Actualité·Mes lectures

Prix littéraires 2014 : les 2° sélections

          La saison des prix littéraires continue avec les 2° sélections des grands prix (le Décembre et l’Interallié n’ont pas encore dévoilé leur 2° sélection) mais aussi la 1° liste pour le Prix des libraires 2015.

Prix Goncourt

Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, Actes Sud
Ce sont des choses qui arrivent, de Pauline Dreyfus, Grasset
Le roi disait que j’étais diable, de Clara Dupont Monod, Grasset
L’ordinateur du paradis, de Benoît Duteurtre, Gallimard
Charlotte, de David Foenkinos, Gallimard
L’amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
La ligne des glaces, d’Emmanuel Ruben, Rivages
Pas pleurer, de Lydie Salvayre, Seuil

Prix Renaudot

Romans

Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, Actes Sud
Le Roi disait que j’étais le diable, de Clara Dupont-Monod, Grasset
Charlotte, de David Foenkinos, Gallimard
L’Ecrivain national, de Serge Joncour, Flammarion
Les Enquêtes de Monsieur Proust, de Pierre-Yves Leprince, Gallimard
La Femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier, Grasset
La Musique des illusions, de Jean-Marc Moura, Albin  Michel
Pétronille, d’Amélie Nothomb, Albin Michel
Pas pleurer, de Lydie Salvayre, Seuil

Essais

De chez nous, de Christian Authier, Stock
Dictionnaire amoureux de la Résistance, de Gilles Perrault, Plon
Comme des barbares en Inde, de Jean-Claude Perrier, Fayard
Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, de Paul Veyne, Albin Michel

Prix Femina

Romans français

L’homme qui marche, d’Yves Bichet, Mercure de France
Photos volées, de Dominique Fabre, L’Olivier
Joseph, de Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel
Bain de lune, de Yanick Lahens, Sabine Wespieser
L’autoroute, de Luc Lang, Stock
Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Minuit
Les grands, de Sylvain Prudhomme, Gallimard
Terminus radieux, d’Antoine Volodine, Seuil
Tristesse de la terre, d’Eric Vuillard, Actes Sud

Romans étrangers

La lumière des étoiles mortes, de John Banville, Robert Laffont (Irlande)
L’homme provisoire, de Sebastian Barry, Joëlle Losfeld (Irlande)
Prière pour celles qui furent volées, de Jennifer Clement, Flammarion (États-Unis)
Cette nuit je l’ai vue, de Drago Jancar, Phébus (Slovénie)
Amour de pierre, de Grazyna Jagielska, Les Equateurs, (Pologne)
La couleur du lait, de Nell Leyshon, Phébus (Grande-Bretagne)
Et rien d’autre, de James Salter, L’Olivier (États-Unis)
Ce qui reste de nos vies, de Zeruya Shalev, Gallimard (Israël)
Les réputations, de Juan Gabriel Vasquez, Seuil (Colombie)

Essais

A la lecture, de Véronique Aubouy et Mathieu Riboulet, Grasset
Une ethnologie de soi, de Marc Augé, Seuil
Les déshérités, de François-Xavier Bellamy, Plon
Août 14, de Bruno Cabanes, Gallimard
San Michele, de Thierry Clermont, Seuil
Les barrages de sable, de Jean-Yves Jouannais, Grasset
Sigmund Freud, d’Elisabeth Roudinesco, Seuil
Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, de Paul Veyne, Albin Michel
Le sentiment de soi, de Georges Vigarello, Seuil
Des milliers de places vides, d’Alain Wagneur , Actes Sud
Fouché, d’Emmanuel de Waresquiel, Tallandier/Fayard

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Prix Médicis

Romans français

Ame qui vive, de Véronique Bizot, Actes Sud
La langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger, Grasset
Blanès, d’Hedwige Jeanmart, Gallimard
Visible la nuit, de Frank Maubert, Fayard
Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Minuit
L’amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
Terminus radieux, d’Antoine Volodine, Seuil
Jacob Jacob, de Valérie Zenatti, L’Olivier

