. Mais non, comme toutes les femmes ne se nourrissent pas exclusivement de crudités sans sauce et de produits allégés, tous les moins de trente ans ne fuient pas les librairies et ne recherchent pas la légèreté à tout prix.

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          Je suis la première à défendre une littérature pour adolescents, parfois de très bonne qualité, qui avec des thèmes d’actualité et un vocabulaire moderne qui permettent de se mettre à la portée des plus jeunes. On ne s’initie pas à la lecture avec Proust et il est normal à 15 ans de lire de la littérature qui nous est destinée plutôt que de se lancer dans l’intégrale de Roland Barthes. De là à vouloir vendre la même chose aux trentenaires qu’aux adolescents, il y a un pas que je ne suis pas prête à franchir. Enfants, nos parents nous lisent des histoires, puis ce sont nous qui nous mettons à lire des albums puis les premier romans pour la jeunesse, illustrés d’abord, puis qui s’étoffent peu à peu. On passe par plusieurs phases : les grandes histoires d’amitié laissent la place à des livres d’horreur. Et puis l’adolescence, où on aime les séries, s’attacher aux personnages et les retrouver de livre en livre parce qu’il est rassurant de rester dans le même univers, empli de magie de préférence. Vient ensuite l’envie de lire autre chose, envie de grandir, de faire comme les adultes. Une évolution constante, une construction de ses goûts de lecteurs qui se fait peu à peu, d’où ma perplexité face une tranche d’âge qui durerait 15 ans et viserait pèle-mêle l’adolescente qui rentre au lycée et le jeune cadre dynamique.

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          Il y a de très bons romans pour adolescents ou jeunes adultes, là n’est pas le problème, mais comme on n’écrit pas des livres pour les 5/15 ans sans distinctions, on ne devrait pas en écrire pour les 15/30. 15/20 à la limite, et puis 20/30 à la rigueur… Ce sont des âges où on change encore énormément, où on vit tout un tas d’expériences : premiers amours, premier appartement, premier boulot ; on n’est clairement pas le même à 15 ans qu’à 30 et c’est bien normal. Je me demande à quel moment on a commencé à considérer les jeunes costards/cravate de La Défense comme de grands ados. L’infantilisation des jeunes adultes me laisse pantoise. J’ose espérer qu’à 25 ou 30 ans (c’est plus ou moins long selon les individus, je vous l’accorde), on est un adulte à part entière et non pas une espèce de grand enfant qui a besoin qu’on le prenne par la main. Je crois sincèrement que si à 30 ans on n’est pas encore sorti de l’adolescence, il n’y a plus d’espoir d’en sortir jamais. Je ne comprends pas cette infantilisation qui semble s’étendre d’année en année à des tranches d’âge de plus en plus vastes. Et je ne comprends pas que les premiers concernés se laissent ainsi faire sans broncher.

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          Je ne dénie à personne le droit de lire ce qui lui chante, on prend tous plaisir à lire des choses différentes et il n’y a aucun mal à cela ; en revanche, j’aimerais qu’on arrête de tout mélanger pour arranger les services commerciaux des grandes maisons. Personnellement je ne me considère pas comme une cible à part. Je lis à peu près de tout (sauf de la littérature pour jeunes adultes justement…). Je lis aussi bien des classiques que des nouveautés, de la littérature exigeante que des choses plus légères, de la littérature française que de l’étrangère, beaucoup de romans certes, mais aussi quelques essais, et un peu de poésie ou de théâtre à l’occasion. Bref, je lis ce qui me chante et essaie de me construire une culture littéraire acceptable, avec une constante soif de découverte. Je me sens donc vaguement insultée quand on m’explique qu’à mon âge, on va plutôt vers des choses plus légères et écrites pour nous, ce que j’ai plus ou moins abandonné depuis mes 12 ansQuand j’étais enfant, à 8 ans j’étais fière de lire des livres marqués « à partir de 12 ans », à 12 ans mes premiers romans « sérieux », à 15 les classiques piqués à la bibliothèque parentale. Je voulais grandir et la littérature était là pour m’y aider. Aujourd’hui, on ne veut plus que les livres nous fassent grandir, on veut qu’il nous ramène vers l’enfance dont on refuse de sortir.

