Ah la famille ! Elle doit être après l’amour le sujet le plus couru des écrivains et cinéastes. Source d’inspiration inépuisable, pour le meilleur ou pour le pire. De l’amour à la haine, voici quelques histoires de famille dont je me suis délectée ces dernières semaines (voire ces derniers mois vu le retard dans mes chroniques) en films, livres ou séries, il y en a pour tous les goûts.
Béliers, de Grímur Hákonarson
Comédie dramatique islandaise avec Sigurður Sigurjónsson, Theodór Júlíusson, Charlotte Bøving
Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.
Depuis quelques années déjà, je suis fascinée par l’Islande, ses paysages grandioses et son folklore à part. Et plus j’en apprends, pire c’est, il va falloir que je finisse par y aller. En attendant, j’essaie de m’intéresser un peu à la littérature et au cinéma du pays, même si jusqu’à présent les occasions n’ont pas été aussi fréquentes que je l’aurais souhaité. Il y a deux ans, j’étais tombée sous le charme de l’excellent La lettre à Helga. Quand j’ai entendu parler de ce film, j’espérais vraiment y retrouver le même univers avec la campagne islandaise, ses moutons et ses querelles intestines. Ca a plus ou moins été le cas. Je m’attendais à plus accrocher avec le paysage qui est ici assez terne. Pour le reste : deux frères qui ne se parlent plus et des histoires de moutons, c’est tout à fait ce qui était attendu. Il y a une certaine rudesse dans ce film très sobre. Elle tient sans doute tant au climat qu’au caractère de ses protagonistes. Pourtant, il est également loin d’être dénué de poésie, ni même d’humour. J’ai beaucoup aimé découvrir le quotidien assez atypique de ces deux éleveurs de moutons et j’ai trouvé que leur relation difficile sonnait très juste. Un film sensible et rude à la fois qui mérite d’être découvert.
Tempête, de Samuel Coollardey
Drame français avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne
A 36 ans, Dom est marin pêcheur en haute mer et ne rentre que quelques jours par mois à terre. En dépit de ses longues absences, il a la garde de ses deux enfants. Dom fait tout pour être un père à la hauteur. Il rêve même d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils.
Tempête, c’est mon énorme coup de cœur ciné de début 2016. A vrai dire, ce film ne me tentait pas du tout. Ni le sujet intimiste, ni le fait qu’il s’agisse d’acteurs amateurs ne m’inspirait confiance. J’y suis allée un peu par dépit, et beaucoup parce que le monsieur à la caisse me l’a vendu avec force enthousiasme. Je ne le remercierai jamais assez tellement j’ai trouvé ce film beau. Le réalisateur a travaillé pendant un an avec un pêcheur et ils ont réfléchi ensemble à comment raconter son histoire. Il joue son propre rôle, avec toute sa famille. C’est à la fois un peu mis en scène et très proche de la réalité, ni fiction ni documentaire, un hybride intriguant. Au début j’ai trouvé que c’était un peu lent mais je suis rentrée dans l’histoire petit à petit. Les galères s’enchaînent et on s’attache terriblement à cette famille en pleine tempête. Le marin est taillé pour être acteur : quel charisme ! Il porte le film à lui seul, même si les autres sont loin de démériter. L’émotion est palpable de bout en bout alors qu’ils rejouent des moments difficile de leur vie, leur donnant une autre mesure. C’est absolument magnifique, le genre de film à vous réconcilier avec un cinéma intimiste à petit budget.
Ma critique complète est à découvrir ici.
Saint-Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern
Comédie dramatique franco-belge avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste
Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.