Romans étrangers

MaddAddam, de Margaret Atwood, Robert Laffont (Canada)
Lola Bensky, de Lily Brett, La grande ourse (Australie)
Une constellation de phénomènes vitaux, d’Anthony Marra, J.C. Lattès (Etats-Unis)
La petite lumière, d’Antonio Moresco, Verdier (Italie)
Et rien d’autre, de James Salter, L’Olivier (Etats-Unis)
Le ravissement des innocents, de Taiye Selasi, Gallimard (Royaume Uni)
Tous les oiseaux du ciel, d’Evie Wyld, Actes Sud (Australie)

Essais

L’affaire des 14. Poésie, police et réseaux de communication à Paris au 18e siècle, de Robert Darnton, Gallimard
Will le magnifique, de Stephen Greenblatt, Flammarion
Les barrages de sable, de Jean-Yves Jouannais, Grasset
Berceau, d’Eric Laurrent, Minuit
Par ailleurs (exils), de Linda Lê, Christian Bourgois
Une enfance dans la gueule du loup, de Monique Levi-Strauss, Seuil
Manifeste incertain 3, de Frédéric Pajak, Noir sur blanc
Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, d’Elisabeth Roudinesco, Seuil
Non, le masculin ne l’emporte pas sur le féminin, d’Eliane Viennot, Editions iXe

Grand prix du roman académie française

Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
Karpathia, de Mathias Menegoz, P.O.L.
Voyageur malgré lui, de Minh Tran Huy, Flammarion

Prix des libraires

Peine perdue, d’Olivier AdamFlammarion
– Orphelins de Dieu, de Marcu Biancarelli, Actes Sud
– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– L’aménagement du territoire, d’Aurélien Bellanger, Gallimard
– Toute ressemblance avec le pèrede Franck Courtès, Lattès
– Le triangle d’hiverde Julia Deck, Minuit
– Les brumes de l’apparencede Frédérique Deghelt, Actes Sud
– La condition pavillonnairede Sophie Divry, Noir sur Blanc
– Le roi disait que j’étais diablede Clara Dupont-Monod, Grasset
Charlottede  David Foenkinos, Gallimard
– Le règne du vivantd’Alice Ferney, Actes Sud
– Incident voyageursde Dalibor Frioux, Seuil
– Selon Vincentde Christian Garcin, Stock
– Aucun souvenir de Césaréede Marie-Ange Guillaume, Le Passage
– A l’origine notre père obscur, de Kaoutar Harchi, Actes Sud
– L’audienced’Oriane Jeancourt-Galignami, Albin-Michel
– L’écrivain nationalde Serge Joncour, Flammarion
– Josephde Marie-Hélène, Lafon, Buchet-Chastel
– Le denier gardien d’Ellis Islandde Gaëlle Josse, Noir sur Blanc
– Le manteau de Greta Garbode Nelly Kapriélian, Grasset
– L’amour et les forêtsd’Eric Reinhardt, Gallimard
– Le bonheur national brutde François Roux, Albin-Michel
– Pas pleurerde Lydie Salvayre, Seuil
– La peau de l’oursde Joy Sorman, Gallimard
– Voyageur malgré luide Minh Tran-Hui, Flammarion
– Tristesse de la terred’Eric Vuillard, Actes Sud
– Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti, L’Olivier

Mes lectures

Terminus radieux, Antoine Volodine

          Dans un monde où l’explosion des centrales nucléaires a rendu inhabitable une grande partie du territoire, alors que la 2° Union Soviétique s’effondre, trois amis fuient au milieu des terres désolées. En chemin, ils rencontreront un président de kolkhoze tyrannique et ses trois filles. A leurs côtés, ils vont errer entre la vie et la mort.

