Romans : sorties du mois de mai

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Snjor, de Ragnar Jonasson

 

Siglufjördur, la ville où il ne se passe rien, où personne ne ferme jamais sa porte à clef. Mais voilà : une jeune femme est retrouvée morte, à moitié nue dans la neige ; un vieil écrivain renommé fait une chute mortelle dans le théâtre local… Ari Thor se retrouve plongé au cœur d’une petite communauté où chacun tient l’autre par ses mensonges et ses secrets.

Snorj, couvertureQuand j’ai trouvé ce roman dans ma boîte aux lettres, j’étais absolument ravie ! Je n’avais jamais lu de polar islandais mais j’aime à la fois les polars et la littérature islandaise – enfin le peu que j’en connais : ça démarrait bien. Sans compter la maison d’édition plutôt prestigieuse qui me semblait être une valeur sure (oui, je suis snob). J’ai été cruellement déçue. Le style est d’une pauvreté sidérante.  On dirait par moment un mauvais roman à l’eau de rose. Pourtant, je suis généralement plus encline à la clémence avec les romans policiers, que je lis avant tout pour l’intrigue. Il faut dire aussi qu’il ne s’agit pas d’une traduction de l’islandais directement mais depuis l’anglais, ce qui peut expliquer une déperdition assez énorme. Plus gênants encore sont quelques non-sens (18 janv, « le printemps n’arrive-t-il jamais jusqu’ici ? »… en France non plus, janvier ce n’est pas le printemps alors au nord de l’Islande, je vous laisse imaginer). Je lui ai tout me même laissé une chance, espérant que l’intrigue allait rattraper le coup. Déjà, c’est long à démarrer, et puis franchement… ça n’a rien de bien palpitant. C’est très convenu. Les personnages sont creux et stéréotypés et l’enquête traîne en longueur. Heureusement que ça se lit vite parce que c’est d’un ennui ! Bref, pas le grand coup de cœur du printemps quoi, passez votre chemin.

Ses parents lui offraient toujours un livre à Noël. La tradition islandaise de lire un nouveau livre la veille de Noël jusqu’aux petites heures du matin tenait un rôle important dans sa famille.

A l’orée du verger, de Tracy Chevalier

 

1838, les Goodenough sont une famille nombreuse qui vit dans les marais de l’Ohio qui tente tant bien que mal de survivre grâce à son verger. Mais la vie est dure dans le Black Swamp, surtout pour les hommes comme James, qui ne rêvent que de reinette dorée.

A l'orée du verger, couvertureJe dois bien avouer que je n’avais rien lu de Tracy Chevalier, même si je la connaissais de nom depuis l’adaptation cinématographique de son roman La jeune fille à la perle il y a quelques années. J’avais très envie de découvrir son univers mais je ne sais pas, j’ai lu d’autres choses et je n’ai finalement jamais vraiment eu l’occasion. J’ai donc été comblée de recevoir son dernier roman. Je dois avouer que je n’ai pas été déçue ! J’ai beaucoup aimé le style, classique et élégant, presque désuet par moment mais qui a tellement de charme : un vrai régal. L’histoire m’a tout autant séduite. Même si les pommiers ne sont pas franchement ma spécialité, j’ai trouvé quelque chose de familier dans cette famille qui peine à survivre du fruit de son labeur à la ferme. La psychologie des personnages est assez complexe et si tous ne sont pas sympathiques, ça rend leurs relations intéressantes. J’ai également pris un grand plaisir à suivre la part d’aventure qui vient donner un nouveau souffle en court de récit. J’ai trouvé que sur la fin certains événements manquaient peut-être un peu de crédibilité dans leur enchaînement mais à ce stade de ma lecture je dévorais tellement ce roman que ça ne m’a pas gênée outre mesure. Ca contribue même au charme de l’histoire d’une certaine manière. Pour le reste, d’un point de vue historique, ça m’a eu l’air particulièrement bien documenté (si je ne m’abuse, l’auteur est d’ailleurs réputée pour ça). Un roman aux multiples facettes qui a su me séduire de bout en bout. A dévorer sans modération.