A l’opposé de Tempête, il y a Saint-Amour, un des pires films vus en 2016 (avec celui dont je vous parle dans la foulée). A vrai dire, je comptais absolument pas le voir. Malheureusement, tête en l’air que je suis je me suis trompée de salle en voulant aller voir Ave, César ! et m’en suis rendu compte trop tard pour corriger mon erreur. J’étais prête à faire un effort pour profiter un minimum du film malgré tout mais franchement, j’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans. Je me suis ennuyée à périr et j’ai à peu près tout trouvé mauvais dans ce film au casting pourtant assez imposant (un peu trop justement). J’ai trouvé ça d’une lourdeur ! L’humour n’a absolument pas fait mouche, je n’ai pas souri une seule fois, et j’ai encore moins été touchée par cette relation père-fils pas très subtile. Bon, il faut dire aussi que les vaches je connais un peu et que le côté « paysan dur et tendre à la fois » ne m’apparaît pas comme très exotique. C’est déjà pas mal quand ça ne sombre pas dans la caricature franchement insultante (ce qui est ici limite le cas). Les problèmes relationnels des uns et des autres m’ont tapé sur le système et l’arrivée de Céline Salette – que pourtant j’adore – n’a rien arrangé à l’affaire, l’histoire tournant alors au grand n’importe quoi. Bref, un des pires films qu’il m’ait été donné de voir dernièrement.
L’avenir, de Mia Hansen-Løve
Drame franco-allemand avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka
Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme.
Tant qu’on en est aux ratés cinématographiques, parlons donc de L’avenir, film encensé par la critique et qui m’a agacée à un point assez extraordinaire. Dès les premières minutes j’ai senti qu’il y avait bien peu de chances que j’accroche avec cette histoire intello bien pensante. J’aime beaucoup Isabelle Huppert mais je l’avais rarement trouvée aussi maniérée. Je crois qu’il va me falloir un certain temps avant d’arriver à apprécier de nouveau ses performances d’actrice. Le sujet ne m’a pas intéressée le moins du monde. Deux profs de philo, à l’approche de la retraite et qui ont l’air de s’emmerder sérieusement. Bon, bon, bon, voilà quoi, c’est pas qu’on s’en fout mais… ah ben si, c’est exactement ça en fait ! Il la trompe, elle craque pour un jeunot qui a décidé d’aller faire du fromage de chèvre dans un trou paumé, ça aligne cliché sur cliché avec un aplomb déconcertant, rien ne nous est épargné. Visuellement, j’ai trouvé ça plat et sans grand intérêt. Je ne garde aucun souvenir de la musique, à part me semble-t-il un peu de classique par-ci par-là. C’est pompeux et le discours des personnages est absolument imbuvable. Ca pue la pédanterie de l’intello bourgeois parisien. De la même réalisatrice, j’avais détesté Un amour de jeunesse et j’ai retrouvé exactement les mêmes défauts. Des personnages antipathiques, une histoire convenue, un immense moment d’ennui et d’exaspération.
D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère
À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari.
Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?
Je n’avais jusque-là lu qu’un seul livre d’Emmanuel Carrère (Limonov) que j’avais beaucoup apprécié, j’avais donc hâte d’entamer celui-ci. Malheureusement j’ai été assez déçue. J’ai beaucoup aimé le début, la partie qui se passe en Thaïlande suite au tsunami. J’ai trouvé que ça posait des questions intéressantes et que l’effort d’honnêteté était des plus louables. Dommage que ça ne continue pas sur cette lancée. La partie plus axée sur la famille, beaucoup plus intime, m’a profondément ennuyée. Malheureusement elle représente la quasi-totalité du livre. Ce sont souvent des sujets qui m’inspirent assez peu et ça n’a pas vraiment fait exception à la règle. Même le style m’a moins emballée que ce que j’aurais cru. C’est très bien écrit pourtant mais j’y ai trouvé une certaine froideur qui m’a surprise étant donné le sujet (question d’éducation en l’occurrence je pense). Finalement mon intérêt s’est émoussé au fil de la lecture. J’ai trouvé que ce texte manquait d’unité, tant dans le style que dans le sujet du récit. Il y a toutefois quelques moments de grâce au milieu de ce texte assez inégal. Malgré certaines qualités, une lecture très mitigée et plutôt décevante.
Il y a, dit-il, deux espèces d’hommes: ceux qui font souvent le rêve de tomber dans le vide et puis les autres. Les seconds ont été portés, et bien portés, ils vivent sur la terre ferme, s’y meuvent avec confiance. Les premiers au contraire souffriront toute leur vie de vertige et d’angoisse, du sentiment de ne pas exister réellement.
Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong
Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable.
Je n’attendais pas grand chose de ce roman. Le titre ne m’inspirait pas outre mesure et je ne connaissais pas du tout l’auteur. Finalement, je m’y suis assez laissée prendre. Le style n’est pas exceptionnel mais il fait le boulot. C’est simple et plutôt efficace. Quant à l’histoire, bien que ce ne soit a priori pas trop mon genre (un peu trop intime à mon goût), j’ai pris beaucoup de plaisir à la découvrir. J’ai bien aimé l’alternance des points de vue et j’ai trouvé que les sentiments des uns et des autres étaient particulièrement bien décrits. On se retrouve forcément un peu dans au moins une de ces réactions très différentes face au drame qui touche cette famille. L’accident avec lequel commence cette histoire fait éclater cette famille en apparence sans histoires en faisant ressortir des secrets depuis longtemps enfouis. J’ai particulièrement apprécié la première partie, le moment où les tensions se nouent sans qu’on sache encore vraiment de quoi il retourne. La deuxième partie m’a moins emballée, ça va un peu loin je trouve et perd au passage en crédibilité. Heureusement, quand on arrive à ce moment-là de l’histoire, on est suffisamment curieux d’en savoir plus pour pardonner quelques imperfections. Sans être un grand roman, Pardonnable, impardonnable n’est pas dénué d’un certain charme.
J’ignorais, à l’époque, qu’il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie.
Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin
Sur une île méditerranéenne, trois pêcheurs d’une même famille affrontent le passé, les regrets et le silence : Valente Orozco, le père, incapable de se remettre de la mort de sa femme Rocio, Rafa, le grand-père, inflexible avec Valente, et Salvi, le fils, qui a quitté l’île pour fuir un métier ingrat et une société patriarcale.
Une deuxième histoire de mer et de famille et là encore, un énorme coup de cœur. J’aimais beaucoup le titre de ce roman, pour le reste, j’étais moins sure de moi. J’ai de suite beaucoup accroché avec le style. Il y a un côté un peu rude et en même temps une grande sensibilité. Le récit commence par les doutes d’un jeune homme qui a quitté son île et qui à la mort de son grand père se voit assailli par les regrets. Assez vite, on sent poindre des secrets de famille bien cachés même s’il est difficile de mettre le doigt dessus. On découvre par la suite que le roman se divise en 3 parties (arrêtez de lire si vous voulez garder la surprise, même si ça n’a rien d’indispensable) : la seconde est consacrée au père et la dernière au grand-père (je ne compte pas la dernière, qui fait office d’épilogue). On se rend compte peu à peu que chacun a connu des moments de doutes et a eu une vie qui ne lui correspondait sans doute pas. Une famille de taiseux, qui se ressemblent plus qu’il y paraît et n’ont jamais su se parler. C’est beau, c’est très beau, dur aussi parfois, terriblement juste et émouvant. Un énorme coup de cœur.
J’avais du respect pour eux, pour leur travail éreintant, pour cette existence de misère, mais je ne voulais pas de cette vie-là.
Shameless
Série, comédie dramatique américaine avec William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White
La famille Gallagher est pour le moins tourmentée. La mère, Monica, a abandonné ses enfants pour refaire sa vie avec une femme. Le père, Frank est alcoolique et complètement paumé. Pendant ce temps, Fiona, l’aînée, élève à 20 ans ses 5 frères et sœurs.
Shameless est le remake américain d’une série anglaise du même nom. Je n’ai pas vu la version anglaise (qui paraît-il est meilleure mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir) mais la version américaine me fait beaucoup rire. Sans parler d’une grande série, elle est pour le moins divertissante. Ca part dans tous les sens, parents, amis, voisins, tous ont des caractères très différents mais sont aussi ravagés les uns que les autres. On suit leurs très nombreux déboires avec une certaine délectation. Ca y va fort en rebondissements, et plus on avance dans les saisons, pire c’est ! Un joyeux bordel assez jouissif. Sexe, drogue et mauvais esprit à volonté. Du point de vue de la réalisation, rien de bien original, c’est assez classique. La bande son en revanche est assez réussie et donne pas mal de peps à l’ensemble. Le rythme est sans nul doute le point fort de cette série complètement déjantée. Les acteurs sont également très bien choisis. Si cette série ne sort pas du lot par sa profondeur ou son esthétique comme certaines de ses consœurs, elle fait le boulot et nous divertit depuis 6 saisons.