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          D’Antoine Volodine, je n’avais lu que le splendide Ecrivains, un récit qui se présente comme un recueil de nouvelles, publié il y a 4 ans. La découverte de son style a été une décharge, une illumination, un éblouissement. Je crois bien que jamais je n’avais rien lu d’aussi beau. Il est vrai que le sujet me parlait mais surtout, quel style : riche, dense poétique. Rien n’est facile dans cette écriture-là, elle se mérite et pourtant elle m’a semblé couler d’elle-même. Je me souviens d’une phrase de 2 pages lue sans m’en rendre compte, comme dans un souffle. Une évidence. J’avais rarement trouvé un texte aussi dense et aussi beau.

          Je l’ai prêté autour de moi, mes amis l’ont abandonné les uns après les autres. Je crois que c’est le moment où j’ai compris à quel point cette lecture pouvait être ardue si on ne tombait pas sous le charme de son style. Cette année-là, Antoine Volodine publiait en même temps 3 romans, sous 3 pseudonymes différents. Je les ai tous achetés. Le 2° auquel je me suis attaquée m’a paru, sombre, compliqué voire carrément sordide (ma critique ici, d’ailleurs à la relire, j’avais adoré le style alors que je ne me souviens que de l’univers ultra glauque, comme quoi). J’ai abandonné au bout de 50 pages d’une lecture laborieuse. Le 3° est resté à sommeiller dans ma bibliothèque et attend encore que je l’en déloge. J’étais donc très curieuse de voir ce que celui-ci aller donner. D’autant plus que quand j’en ai parlé à une libraire fan de l’auteur elle m’a dit « c’est aussi sombre que tous les autres », comme je n’en avais lu que deux qui n’avaient pas le moindre rapport, je n’étais pas sure d’aimer cette réponse.

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          La 4° de couverture fait un peu peur, il y est question de soldats fantômes, de morts vivants et d’inquiétantes princesses dans un monde dévasté par des accidents nucléaires. Pas joyeux et surnaturel en prime. Pourtant, dès les premières pages, j’ai retrouvé cette écriture si particulière qui m’avait charmée la première fois. Quant au côté surnaturel, il est assez peu présent (au début surtout). On est dans un futur où de vastes zones sont rendues inhabitables par les accidents nucléaires successifs ce qui est quand même on ne peut plus crédible. On plonge doucement aux frontières de fantastique peu à peu, mais comme on a 600 pages pour s’habituer, la transition se fait en douceur.

          J’ai beaucoup aimé cette lecture même s’il faut dire qu’il y a tout de même quelques longueurs. Toutefois, rares sont les passages où je me suis ennuyée. C’est surtout sur la fin que j’ai un peu décroché par moments, quand ça devient un peu plus étrange. Je trouve très difficile de parler de ce roman riche, complexe et à mes yeux assez indéfinissable. En général, quand j’aime un livre, j’ai envie de le partager avec la terre entière. Celui-ci a beau être considéré comme l’un de plus réussis de Volodine (et des plus accessibles par la même occasion), je ne vois vraiment pas qui autours de moi pourrait bien l’apprécier. Et je suis entourée de grands lecteurs ! Il me semble que malgré ses qualités nombreuses et indéniables Terminus Radieux s’adresse tout de même à un public assez restreint et disons-le plutôt intello.

          J’ai toujours aimé la littérature russe. Je ne sais pas pourquoi l’évocation de la taïga et de la toundra me fait autant rêver. Toujours est-il que ça fonctionne à tous les coups ! Je trouve toujours dans la lenteur des traversées de ces grands espaces une poésie qui me ravit. Etant donné que tous le roman ou presque ce déroule dans des espaces vierges, j’ai été comblée. J’ai beaucoup aimé cette lecture que j’ai d’ailleurs trouvée moins ardue que ce que je pensais du point de vue du style. Il est certes complexe mais pas retors et on avance dans cette épopée futuriste rapidement. L’histoire est sans doute un peu moins évidente mais là aussi, je m’attendais tellement à un univers apocalyptique que je l’ai finalement trouvé assez abordable. Ce texte interroge sur la société et l’avenir de l’humanité tout en virant parfois au mystique. Un roman, dense, complexe, intelligent, terriblement bien écrit : à la fois sombre et lumineux.

