Jeunesse·Mes lectures

La fabrique des mots, quand Orsenna déçoit

          Quand un dictateur décide d’interdire l’utilisation de la plupart des mots, des enfants et leur instituteur décident d’entrer en résistance pour sauver la richesse du vocabulaire. Une guerre qui va leur apprendre à aimer leur langue et à jouer avec les mots.

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          J’ai découvert Erik Orsenna à l’adolescence. J’ai lu quelques livres de lui, dans des genres très divers : une biographie de Le Nôtre pour commencer, puis La grammaire est une chanson douce et Les chevaliers du subjonctif, L’exposition coloniale plus tard. J’aime son style léger, souvent. Son esprit acéré et son humour aussi. Quand j’ai vu ce livre dans la bibliothèque de mes parents qui semblait dans la lignée de La grammaire est une chanson douce, j’ai eu envie de le lire. J’avais trouvé les deux que j’avais lus dans cette veine vraiment très bien. Ils expliquent avec beaucoup de poésie, d’humour et de bienveillance les bases du français, qui ne sont pas toujours facile. Des livres à faire lire pour apprendre à aimer les mots. Plus encore que ceux la grammaire ou la conjugaison, celui-ci me tentait énormément, le vocabulaire, l’origine des mots, leur sens, bien que j’aie toujours été une très mauvaise élève en linguistique, je trouve le sujet passionnant !

          Malheureusement, ce livre ne tient pas à mes yeux toutes ses promesses. J’ai trouvé l’histoire un peu tirée par les cheveux et assez artificielle. Je n’arrive pas vraiment à expliquer pourquoi mais je n’ai pas réussi à m’y intéresser même si je suis allée au bout de cette lecture en espérant finir par accrocher un peu plus. J’aime d’habitude beaucoup le ton d’Erik Orsenna qui a une incroyable fraîcheur. Je ne l’ai pas tout à fait retrouvé ici. Certes, il tente de trouver cette légèreté et cette poésie qui lui sont propres mais ça sonne ici un peu faux. Le charme n’opère tout simplement pas. J’ai eu la désagréable impression que l’auteur était en manque d’inspiration et se contentait d’exploiter un filon qui avait bien marché. C’est franchement dommage. Ce roman a été une vraie déception et je pense qu’à l’avenir, je me concentrerai sur ses textes plus « sérieux » qui eux, recèlent toujours ce petit quelque chose qui fait la différence. 

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Vous avez entendu Nécrole ? Trop de mots ! Ca me rappelle ceux qui disent : trop de notes ! Pour ne pas dire trop de musique. Trop de liberté. Trop de bonheur de vivre !

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– Les mots sont des armes.
– Ou des déclarations d’amour.
– Des outils pour comprendre.
– Ou pour faire.
– Ou pour refuser de faire.

Jeunesse·Mes lectures

Des albums jeunesse à la pelle

          Une petite sélection de livres jeunesse lus ces derniers mois et dont je ne vous ai pas parlé. Il y en a un peu pour tous les âges et dans tous les styles. Faites votre choix !

32694383_7020524La belle et la bête : J’aime bien ce conte mais je ne l’avais jamais lu, je n’en connaissais finalement que les adaptations cinématographiques. Quand on m’a offert ce petit livre, j’ai été ravie de pouvoir découvrir la version originale. Je dois dire que j’ai été assez surprise par le côté hyper moralisateur de ce conte. Pas vraiment ma tasse de thé mais ça ne fait pas de mal de connaître ses classiques. J’ai beaucoup aimé les illustrations, vraiment très belles.

BOUCLE-D-OR-A-TOUCHER_ouvrage_largeBoucle d’or : cette histoire me fascinait quand j’étais petite. J’aurais tellement voulu goûter à la bouillie des ours moi aussi ! J’ai donc été ravie de relire ce grand classique. Les illustration ne m’enchantaient pas outre mesure, en revanche, les textures différentes à chaque page sont extrêmement inventives et réussies. J’aurais adoré avoir le même !

couv_haikusIl était une fois… Contes en haïkus : les contes traditionnels revisités sous formes de haïkus, saurez-vous les reconnaître ? Pour la peine ce n’est pas vraiment un album mais ça reste un livre illustré. Il y en a que j’ai eu un peu de mal à trouver mais condenser les contes en 17 syllabes est un tour de force que l’auteur réussit à merveille. Une bonne initiations à l’art du haïku et une révision ludique de nos classiques.

la-legende-du-cerf-volantLa légende du cerf-volant : ce livre est juste splendide. Les illustrations sont très belles, elles sont à la fois douces et colorées. Comme les dessins, l’histoire est tout ce que j’aime, une légende empreinte de sagesse et de poésie. Le genre de classique dont on ne se lasse pas. J’ai passé un excellent moment avec ses pages magnifiques.