Spotless
Série, comédie, drame, thriller franco-britannique d’Ed McCardie et Corinne Marrinan avec Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison
Jean est un français installé à Londres, père de famille, il a monté une entreprise de nettoyage de scènes de crime. Quand son frère Martin débarque chez lui, il ne l’a pas vu depuis des années. Il ramène les problèmes avec lui.
Pas toujours simple de composer avec sa famille… Spotless en est le parfait exemple. Si la famille n’est pas tout à fait au centre de l’histoire, elle est le cœur du problème. Un frère complètement paumé qui débarque, quelques mauvaises décisions et notre père de famille discret se retrouve plongé dans l’univers du crime organisé. C’est à la fois sombre, caustique et complètement délirant. Cette série franco-britannique a pour elle un sujet original même si le développement est parfois un peu convenu. Le rythme est inégal, alternant entre des rebondissements farfelus et des moments plus intimes qui permettent aux personnages d’acquérir une certaine épaisseur. Sans être une grande série, elle se défend toutefois. Le mélange des genres fonctionne, on se laisse prendre au jeu de cette histoire improbable et on finit même par s’attacher un peu à ces personnages assez particuliers. C’est noir, c’est glauque, c’est drôle, et malgré quelques faiblesses ça fonctionne au final plutôt bien.
Un peu d’humour… en série toujours
Les séries humoristiques sur la famille fleurissent en ce moment. Parmi elles, About a boy, Casual ou encore Catastrophe. Je leur trouve pas mal de points communs : format court et famille déstructurée pour commencer. Elles s’avèrent toutes trois plutôt sympathiques sans arriver à convaincre vraiment. Les intentions de départ sont bonnes mais ça manque un peu de verve. About aboy, c’est l’histoire d’une mère célibataire hippie qui aménage avec son petit garçon assez spécial à côté de chez un musicien oisif. Les personnages sont caricaturaux, pourtant ils sont étrangement attachants et on se prend à sourire à cette amitié improbable. Casual, c’est une mère de famille fraîchement divorcée qui débarque avec sa fille adolescente chez son frère qui a créé un site de rencontres. Le point de départ est plutôt prometteur, les personnages sont sympathiques mais c’est trop sage et ça tourne un peu en rond dès la saison 2. Une rencontre, du sexe et une grossesse non désirée pour Catastrophe. Ca reste malheureusement assez prévisible et retombe assez vite dans la famille « classique » bien que quelque peu névrosée. Trois séries qui jouent un peu sur la même corde de la famille atypique et dysfonctionnelle, avec un résultat plutôt mitigée.
J’avais lu les tomes 1 et 2 à l’adolescence et j’avais beaucoup aimé. Pas forcément de la grande littérature mais ça fonctionne : un style léger et plein d’humour, une anti-héroïne très attachante et une construction assez originale en avaient fait un best-seller. Difficile de ne pas s’y retrouver un peu quelque part. Le film (vu avant de lire le livre d’ailleurs) m’avait aussi bien fait rire. Une sorte d’anti-coup de blues du tonnerre. J’étais donc ravie d’entamer la lecture de ce 3° tome 10 ans après avoir lu les premiers. Malheureusement, dès les premières phrases, ç’a été la douche froide. Le style est d’une pauvreté ! Je me suis dit que je ne devais pas être dans un bon jour, que ce n’était peut-être pas si nul mais vraiment, avec toute la bonne volonté du monde, je n’ai pas pu… Le style est infect et du côté de l’histoire, ça a bien changé aussi. Elle a des gamins et son problème principal est de savoir si elle doit parler des poux de ses mioches à son plan cul plus jeune qu’elle. Palpitant, vraiment. Un vrai calvaire. J’en suis même venue à me demander si ç’avait bien été écrit par la même personne mais oui, elle n’a pas changé. Je ne peux pas m’empêcher maintenant de me dire que s’il le faut je détesterais les 2 premiers tomes si je devais les lire aujourd’hui. Je ne sais pas si j’ai envie d’aller y jeter un oeil pour vérifier, j’ai peur de gâcher de bons souvenirs inutilement. En attendant ce tome 3 restera définitivement une lecture inachevée je pense. Une lecture atterrante sans commune mesure avec ce que l’auteur nous avait jusque-là proposé.