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Le vent de nouveau s’approcha des herbes et il les caressa avec une puissance nonchalante, il les courba harmonieusement et il se coucha sur elles en ronflant, puis il les parcourut plusieurs fois, et, quand il en eut terminé avec elles, leurs odeurs se ravivèrent, d’armoises-savoureuses, d’armoises-blanches, d’absinthes.
Le ciel était couvert d’une mince laque de nuages. Juste derrière, le soleil invisible brillait. On ne pouvait lever les yeux sans être ébloui.

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Nous n’avions aucune explication quand nous nous interrogions sur les mauvais choix de I’humanité. L’optimisme marxiste nous interdisait d’y voir les preuves de graves défauts dans le patrimoine génétique de notre espèce. Une attirance imbécile pour I’autodestruction, une passivité masochiste devant les prédateurs, et peut-être aussi et surtout une inaptitude fondamentale au collectivisme. Nous pensions cela au fond de nous, mais, comme la théorie officielle balayait ces hypothèses d’un haussement d’épaules, nous n’abordions pas le sujet, même entre camarades. Même dans les plaisanteries entre camarades.

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Quand on progresse dans la vieille forêt, quand on écrase sous ses bottes des branchettes perdues par les arbres, les sapins centenaires, les mélèzes noirs, quand on a le visage caressé ou battu par les mousses ruisselantes, on se trouve dans un univers intermédiaire, dans quelque chose où tout existe fortement, où rien n’est illusion, mais, en même temps, on a l’inquiétante sensation d’être prisonnier à l’intérieur d’une image, et de se déplacer dans un rêve étranger, dans un bardo où l’on est soi-même étranger, où l’on est un intrus peu sympathique, ni vivant ni mort, dans un rêve sans issue et sans durée.

Mes lectures

Le lecteur – une nouvelle très réussie de Patricia Matin Desffrennes

Le narrateur aime lire depuis toujours. Lorsque sa vie bascule, c’est donc tout naturellement qu’il se réfugie dans la littérature. Mais qui se cache derrière ces pages dans lesquelles il se reconnaît ? Pour lui la quête de vérité commence.

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Le lecteur est une nouvelle dont je ne connaissais absolument pas l’auteur. Elle est éditée par une maison d’édition qui semble spécialisée dans les textes courts et que je ne connaissais pas non plus. Le titre m’attirait beaucoup et j’aime découvrir de nouvelles maisons d’édition, je me suis donc laissée convaincre. Je dois avouer que je n’ai absolument pas regretté ce choix. J’ai vraiment beaucoup aimé ce petit texte assez surprenant et très bien construit.

Il m’a vaguement rappelé quelque chose mais je ne saurais dire quoi. Peut-être Bartleby (que je n’ai pas aimé et dont il ne me reste aucun souvenir, ne me demandez pas pourquoi c’est le première chose qui me vient à l’esprit…). Même si on ne peut pas à proprement parler de suspens, on s’approche d’une trame policière ou vaguement fantastique. J’ai beaucoup aimé ce jeu avec les genres qui une fois le livre refermé, laisse planer un certain mystère.

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Ce court texte s’avère riche et questionne sur le pouvoir de la littérature et l’importance qu’elle peut prendre dans nos vies. En tant que lecteur, on s’identifie forcément un peu au personnage qui se reconnaît dans ses romans favoris. Le style est assez classique mais agréable et le tout fonctionne très bien. Une nouvelle très réussie que j’ai pris grand plaisir à lire.

Mes lectures

La dévoration – Nicolas d’Estienne d’Orves signe un roman dérangeant

          L’écrivain Nicolas Sevin s’est spécialisé dans les histoires sanglantes. Son éditrice voudrait le voir changer radicalement de style et aborder des sujets plus intimes. Après une longue réflexion, un sujet s’impose à lui : l’histoire du cannibale japonais Morimoto. Une expérience d’écriture dont il risque de ne pas sortir indemne.