SALON DU LIVRE ET DE LA PRESSE JEUNESSE 2010

          Je trouve ça d’une tristesse sans nom… On vendra bientôt l’intégrale de Oui-oui à de jeunes cadres dynamiques qui, les pauvres, n’ont pas le temps de lire des choses plus sérieuses. Ce qui m’agace, ce n’est pas que des trentenaires lisent de la littérature pour adolescent(e)s, s’il y trouvent du plaisir, ça ne regarde qu’eux, mais que les maisons d’éditions nous prennent par la main pour nous diriger vers cette littérature-là. Jusque-là la littérature adulte échappait un peu aux inepties publicitaires destinée à appâter le chaland. A 25 ou 30 ans, on est largement assez grand pour choisir seul ce qu’on veut lire, sans avoir besoin qu’on nous consacre des collections « adaptées ». Ces nouvelles prétendues niches m’exaspèrent au plus haut point. On a déjà des journées de dingues, surexploités, sur-diplômés et sous-payés, on n’a pas besoin de se sentir pris pour des imbéciles par dessus le marché. Moi qui a 15 ans était toute fière de lire enfin la même chose que les adultes, j’aimerais continuer à échapper à ces tranches d’âges improbables et restrictives. Ne peut-on pas dépenser son énergie à autre chose qu’à s’évertuer à coller les gens dans des petites cases bien étiquetées ? Non, vraiment, j’apprécierais que les jeunes cons du marketing éditorial qui n’ont jamais ouvert un bouquin nous foutent la paix et arrêtent un peu de nous prendre pour des buses.

Patrimoine

Culture occitane : Les troubadours

          Les troubadours sont des artistes du Moyen Age, auteurs de poèmes destinés à être chantés, parfois accompagnés dans les cours seigneuriales de danse ou de jongle. Il arrive que parfois le troubadour interprète lui-même ses oeuvres, mais elles peuvent également être chantées par des ménestrels ou des jongleurs quand lui-même se consacre uniquement à l’écriture. Les premiers textes apparaissent vers l’an Mil, lorsque la littérature occitane commence à se détacher de la langue latine. Toutefois, il reste peu de traces des textes des X° et XI° s. et l’âge d’or des troubadours se situe aux XII° et XIII° s. Le mouvement est né dans le sud de la France, en pays d’Oc, avant d’être repris dans le Nord par les trouvères.

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          Au Moyen Age, la France était divisée en deux ensembles linguistiques majeurs : le pays d’oïl au nord et le pays d’oc au sud. A noter que le Basque, le Breton, ou encore le Catalan en sont exclus, étant des langues à part entière. Les dialectes du pays d’oïl sont regroupés sous le terme « d’ancien français » et sont à l’origine du français moderne. Quant au pays d’oc, on y parle l’occitan, dont je vous présentais les différents dialectes ici-même le mois dernier. Avant l’invention de l’imprimerie, la transmission est essentiellement orale ; toutefois, il existe des manuscrits, établis par des copistes, qui témoignent de la littérature de l’époque. Le Moyen Age a en effet été une période particulièrement riche pour la création littéraire avec les célèbres textes chantés des troubadours, dont la production est très importante, tant par leur quantité que par leur qualité. La musique qui accompagnait les textes était très importante et souvent inspirée du folklore et des chants grégoriens.

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          On l’ignore bien souvent mais les troubadours, dont on vante les louanges dans les manuels scolaires, écrivaient en langue d’oc et sont à l’origine du premier mouvement littéraire en langue romane. Eh oui, rien que ça ! La langue d’oïl était quant à elle utilisée par les trouvères. Toutefois, les premiers étaient les plus renommés. Ils ont été les précurseurs de ce mouvement majeur et les seigneurs pour lesquels ils composaient étaient alors bien plus fortunés que leurs confrères du Nord, ce qui a permis à leur art de se développer dans un climat favorable. Si la poésie médiévale a connu son essor dans le Sud de la France, c’est aussi pour des raisons économiques. On le sait bien, la culture se propage toujours plus aisément dans des terres prospères !