Ils se disputaient encore à propos des pommes. Lui voulait cultiver davantage de pommes de table, pour les manger ; elle voulait des pommes à cidre, pour les boire. Cette querelle s’était répétée si souvent qu’ils jouaient désormais leurs rôles à la perfection ; leurs arguments s’écoulaient fluides et monotones autour d’eux car il les avaient l’un comme l’autre entendus assez fréquemment pour ne plus avoir à écouter.

Le reste de leur vie, de Jean-Paul Didierlaurent

 

Comment, au fil de hasards qui n’en sont pas, Ambroise, le thanatopracteur amoureux des vivants et sa grand-mère Beth vont rencontrer la jolie Manelle et le vieux Samuel, et s’embarquer pour un joyeux road trip en corbillard, à la recherche d’un improbable dénouement ?

Le reste de leur vie, couvertureJe n’avais pas lu le premier roman de l’auteur, dont on avait pourtant beaucoup parlé, en revanche j’avais lu un recueil de nouvelles paru en septembre dernier et qui, je dois le dire, m’avait très peu convaincue (ma critique ici). Autant avouer que je n’étais pas hyper enthousiaste au moment d’entamer cette lecture. Finalement, j’ai été plutôt agréablement surprise – quand on n’attend rien aussi, forcément, on ne risque moins d’être déçu. J’ai beaucoup aimé le début. Le style est léger mais agréable et les personnages plutôt sympathiques. J’ai pris plaisir à les découvrir. On alterne essentiellement entre un jeune homme et une jeune femme, on se doute donc qu’ils vont finir par se croiser mais tant qu’on ne sait pas comment, j’ai trouvé ça plaisant. J’ai un peu moins accroché avec la suite, plus prévisible et surtout trop pleine de bons sentiments à mon goût. Heureusement, comme ça se lit très vite et que j’avais bien aimé le début, j’étais encore dans de bonnes dispositions et je suis arrivée à la fin de l’histoire avant que l’ennui ne me rattrape. Vous le savez, les bons sentiments et moi… S’il y a des choses assez classiques dans ce roman – son style et certains ressorts de l’histoire notamment – d’autres le sont beaucoup moins. La vraie réussite tient à l’originalité des personnages, qui n’en demeurent pas moins attachants. Même si elle manque de caractère à mon goût, une lecture légère et agréable qui devrait plaire au plus grand nombre.

Alors si vous me demandez pourquoi je fais ce métier,je vais vous répondre d’un exemple:parce que c’est plus facile pour une mère d’embrasser le front d’un fils qui paraît dormir dans une éternité paisible que de rester hantée tout le reste de sa vie par l’image d’un visage ravagé par la mort.

Lettres à Stella, d’Iona Grey

 

Jess s’enfuit et n’a n’a nulle part où aller. Surgissant dans une ruelle déserte, elle trouve refuge dans une maison abandonnée. Le lendemain matin, le facteur glisse une lettre mystérieuse par la porte. Incapable de résister à la tentation, Jess ne peut s’empêcher de la lire et se retrouve plongée dans une histoire d’amour d’un autre temps.

Lettre à Stella, couvertureCeux qui me lisent régulièrement le savent, les histoires d’amour et moi, ça fait généralement deux. Je craignais donc un peu cette lecture, d’autant plus que le traumatisme du très mièvre Il était une  lettre était encore bien présent dans mon esprit. Je me suis tout de même lancée, un peu à contre-cœur donc. Finalement, ç’a plutôt été une jolie surprise. On alterne entre l’histoire de Jess, une jeune femme un peu paumée, et celle de Stella, malheureuse dans son mariage et qui va s’éprendre de Dan, un soldat américain. Le lien entre les deux univers se fait à travers la lecture de la correspondance (enfin, une moitié seulement) des deux amants. J’ai trouvé que pour une fois le procédé ne faisait pas trop artificiel d’autant plus que les deux histoires se font plus ou moins écho. J’ai beaucoup aimé la première moitié du roman, j’ai trouvé les tâtonnements et les doutes bien retranscrits. Ca vire un peu plus mélodramatique sur la fin. Un peu trop à mon goût, mais on est alors suffisamment attaché aux personnages pour s’en accommoder, voire même par moments se laisser prendre au jeu. Si dans l’ensemble ce roman ne réserve pas de grande surprise, j’ai beaucoup aimé les personnages et la peinture de l’Angleterre pendant la guerre. Un roman agréable à lire, bien moins mièvre que ce que je craignais.

