Cinéma·Mes lectures

Un peu d’exotisme

          Parmi les dizaines d’articles en retard qui m’attendent (parfois depuis très longtemps), voici pour vous les 5 plus exotiques dans des styles éclectiques. Envie d’évasion ? Faites votre choix !

Là où les tigres sont chez eux, Jean-Marie Blas de Roblès

Lorsque le correspondant de presse Eléazard von Wogau reçoit la biographie inédite d’Athanase Kircher, célèbre savant jésuite de l’époque baroque, il se lance sur ses traces, entraînant avec lui maints personnages aussi surprenants qu’extravagants. Véritable épopée, grand roman d’aventures, fresque étrange et flamboyante, où de minuscules intrigues se répondent et tissent une histoire du Brésil à l’aube du XXIe siècle.

Là où les tigres sont chez euxCe livre est resté très très longtemps dans ma bibliothèque avant d’en sortir. Il est imposant et me faisait quand même un peu peur, autant par sa taille qu’à cause de son titre très mystérieux. Je ne savais pas trop où je mettais les pieds mais j’avais l’impression de quelque chose d’assez compliqué. Finalement, si en effet l’histoire est plutôt complexe avec ses ramifications autour du personnage principal, le style est agréable et plutôt accessible. Une écriture travaillée mais pas trop lourde : classique somme toute. Le rythme est assez lent mais agréable. J’ai bien aimé ce roman en ayant l’étrange impression qu’il était toujours sur le point de démarrer sans jamais vraiment parvenir à son rythme de croisière. Je n’ai pas eu des affinités particulières avec les personnages mais chacun a un univers bien défini, qui recoupe vaguement celui des autres tout en gardant une identité forte et j’ai bien aimé passer de l’un à l’autre. Même si la mélancolie et la langueur qui dominent dans ces pages ne sont pas ce que je préfère, j’ai bien aimé l’ambiance particulière de ce livre. Je l’ai d’ailleurs lu plus vite que je n’aurais cru et avec grand plaisir. Il y a des longueurs et la fin m’a un peu déçue mais dans l’ensemble, j’ai bien aimé cette lecture exotique.

Transgresser une règle, toutes les règles, revient toujours à s’en choisir de nouvelles, et donc à revenir dans le giron de l’obédience. On a l’impression de se libérer, de changer son être en profondeur, alors qu’on a simplement changé de maître.

Kamasutra : exactement comme un cheval fou

Ceci est si intime et secret notre imagination si fantaisiste qui pourrait savoir qui devrait faire quoi quand pourquoi et comment ? Dans une nouvelle traduction originale du sanscrit, voici cet étonnant rendez-vous avec une grammaire du désir, conjuguée à l’idée pratique d’une existence sensuelle, théâtralisée, vécue à coups de formules, de ruses, de syllogismes, de recettes ou de techniques diverses, et de poèmes.

Kâmasûtra : exactement comme un cheval fouComme la plupart des gens je suppose, je pensais grosso modo que le Kamasutra était une sorte de traité de sexologie aux positions improbables, qui a été au fil des siècle illustré et ré-illustré pour mettre du piment dans la vie de couple. Quand je suis tombée sur cette nouvelle traduction de Frédéric Boyer faite à partir du texte original (nullement illustré donc), avec un titre des plus poétiques, j’ai eu très envie de voir de quoi il retournait. Je l’ai feuilleté quelque peu, lu des passages très énigmatiques, et ma curiosité l’emportant, je l’ai finalement acheté. J’ai sauté la préface pour aller directement au cœur de texte, qui se présente comme une sorte de long poème découpé en chapitres. Si ce texte est un précis sur le couple, la séduction et les relations amoureuses, il loin de ne parler que de sexe. Ce texte m’a beaucoup surprise. A la fois par sa forme, quasi-mystique à mes yeux (sans doute accentuée par la traduction d’ailleurs) et par un contenu souvent d’une incroyable modernité même si certaines pratiques peuvent nous sembler on ne peut plus étrangères. Un mélange déroutant. C’est étrange comme certains passages prônent le respect de la femme (voire sa vénération), quand d’autres peuvent s’avérer autrement plus machistes. Si j’ai beaucoup aimé cette lecture (parcellaire, je dois l’admettre), j’ai en revanche été extrêmement déçue par la préface qui est pour moi un contre-sens total – ce qui est gênant vu qu’elle est écrite par le traducteur. Ca a un peu terni ma vision de ce livre. Ce texte m’est finalement plus apparu comme un traité de vie et de bien-être universel qui dans l’ensemble n’a pas tellement vieilli.

Revenons sur les raisons de coucher avec les femmes des autres et comment y arriver sans effort.

Le gourmet solitaire, de Jirô Taniguchi et Masayuki Kusumi

On ne sait presque rien de lui. Il travaille dans le commerce, mais ce n’est pas un homme pressé ; il aime les femmes, mais préfère vivre seul ; c’est un gastronome, mais il apprécie par-dessus tout la cuisine simple des quartiers populaires… Cet homme, c’est le gourmet solitaire. Chaque histoire l’amène à goûter un plat typiquement japonais, faisant renaître en lui des souvenirs enfouis, émerger des pensées neuves, ou suscitant de furtives rencontres.

Le gourmet solitaireJe ne lis quasiment aucun manga. Je n’y connais absolument rien, alors quand mes pas me portent par hasard dans le rayon, je me contente de regarder les titres et celui-ci m’a forcément tapé dans l’œil. Je savais pas trop à quoi m’attendre mais ça parlait de nourriture, c’était déjà un bon début ! J’ai été étonnée de ne pas accrocher tant que ça. Je ne saurais pas trop expliquer ce qui s’est passé avec ce livre. Je lui ai trouvé un certain charme. Chaque chapitre correspond à une découverte culinaire du personnage. On découvre ainsi page après page des spécialités japonaises bien souvent inconnues dans nos contrées. Tout ou presque m’a fait envie ! Ce livre donne terriblement faim et laisse comme une envie d’aller explorer les bas fonds de Tokyo. Toutefois, j’ai assez vite saturé. Ce texte se déguste. Je me suis arrêtée en route, ne voyant pas trop passés quelques passages, ce que je pourrais y trouver de plus hormis une intense frustration. Peut-être que je m’y replongerai un jour. Un texte que je n’ai sans doute pas su apprécier à sa juste valeur mais qui m’aura tout de même fait saliver.

Provoquer une certaine appréhension, en fait, c’est le premier critère pour qu’un restaurant soit « bon ». Un restaurant doit conserver une part d’ombre, des recoins peu clairs, une atmosphère plus ou moins tendue, une aura mystérieuse et sombre.