9782912080615Papa barque : ce livre qui parle de l’absence du père m’a agréablement surprise. Je n’ai pas vraiment accroché avec les illustrations mais elles font vraiment sens avec le texte et le complètent parfaitement. Un livre émouvant qui parle d’amour et d’absence aux enfants avec justesse et sensibilité.

9782748512861FSSato lapin et la lune : je dois admettre que ce n’est pas mon album préféré mais il faut dire que je préfère généralement les livres pour les un peu plus grands. Les illustrations ne m’ont pas emballée, j’avoue préférer les choses un peu plus classiques. Toutefois l’histoire est pleine de poésie et plaira surement aux plus petits.

ZOU Zou : Zou, c’est un petit zèbre tout mignon. Les illustrations sont très jolies et toutes douces, je les aime vraiment énormément. L’histoire quant à elle est particulièrement mignonne et les parents l’apprécieront surement autant que les enfants. Un très joli livre plein d’humour et de tendresse à offrir aux jeunes parents. Un gros coup de cœur.

9782226040558-XLe premier œuf de maman poule : ce livre a été un gros de coup de coeur. Un de mes chouchous que j’ai lu et relu. Les illustrations sont sympa, il y a plein de textures différentes pour les petits avec des volets à soulever et autres choses du genre. Le texte est plein d’humour et de tendresse. Un vrai bonheur !

caroline-aux-sports-d-hiver-242955-250-400 Caroline aux sports d’hiver : un de mes préférés de la série Caroline que j’aimais tellement quand j’étais enfant. J’aimais tellement suivre les frasques de ces adorables petits chiens et je pouvais passer des heures à regarder les illustrations pour inventer des détails à l’histoire. Sans doute mes premiers fous rire de lecture – et ils sont encore bien rares ! Je me le suis fait offrir à Noël et même si j’ai été déçue de trouver l’histoire plus courte que dans  mon souvenir, ça reste un énorme plaisir de lecture.

Jeunesse·Théâtre

La belle au bois dormant se réveille à Chaillot

          Voilà un spectacle que j’ai vu il y a déjà quelques temps et dont j’ai totalement oublié de vous parler. Je dois avouer que je ne vois pas trop par quel bout prendre des choses. J’aime beaucoup les contes de fées et je m’y suis un peu intéressée à la fac (modestement, et j’ai presque tout oublié depuis). J’étais vraiment très curieuse de découvrir ce que ça allait donné, d’autant plus que j’avais a-do-ré l’excellente chorégraphie de Cendrillon l’an passé, également à Chaillot. Je n’avais pas regardé le programme de très très cette année, me fiant surtout au titre – technique de sélection pour le moins périlleuse – et j’ai été assez surprise de constater que le spectacle se déroulait dans la petite salle.

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© François Stemmer

          Sur scène, seulement 3 danseurs. L’histoire se déroule en 3 temps : un premier qui semble représenter le bonheur et l’insouciance, un second qui est celui de la rencontre avec la sorcière et la « transformation », enfin, le réveil. Le début est très lumineux. On est dans un univers léger, solaire, d’une certaine naïveté. Notre jeune Aurore, puisque c’est le nom de la Belle, danse le menuet (du moins de crois, je ne suis pas une grande spécialiste des danses des XVII et XVIII° s.) – après recherche, il s’agirait de danse baroque puisque c’est la spécialité de la chorégraphe, comme quoi je ne suis pas si mal tombée. J’ai trouvé ça très joli mais passé le plaisir immédiat que me procurait cette charmante scène, j’avoue que sur le moment je n’ai pas bien vu où ça voulait en venir. Ni le rapport avec l’histoire d’ailleurs, d’autant plus que cette première partie est assez longue. Toutefois, ça ne m’a guère empêchée de savourer.

© François Stemmer
© François Stemmer

          J’ai beaucoup moins accroché avec la partie avec la sorcière. Heureusement, elle est relativement courte parce que je crois bien que je n’ai rien aimé dedans ! Je l’ai trouvée des plus désagréables. Enfin, la sorcière n’est pas sensée nous être sympathique non plus. Et puis il faut bien faire peur aux enfants. N’empêche, je n’aurais pas été contre un endormissement de notre jeune héroïne plus expéditif. Vient ensuite le temps du réveil, la partie la plus créative avec un atterrissage dans un univers moderne et beaucoup d’humour. J’ai vraiment adoré cette fin dont la touche espièglerie est délectable. Le côté technique n’est pas en reste non plus, avec un joli mélange des genres. Si ce spectacle m’a fait douter à un moment, il s’avère au final très bien conçu avec une vraie ligne directrice. Artistiquement parlant, il parvient à créer des univers forts avec très peu de moyens. Béatrice Massin nous livre une création originale et inventive qui donne un coup de jeune à notre belle endormie.