Voilà une BD humoristique qui m’a laissée… hum… sans voix ! J’avais déjà vu cette série à plusieurs occasions mais je n’avais pas le souvenir de l’avoir déjà ouverte, j’étais donc plutôt contente d’avoir l’occasion d’améliorer ma culture BD. Le 1° tome de cette série de F’murr est sorti en 1973 et le plus récent en 2007. Les personnages de ces albums qui se déroulent dans les alpages sont un berger rêveur, sont chien adepte de calembours et de mécanique de précision et son troupeau de brebis autogéré qui passent leur temps à faire de mauvaises blagues aux touristes et aduler le bélier Romuald qui se la coule douce. Dans l’idée, il y avait de quoi me séduire avec cette BD pleine de références littéraires, philosophiques ou historiques. Malheureusement, non seulement celles-ci m’ont souvent échappé mais surtout je n’ai absolument pas compris ce qu’il pouvait bien y avoir de drôle dans ces saynètes dont l’humour m’a totalement échappé. J’ai eu beau m’acharner, je suis totalement passée à côté, il y avait longtemps que je ne m’étais pas sentie autant en décalage avec un truc sensément drôle. Grand moment de solitude…
Autre grand moment de solitude, dans un genre très différent, La minute de silence. Le moins qu’on puisse dire c’est que cette BD est très très originale. Les dessins sont de qualité, avec un énorme degré de précision, et l’histoire sort franchement de l’ordinaire. Elle sort tellement de l’ordinaire qu’à vrai dire je n’ai à peu près rien compris ! C’est inventif, bourré de références mais ça reste quand même assez obscur (à mes yeux tout du moins). Il y a une histoire de monde de bateaux de pierre qui avancent à la propreté, c’est à peu près tout ce que j’ai saisi… Même le résumé est plus précis, c’est dire ! J’ai apprécié le soin apporté au dessin et le style très soutenu du texte ainsi que son humour mais je n’ai quand même pas réussi à venir à bout de cette BD pour le moins déconcertante. Une explication de texte n’aurait pas été de trop ! Difficile à suivre mais on ne pourra pas lui reprocher son manque d’originalité au moins !
J’avais plutôt entendu dire du bien de ce film et ayant consacré mon mémoire à Hervé Guibert et la littérature sur le sida, le sujet m’intéressait particulièrement. Malheureusement j’ai bien vite déchanté. Le début est interminable. Les mecs à poils qui se draguent m’intéressent assez peu (ou n’importe qui d’autre d’ailleurs, ce n’est pas une question de genre). Les 5 premières minutes ça allait, ensuite je me suis lassée, d’autant plus que la lumière rouge et la musique techno n’avaient rien pour me séduire. La rencontre est filmée de manière totalement ridicule, avec un espèce de halo de lumière autour de la tête des deux hommes. Kitch au possible. Ensuite, c’est encore pire. Les dialogues sont incroyablement creux (mon passage préféré, c’est un grand moment de poésie à bord d’un Vélib’). J’ai trouvé relativement improbable le déroulé des événements, sans compter que c’est extrêmement mal joué. Vers la moitié j’ai lâché l’affaire et, fait rare, j’ai quitté le cinéma pour aller me réconforter avec une crêpe (par ailleurs dégueulasse, mauvais karma). Je n’ai absolument pas compris d’où sortaient les bonnes critiques sur ce film parfaitement insipide. Dommage, l’histoire avait pourtant un certain potentiel.