Port-au-Prince : dimanche 4 janvier, de François Marthouret

4 janvier 2004, Haïti. Célébration du bicentenaire de la déclaration d’indépendance. Depuis des mois, des manifestations étudiantes et populaires protestent contre la dictatuire du « Prophète », le Président Aristide. Tout oppose Lucien, étudiant en philosophie convaincu du succès de la manifestation vers la démocratie, à son jeune frère Little Joe, voyou recruté par les Chimères pour réprimer la marche des étudiants. Ce jour va sceller le destin des deux frères.

Port au Prince dimanche 4 janvierVoilà un film que j’ai énormément aimé et dont j’ai malencontreusement oublié de vous parler. Je vais donc corriger cette fâcheuse erreur de ce pas. Je dois avouer que si j’avais lu le synopsis et qu’il me tentait bien, je n’en attendais finalement pas grand chose. J’ai donc été très agréablement surprise de découvrir une petite pépite. Il est vrai que j’aime les films engagés et j’ai ici été servie ! Je ne connais pas du tout l’histoire d’Haïti et je dois avouer avoir été choquée par la répression sanglante de manifestations étudiantes et populaires contre la dictature. On suit l’histoire à travers les yeux d’étudiants qui se battent pour la liberté. Ca peut donner un côté un peu manichéen au film mais la sympathie qu’on éprouve pour les personnages compense amplement ce défaut.  Plus que ses qualités cinématographiques (le tout reste assez linéaire et plutôt classique), c’est l’aspect historique de ce film qui m’a vraiment séduite. Il a le mérite de mettre en lumière des événements importants qui m’avaient totalement échappés. Un film assez classique dans sa forme mais intéressant et touchant à la fois. Une belle découverte. 

Les Mille et une nuits – L’inquiet, Miguel Gomez

Où Schéhérazade raconte les inquiétudes qui s’abattent sur le pays : « Ô Roi bienheureux, on raconte que dans un triste pays parmi les pays où l’on rêve de baleines et de sirènes, le chômage se répand. En certains endroits la forêt brûle la nuit malgré la pluie et en d’autres hommes et femmes trépignent d’impatience de se jeter à l’eau en plein hiver. »

Les Mille et une nuits - L'inquietUne des grosses déceptions de 2015. On disait le plus grand bien de ce film fleuve en 3 parties qui se sert des légendes des Mille et unes nuits pour dénoncer les travers de la société portugaise actuelle. Une idée assez géniale, un potentiel à peu près infini et une presse unanime : ça commençait bien ! J’étais on ne peut plus curieuse de découvrir le résultat. Dès les premières images, j’ai su que ce film n’allait pas être pour moi. C’est lent, mais leeeent… J’ai trouvé que c’était très long à démarrer, avec une sorte d’explication du projet et de sa mise en oeuvre assez lourde et artificielle. D’autant plus que l’esthétique n’est pas franchement folle. Pas que j’aie beaucoup plus accroché avec les contes en eux-même cela dit. Si je continue à trouver l’idée géniale et que certains fonctionnent assez bien, d’autre sont un peu plus obscurs. Le trait est forcé, étiré, déformé, avec plus ou moins de réussite. Je n’accroche pas du tout avec le côté absurde, ce qui explique en grande partie que ce film ait été pour moi une torture. Il ne manque ni d’humour, ni d’inventivité mais m’a profondément ennuyée. Un projet original et inventif qui avait sur le papier tout pour me plaire mais que j’ai trouvé au final d’un mortel ennui.

Cinéma·Mes lectures

Cinéma et littérature : mes résolutions pour 2016

          Après l’heure du bilan, celle des résolutions. Sans grande surprise, elles vont ressembler beaucoup à celles de 2015 (voir la liste ici). Je vais donc faire court : toujours autant de lectures et de sorties ciné pour commencer. De même pour les arts de la scène avec quelques concerts de plus si je peux. Sortir de Paris dès que l’occasion se présente parce que ça fait du bien de changer d’air. Voyager. Progresser en photo. Reprendre enfin le boulot. Et le sport. Ecrire plus régulièrement pour le blog. En bref, faire plus, faire mieux et varier les plaisirs en prenant le temps de profiter. Vivre quoi. Ca a l’air bête comme ça mais c’est tout un programme !

          Je profite du début d’année pour faire une petite liste des films que j’attends en 2016. Je ne suis pas ça de très près donc beaucoup de ceux dont j’ai entendu parler sont pour le début d’année, voire déjà ensemble. Petite sélection :

Carol, Legend, The revenant, Les huit salopards, Tout en haut du monde, Randonneurs amateurs (le titre est nul mais il y a Redford dedans…), Spotlight, Les innocentes, Fritz Bauer un héros allemand, Jane got a gun, Truth, Steve Jobs, Mr Holmes, Ave Cesar !, RoomPas mal de choses qui m’intriguent dans les extraits que j’ai pu voir, espérons que le résultat sera à la hauteur et qu’on aura une belle année ciné, je suis un peu en manque de coups de cœur dernièrement.

          Et comme les années précédentes voici une liste non exhaustive des livres que j’aimerais voir sortir de ma bibliothèque cette année même s’il est probable que comme pour les autres je ne m’y tienne pas vraiment. Au moins ça m’inspire quand je ne sais pas quoi lire et ça me permet de me rappeler mes envies de variété. Certains titres vont se retrouver dans cette liste pour la 3° ou 4° fois, c’est mon côté obstinée qui veut ça, je ne désespère pas de les lire enfin cette année.

1748

Classiques

  • Moby Dick, Herman Melville
  • Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
  • Les enfants Tanner, Robert Walser
  • Tristes tropiques, Claude Lévi-Strauss
  • Cyrano de Bergerac, Edmond Ronstand

Littérature contemporaine

  • La fabrique des illusions, Jonathan Dee
  • La sanction, Trevanian
  • Prendre Lily, Marie Neuser
  • La clé de l’abîme, José Carlos Somoza
  • Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Autres

  • La femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud
  • Je te vois reine des quatre parties du monde, Alexandra Lapierre
  • Le théâtre du soleil : les 50 premières années, Béatrice Picon-Vallin
  • Quartier lointain, Jirô Taniguchi
  • Hunger Games, Suzanne Collins

          Cette liste n’aura pas été vaine, en farfouillant dans ma bibliothèque pour la mettre sur pied, j’ai redécouvert tout un tas de livres dont j’avais plus ou moins oublié l’existence et qui me font vraiment envie. Je vais essayer de penser à eux à un moment ou à un autre cette année. Et peut-être piocher des idées dans ce type de liste. J’ai tellement de titres qui m’attendent ! Je ne sais plus où donner de la tête (et j’adore ça)… J’ai délaissé mes auteurs favoris depuis quelques temps, je compte bien me rattraper en 2016 avec de la littérature russe et des récits de voyage notamment. On se retrouve en 2017 pour constater jusqu’à quel point j’aurai dévié de mes plans.