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          J’avais a-do-ré le dernier roman de Nicolas d’Estiennes d’Orve, Les fidélités successives, mon gros coup de cœur de la rentrée littéraire 2012. Je n’avais rien lu d’autre de lui et j’avais donc hâte de m’attaquer à son nouveau roman, bien que le sujet me laisse un peu perplexe. Je dois avouer que dans l’ensemble j’ai été assez déçue. Je m’attendais à retrouver ce style fluide et maîtrisé qui m’avait tant séduite et ça n’a pas tellement été le cas. J’ai trouvé le début certes agréable à lire mais un peu fade. On peine à s’intéresser à l’histoire de cet auteur en manque d’inspiration qui apparaît avant tout comme un sale gosse prétentieux.

           Ces chapitres un peu vides intérêt alternent avec d’autres sur une lignée de bourreaux qu’on suit à travers les âges. Leur histoire m’a un peu rappelée celle de Dieu et nous seuls pouvons de Michel Folco, roman qui me fait mourir de rire bien qu’il retrace l’histoire d’une lignée de bourreaux. Le texte de Nicolas d’Estienne d’Orves est autrement plus sérieux et j’ai fait de mon mieux pour ne pas le comparer à un de mes livres préféré, ce qui n’aurait pas été à son avantage. J’ai honnêtement trouvé que ces chapitres, extrêmement bien documentés, étaient les plus réussis. J’ai pris grand plaisir à les lire et je les attendais avec impatience.

           Quant au arrive aux passages sur Morimoto – dans les 50 ou peut-être 80 dernières pages du roman – un certain suspens se crée. On sait comment ça se termine mais voir la manière dont il en est arrivé là crée une tension indéniable. Je ne vous cache pas qu’il y a un passage franchement dégueulasse. Rarement (jamais ?) un livre m’avait donné envie de vomir, c’est en soi un exploit. Je n’irai pas jusqu’à dire que j’ai apprécié cette partie du texte mais c’est sans nul doute la plus forte. Après tout, la littérature doit avant tout faire réagir et susciter des émotions, on ne peut pas dire que ce n’est pas le cas ! En résumé, un roman qui met du temps à démarrer pour devenir finalement très dérangeant. Une lecture un arrière goût des plus désagréables mais ne laisse en tout cas pas indifférent.

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 On dit qu’une simple image peut changer votre conception du monde. Ainsi se passent les conversions : il suffit d’une épiphanie.

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J’aime les rues vides. Comme j’aime la foule compacte. L’une et l’autre poussent à l’effacement. Vous devenez une ombre ou un quidam, ce qui revient au même.

Cinéma·Mes lectures

Gemma Bovery : un livre, un film

         Martin est boulanger en Normandie. Il est passionné de littérature et Madame Bovary est son roman préféré. Quand des anglais, Charly et Gemma Bovery, s’installent en face de chez lui, il y voit un signe. Leur comportement lui semble inspiré des personnages de Flaubert. Sous le charme de la belle Gemma, il va tout faire pour influer sur son destin.

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         Gemma Bovery, c’est avant tout un roman graphique de Posy Simmonds. Après Tamara Drewe, adapté au cinéma par Stephen Frears en 2010, c’est au tour de cette histoire d’arriver sur nos écrans avec cette fois encore Gemma Atterton dans le premier rôle. L’éditeur m’a gentiment fait parvenir un exemplaire du livre afin que je puisse en parler à l’occasion de la sortie du film. Mon erreur aura été de lire le livre en premier. Ne jamais lire un livre avant d’aller voir le film qui en est tiré ! A moins d’avoir eu le temps de presque tout oublier de l’histoire, c’est s’exposer à une déception quasi-certaine. L’inverse est toujours plus flatteur. Ceci étant dit, voyons quand même ce qu’il en est de cette BD et de son adaptation au cinéma.

