Mes lectures

Esprit d’hiver – Laura Kasischke

          Le matin de Noël, Holly se réveille tard, assaillie par une angoisse inexplicable. Son mari part chercher ses beaux-parents à l’aéroport et un fort blizzard se lève. Elle se retrouve seule avec Tatiana, sa fille adoptive, pour préparer le repas avant l’arriver des invités. Mais l’adolescente d’habitude si serviable a ce jour-là un comportement bien étrange.

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          Alors que je cherchais l’inspiration pour une ou deux lectures intéressantes dans cette rentrée littéraire qui ne m’inspirait guère, un libraire m’a (entre autres) conseillé ce roman qu’il m’a présenté comme un de ses coups de cœurs de ce cru 2013 par ailleurs un peu fade. Il semblait par ailleurs avoir un goût assez sûr, une longue discussion sur nos lectures respectives ayant montré qu’il avait beaucoup de culture, était heureux de la partager et que nos affinités littéraires semblaient assez proches. Je lui ai donc fait confiance et suis repartie avec, sur les 4 romans qu’il m’a conseillés, les 2 deux je n’avais jamais entendu parler, dont celui-ci. Je dois admettre que les premières pages m’ont un peu déçue : je m’attendais à quelque chose de beaucoup mieux écrit ! Le style n’est pas exceptionnel, il est assez plat. On ne peut pas dire que le vocabulaire soit très riche, les tournures de phrases ne sont pas franchement recherchées, bref, c’est un peu pauvre. Ca m’a même parfois un peu gênée dans ma lecture, à un moment je suis même allée jusqu’à me demander si ça valait vraiment le coup de continuer. Il faut dire aussi qu’après Flaubert, difficile de tenir la comparaison, tout paraît désespérément fade !

          J’ai pourtant continué ma lecture. Quelque chose dans l’histoire m’intriguait. La construction peut paraître un peu brouillon. En effet, on alterne entre la journée de Noël et des souvenirs d’Holly avec sa fille, notamment au moment de l’adoption. Toutefois, ça colle très bien avec ce jeu de mémoire qui revient par bribes, en fonction des différents événements de la journée. On sent là comme un secret et peu à peu une angoisse naît puis grandit de page en page, nous accrochant chaque ligne un peu plus à ce roman qui pourtant ne semblait pas si prenant. On semble sombrer dans le fantastique, on se demande où l’auteur veut en venir, si c’est un fantôme ou la folie qui hante ces lieux. Et puis tout s’explique dans un final époustouflant qui m’a laissée K.O. Plusieurs heures durant j’ai repensé à cette fin, à ce livre, sa construction, ce qu’il évoque… J’aurais préféré une écriture à la première personne, moins froide et impersonnelle, qui m’aide à mieux rentrer dans ce texte qui manque un peu d’émotion. Mais malgré un début sans grande saveur, ce roman construit comme un thriller mérite le détour et vous mènera aux lisières de fantastique pour mieux vous égarer et vous préparer à l’apothéose. Une fin comme un coup de poing qui frappe en plein cœur et laisse le lecteur le souffle court et un peu désemparé. 

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Et même si les infirmières des orphelinats faisaient mine de rester froides, elles étaient souvent très attachées aux enfants et à leurs propres fantasmes de vies américaines qui les attendaient. Elles pouvaient refuser de reconnaître ces anomalies, ou bien essayer de les dissimuler. Parfois elles rougissaient les joues des enfants malades ou bien couvraient leur crâne aux plaques chauves avec des bonnets de tricot.

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Bien sûr elle n’avait pas non plus écrit de poèmes depuis d’Annette Sanders l’avait guérie de…

De quoi ?

De son chagrin ? De sa peur ? De la condition humaine ?

Pourtant ça en valait le coup non ? Rilke n’aurait peut-être pas pensé ainsi (Si mes démons devaient me quitter, je crains que mes anges ne prennent à leur tour leur envol – une citation qu’un de ses mentors de l’université avait ressortie toutes les deux semaines environ afin de mettre en garde – de manière extravagante ? – contre la psychothérapie et les antidépresseurs dont certains avaient clairement besoin).

Mes lectures

Comme un roman – Daniel Pennac

          Sauter des pages, lire n’importe quoi, ne pas finir un livre… autant de droits imprescriptibles du lecteur. On fait trop souvent de la lecture une obligation scolaire, on la sanctifie et paraît parfois inaccessible.  Mais on oublie en chemin l’essentiel : le plaisir !