Bonne année à tous !

Mes lectures

Ma rentrée littéraire 2015

Les promesses, Amanda Sthers

On lui avait ainsi promis, dès sa naissance, le bonheur, l’amour, le soleil, l’Italie et toutes les nuances du plaisir, et il en eut sa part. Mais il s’avisa, à mesure, que chaque promesse accomplie portait également en elle une part de regret, une zone de mélancolie où le destin murmurait : « le bonheur, ce n’était donc que cela ? »

Les promesses, Amanda SthersJe n’avais rien lu de cet auteur dont j’avais entendu parler sans vraiment être capable de citer un de ses titres (et pourtant elle a écrit un roman qui porte mon prénom). Je ne savais donc pas trop à quoi m’attendre quand on me l’a offert et j’avais un peu peur de quelque chose de trop fleur bleue pour moi qui ne le suis pas beaucoup. Finalement, ç’a été une des (rares) bonnes surprises de cette rentrée littéraire dans l’ensemble bien terne. J’ai eu un peu de mal avec l’écriture au début, un peu brute à mon goût. Pourtant j’ai fini par rentrer dans l’histoire peu à peu. On alterne entre le passé et le présent du narrateur. J’avoue avoir au début bien plus accroché avec certains chapitres qu’avec d’autres mais peu à peu l’histoire se met en place, découvre les blessures intimes du personnage et leur origine. Ce qui pouvait au premier abord semble agaçant chez lui devient touchant au fil des pages. Finalement, j’ai été profondément émue par son goût de l’amour toujours déçu. Un roman un peu chaotique qui parle d’amour en négatif avec force.

On finit toujours par haïr les gens aux endroits par où on s’était mis à les aimer.

Petit Piment, Alain Mabanckou

L’histoire de Petit Piment, un jeune orphelin effectuant sa scolarité dans une institution d’accueil catholique. Il profite de la révolution socialiste, pour s’évader. Adolescent, il commet toutes sortes de larcins. Il trouve refuge auprès de Maman Fiat 500 et de ses dix filles. Mais de nouvelles épreuves lui feront perdre la tête.

Petit Piment, Alain MabanckouAprès la bonne surprise de la rentrée, la mauvaise (voilà, comme ça les choses sont dites d’entrée). Je n’avais jamais rien lu d’Alain Mabankou mais j’en avais entendu dire le plus grand bien, j’avais donc hâte d’entamer cette lecture qui fut d’ailleurs pour moi la première de cette rentrée littéraire. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Ce petit garçon aurait dû m’être sympathique mais il m’a laissée indifférente. J’ai eu l’impression d’un texte un peu décousu qui manque d’émotion et ne prend pas assez le temps de s’attarder sur la psychologie de son personnage qui est plus vu à travers des faits épars que par sa vie intérieure. J’ai totalement décroché dans la seconde partie où même l’espèce de sympathie de principe que j’avais pour ce jeune orphelin et qui ne demandait qu’à s’exprimer a juste totalement disparu. La fin est ce qu’il y a de plus réussi dans ce roman mais ça n’a pas suffi à compenser les longues pages d’ennui qui avaient précédé. Le style est agréable mais manque un peu de tenue et de caractère. L’idée de ce roman était séduisante, pourtant je n’ai pas du tout accroché. J’ai trouvé l’ensemble très moyen. Une lecture qui ne m’a absolument pas emballée.

Si je suis malade, c’est à cause des compléments circonstanciels.

La terre qui penche, Carole Martinez

Blanche est morte en 1361 à l’âge de douze ans, mais elle a tant vieilli par-delà la mort ! La vieille âme qu’elle est devenue aurait tout oublié de sa courte existence si la petite fille qu’elle a été ne la hantait pas. Vieille âme et petite fille partagent la même tombe et leurs récits alternent.

La terre qui penche, Carole MartinezDe Carole Martinez, j’avais adoré Le cœur cousu qui avait été un coup de cœur totalement inattendu. Je n’avais pas lu Du domaine des murmures mais j’ai été très heureuse de me voir offrir La terre qui penche. J’ai eu un peu de mal à rentrer dans ce roman (décidément !). Les premiers chapitres m’ont laissée perplexe. J’avais un peu de mal à suivre qui étaient les différents narrateurs, quelque chose m’échappait dans leur personnalité ou leur histoire. J’ai bien cru que je n’allais jamais rentrer dans ce livre. Et puis finalement, au bout de quelques chapitres, j’ai fini par m’habituer au style un peu particulier puis même par y prendre goût. J’ai retrouvé la patte que j’avais tant aimé dans l’autre roman que j’avais lu de l’auteur. L’histoire est très prenante. On s’attache peu à peu à la petite fille qui est au centre du livre et plus on pressent une fin tragique, plus on a envie de savoir ce qu’il va lui arriver. Le contexte historique m’a également bien plu. Il m’aura fallu un peu de temps pour rentrer dans ce roman assez particulier qui fait appel au fantastique et aux légendes mais l’écriture est belle et ç’aura finalement été pour moi un des meilleurs moments de lecture de la rentrée.

L’homme savait bien qu’il devait mourir un jour, mais il passait sa vie à l’oublier.

Il faut tenter de vivre, Eric Faye

Lorsque le narrateur croise enfin Sandrine Broussard il est happé par ce personnage magnétique, son exact contraire. La jeune femme va lui raconter ses vies multiples et tumultueuses, faites d’arnaques et de clandestinité. Mais au plus profond d’elle-même, elle aspire à ne plus être une « passagère clandestine » et à retrouver une place dans ce monde.