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         J’ai été assez surprise par le livre de Posy Simmonds avec lequel le nom de « roman graphique » prend tout son sens. Le texte est extrêmement présent, ce qui m’a franchement déroutée. On est loin de la BD traditionnelle ! Il y a pourtant un poil trop de dessin pour parler de roman illustré. Jamais l’appellation de roman graphique ne m’avait parue aussi limpide tant l’équilibre entre texte et image est fort. Les deux se complètent d’ailleurs parfaitement. Toutefois, je dois avouer qu’au début autant de texte m’a un peu rebutée. Je lis beaucoup de romans, même des pavés, mais quand j’ouvre une BD j’ai envie de quelque chose de léger, rapide, facile – dans une certaine mesure en tout cas. Je dois admettre que j’ai eu un peu de mal à me plonger dedans.

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         Après quelques pages, j’ai été assez prise par cette histoire qui ne manque pas d’humour. Cette réinterprétation d’Emma Bovary est teintée d’une ironie qui lui donne beaucoup de charme. Je me suis finalement laissée prendre au jeu de cette réécriture. A priori, je n’aime pas trop qu’on réécrive, continue ou interprète les classiques (je vous en parlais déjà pour Contre-enquête sur la mort d’Emma Bovary, qui décidément a du succès côté réécriture). Je suis sans doute vieux jeu mais je trouve que les classiques doivent rester à leur place, je suis toujours mal à l’aise devant la vision qu’ont les autres de ces textes qu’on connaît tous et qui souvent diffère de la nôtre. J’ai bien ressenti cette petite gêne ici mais la réécriture est tellement décalée que ça passe finalement plutôt bien.

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         Bien que très dense, le texte va droit au but et réinvente avec beaucoup d’inventivité et d’humour le roman de Flaubert. J’ai trouvé l’idée d’un homme tellement obsédé par son livre préféré qu’il tient absolument à ce que ses voisins vivent les mêmes aventures vraiment très chouette. Ca crée un décalage juste suffisant pour que la référence au texte de départ soit claire sans être pesante. Le dessin apporte souvent des nuances au texte et l’enrichit. Bien que ce ne soit a priori pas le style de BD que je préfère, je l’ai trouvé très agréable et j’ai aimé cette lecture. 

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         Le film est une adaptation très fidèle. Je l’ai vu de suite après avoir fini de lire la BD et la plupart des dialogues sont mot pour mot les mêmes que dans le texte d’origine. C’est d’ailleurs assez déroutant quand on les a encore bien en tête. J’avoue que même si j’adore Gemma Atterton, je ne l’aurai pas spécialement vue dans ce rôle. Au début, Gemma est sensée être grosse et moche du coup choisir une actrice aussi belle et qui serait sublime même avec un sac à patate me semble relativement peu judicieux. Mais bon, comme c’est une actrice que j’aime bien et que je vois finalement assez peu, ça ne m’a pas tellement dérangée.

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         J’ai bien aimé ce film mais j’ai trouvé qu’il n’apportait pas grand chose par rapport à la BD. J’ai trouvé qu’à l’écran les personnages avaient moins de profondeur que sur le papier. Gemma est moins sympathique dans le livre mais ses petits défauts agaçants la rendent aussi plus humaine. Les rares modifications apportées à l’histoire ne m’ont pas franchement convaincue. Il aurait peut-être fallu prendre un peu plus de recul avec le texte pour mieux le mettre en valeur. Je n’ai pas tout à fait retrouvé le même humour et la même fraîcheur dans le film que dans le livre.

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         Les acteurs sont assez convaincants. J’avais peur que comme à son habitude Fabrice Luchini n’en fasse trop mais contre toute attente il est assez crédible en boulanger obsédé par sa jeune voisine. Formellement parlant, le film est assez lisse. J’ai trouvé que l’histoire passait parfois un peu vite sur certains aspects. Le film m’a semblé surtout centré sur l’adultère de Gemma, passant un peu sous silence les problèmes qui font le sel de cette histoire. Je suis toutefois mauvais juge, difficile d’apprécier à sa juste valeur le film quand on a encore autant le livre en tête. Je pense que ceux qui n’ont pas lu la BD l’apprécieront bien mieux. Un livre surprenant et plein de charme et un film assez réussi, extrêmement fidèle et qui se regarde avec plaisir. Gemma Bovery mérite qu’on la découvre.