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          Le mot « troubadour » vient du verbe trobar (prononcer « trouba ») : trouver. Il est donc littéralement celui qui trouve. Il existe trois types d’écriture chez les troubadours : le trobar lèu (vite), style simple qui se comprend aisément ; le trobar clus (hermétique), texte plus fermé qui joue sur l’ambiguïté ; et le trobar ric (riche), dérivé du précédent, sa beauté réside dans la difficulté vaincue. Je ne sais si la comparaison est justifiée mais cette dernière définition m’a toujours directement évoqué la poésie symboliste et particulièrement Mallarmé. Il y a également plusieurs types de chansons : la canso est la plus courante avec une forme fixe de six couplets presque toujours consacrée à l’amour et qui représente plus de la moitié de la production, la serena s’attache au chevalier amoureux (une sérénade donc), le planh est le chant de deuil, l’aube parle des amants devant se séparer à l’aube, les siventès sont politiques, la ballade est une chanson sur laquelle danser, la pastourelle vante l’amour d’une bergère, la tenso est créée à plusieurs et parle généralement d’amour et les chansons de croisades racontent les aventures des croisés.

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          Ce qui est particulièrement intéressant, c’est qu’on trouve des troubadours dans toutes les classes de la société : seigneurs, chevaliers, bourgeois, membres du clergé mais aussi des personnes d’origines plus humbles ou même des femmes. 400 troubadours sont arrivés jusqu’à nous et environ 2500 textes. Parmi eux Bernard de Ventadour, Guillaume IX Comte de Poitiers ou Jaufré Rudel qui a écrit une célèbre chanson sur l’amor de luenh (amour de loin) qui reste emblématique de cette époque ; la femme, jamais vue, y est aimée à distance et idéalisée. Le Moyen Age connaît dans l’art un véritable culte de la femme à qui on laisse une place importante. La plupart des chansons font l’apologie de l’amour, c’est l’élément majeur de l’oeuvre des troubadours et un aspect d’une grande modernité. L’attraction charnelle y est sublimée mais n’en demeure pas moins présente, dans une vision très proche de la conception actuelle du sentiment amoureux. Toutefois, il y a différentes visions de l’amour chez les troubadours : dans l’amour chevaleresque, la Dame se mérite et l’amant doit montrer sa bravoure, pouvant aller jusqu’à mourir pour elle, une relation où la fidélité et la loyauté sont essentielle et dont les relations charnelles sont l’aboutissement ; l’amour courtois est quant à lui adultère et la Dame est d’un rang social plus élevé que son soupirant, il est basé sur l’humilité et dans cet amour impossible, l’amant se contente d’une relation platonique, parfois proche du mystique.

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          Au cours du XII° s., apogée des troubadours classiques, la doctrine de l’amour s’est affinée et l’amour chevaleresque a connu un recul par rapport à l’amour courtois. Avec le temps, cet aspect vertueux et pur a été exagéré, notamment après la répression cathare. Cette répression violente a aussi donné naissance à de nombreux sirventès, textes engagés qui dénoncent alors la domination étrangère et l’hypocrisie morale. En 1277, une interdiction frappe le chant de l’amour adultère. C’est la base même de l’écriture des troubadours qui est frappée. A partir de ce moment, ils chanteront essentiellement la Vierge et la nature. Leur art décline aux XIV° et XV° s., en raison de l’interdiction frappant leur thème de prédilection mais aussi parce que les croisades mettent à mal la stabilité sociale favorable à la création. En 1323, le « Constistori del Gai Saber » (le consistoire du gai savoir) est créé à Toulouse et fait paraître en 1356 des Lois d’amour qui codifient la langue et imposent une éthique rigoriste qui vient entraver l’élan créatif des troubadours, déjà mis à mal. Cette ultime attaque sonnera le glas de leur création.