Il faut tenter de vivre, Eric FayeEncore un livre qui ne m’a pas séduite (on est à un sur deux pour le moment mais vous verrez, ça ne va pas durer, elle ne m’a vraiment emballée cette rentrée). J’avais beaucoup aimé Je suis le gardien du phare il y a déjà un certain temps. Je n’avais jamais rien lu d’autre de cet auteur et j’ai ouvert ce livre avec le sentiment d’une valeur sure. Grave erreur. Pour commencer, j’ai trouvé l’écriture on ne peut plus commune (et ça encore, c’est la version sympa…). Ensuite, l’histoire m’a laissée totalement indifférente. Les personnages m’ont été plus antipathiques les uns que les autres, j’ai trouvé ça mal construit (ou plutôt pas construit pour être exacte) et d’une crédibilité douteuse. A aucun moment je n’ai réussi à m’y intéresser un tant soit peu. Si j’en suis venue à bout, c’est uniquement parce que ce roman est suffisamment court pour que ça ne vaille pas le coup de l’abandonner en route. Un roman aux nombreux rebondissements qui ne m’ont pas convaincue : malgré un style léger, une lecture laborieuse.

Dans cette vie clandestine, quelque chose protégeait Sandrine Broussard : être passée maître dans l’art de ne pas être elle-même.

Camille mon envolée, Sophie Daull

Dans les semaines qui ont suivi la mort de sa fille Camille, 16 ans, emportée une veille de Noël après quatre jours d’une fièvre sidérante, Sophie Daull a commencé à écrire. Écrire pour ne pas oublier Camille, son regard « franc, droit, lumineux », les moments de complicité, les engueulades, les fous rires. Écrire pour rester debout.

Camille mon envolée, Sophie DaullVoilà LE livre de la rentrée littéraire. Je serais presque tentée de dire le livre de l’année même. Un premier roman dont on a pas mal parlé et qui a connu un immense succès d’estime. Je me désole qu’il n’ait pas eu un prix littéraire qui eût été amplement mérité. Je ne suis pas très portée sur les récits de l’intime mais celui-ci me tentait beaucoup. Si j’avais un peu peur d’un récit forcément larmoyant, je me suis vite rendue compte que ce n’est pas du tout le cas. J’ai été très admirative de la manière dont cette mère faisait son deuil. Ses réactions peuvent parfois paraître inhabituelles mais j’ai trouvé qu’elle avait une dignité incroyable. J’envie sa force et l’énergie qui se dégage de ces lignes. On ne peut qu’être terriblement émus par ce texte que traverse le désespoir de la perte d’un enfant. Mais la manière de se reconstruire force le respect et on en ressort avec l’impression que c’est l’amour de la vie qui l’emporte malgré tout. Ni haine ni ressentiment dans ce texte. Sophie Daull offre à sa fille une magnifique déclaration d’amour. Un texte bouleversant.

Écrire, c’est te prolonger.

Titus n’aimait pas Bérénice, Nathalie Azoulai

Un chagrin d’amour contemporain, Titus et Bérénice aujourd’hui, avec une Bérénice quittée, abandonnée, qui cherche à adoucir sa peine en remontant à la source, la Bérénice de Racine, et au-delà, Racine lui-même, sa vie, ses contradictions, sa langue.

Titus n'aimait pas Bérénice, Nathalie AzoulaiLe titre de ce roman me tentait énormément. Sans doute en grande partie parce que l’amoureuse de Racine que je suis y a de suite vu une référence à une de ses pièces de théâtre préférées. Bon, malheureusement, on ne peut pas dire qu’il ait conquis les foules autour de moi et je n’étais donc pas très sure d’aimer malgré mon amour inconditionnel pour la tragédie racinienne. A mon plus grand regret, mes craintes étaient fondées : j’ai détesté. Ce livre est d’un ennui mortel. D’un point de vue syntaxique, nul doute que Nathalie Azoulai maîtrise, pas de problème de ce côté-là. Mais non seulement c’est pompeux (avec une obsession inquiétante pour l’hypotypose) mais c’est d’un chiant ! Je n’ai absolument pas réussi à m’intéresser au petit Jean allant en cours ou traînant dans le jardin. Mon amour modéré pour la version latine ne m’a permis de bien comprendre toute la profondeur du récit visiblement. Ce roman manque cruellement de sentiment. Il ne m’a absolument rien évoqué (pour quelqu’un qui nous parle d’hypotypose à tout va, on ne peut pas dire qu’elle maîtrise franchement sa mise en application). J’ai fini par lâcher l’affaire après 100 pages de supplice. Un roman au sujet qui avait tout pour me séduire et m’est tombé des mains.

Racine, c’est le supermarché du chagrin d’amour.

D’après une histoire vraie, Delphine de Vigan

« Ce livre est le récit de ma rencontre avec L. L. est le cauchemar de tout écrivain. Ou plutôt le genre de personne qu’un écrivain ne devrait jamais croiser. »

D'après une histoire vraie, Delphine de ViganJ’avais beaucoup aimé le dernier roman de Delphine de Vigan, Rien ne s’oppose à la nuit, que j’avais trouvé très émouvant. J’avais donc hâte de lire ce livre, d’autant plus qu’on m’en avait dit le plus grand bien. Pourtant (ou justement pour ça), j’ai été franchement déçue. Pour tout dire, j’ai trouvé le style un peu faible, je m’attendais vraiment à mieux. Quant à l’histoire, elle m’a laissée perplexe. Je n’y ai pas vraiment cru. Elle ne m’a pas convaincue une seconde. J’ai trouvé ça assez prévisible. Il y avait pourtant un bon potentiel de départ mais la structure même du roman tue tout suspens dans l’œuf. En effet, l’auteur ne cesse de répéter dès les premières pages que cette histoire est incroyable et que cette relation avec sa nouvelle amie s’est avérée nocive. Elle prépare une suite qui n’a donc plus rien d’une surprise, c’est vraiment dommage. Il est vrai que j’ai lu pas mal de choses sur les pervers narcissiques et que cette histoire m’a sans doute paru un peu fade comparée à d’autres. Si cette lecture n’est pas désagréable, elle ne m’a franchement pas emballée. Une de mes grosses déceptions de cette rentrée.

De certains mots, de certains regards, on ne guérit pas. Malgré le temps passé, malgré la douceur d’autres mots et d’autres regards.

Les gens dans l’enveloppe, Isabelle Monnin

En juin 2012, j’achète à un brocanteur sur Internet un lot de 250 photographies d’une famille dont je ne sais rien. Les photos m’arrivent dans une grosse enveloppe blanche quelques jours plus tard. Dans l’enveloppe il a des gens, à la banalité familière, bouleversante. Je décide de les inventer puis de partir à leur recherche.

