Mes lectures

Top ten tuesday (11/09)

          Top Ten Tuesday, un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Initialement créé par The Broke and the Bookish, il est désormais repris en français par Iani et son carnet de lecture.

Cette semaine, le thème est :

Les 10 livres qui vous ont fait réfléchir

1) Les démons, de Fiodor Dostoïevski. Pour un passage très intéressant sur la nécessité de croire en Dieu.

2) Clara et la pénombre, de José Carlos Somoza. Je dois admettre que cette réflexion sur l’avenir de l’art m’a un peu dépassée mais elle m’aura tout de même fait réfléchir un peu.

3) Le vicomte pourfendu, d’Italo Calvino. Un conte farfelu qui n’est toutefois pas dénué d’intérêt. Il caricature notamment la division Bien/Mal, jusqu’à la rendre absurde.

4) Un balcon en forêt, de Julien Graq. Très belle réflexion sur l’attente et son pouvoir sur nous.

5) Les Fleurs du Mal, de Charles Baudelaire. Cette volonté de « transformer le laid en beau » a été une sorte de révélation. « Tu m’as donné de la boue et j’en ai fait de l’or ».

6) Antigone (d’Anouilh de préférence, mais pas que). Pour sa vision désespérée du bonheur et son incroyable force de conviction.

7) Manon Lescaut, de l’Abbé Prévost. Lu et relu pour la faculté, une seule question me taraude toujours : Mais pouuurquoiiiii ???

8) Le peuple d’en bas, de Jack London. Une enquête dans les bas-fond de Londres. Pas son meilleur livre mais le plus édifiant. Depuis le 19° s., la situation ne semble absolument pas s’être améliorée. D’une modernité mortifiante.

9) Race et histoire, de Claude Lévy-Strauss. Un court texte tout à fait édifiant sur la question du racisme.

10)

          Etrangement j’ai eu le plus grand mal à faire cette liste. On peut sans doute en déduire que je ne réfléchis pas assez, c’est bien triste… Pourtant, sur tous ces livres dévorés, il doit bien y en avoir des dizaines qui m’ont amenée à me poser des questions métaphysiques, d’autant que j’aime bien les ouvrages assez consistants. Bizarre que ça m’ait si peut marquée. Voilà qui justement, m’amène à réfléchir !

Mes lectures

L’amour sans le faire – Serge Joncour

          Franck vit à Paris, originaire du Lot, il n’a pas rendu visite à ses parents depuis 10 ans. A la mort de son frère, Alexandre, leurs rapports déjà difficiles ont fini de s’étioller. Louise, quant à elle, est la veuve de ce frère trop tôt disparu. Ils ne se connaissent pas vraiment, se sont à peine aperçus à l’enterrement des années plus tôt, mais ils vont par hasard se rencontrer à la ferme. Ces quelques jours passés ensemble va être comme une parenthèse qui permettra à chacun de redéfinir ses envies profondes.

          Dès le premières lignes, ce roman surprendra les habitués de l’écriture de Serge Joncour. Point de trace ici de son cynisme coutumier. L’écriture est plus âpre, moins facile, elle semble plus travaillée, profonde. Cette légèreté perdue perturbe au début. On est habitués à dévorer les romans incisifs de l’auteur et voilà qu’il nous demande un effort, de nous poser, de réfléchir, de nous faire à un nouveau rythme. Les 50 premières pages sont là pour nous acclimater, poser le décor, présenter les personnages. On ne voit pas bien où on va, on se demande encore où est passé l’humour acéré qu’on attendait, on comprend que ce n’est pas ici qu’on le trouvera.

          Et puis l’histoire prend de l’ampleur. C’est l’arrivée à la ferme, la rencontre de Franck et Louise, le retour aux sources. Franck retrouve malgré lui les souvenirs de cette enfance qu’il a essayé de tenir à distance. Les souvenirs reviennent : la chasse au sanglier, le travail de la terre, les jeux dans la rivière avec son frère. Une vie rude et simple, où si le quotidien n’est pas toujours facile, chacun sait où est sa place. Le ton est juste est l’analyse subtile. Ce que nous raconte l’auteur, chaque citadin aux origines terriennes l’a vécu, dans une certaine mesure. Chacun a ressenti un jour cet attachement à la terre qu’il a pourtant quittée, voire parfois reniée.

          Quelle chose étrange, ce que j’aimais chez Serge Joncour, ce qui me semblait définir son style et être la clef de son talent était sans nul doute son cynisme, son humour grinçant qui frappe toujours juste, son ironie mordante qui n’épargne personne. Il n’y en a trace dans ce dernier roman mais comment expliquer alors que ça n’en soit que meilleur ? Débarassée de cette carapace dont on se délectait, l’écriture n’en est que plus fine, plus sensible, plus profonde et toujours reconnaissable pourtant. Le thème abordé est intime et cela se ressent dans la grande justesse de ce texte.  On a trop peu parlé de ce roman ; certes, il n’est pas le plus flamboyant de cette rentrée, ni le plus polémique, mais il est sans doute celui qui nous touche le plus directement, en nous parlant simplement et avec une touchante sincérité de la douloureuse question des origines. Un très beau texte teinté de nostalgie qui a la rudesse et la beauté de la terre qu’on laboure.

Souvent il surprend chez lui une attitude que chez un autre il ne supporterait pas. Que les autres soient décevants, c’était fatalement concevable, mais s’y surprendre soi c’était mortifiant.

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L’incompréhension quand elle s’est installée avec les parents, elle ne se règle jamais, et vouloir la régler c’est créer une incompréhension de plus.

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Pas de cri, pas de souffle, pas d’éternité, on s’aime et on s’en tient là, l’amour sns y toucher, l’amour chacun le garde pour soi, comme on garde à soi sa douleur.