Ce texte a été écrit par un spécialiste de l’auto-fiction et plus particulièrement d’Hervé Guibert. Je l’avais contacté lorsque je rédigeais mon mémoire de master sur l’homme au chapeau rouge. Quand il m’a proposé de m’envoyer son premier roman pour que je le lise, j’ai bien accepté. J’étais à la fois flattée et un peu inquiète : et si je n’aimais pas ? Difficile de descendre quelqu’un qu’on apprécie, en même temps, les critiques acerbes sont un peu ma marque de fabrique (moins en ce moment comme me l’ont fait remarquer certains). Je n’étais donc pas particulièrement sereine en entamant ma lecture d’autant plus que l’auto-fiction, bien que j’aie écrit un mémoire sur le sujet, n’est pas particulièrement mon truc. Finalement, ce texte a été une très bonne surprise. L’écriture est très belle, pleine de sensibilité. L’auteur nous y parle de la mort de sa mère lorsqu’il était adolescent, essayant de se remettre dans la peau de l’enfant apeuré qu’il était alors. Je trouve que le deuil en littérature est un sujet difficile tant chacun le ressent différemment. J’ai souvent beaucoup de mal à m’identifier et à partager la douleur de l’autre. Ca n’a pas été le cas ici où les choses sont amenées avec beaucoup de délicatesse. La distance aidant sans doute, le ton est bien nostalgique qu’éploré : une certaine pudeur est à l’oeuvre que j’ai trouvée touchante. Un très beau texte à l’écriture simple et élégante, tout en sensibilité, un très bel hommage que rend l’auteur à sa mère disparue.
On change complètement de d’univers avec ce texte-ci. Là encore, j’étais un peu frileuse au moment d’entamer ma lecture : texte court, édition inconnue, la méfiance était au rendez-vous. De prime abord, je ne pensais pas connaître l’auteur, et puis j’ai découvert qu’il avait écrit Matin brun, cette nouvelle particulièrement forte sur le racisme qu’on trouvait pendant longtemps en vente à la caisse de toutes les librairies et qui fait un vrai carton. J’ai retrouvé dans ce texte la même écriture un peu âpre, qui recèle une part de violence qui la rend particulièrement percutante. On est ici face à une histoire d’amour et de révolte. Une jeune fille paumée, un vagabond, une mère de famille bourgeoise et un retraité dont les routes vont se croiser. Quatre destins liés d’une manière ou d’une autre. Une certaine colère transparaît entre les lignes de ce texte court à l’écriture incisive. Le jeune vagabond semble insuffler un désir de liberté à quiconque croise sa route, semant un vent de contestation dans son entourage. Les personnages sont assez attachants et j’ai trouvé leurs relations intéressantes. Un beau texte sur les marges de la société qui donnerait envie de se rebeller.
Quand j’ai trouvé ce roman dans ma boîte aux lettres, j’étais absolument ravie ! Je n’avais jamais lu de polar islandais mais j’aime à la fois les polars et la littérature islandaise – enfin le peu que j’en connais : ça démarrait bien. Sans compter la maison d’édition plutôt prestigieuse qui me semblait être une valeur sure (oui, je suis snob). J’ai été cruellement déçue. Le style est d’une pauvreté sidérante. On dirait par moment un mauvais roman à l’eau de rose. Pourtant, je suis généralement plus encline à la clémence avec les romans policiers, que je lis avant tout pour l’intrigue. Il faut dire aussi qu’il ne s’agit pas d’une traduction de l’islandais directement mais depuis l’anglais, ce qui peut expliquer une déperdition assez énorme. Plus gênants encore sont quelques non-sens (18 janv, « le printemps n’arrive-t-il jamais jusqu’ici ? »… en France non plus, janvier ce n’est pas le printemps alors au nord de l’Islande, je vous laisse imaginer). Je lui ai tout me même laissé une chance, espérant que l’intrigue allait rattraper le coup. Déjà, c’est long à démarrer, et puis franchement… ça n’a rien de bien palpitant. C’est très convenu. Les personnages sont creux et stéréotypés et l’enquête traîne en longueur. Heureusement que ça se lit vite parce que c’est d’un ennui ! Bref, pas le grand coup de cœur du printemps quoi, passez votre chemin.