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          L’influence des troubadours aura été très importante, en France mais aussi dans toute l’Europe. Les trouvères s’inspirent rapidement de ce mouvement littéraire mais on trouve également le même type de création dans les pays germaniques avec les « Minnesänger ». Plus de deux siècles d’une création riche et fournie qui a rayonné dans l’Europe entière et a durablement marqué la poésie occidentale mais aussi les mentalités, par cette vision très moderne des relations amoureuses et un grand respect de la femme. Leur influence était telle que Dante, pour écrire sa Divine comédie, a un temps pensé à utiliser l’occitan (si si !!!). Cette période qui a influencé toute la littérature européenne mais également notre vision du monde et de l’amour dans les sociétés occidentales, est aujourd’hui encore considérée comme un âge d’or de la poésie.

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Laquan li jorn son lonc en mai
M’es belhs dous chans d’auzelhs de lonh
E quan mi sui partitz de lai
Remembra’m d’un amor de lonh :
Vau de talan embroncx e clis
Si que chans ni flors
d’albespis
No’m platz plus que l’ivems gelatz

Be tenc lo Senhor per verai
Per qu’ieu veirai l’amor de lonh ;
Mas per un ben que m’en eschai
N’ai dos mals, car tant m’es de lonh.
Ai ! car me fos fai lai pelegris,
Si que mos fustz e mos tapis
Fos pels sieus belhs uelhs remiratz !

Be’m parra jois quan li querrai,
Per amor Dieu, l’amor de lonh :
E, s’a lieis platz, alberguarai
Pres de lieis, si be’m sui de lonh :
Adoncs parra’l parlamens fis
Quan drutz lonhdas er tan vezis
Qu’a bels digz jausira solatz.

Iratz e gauzens m’en partrai,
S’ieu ja la vei, l’amor de lonh.
Mas non sai quora la veirai
Car trop son nostras terras lonh :
Assatz i a pas e camis,
E per aisso no’n sui devis !
Mas tot sia com a Diu platz !

Lorsque les jours sont longs en mai
J’aime le doux chant des oiseaux lointains
Et quand de là je suis parti
Il me souvient d’un amour lointain.
Je vais triste et las de désir
Si bien que ni les chants ni les fleurs d’aubépine
Ne me plaisent plus que le gel de l’hiver

Je tiens pour véridique le Seigneur
Grâce à qui je verrai l’amour lointain :
Mais pour un bien qui m’en échoit
J’en ai eu deux maux, car elle est si loin
Hélas, que ne suis-je pèlerin là-bas,
Pour que mon bâton et ma cape
Soient contemplés par ses beaux yeux !

La joie m’arrivera quand je le prierai
Pour l’amour de Dieu, l’amour lointain
Et s’il lui plaît, je demeurerai
Auprès d’elle, moi qui suis de si loin !
Alors viendra le doux entretien
Quand l’ami lointain sera si proche
Et qu’ il jouira comblé de belles paroles.

Triste et joyeux, je partirai
Si jamais je la vois, l’amour lointain
Mais je ne sais quand je la verrai
Car nos pays sont si éloignés
Il y a tant de passages et tant de chemins,
Et pour cela, je ne suis pas devin,
Mais que soit faite la volonté de Dieu !

Jaufré Rudel

 

Expositions

Rodin, la chair, le marbre

          Rodin est considéré comme l’un des maîtres de cette matière noble qui est le marbre. Il est considéré comme le matériau le plus proche de la chair, la virtuosité de l’artiste se mesure à sa capacité à donner à cette matière froide la souplesse et la chaleur de la chair. L’exposition réunit une cinquantaine de marbres de l’artiste afin de témoigner de la place de celui-ci dans son oeuvre. 