Les gens dans l'enveloppe, Isabelle MonninVoilà un projet littéraire qui m’intriguait. Isabelle Monin a acheté un lot de photos d’une famille dont elle ne savait rien. A partir de ces clichés, elle a décidé d’inventer une histoire. Une première partie est le résultat de ce travail, une deuxième est consacrée à ses recherches. Son ami Alex Beaupin a quant à lui proposé des chansons sur le même principe. Ca a au moins le mérite d’être très original ! J’avais beaucoup aimé le dernier roman d’Isabelle Monin, Daffodill Sylver, si je lui avais trouvé quelques défauts, le style m’avait vraiment séduite, j’avais donc hâte de lire ce nouveau livre. Malheureusement, je n’ai pas été conquise (je sais, je suis particulièrement chiante en ce moment…). J’ai trouvé l’écriture un peu faiblarde et si l’histoire de cette petite fille qui cherche sa mère est assez mignonne, elle ne m’a pas non plus emballée outre mesure. Je me suis arrêtée à la première partie que j’ai trouvée pas mal, la seconde me tentant moins. Au final, si le principe m’a séduite, j’ai trouvé le résultat plutôt sympa mais sans plus. Dommage.

Nos peaux sont des enveloppes qui entourent ce que nous sommes vraiment et qu’on ne verra jamais.

Millenium 4, David Lagercrantz

Elle est une hackeuse de génie. Il est journaliste d’investigation. La revue Millénium, c’est toute sa vie. Quand il apprend qu’un chercheur de pointe dans le domaine de l’IA détient peut-être des informations explosives sur les services de renseignements américains, Mikael se dit qu’il tient le scoop dont Millénium et sa carrière ont tant besoin.

Ce qui ne me tue pas, Millenium 4J’ai hésité longuement avant de m’attaquer à ce roman. Comme beaucoup (à peu près la moitié de la planète à vrai dire), j’avais adoré la trilogie Millenium et savoir que cette série prévue initialement en 10 tomes n’aurait jamais de suite de chagrinais profondément. En même temps, ça faisait aussi partie de son charme, en quelque sorte elle n’aurait jamais l’occasion de nous décevoir. Une suite par un autre auteur est toujours délicate. On n’y retrouve jamais exactement la touche qu’on appréciait. Difficile pour un auteur de trouver son style propre sans décevoir son lectorat. Je m’étais presque résolue à ne pas ouvrir ce livre. Et puis après avoir résisté plusieurs fois à la tentation de l’acheter, je l’ai vu chez mes parents et je n’ai pu que me plonger dedans. Honnêtement, j’ai trouvé ça assez mal écrit. Il faut dire que le style de Stieg Larson n’était pas non plus fou fou mais son côté brut de décoffrage faisait partie de son charme. Là c’est juste pauvre. Première déception. Ensuite l’histoire est un peu tirée par les cheveux. Là aussi je sais, c’était pareil dans les 3 premiers, mais la différence, c’est que cette fois j’ai peiné à réellement rentrer dedans. J’ai quand même été contente de retrouver les personnages qui restent dans le même esprit et si je n’ai que moyennement accroché, j’ai quand même trouvé cette lecture agréable. Le dernier tiers est autrement plus prenant et l’histoire retrouve enfin du souffle. Au final, même si j’ai trouvé ça un ton en dessous des tomes précédents, une suite honorable à laquelle j’ai pris un certain plaisir. On attend la suite.

On vit dans un monde où l’individu paranoïaque est le plus sain d’esprit.

          De la rentrée littéraire, je vous avais déjà parlé de La couleur de l’eau et de Carthage, deux livres que j’avais bien aimés. Ne manquent plus que mes critiques de romans jeunesse (c’est pour bientôt), de quelques recueils de nouvelles (c’est prévu aussi) ainsi que de Boussole que je n’ai toujours pas eu le courage d’attaquer. Je l’ajouterai le moment venu. Et vous, qu’avez-vous pensé de cette rentrée littéraire ?

Cinéma·Mes lectures

Thrillers et polars au rdv

D’un mauvais œil, de Jessica Treadway

D'un mauvais oeilAu milieu de la nuit, Hanna et son mari sont attaqués sauvagement dans leur lit. Il ne survit pas aux coups et Hanna est défigurée, elle ne conservera aucun souvenir de cet épisode tragique. Tous les soupçons se portent sur le seul intrus présent dans la maison ce soir-là : Rud, le petit ami de Dawn, la cadette, qui dormait avec elle. Trois ans plus tard, Rud, emprisonné, fait appel. Un nouveau procès va s’ouvrir. Alors que Hanna tente désespérément de se rappeler les événements du drame, Dawn revient vivre chez sa mère.

Le titre de ce roman ne m’inspirait pas des masses (on ne parlera jamais assez de l’importance d’un bon titre !), je dois donc admettre que je traînais un peu des pieds en commençant ma lecture. Pourtant, j’ai été agréablement surprise. L’écriture est efficace et je me suis laissée prendre à cette histoire familiale pour le moins tordue. Même si on sent venir la fin assez rapidement, le flou autour des détails de l’histoire demeure suffisant pour que le lecteur ait envie de continuer jusqu’au bout. On se met assez facilement à la place du personnage principal et on partage son angoisse. La tension monte au fil des pages et on attend le dénouement avec une certaine impatience. Même si le style aurait peut-être mérité d’être un peu plus travaillé et qu’il aurait été bon de semer un peu plus le trouble dans l’esprit du lecteur, j’ai trouvé cette histoire très intéressante d’un point de vue psychologique. Un roman prenant malgré quelques faiblesses. Une bonne surprise. 

Prête à tout, de Joyce Maynard

Prête à toutJeune, belle, mariée à un homme qui la vénère, installée dans une jolie maison, Suzanne Stone ressemble à ces filles trop parfaites des magazines. Mais elle veut davantage, elle veut la célébrité, elle décide que la télévision sera son royaume et, à force de persuasion, obtient un petit poste dans la station locale. Quand son époux est retrouvé mort, la veuve éplorée, point de mire des caméras, devient rapidement suspecte. 

J’avais beaucoup aimé le dernier Joyce Maynard, L’homme de la montagne. J’étais donc impatiente de découvrir celui-ci. J’ai été très heureuse de retrouver son style, simple mais terriblement efficace. Je m’attendais à un polar et j’ai été assez étonnée de me retrouver face à une sorte de thriller ou de roman psychologique où finalement on sait l’essentiel dès le début même si les détails restent flous et que le doute persiste. Le personnage de Suzanne est assez antipathique et m’a très vite agacée. Même si c’est le but et qu’à travers elle l’auteur fait une critique acerbe du milieu de la télévision et de l’obsession pour la célébrité, ça a quand même rendu cette lecture un peu longue. Le sujet ne m’a pas passionnée et je n’ai pas trop aimé son côté malsain. Même si j’ai moins accroché qu’avec le précédant roman de l’auteur, une lecture qui est loin d’être dénuée d’intérêt. 