Jeunesse·Mes lectures

La nuit du visiteur, le petit chaperon rouge comme vous ne l’avez jamais vu

          Si ce n’est pas son gentil petit chaperon rouge, qui donc frappe à la porte de Mère-Grand à cette heure de la nuit ? II vous faudra des nerfs d’acier pour ne pas abandonner cette lecture éprouvante en cours de route et risquer ainsi de louper la clef de l’énigme.

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          Je dois avouer que quand on m’a mis ce livre dans les mains en me forçant presque à le lire, j’étais moyennement emballée. Il faut dire que je ne savais pas trop à quoi j’avais affaire. Le titre me parlait moyennement, les dessins faisaient un peu peur et ne me plaisaient pas outre mesure, je ne savais même pas si c’était destiné aux enfants ou aux adultes. Bref, je rechignais un peu. Et puis, comme je n’avais que ça sous la main et que je fais confiance à l’amie qui me l’a prêté, je me suis décidée à l’ouvrir. Il m’a fallu quelques pages pour comprendre où l’auteur voulait en venir (il y a des fois où je ne suis pas très vive, que voulez-vous…) et à partir de là, j’ai été conquise.

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          Pour vous résumer l’histoire, la mère-grand de notre petit chaperon est dans sa chaumière et le loup frappe à sa porte. Il tente de la persuader par tous les moyens de le laisser entrer mais la vieille dame est loin d’être sénile et trouve toujours un moyen de le repousser. S’en suit une joute verbale franchement truculente. Les dessins qui rappellent le théâtre d’ombres complètent admirablement ce texte plein de malice. Je n’accroche pas spécialement au style des illustrations mais il est adapté au récit et on s’habitue si bien qu’on y prendrait presque goût.

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          J’ai beaucoup ri en lisant ce livre. J’ai même relu certains passages plusieurs fois tellement je les trouvais drôles. Chaque double page est consacrée à une nouvelle réplique des deux protagonistes, comme autant de saynètes. Certaines répliques sont vraiment très bien trouvées et c’est un plaisir de suivre cet échange rythmé. Le livre est assez court et se lit rapidement. Si j’avais des enfants, j’adorerais leur lire cette histoire. Benoît Jacques nous emmène dans son univers pour une adaptation très réussie. Un livre plein d’humour et de fantaisie qui ravira les enfants et leurs parents.

Jeunesse·Mes lectures

La révolte des animaux, l’écologie à la portée des enfants

          Un jour qu’il regarde la télévision, Sha le chat prend soudain conscience de la cruauté de l’homme. Il décide alors d’en alerter tous les animaux. La révolte gronde dans le règne animal, les humains sauront-ils les entendre ?

          Un livre sur l’écologie destiné aux enfants ? une idée assez maligne. Encore faut-il que ce soit bien fait ; et je dois admettre que c’est plutôt réussi. J’ai souvent un peu de mal avec ce genre d’idée, les romans qui donnent la parole aux animaux ou aux objets. Je trouve que c’est assez difficile de rendre ça crédible, même s’il y a quelques exemples très réussis (La ferme des animaux, à tout hasard). Je suis rentrée facilement dans cette histoire que j’ai trouvée plutôt mignonne.

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          On suit cette histoire du point de vue des animaux et leur exaspération est touchante. Ils sont sans doute le meilleur moyen de sensibiliser les enfants à leur cause. J’ai parfois eu un peu l’impression au cours de ma lecture de perdre le message de vue. Au final, il m’a semblé que c’était avant tout un appel à devenir végétarien. Une position que je peux tout à fait comprendre mais que je ne cautionne pas vraiment pour des enfants. Je pense qu’on peut les sensibiliser à cette cause, qu’on n’est pas non plus obligé de les gaver de viande, mais que ce choix de vie est important et doit à mon sens se faire à l’âge adulte. Je suis pour consommer plus intelligemment plutôt que pas du tout.

          Il est vrai aussi que je lis ça avec un regard d’adulte assez sensible à ce sujet, les enfants perçoivent sans doute ce texte de manière assez différente. C’est en tout cas une invitation à faire plus attention aux animaux et à les respecter, ce qui ne peut pas faire de mal. Les enfants sont souvent très proches des animaux, je me demande pourquoi la plupart des gens perdent ça en devenant adulte. Malgré quelques réserves sur le fond, qui manque peut-être un brin de clarté (je comprends mieux pourquoi les contes finissent toujours par une morale, aussi lourde soit-elle), j’ai trouvé ce petit livre très séduisant. Bien écrit, plein d’humour et de poésie, un conte pour apprendre à nos enfants à protéger les animaux.