   Paolo et Francesca dans les nuages     La Danaïde, Grand modèle     Mains d'amants

          L’exposition est installée dans la chapelle, ce qui lui confère une très jolie lumière. Elle présente une cinquantaine de marbres ainsi que quelques maquettes en plâtre ou terre cuite. Les marbres sont répartis en deux salles. Sa technique particulière du non finito, reprise ensuite par d’autres artistes, est particulièrement mise en avant. Souvent dévalorisés par la critique, les marbres représentent pourtant un pan important de l’oeuvre du l’artiste. J’ai beaucoup aimé la scénographie de l’exposition, qui met très bien les oeuvres en valeur. En revanche, j’ai trouvé les panneaux explicatifs un peu tristes. S’il y a bien quelques explications, j’ai trouvé dommage qu’il n’y ait pas des précisions sur certaines sculptures par exemples. J’ai été un peu frustrée à la sortie de cette exposition, certes très belle, mais pour laquelle j’ai eu l’impression de manquer peut-être un peu de références pour pouvoir l’apprécier pleinement. Quelques très belles sculptures sont présentées et le musée est des plus agréables, avec un personnel charmant et un jardin où il fait bon flâner par temps ensoleillé. Une bonne idée de sortie.

Rodin au dépôt des marbres à côté de la Main de Dieu

Rodin, la chair, le marbre

Jusqu’au 1° septembre 2013

Musée Rodin

79 rue de Varenne

75007 Paris

Fermé le lundi

Théâtre

Hernani à la Comédie Française

          Dona Sol doit épouser son oncle, mais c’est le bandit Hernani qu’elle aime. Elle s’apprête à fuir avec lui quand le Roi, Carlos, lui fait part lui aussi de son amour et, de jalousie, vient contrarier leurs plans. De nombreuses embûches vont se placer sur leur chemin, l’amour parviendra-t-il à triompher malgré tout ?

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          Comme je vous le disais ici, j’ai lu il y a peu cette pièce de Victor Hugo et j’ai été franchement surprise. Je ne sais comment le dire sans insulter un grand nom de la littérature française, que par ailleurs j’admire, mais c’est franchement mauvais. Les rimes sont bancales et souvent d’une facilité affligeante, l’histoire improbable, et j’ai passé le plus clair de mon temps à ricaner bêtement alors même que nous sommes en plein drame (d’ailleurs nombreux furent les rires durant la pièce). Bref, un ratage total. Mais j’étais optimiste, je me disais qu’après tout, le théâtre était fait pour se voir sur les planches et que mis en scène ça passerait autrement mieux. Dès mon arrivée au théâtre, j’ai douté sérieusement de la capacité de la mise en scène à m’émerveiller… En effet, le théâtre a été pour l’occasion « coupé en deux », avec 2 séries de gradins face à face, de chaque côté de la scène (nous reviendrons sur les avantages et inconvénients de ce dispositif) ; scène qui s’est avérée désespérément vide, dénuée du moindre décor. Certes, les décors épurés peuvent s’avérer parfois sublimes, mettant le texte en valeur, mais il y a toutefois un pas entre épuré et inexistant que je ne suis visiblement pas prête à franchir et bon, le texte, justement, j’aurais bien aimé qu’on le noie un peu dans ce cas précis.

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          Bref, en un mot comme en cent, ça commençait sacrément mal ! Mais La Comédie Française nous réserve parfois bien des surprises, l’espoir était donc encore permis. Trêve de suspens inutile, je vous le dis tout net, mes espoirs ont été douchés, étouffés dans l’oeuf dès les premières secondes. Déjà, ça commence par une voix off qui, pendant que les lumières s’éteignent, nous récite un texte d’Hugo quant à la création de sa pièce, avec une voix d’outre-tombe assez déplacée, qui eut pu être intéressant s’il ne s’avérait aussi misogyne. Pour vous le résumer : au théâtre, la foule veut de l’action, les femmes du sentiment, les penseurs de la réflexion. Inutile de préciser, que, comme souvent, je me sens assez peu concernée par cette définition, qui, même replacée dans son contexte, m’a passablement tapé sur les nerfs (foutu féminisme qui ne la met jamais en sourdine) ; vous me direz, ça explique peut-être le ratage de la pièce, à vouloir contenter tout le monde…