Carthage, de Joyce Carol Oates

CarthageTout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille de l’ancien maire a rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros de retour de la guerre d’Irak. Or, ce soir-là, Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett.

Bien que j’aie eu envie depuis longtemps de découvrir cette auteur, je n’avais encore jamais rien lu d’elle. J’ai été assez surprise par la sobriété du style. Toutefois, il est plus travaillé qu’il n’y paraît et parfaitement efficace. J’ai beaucoup aimé la première partie de ce roman. Les personnages sont clairement le point fort de ce roman. J’ai trouvé la détresse des parents de la jeune disparue parfaitement bien dépeinte et très touchante. Mais ce roman aborde aussi à travers le caporal Kincaid le problème du stress post-traumatique. Sans doute l’aspect du roman que j’ai préféré. La deuxième moitié m’a un peu moins emballée, même si l’histoire et la personnalité de Cressida sont loin d’être inintéressantes, ça traîne tout de même un peu en longueur. Finalement, j’ai trouvé que la disparition était avant tout un prétexte à la peinture des différentes strates de la société américaine dans une petite ville. Malgré quelques faiblesses, un roman prenant dont les aspects psychologiques sont passionnants.

Au bout du tunnel : nouvelles du noir au gris, de Claire Gilbert

Au bout du tunnelVingt nouvelles qui varient les registres autour des émotions de leurs personnages dans des moments clef de leur existence. L’auteur construit un monde noir où subsiste pourtant toujours une issue.

J’ai lu ce recueil de nouvelles il y a peu et je dois avouer que si j’étais assez enthousiaste à l’idée de découvrir cet auteur, j’ai été plutôt déçue. L’écriture n’est pas folichonne et les nouvelles assez prévisibles. Je dois dire que je suis assez difficile en matière de nouvelles (comment ça pour le reste aussi ?). J’aime les nouvelles à chute et forcément, ce que j’aime dans la chute, c’est la surprise. Or là elle a rarement été au rendez-vous. Le plus souvent, j’ai vu la fin arriver assez rapidement, et quand ça n’a pas été le cas, j’ai trouvé la fin était amenée de manière maladroite. Bref, je n’ai vraiment pas accroché. J’ai trouvé le tout banal et plat. Dommage.

Le mort aux 4 tombeaux, de Peter May

Le mort aux quatre tombeauxUn pari lors d’une soirée trop alcoolisée amène Enzo MacLeod, ancien légiste de la police écossaise établi en France, à entreprendre une enquête autour de la mystérieuse disparition de Jacques Gaillard, ancien conseiller du Premier ministre devenu star de la télévision et dont on n’a plus aucune trace depuis le mois d’août 1996.

Le premier tome de la série d’enquêtes d’Enzo MacLeod : un ancien conseiller du premier ministre devenu star de la télévision a disparu sans laisser de traces, des années plus tard, après un pari entre amis, Enzo, ancien légiste, va mener l’enquête. J’avais beaucoup aimé L’homme de Lewis et j’étais contente de découvrir cette nouvelle série. Le personnage principal est très sympathique. L’enquête est un peu tordue et même si la fin est trop sentimentale à mon goût, j’ai beaucoup aimé ce roman dans son ensemble. Ce n’est pas tout à fait du niveau de L’homme de Lewis du côté de la psychologie des personnages mais j’ai bien aimé la complexité de l’intrigue. Le style est toujours aussi agréable, on dévore les romans de Peter May plus qu’on ne les lit. Cette série devrait comporter 7 tomes, j’ai hâte de lire la suite.

Temps glaciaires, de Fred Vargas

Temps glaciairesCette fois-ci, l’enquête d’Adamsberg l’emmène dans les brumes islandaises avant de lui faire croiser le chemin de Robespierre. Mais quel est le lien entre ces deux univers en apparence si différents ?

J’aime beaucoup Fred Vargas mais j’avais moins accroché avec ses derniers romans qui a mon sens n’étaient pas les meilleurs. J’espérais retrouver avec celui-ci l’élan des débuts. Et c’est le cas. Une fois de plus, l’auteur fait appel à de vieilles légendes pour détourner l’attention du lecteur de l’essentiel (ou pas). Le style est toujours aussi convaincant et l’intrigue bien construite. Comme l’auteur sait si bien le faire, elle mêle plusieurs histoires qui semblent plus ou moins liées, empêchant le lecteur d’y voir clair trop tôt dans son jeu. Elle a un don certain pour brouiller les pistes même si pour une fois je ne m’étais pas trop trompée dans mes conclusions. J’ai adoré retrouver Adamsberg et sa clique, toujours aussi loufoques et attachants. Les personnages de Vargas sont particulièrement attachants et c’est un régal de continuer à les suivre après toutes ces années. Après quelques romans un peu en deçà de ses premiers, Fred Vargas revient à son meilleur avec ce polar des grands froids. 

Le contrat Salinger, d’Adam Langer

Le contrat SalingerAdam Langer est un journaliste qui  s’ennuie loin de New York. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une vieille connaissance, Conner Joyce – auteur de thrillers à succès –, venu à Bloomington, Indiana, pour assurer péniblement la promotion de son dernier roman. Bientôt, Conner révèle à Adam qu’il a reçu une offre des plus étonnantes qui va bouleverser sa vie.

Ce roman m’intriguait. Je ne savais pas bien pourquoi mais je suppose que c’est essentiellement parce que l’histoire porte sur un auteur et que je suis friande de livres qui mettent en scène la littérature. Le style est assez moyen sans être désagréable. Il est fluide et ce roman se lit très bien. Sans trop savoir où ça allait mener, j’étais plutôt curieuse de connaître la suite de cette histoire assez mystérieuse. Malheureusement, cet intérêt s’est peu à peu émoussé. Je n’ai que moyennement accroché à cette histoire un peu tarabiscotée à mon goût. Plus elle se précisait et plus j’avais du mal à y croire. Passé la moitié, j’ai continué ma lecture sans grande conviction, vaguement curieuse de la fin, tout en me doutant qu’elle allait me décevoir. Honnêtement, j’ai trouvé ça un peu tiré par les cheveux et il m’a manqué un petit quelque chose pour être vraiment convaincue. Malgré certaines qualités, une lecture pas folichonne dans l’ensemble. 