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          Auteur à succès connu depuis de nombreuses années notamment pour sa Fée Carabine, Daniel Pennac est aussi professeur de français. Une place de choix pour constater que si tout un chacun s’accorde s’accorde sur l’importance de la lecture, rare sont ceux qui la pratiquent, les adultes n’ont pas les temps et les élèves, tout bêtement, n’aiment pas ça. Pourtant, tous les enfants ou presque aiment qu’on leur lisent des histoires, ils attendent avec impatience qu’on leur conte des aventures d’enfants perdus dans des forêts, de princesses, de dragons ou de chevaliers. On a tellement hâte d’apprendre à lire à cet âge là ! Que se passe-t-il après ? Où passe cette soif de lecture ? S’envole t-elle quand la voix des parents ne la porte plus, quand les images ne viennent plus soutenir le texte et quand la princesse se transforme en bourgeoise ?

          L’auteur met en avant cet amour des histoire qui semble universel et dégage des pistes pour le réactiver chez les adolescents récalcitrants. En leur faisant la lecture en classe pas exemple ; rien qui soit au programme bien sûr, il ne faudrait pas les effrayer ! Le livre fait peur, il impressionne, il faut le désacraliser, le remettre à la porter de tous pour que les élèves retrouvent le plaisir de découvrir de belles histoires. Comme toujours chez Pennac, le style est agréable et ce essai se lit « comme un roman ». Il nous raconte son expérience personnelle, qui somme tout assez simple mais pleine de bonne sens et de bienveillance. J’aurais peut-être aimé une réflexion un peu plus approfondie et plus construite sur la lecture et son développement mais la force de ce livre est qu’il peut être mis dans toutes les mains, même de ceux qui n’aiment pas lire.

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L’homme construit des maisons parce qu’il est vivant, mais il écrit des livres parce qu’il se sait mortel. Il habite en bande parce qu’il est grégaire, mais il lit parce qu’il se sait seul.

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La lecture ne relève pas de l’organisation du temps social, elle est, comme l’amour, une manière d’être.

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Le verbe lire ne supporte pas l’impératif. Aversion qu’il partage avec quelques autres ; le verbe «aimer »… le verbe «rêver »…
On peut toujours essayer, bien sûr. Allez-y : «Aime-moi !» «Rêve !» «Lis !» «Lis ! Mais lis donc, bon sang, je t’ordonne de lire !»
— Monte dans ta chambre et lis !
Résultat ?
Néant.

Jeunesse·Mes lectures

Le jour de la licorne – Man Arenas

          Gabriel voudrait découvrir ce mystère qui entoure la naissance des licornes. Quant à Petit faune, il est né avec le Printemps. Quel est la place de ces animaux mythiques dans notre imaginaire ? Un texte plein de magie et de poésie.

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          Au premier abord, ce livre m’a vraiment emballée. Tout d’abord, les licornes font partie de ces mythes qui enfant nous ont tous fait rêver. Le format carré est très agréable et élégant. Quant aux illustrations, ç’a été un vrai coup de cœur ! Des aquarelles dans des tons tout doux, dans des gris et pastels, avec des traits à la fois précis et harmonieux pour un univers pour le moins apaisant dans lequel il fait bon se plonger.

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          Du côté de l’histoire, elle nous est contée de manière extrêmement poétique. Si j’ai beaucoup apprécié au début, j’ai très vite perdu le fil du récit. Il ne faut donc pas réellement s’accrocher à une histoire à proprement parler mais se laisser porter par la musicalité des mots pour pouvoir apprécier ce livre. J’aurais préféré un texte construit de manière plus « sage » pour accompagner ces magnifiques images et les apprécier pleinement mais ce beau livre sort de l’ordinaire et mérite qu’on s’y attarde.

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L’espérance d’une rose en bouton.

C’est une vie que j’imagine,

Du fond d’un univers, bientôt

on entendra battre un nouveau cœur.

Mes lectures

L’invité d’un jour – Truman Capote

          Buddy aimerait bien l’école, simplement, il déteste Odd Henderson, une brute épaisse qui le martyrise et ne semble pas avoir d’autre but dans la vie que de l’humilier. Sa seule amie est Miss Sock, sa vieille cousine un peu bizarre. Mais tout va se compliquer le jour où elle va vouloir l’aider à régler son problème.