Mes lectures

Top ten tuesday (04/09)

Top Ten Tuesday, un rendez-vous hebdomadaire dans lequel on liste notre top 10 selon le thème littéraire défini. Initialement créé par The Broke and the Bookish, il est désormais repris en français par Iani et son carnet de lecture.

Cette semaine, le thème est :

Les 10 livres à lire cet automne

1) Pour seul cortège, Laurent Gaudé

2) Rue des voleurs, Mathias Enard

3) Peste & Choléra, Patrick Deville

4) La Guerre et la Paix, Léon Tolstoï

5) La clé de l’abîme, José Carlos Somoza

6) La promesse de l’aube, Romain Gary.

7) Même les cow-grils ont du vague à l’âme, Tom Robbins

8) Le loup de mers, Jack London

9) Le pacte de Minuit – T2, de David Whitley

10) Comme un roman, Daniel Pennac

          Comme je n’ai pas eu le temps de lire tous les livres prévus pour cet été, ni de m’attaquer sérieusement à ceux de la rentrée littéraire, mes 10 livres de l’automne reprennent un mélange des deux listes en question. Comme d’habitude, je ne compte pas vraiment suivre mon propre programme. Seule certitude, des romans de la rentrée seront du lot. Et vous, que comptez vous lire cet automne ?

Mes lectures

Un repas en hiver

          C’est la guerre, pour éviter d’avoir à fusiller le convoi de prisonniers qui arrivent, trois hommes partent à la chasse dans le froid. A la chasse au juif. Ils en trouvent un peu par hasard et vont tout faire pour repousser le moment du retour. Dans une maison abandonnée, ils vont tenter de faire un feu pour préparer le repas. Dans des circonstances si difficiles, les choses les plus simples vont prendre une toute autre tournure. 

          J’aime beaucoup la finesse et la sensibilité des romans d’Hubert Mingarelli. La guerre est un thème qu’il a déjà abordé dans d’autres ouvrages et la solitude est au coeur de son oeuvre. On retrouve donc ici des thèmes qui lui sont chers. Comme à son habitude, l’auteur s’attache à l’importances des petites choses de la vie dans des circonstances particulières. Un travail dans lequel il excelle. Le point de vue adopté est ici surprenant. En effet, si les romans sur la seconde guerre mondiale sont nombreux (bien qu’elle ne soit jamais nommée ici), rare sont ceux qui adoptent le point de vue du soldat allemand. Ceux-ci ne sont pas des héros, juste des hommes ordinaires qui obéissent aux ordres, qui font ce qu’ils ont à faire, et essaient d’échapper de leur mieux aux conditions de vie difficile. Cette moralité est particulièrement intéressante. On est face à trois êtres humains, ni meilleurs ni pires que les autres, simplement pris dans des rouages qui leur échappent. L’écriture un peu hachée semble reproduire le fil décousu de leurs pensées. Un roman qui surprend, qui déroute. Un univers âpre et poétique à la fois où on perd sais repères et ne sais pas toujours à quoi se raccrocher. L’identification à « l’ennemi » met mal à l’aise et pourtant, c’est bien là que réside toute la force de ce livre. Si le style est moins fluide que d’habitude et le sujet dérangeant, Mingarelli nous livre toutefois en cette rentrée un roman fort et poignant, encore et toujours tout en délicatesse. 

Tout à l’heure nous avions traversé un village polonais, triste comme une assiette en fer qu’on n’a jamais lavée.

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Parce que si vous voulez savoir ce qui moi me faisait du mal, et qui m’en fait jusqu’au jour de maintenant, c’était de voir ce genre de choses sur les habits des Juifs que nous allions tuer : une broderie, des boutons en couleur, ou dans les cheveux un ruban. Ces tendres attentions maternelles me transperçaient. Ensuite, je les oubliais, mais sur le moment elles me transperçaient et je souffrais pour les mères qui s’étaient donné ce mal, un jour. Et ensuite à cause de cette souffrance qu’elles me donnaient, je les haïssais aussi. Et vraiment je les haïssais autant que je souffrais pour elles.

Mes lectures

L’urgence et la patience

          Dans ce court essai, Jean-Philippe Toussaint, dissèque les mécanismes de l’écriture. On apprend ainsi à connaître cet auteur : ce qui l’a poussé à se lancer dans l’écriture, la manière dont il rédige ses textes, les auteurs qui l’ont inspiré. Selon lui, le processus de l’écriture peut se résumer en deux mots : l’urgence et la patience. Deux états antagonistes qui président l’écriture et dont le dosage détermine le style de chacun.

          J’ai beaucoup aimé cet essai. Tout d’abord, cette idée d’équilibre entre l’urgence (l’envie de voir naître un texte) et la patience (la construction, la recherche, le travail d’écriture) est absolument passionnante et, je trouve, très juste. Ensuite, cet ouvrage permet de découvrir un autre aspect de Jean-Philippe Toussaint, « l’envers du décor » si l’on peut dire. Ca donne d’autant plus envie de s’immerger dans son oeuvre. Enfin, le style est brillant sans jamais se prendre au sérieux. Un subtil mélange d’érudition et d’humour et un très bon livre sur l’écriture et un portrait d’écrivain passionnant.

Dès lors, je n’ai plus travaillé que porté par un élan, pendant des sessions d’écriture limitées dans le temps, de quinze jours à trois mois maximum, entrecoupées de longues périodes où je faisais autre chose, où je n’écrivais pas, où je vivais – ce qui peut également être utile.

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Un livre doit apparaître comme une évidence au lecteur, et non comme quelque chose de prémédité ou de construit. Mais cette évidence, l’écrivain, lui, doit la construire.