La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, de Joann Sfar

La dame dans l'autoElle est la plus rousse, la plus myope, la plus sentimentale, la plus menteuse, la plus vraie, la plus déroutante, la plus obstinée, la plus inquiétante des héroïnes. La dame dans l’auto n’a jamais vu la mer, elle fuit la police et se répète sans cesse qu’elle n’est pas folle… Pourtant…

J’avais entendu dire beaucoup de bien de ce film au titre on ne peut plus intriguant. Bien que tous les éléments pour que je l’apprécie semblent réunis, je n’ai pas du tout accroché. La voix off m’a exaspérée. Je hais les voix off. Je ne les supporte pas (ou très très rarement), je trouve ça anti-naturel au possible. J’ai trouvé qu’il y avait un côté années 60 (70 ?) complètement surjoué, j’ai eu beau essayer de rentrer dedans – d’autant plus que c’est un univers que j’aime généralement beaucoup – mais je n’ai pas réussi. Partant de là, ç’a forcément été compliqué pour moi. Je n’ai pas vraiment réussi à croire à cette intrigue. L’histoire n’est pas mal construite et j’ai bien aimé son côté trouble, franchement réussi. J’ai également été agréablement surprise par la prestation de Benjamin Biolay. Un film qui malgré des qualités a eu le plus grand mal à me convaincre, en grande partie en raison d’un personnage principal irritant. J’ai trouvé le temps long, très long.

La isla minima, d’Alberto Rodriguez

La isla minimaDeux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

On a pas mal parlé de ce polar lors de sa sortie. La bande-annonce est très belle mais j’avais peur de quelque chose de très sombre et violent. Finalement, même si c’est le cas, j’ai été très agréablement surprise. J’ai de suite été conquise par la beauté des images et l’intrigue complexe. Vraiment, vraiment conquise. La construction des plans m’a fascinée de bout en bout. La photographie est de toute beauté. Je me suis laissée prendre dans les méandres de cette enquête qui semble se défiler et n’offrir aucune prise. Les relations entre les deux flics sont assez intéressantes, tout comme celles avec la population d’ailleurs. Jusqu’au bout, je n’ai pas trop su à quoi m’attendre même si je pensais finalement à une résolution assez classique à défaut d’être évidente mais la fin m’a très agréablement surprise. Une intrigue complexe, de bons acteurs et des images de toute beauté pour un des plus beaux films de l’année.

Cinéma·Mes lectures

Des bruits dans la tête

Des bruits dans la tête, de Drago Jancar

Des bruits dans la têteKeber était un nom que cet été-là, dans les antiques cellules de M, on prononçait avec respect ; la nuit, des histoires murmurées sur sa vie couraient de bouche à oreille et le souffle des voleurs, des faussaires et des violeurs ordinaires s’arrêtait. Keber était celui qui avait provoqué le grand soulèvement de Livada. Keber était sans conteste le premier et le dernier héros de la chronique encore jamais écrite de la célèbre révolte.

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio. Le principe est simple : un livre en échange d’une critique. Parmi ceux que j’avais sélectionnés, celui-ci m’intriguait particulièrement et j’ai été très contente de le recevoir. L’occasion pour moi de découvrir la littérature slovène dont j’ignorais tout. Je m’attendais à une lecture difficile de par le sujet traité, et ç’a en effet été le cas dans une certaine mesure. En revanche, si je pensais que l’écriture serait austère, je me suis plutôt trompée sur ce point. En effet, le style est le gros point fort de ce roman. Il est tout simplement remarquable : limpide et travaillé, sombre et lumineux à la fois, un véritable coup de cœur. Pourtant, si j’ai pris un plaisir fou à cette lecture, j’ai eu beaucoup de mal à m’y remettre après chaque interruption, à tel point que j’ai fini par abandonner un livre qui pourtant me plaisait.

Difficile d’expliquer pourquoi. Sans doute n’est-ce pas vraiment le bon moment pour moi de m’atteler à ce type de lecture assez exigeante. L’histoire est intéressante mais je ne voyais pas quelle surprise elle pourrait bien réserver et je crois que je ne me voyais pas attendre un dénouement tragique après que l’univers se soit fait toujours plus noir et que tout espoir ait déserté ces pages. Je le regrette un peu mais je me sentais incapable de m’infliger toute cette noirceur. Il me semble que c’est la première fois que j’abandonne un livre que j’aime. Je ne crois pas que j’en reprendrais le fil un jour et pourtant j’en garderai le souvenir d’une écriture forte et belle sur fond de désespoir. Un roman à part dont le style m’a profondément touchée mais dont l’univers de violence, de réclusion et de folie arrivait pour moi au mauvais moment. Une magnifique découverte malgré tout.

Tuer un homme, c’est comme tuer un bon livre. Celui qui tue un homme tue un être raisonnable, celui qui détruit un livre, un bon livre, tue la raison même.

          D’autres esprits un peu dérangés ont croisé ma route récemment (un premier article leur était consacré ici), sans nécessairement me marquer outre mesure. Petit tour d’horizon des toqués en tous genres.

L’homme irrationnel, de Woody Allen

L'homme irrationnelProfesseur de philosophie, Abe Lucas a perdu toute joie de vivre. Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue mariée en manque de compagnie, puis avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Une conversation surprise au hasard va faire basculer leur vie.

Un film dont j’attendais beaucoup. On m’en avait dit plutôt du bien dans l’ensemble et j’escomptais retrouver Woody à son meilleur. Si certains le pensent, je suis loin d’être de cet avis. Dès le début, ce film m’a plongé dans un ennui profond, malgré la présence de Joaquin Phoenix pourtant aussi convaincant qu’à son habitude. Son personnage de professeur neurasthénique est le seul à avoir un peu de consistance. Le vrai problème, c’est qu’à aucun moment le sujet ne m’a intéressée. Toutes les conversations de ses personnages plus lisses les uns que les autres m’ont parues ternes et terriblement convenues. Sans doute est-ce le but me direz-vous, mais… pourquoi ? Cette vacuité m’a passablement agacée. Mais pas tant que l’air de vierge effarouchée de la jeune étudiante que j’ai trouvé aussi inintéressante qu’antipathique durant tout le film. Un vrai calvaire. La seconde moitié est plus rythmée mais sans avoir beaucoup plus de consistance. On s’ennuie moins mais le scénario prend un tour improbable fort peu convaincant. A mes yeux, son acteur principal et sa bande son sont les meilleurs (et seuls) atouts de ce film. L’engouement qu’il suscite me laisse songeuse. J’ai trouvé le tout creux et sans grande inventivité. On est malheureusement bien loin de la justesse de Blue Jasmine.