Je dois bien avouer que je n’avais rien lu de Tracy Chevalier, même si je la connaissais de nom depuis l’adaptation cinématographique de son roman La jeune fille à la perle il y a quelques années. J’avais très envie de découvrir son univers mais je ne sais pas, j’ai lu d’autres choses et je n’ai finalement jamais vraiment eu l’occasion. J’ai donc été comblée de recevoir son dernier roman. Je dois avouer que je n’ai pas été déçue ! J’ai beaucoup aimé le style, classique et élégant, presque désuet par moment mais qui a tellement de charme : un vrai régal. L’histoire m’a tout autant séduite. Même si les pommiers ne sont pas franchement ma spécialité, j’ai trouvé quelque chose de familier dans cette famille qui peine à survivre du fruit de son labeur à la ferme. La psychologie des personnages est assez complexe et si tous ne sont pas sympathiques, ça rend leurs relations intéressantes. J’ai également pris un grand plaisir à suivre la part d’aventure qui vient donner un nouveau souffle en court de récit. J’ai trouvé que sur la fin certains événements manquaient peut-être un peu de crédibilité dans leur enchaînement mais à ce stade de ma lecture je dévorais tellement ce roman que ça ne m’a pas gênée outre mesure. Ca contribue même au charme de l’histoire d’une certaine manière. Pour le reste, d’un point de vue historique, ça m’a eu l’air particulièrement bien documenté (si je ne m’abuse, l’auteur est d’ailleurs réputée pour ça). Un roman aux multiples facettes qui a su me séduire de bout en bout. A dévorer sans modération.
Je n’avais pas lu le premier roman de l’auteur, dont on avait pourtant beaucoup parlé, en revanche j’avais lu un recueil de nouvelles paru en septembre dernier et qui, je dois le dire, m’avait très peu convaincue (ma critique
Ceux qui me lisent régulièrement le savent, les histoires d’amour et moi, ça fait généralement deux. Je craignais donc un peu cette lecture, d’autant plus que le traumatisme du très mièvre
Une bonne vieille histoire de mafia : voilà qui avait de quoi me réjouir. Si les bases de l’histoire sont assez classiques avec des histoires de clan, de loyauté et de règlements de comptes, j’ai trouvé la mise en oeuvre très originale. On s’éloigne de l’univers classique de la mafia italienne pour découvrir un monde bien plus feutré mais non moins pourri. Le personnage principal va devoir s’adapter à son changement de fonction et va s’avérer surprenant dans ce changement radical, avec bien plus de profondeur que ce qu’on aurait pu attendre de lui. J’ai beaucoup aimé cet aspect là du roman, où chacun est amené à méditer sur ses actes et le sens qu’il veut donner à sa vie. La distinction entre le bien et le mal y est souvent assez fluctuante, ce qui n’est pas pour me déplaire. On met à peu près aussi longtemps que le personnage à comprendre les tenants et les aboutissants de son changement de statut et ce flou artistique contribue largement à la réussite de l’histoire. Par ailleurs, c’est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. Une base classique, une plume efficace, un développement original et une touche d’introspection en font un thriller original et très prenant.
Autre thriller, autre bonne surprise (quand je vous dis que je suis sur une bonne lancée !). Ici on a affaire à deux enfants qui ont été enlevées l’été de leur 12 ans et qui s’en sont sorties indemnes. Une fois adultes, elles affrontent les conséquences assez troubles de ce kidnapping chacune à leur manière. On alterne le point de vue des deux jeunes femmes, l’une professeur à l’université et l’autre actrice. Elles ont eu des parcours très différents et n’ont pas gardé contact, pourtant un lien ténu persiste entre elles. J’ai beaucoup aimé les questionnements psychologiques autour de la question de l’enlèvement et de ses conséquences. Les fillettes n’ont pas cherché à fuir et c’est finalement cette absence de traumatisme tangible qui les hante. Les choses sont abordées de manière originale et ça sonne terriblement juste. Si dans l’ensemble la trame du roman est assez prévisible, c’est vraiment sur le fond que la différence se fait, avec un angle d’approche intéressant. L’écriture est assez légère mais agréable. Les personnages ne sont pas toujours très sympathiques mais leur côté un peu dingue les rend bien plus humains. Un thriller psychologique efficace qui traite d’un sujet délicat avec sensibilité et une certaine profondeur, difficile de le lâcher une fois la lecture entamée.