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          Commence enfin la pièce en elle-même. Je n’ai pas bien compris pourquoi Don Carlos (le roi donc, facile, il a le même nom que l’actuel !) embrassait à pleine bouche la dame de compagnie de Dona Sol alors qu’il venait déclarer sa flamme à cette dernière mais passons sur cette extravagance de la mise en scène. Le vrai drame est arrivé avec l’entrée en scène de la dame en question. Je ne sais pas ce que c’est que cette mode pour les actrices de minauder, d’étirer les syllabes et de laisser toutes leurs phrases en suspens mais c’est tout bonnement insupportable. Il serait peut-être bon que quelqu’un leur signale… J’avais déjà un peu remarqué ce défaut chez l’actrice qui joue Dona Josefa, associé à une tendance à crier de manière inopportune, mais ça reste chez elle relativement discret et elle est par ailleurs capable d’excellentes prestations, comme elle a pu le prouver dans  AntigoneMais chez Dona Sol, ça prend une proportion qui a mis à mal ma patience. A tel point que j’en suis venue à redouter ses entrée en scène, ce qui est fort gênant quand il s’agit d’un des rôles principaux. Les hommes quant à eux sont beaucoup plus convaincants, malgré un débit parfois un peu élevé pendant les tirades mais bon, on ne peut pas à la fois respirer en récitant son texte et boucler Hernani en 2h15 ! Un casting masculin impeccable qui parviendrait presque à sauver la pièce à lui seul.

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          Pour en revenir à la mise en scène, comme on pouvait s’y attendre, l’absence de décor s’avère assez déroutante. La seule touche artistique tient dans une musique de téléfilm qui vient souligner les passages « forts », soulignant tous le ridicule des excès hugoliens. Quant au public scindé en deux, comme les acteurs ont tendance à crier à la moindre occasion, on évite les problèmes d’audition inhérents à ce type de dispositif (en général ceux à qui les acteurs tournent le dos entendent toujours moins bien), d’autant que la salle est assez petite. En revanche, à mettre au compte des avantages, comme ce qui se passe sur scène est assez peu palpitant, on a tout loisir pour observer les spectateurs en face en train de bailler et de piquer du nez. Ca occupe ! Par contre, pour ceux placés derrière la scène, nulle chance de salut, pour partir, ils devraient traverser la scène au nez et à la barbe des comédiens, ce qui semble quand même assez peu réalisable. Une nouvelle sorte de torture théâtre que je trouve pour le moins cruelle. Mais rassurez-vous, les autres ne sont pas en reste, les comédiens n’entrent pas côté loges mais par l’entrée principale. Ils arpentent donc constamment les allées et la moindre tentative de déplacement fait donc prendre le risque de les croiser sur le chemin de la sortie. Cela m’a arrêtée un temps mais j’ai eu envie de partir dès la première scène, je m’endormais, j’avais faim, et à la fin du troisième acte, après avoir lutté vaillamment pendant plus d’une heure, j’ai fini par céder à l’appel de la sortie.

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          Mes scrupules étaient inutiles, en attendant leur entrée en scène, les comédiens attendent assis en rangs d’oignon dans le hall, face à la porte, et sont donc aux premières loges pour assister à la fuite du spectateur. Tout tentative de discrétion est donc vaine. Pour résumer, une pièce franchement pas terrible, une mise en scène inexistante, une actrice principale au total manque de naturel dont la moindre phrase sonne faux : une pièce durant laquelle on oscille constamment entre ennui et exaspération.

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Hernanide Victor Hugo

Mise en scène de Nicolas Lormeau, avec

Théâtre du Vieux-Colombier

21 rue du Vieux-Colombier

75006 Paris

29€