Je t’ai promis un amour infini, à une époque où il m’était impossible de savoir si je survivrais une semaine de plus. Aujourd’hui, il semblerait que l’éternité touche à son terme. Pas un instant je n’ai cessé de t’aimer.

Gangsterland, de Todd Goldberg

 

Tueur à la solde de la mafia de Chicago, Sal Cupertine est ce qui se fait de mieux dans le genre. Il se retrouve obligé de fuir après avoir tué trois agents du FBI. Un peu de chirurgie plus tard, on le retrouve à Las Vegas sous le nom de David Cohen, rabbin de son état. Mais sa vie risque bien de ne pas être plus facile pour autant…

Gangsterland, couvertureUne bonne vieille histoire de mafia : voilà qui avait de quoi me réjouir. Si les bases de l’histoire sont assez classiques avec des histoires de clan, de loyauté et de règlements de comptes, j’ai trouvé la mise en oeuvre très originale. On s’éloigne de l’univers classique de la mafia italienne pour découvrir un monde bien plus feutré mais non moins pourri. Le personnage principal va devoir s’adapter à son changement de fonction et va s’avérer surprenant dans ce changement radical, avec bien plus de profondeur que ce qu’on aurait pu attendre de lui. J’ai beaucoup aimé cet aspect là du roman, où chacun est amené à méditer sur ses actes et le sens qu’il veut donner à sa vie. La distinction entre le bien et le mal y est souvent assez fluctuante, ce qui n’est pas pour me déplaire. On met à peu près aussi longtemps que le personnage à comprendre les tenants et les aboutissants de son changement de statut et ce flou artistique contribue largement à la réussite de l’histoire. Par ailleurs, c’est plutôt bien écrit, ce qui ne gâche rien. Une base classique, une plume efficace, un développement original et une touche d’introspection en font un thriller original et très prenant.

Selon les usages, il valait mieux éviter de tuer un agent du FBI. Mauvais pour les affaires. Alors trois, voire quatre, si le Mexicain en était, lui aussi… On pouvait abattre un flic véreux, ou un conseiller municipal qui s’apprêtait à aller porter plainte pour ne pas payer ses dettes, mais on ne dézinguait pas comme ça un agent fédéral.

Les élues, de Maggie Mitchell

 

L’été de leurs douze ans, Loïs et Carly May ont été kidnappées et séquestrées dans un pavillon de chasse pendant six semaines. Vingt ans plus tard, Loïs enseigne la littérature britannique au sein d’une petite université de New York, et Carly May peine à relancer sa carrière d’actrice à Los Angeles. Mais le destin pourrait bien une fois de plus les rapprocher.

Les élues, couvertureAutre thriller, autre bonne surprise (quand je vous dis que je suis sur une bonne lancée !). Ici on a affaire à deux enfants qui ont été enlevées l’été de leur 12 ans et qui s’en sont sorties indemnes. Une fois adultes, elles affrontent les conséquences assez troubles de ce kidnapping chacune à leur manière. On alterne le point de vue des deux jeunes femmes, l’une professeur à l’université et l’autre actrice. Elles ont eu des parcours très différents et n’ont pas gardé contact, pourtant un lien ténu persiste entre elles. J’ai beaucoup aimé les questionnements psychologiques autour de la question de l’enlèvement et de ses conséquences. Les fillettes n’ont pas cherché à fuir et c’est finalement cette absence de traumatisme tangible qui les hante. Les choses sont abordées de manière originale et ça sonne terriblement juste. Si dans l’ensemble la trame du roman est assez prévisible, c’est vraiment sur le fond que la différence se fait, avec un angle d’approche intéressant. L’écriture est assez légère mais agréable. Les personnages ne sont pas toujours très sympathiques mais leur côté un peu dingue les rend bien plus humains. Un thriller psychologique efficace qui traite d’un sujet délicat avec sensibilité et une certaine profondeur, difficile de le lâcher une fois la lecture entamée.

En fait, ce n’était pas du tout dramatique (…). De mon point de vue, un enlèvement en plein jour, dans la rue principale d’une bourgade paumée du Nebraska, était loin d’être la pire chose qui pouvait m’arriver.

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