Ce film est mon gros coup de cœur de cette première moitié de l’année. S’il n’est pas exempt de défauts, j’ai trouvé son énergie communicative et j’en suis ressortie euphorique. Dès les premières images, j’ai été totalement happé par l’univers de ce film : les couleurs de l’Inde, ses traditions ancestrales, ses femmes malmenées. Le film retranscrit très bien le poids des traditions dont les personnages essaient tant bien que mal de s’affranchir. Le film s’inspire de récits fait par des femmes de cette région reculée de l’Inde. Les quatre femmes au centre du récit ont des personnalités exceptionnelles et j’ai trouvé les deux qu’on voit dès le début particulièrement attachantes. Les actrices sont assez incroyables. La complexité des personnages se révèle peu à peu, laissant apparaître les failles de chacune. Les hommes sont en retrait dans le film et n’ont pas franchement le beau rôle mais cela ne m’a pas gênée outre mesure et l’histoire ne m’a pas donné l’impression d’être caricaturale. Un film que j’ai vraiment adoré : plein de couleurs, d’énergie et porteur d’un message universel. Un magnifique films de femmes et un énorme coup de cœur.
Allez savoir pourquoi je m’étais convaincue que ce livre était un essai. J’avais un peu tardé à m’y mettre, le genre n’étant pas particulièrement celui qui m’attire le plus spontanément. J’ai donc été ravie de découvrir qu’il s’agissait en réalité d’un roman : et quel roman ! Je suis de suis tombée sous le charme de ce style riche et enlevé, particulièrement maîtrisé. Un vrai coup de foudre ! L’histoire m’a tout autant absorbée. L’auteur s’inspire d’un fait réel : une série de meurtres de prostituées en Iran. Partant de là, elle imagine l’histoire de chacune et leur donne la parole. L’intention est louable et parfaitement menée à bien. On passe du rire à l’émotion en lisant leur récit, oubliant parfois même qu’il est fictif, tant ces femmes semblent vivantes. Les incursions de l’auteur dans le récit ont un côté ludique qui vient casser un peu l’aspect tragique du texte. Mais sous la légèreté de la plume, c’est un portrait très sombre de la société iranienne que dresse l’auteur, une société qui étouffe la femme et l’exploite à la moindre occasion. Un roman qui se lit d’une traite avec un réel plaisir mais n’en cache pas moins un engagement profond : un énorme coup de cœur.
On m’a offert ce livre l’année dernière pour mon anniversaire. Je ne connaissais pas du tout ce photographe – il faut dire que ma culture en matière de photo est proche du néant – et j’avais hâte de découvrir son travail. J’ai toujours beaucoup aimé les nus féminins, que ce soit en photo ou en peinture, j’ai donc été ravie de me voir offrir cet ouvrage qui y est en partie consacré – alternant avec des portraits ou des photos de mode. Tous les clichés que contient ce petit livre au format carré sont en noir et blanc et souvent très contrastés. Je me suis d’ailleurs rendu compte que certains étaient célèbres. C’est un peu inégal mais j’ai trouvé qu’il y avait des clichés vraiment magnifiques avec en particulier de très beaux jeux de contre-jour et de clair-obscur ainsi que des jeux d’ombres intéressants. Il y a également quelques belles constructions, assez originales. Il y a des choses plutôt classiques, d’autres drôles ou poétiques. Le femme est le trait d’union entre ces univers assez disparates. Ca m’a donné envie de voir ce qu’il avait fait d’autre même si je n’en ai pas encore eu l’occasion. Il y a une certaine élégance dans ce travail qui n’est jamais vulgaire. Un bel hommage à la femme.