Enfants perdus, d’Arnaud Rykner

Enfants-perdusC’est une maison de bord de mer, d’un autre temps, qui n’ouvre que pour les vacances. Chaque année s’y retrouvent des enfants, sous le regard d’un homme et d’une femme. Ils sont à cet âge où l’on joue encore à l’enfance. Les bagarres. Les réconciliations. Parmi eux, un garçon solitaire, à la violence mystérieuse. L’été va se terminer plus tôt cette année-là.

J’ai lu ce court texte il y a quelques temps, et malgré certaines maladresses qui l’alourdissent un peu, je l’ai assez apprécié. Difficile de vous en parler sans trop en dévoiler, je serai alors concise. C’est une histoire d’enfants mal aimés, un peu à part, qui oublient leur différence le temps d’un été. Mais bien sûr, les choses ne sont pas toujours aussi simples et la vie s’acharne à toujours tout compliquer. Le texte, par des mots simples, retranscrit ces émotions d’enfants de manière parfois touchante. La tension monte au fil des pages et l’histoire se construit finalement un peu comme un thriller. Ou comme une tragédie. Si la fin n’est pas vraiment une surprise, j’ai aimé la forme de confusion et de violence qui se dégage de ce texte qui manque pourtant un peu de force. Pas assez abouti pour convaincre vraiment mais intéressant tout de même.

Au retour , le petit déjeuner est rendu meilleur par l’attente. le pain promis est là.

Le prodige, d’Edward Zwick

Le prodigeL’histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui à l’apogée de la guerre froide se retrouve pris entre le feu des deux superpuissances en défiant l’Empire Soviétique lors du match du siècle contre Boris Spassky. Son obsession de vaincre les Russes va peu à peu se transformer en une terrifiante lutte entre le génie et la folie de cet homme complexe qui n’a jamais cessé de fasciner le monde.

Voici un biopic sur un champion des échecs. Je dois avouer que c’est un univers que je ne connais pas du tout, étant moi-même une joueuse d’échec catastrophique (au point de m’être arrêtée une fois ma première partie gagnée, histoire d’avoir l’honneur à peu près sauf). Une manière de penser qui me dépasse et m’émerveille à la fois. Ne connaissant à peu près rien à ce « jeu » éminemment compliqué, j’ai découvert avec ce film l’histoire de ce jeune prodige. Si j’ai pris plaisir à suivre son parcours quelque peu chaotique, je pense qu’il vaut quand même mieux s’y connaître un minimum en échecs pour apprécier le génie de ce garçon, sinon tout ça risque de vous sembler un peu obscur. La réalisation est d’un classicisme désespérant et ne risque pas de vous détourner du sujet principal. Bien que je n’aie pas pu pénétrer un tant soit peu l’esprit torturé de ce jeune homme, sa chute dans la paranoïa est intéressante – et pas nécessairement injustifiée. Mégalo, seul, génial, incompris, harcelé, sa vie n’a pas dû être de tout repos : à vous dégoûter de posséder le moindre talent. Un film trop linéaire pour passionner vraiment mais dont le sujet ne manque pourtant pas d’intérêt.

Un loup à ma table, d’Augusten Burroughs

Un loup à ma tablePour le petit Augusten, son père est une présence fantomatique, à peine signalée par une toux ou des volutes de tabac dans l’obscurité d’une pièce. Ce géniteur dévoré de psoriasis, Augusten l’aime plus que tout et ne souhaite qu’une chose : le lui prouver. Mais ce dernier en a décidé autrement et, peu à peu, l’amour se mue en une haine tenace et acerbe.

J’avais a-do-ré Courir avec des ciseaux, j’avais tellement ri ! Un énorme coup de coeur pour cet auteur totalement loufoque et sa plume incisive. Toujours dans l’autobiographique (ou l’autofiction, à vous de voir), l’auteur revient cette fois sur sa petite enfance et son rapport à son père. Si très jeune il lui voue un véritable culte et veut à tout prix l’impressionner, cet amour va se transformer en haine lorsqu’il va se rendre compte que son père, lui ne l’aime pas. Il va peu à peu comprendre à quel point cet être mystérieux peut en prime s’avérer dangereux. On ne retrouve pas immédiatement dans ce roman la pâte d’Augusten Burroughs. Ici, pas d’humour mordant mais au contraire un univers très sombre et empli d’une crainte qui finit par provoquer un malaise chez le lecteur. J’ai eu du mal à accrocher et à avancer dans cette histoire assez particulière. Pourtant, petit à petit, je me suis laissée émouvoir par la détresse puis la rage de ce petit garçon. J’y ai retrouvé des accents de Vipère au poing. Il y a une sensibilité certaine dans ces lignes et une description touchante de la vie avec cet être manipulateur et colérique. Un livre qui ne m’a pas séduite immédiatement mais qui s’avère finalement assez profond et décrit avec justesse la détresse d’un petit garçon.

Quand ma mère est enfin revenue à la maison, elle était si vide d’énergie et d’une maigreur si effrayante que j’ai tout de suite eu peur que ses qualités essentielles ne soient restées à l’hôpital. J’imaginais facilement une infirmière apercevant une masse sombre et confuse par terre et la jetant à la poubelle, sans réaliser qu’il s’agissait de l’esprit de ma mère.

La vie passionnée de Vincent Van Gogh, de Vincente Minnelli

La vie passionnée de Vincent Van Gogh1878. Vincent Van Gogh arrive en Belgique pour se rendre ensuite en Provence où Gauguin le rejoint. Après le départ de ce dernier, Van Gogh se coupe une oreille et se fait interner dans un asile…

J’ai pu voir ce film de 1956 en version restaurée au cinéma cet été. J’avoue avoir été sur le moment un peu hésitante mais mon amour pour Kirk Douglas (et pour Van Gogh bien sûr !) l’a bien vite emporté. Malgré un côté très vieillot – forcément – et un choix musical pour le moins surprenant, j’ai vraiment beaucoup aimé. Déjà, Kirk Douglas et Anthony Queen à l’écran, il faut bien admettre que ça en jette ! Ensuite, la vie de Van Gogh a quand même été bien mouvementée et assez palpitante. Ses toiles représentent bien sûr un décor de rêve dont on ne se lasse pas. Et puis, le temps d’adaptation passé, la musique de péplum donne quand même à ce film une petite note de suspens assez inappropriée mais étrangement bienvenue.  Elle offre à chaque scène un aspect dramatique parfois un peu lourd et forcé mais dans l’ensemble assez séduisant. Hollywood prête tout sa démesure à la vie de Vincent Van Gogh : un choix surprenant qui lui va plutôt bien. Un grand moment de cinéma.