          Un court texte autobiographique de Truman Capote dont je n’avais jamais entendu parler et que j’ai été très contente de découvrir au hasard d’une de mes descentes en librairie. J’ai découvert par la suite que cette nouvelle était assez connue mais généralement éditée en jeunesse. Le sujet de ce livre dénote déjà d’une certaine fascination de l’auteur pour la violence et les êtres troubles. Une manière sans doute aussi d’exorciser une période difficile de son enfance. En revanche, j’ai trouvé l’écriture un peu fade comparé à la maîtrise dont sera capable Truman Capote dans d’autres textes. Un style encore un peu jeune qui m’a rappelé celui de son premier roman (vous pouvez retrouvez la critique ici). Si cette nouvelle n’est pas désagréable à lire, je ne lui ai pas trouvé non plus grand intérêt. Il y a bien mieux pour découvrir cet auteur.

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Il te cherche querelle par jalousie. Il n’est pas bien habillé et joli comme toi.

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Mais je veux te voir heureux, Buddy. Fort, capable d’affronter le monde. Et tu ne pourras jamais te débrouiller tant que tu n’auras pas trouvé moyen de t’entendre avec des gens comme Odd Henderson et réussi à t’en faire des amis.

Mes lectures

Little Bird – Craig Johnson

          Walt est le shérif d’un comté tranquille du Wyoming et espère arriver à la retraite sans encombre, à mener une vie paisible en réglant quelques conflits de voisinage, en mettant fin à des bagarres dans les bars ou en verbalisant les chauffaurds sur les routes tranquilles. Mais c’était sans compter sur la découverte du corps de Cody Pritchard, un adolescent condamné avec sursis deux ans plus tôt avec trois autres gamins pour le viol d’une jeune indienne, Mélissa Little Bird. Une mort qui a comme un air de vengeance…

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          Je n’avais rien lu de Craig Johnson mais tous ceux qui avaient lu ce roman m’en avaient vanté les mérites. Pourtant, lisant bien moins de polars qu’avant, j’ai attendu bien longtemps avant de m’attaquer à cette lecture ! J’ai une tendresse toute particulière pour les romans des grands espaces et les éditions Gallmeister ont un talent inouï pour dénicher ce qu’il se fait de mieux dans le genre. Je leur fais donc une confiance aveugle et ce n’est pas cette lecture qui me fera changer d’avis ! Dès les premières pages, j’ai bien aimé l’univers mis en place par l’auteur. L’écriture est assez sobre mais recèle un certain humour qui contraste joliment avec la rudesse des personnages. Mais c’est la nature qui est réellement au centre du texte avec de longues descriptions de paysages qui en ennuieront peut-être certains mais qui personnellement me fascinent toujours et me donnent même parfois l’envie de sauter dans le premier avion pour aller voir de mes propres yeux les merveilles que je découvre en quelques lignes expertes.

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          Du côté de l’enquête, on reste dans un scénario relativement classique même si l’auteur s’amuse à brouiller les pistes en intégrant des éléments venu des cultures amérindiennes qu’il explique au compte goutte, jouant à laisser un peu le lecteur dans le flou. Il aime aussi le mener sur de fausses pistes en évoquant de nombreuses possibilités donc bien souvent on sent bien qu’elles ne mèneront à rien, tant et si bien qu’on ne sait plus trop que croire à la fin. Ceux qui aiment l’action risquent d’être déçu, le rythme est assez lent, avec un certain nombre de digressions qui ne font pas franchement avancer l’enquête. L’inspecteur, un rien dépressif avec un certain penchant pour la bouteille, a une forte tendance a l’introspection qui prend pas mal de place dans ces pages. Le roman se construit entre ses problèmes personnels, le rapport à l’environnement (que ce soit la nature, les gens qui nous entourent ou la culture dans la quelle on a grandi) et l’enquête proprement dite ; un aspect de l’écriture que j’ai beaucoup aimé. Les personnages sont attachants et leur univers nous fait voyager. Un roman agréable à lire et intéressant dont le dénouement a réussi à me surprendre.

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Son ton était hésitant et j’étais certain qu’il y avait quelque chose à creuser, là. Alors, j’avais utilisé un de mes vieux trucs de flic et je lui avais demandé s’il n’y avait pas quelque chose qu’elle voulait me dire. Elle avait utilisé un de ses vieux trucs de mère et m’avait répondu non. Les trucs de flics ne font pas le poids devant les trucs de mère.

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Oh, Walt. Toutes les femmes de la ville te courent après. T’imagines si, en plus, t’étais beau ?

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Henry se disait que la raison pour laquelle les Cheyennes avaient toujours chevauché des appaloosas au combat c’était qu’une fois que les hommes étaient arrivés sur le champ de bataille, ils étaient tellement en colère contre leurs chevaux qu’ils étaient prêts à tuer tout le monde.