Cinéma

Timbuktu, un film fort sur l’extrêmisme

Drame franco-mauritanien de Abderrahmane Sissako avec Ibrahim Ahmed dit Pino, Toulou Kiki, Abel Jafri

          Kidane vit dans les dunes avec sa femme et sa fille, près de Tombouctou. La ville est tombée sous le joug des extrémistes et toute vie y semble interdite : plus de chants ou de jeux. Sa famille semble un peu épargnée, vivant loin de tout, mais la violence va bientôt les rattraper.

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          On a beaucoup entendu parler de ce film qui a connu un joli succès à Cannes à la Quinzaine des réalisateurs. Je l’attendais avec impatience, d’autant plus que c’est le genre de film que j’apprécie. Et en effet, il y a beaucoup de choses que j’ai aimées dans ce film, même si ça n’a peut-être pas été l’enthousiasme sans partage auquel je me serais attendue. Le sujet est intéressant et j’ai beaucoup aimé la manière dont il est traité. Je ne suis pas une spécialiste mais j’ai eu le sentiment que ce film était très réaliste, avec des personnages aux croyances et réactions les plus diverses. Je n’ai pas eu l’impression de me retrouver face aux stéréotypes habituels et c’est très appréciable. En revanche, si j’ai beaucoup apprécié cet aspect presque documentaire, je n’ai pas vraiment été submergée par l’émotion devant ce film.

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          Difficile d’expliquer parfois pourquoi la magie n’opère pas tout à fait et pourquoi je n’ai pas été aussi touchée qu’on aurait pu s’y attendre. Un mauvais jour peut-être, tout bêtement. Parce que pourtant tout est là. La famille du désert est particulièrement attachante et il y a des scènes que j’ai trouvées splendides, notamment une partie de football mémorable, une scène de coiffage ou encore un chant entre amis. Il y a beaucoup de moments de grâce dans ce film très fort. La violence est bien sûr extrêmement présente, et souvent montrée de manière frontale, mais je ne l’ai pas trouvée gênante dans la mesure où elle n’est jamais gratuite. J’ai aimé cette alternance de moments de violence et de quiétude voire même de gaîté. Ca montre que malgré la peur, la vie continue malgré tout. Il y a souvent une très jolie lumière et dans l’ensemble c’est franchement très beau. Un film empreint de poésie sur un sujet dramatique. Une histoire forte et belle.

Actualité

L’actu de la semaine – 10/01

          Cette semaine a été un peu spéciale du côté de l’actualité, avec un de ces évènements qui nous laissent hébétés et prennent toute la place comme ont pu l’être le 11 septembre, l’explosion d’AZF, le tsunami en Asie du Sud-Est ou Fukushima. Des évènements qui dépassent l’entendement et marquent les esprits a tel point qu’on se demande comment les choses pourront un jour revenir à la normale après. J’ai malgré tout décidé de vous faire une sélection du reste de l’actualité, parce que même si c’est l’impression que ça donne et que tout paraît dérisoire en comparaison, le monde continue de tourner.

Un attentat a fait 12 mort au siège du journal satyrique « Charlie Hebdo ». Une attaque contre la liberté d’expression qui a ému le monde entier. Les caricaturistes de tous poils se sont de suite emparé de cette affaire et ont pris leur crayon pour rendre hommage à leurs collègues disparus.

Un autre fou furieux a tué une policière à Montrouge. Le lendemain, il faisait 4 morts dans une prise d’otage dans une épicerie casher. Il a été abattu lors de l’intervention des forces de police, tout comme les deux hommes de la fusillade de « Charlie Hebdo ».

La prison des Baumettes à Marseille a encore fait parler d’elle. Des prisonniers avaient une page Facebook sur laquelle ils postaient des images d’eux avec des cigarettes ou de la drogue. Elle a été fermée par les autorités. Les surveillants dénoncent le manque de moyens.

Une étude a mis en avant les dangers des particules fines pour la santé. On savait déjà qu’il y avait à long terme des risques d’AVC, d’asthme ou d’embolie pulmonaire mais on sait maintenant que ces risques augmentent dès les premiers jours d’exposition à la pollution. Justement, Chamonix et Paris ont été frappé par un pic de pollution cette semaine. Le classement des villes les plus polluées de France est également tombé. Paris se place 7° (seulement !) et Dijon est la seule ville française à respecter les seuils recommandés par l’OMS.

Il y a eu un attentat suicide au Nigeria à Maiduguri. Une petite fille de 10 ans s’est fait exploser en plein marché, faisant 19 morts et 18 blessés.

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Sorties ciné

Loin des hommes : 1954. Alors que la rébellion gronde dans la vallée, deux hommes, que tout oppose, sont contraints de fuir à travers les crêtes de l’Atlas algérien. Au cœur d’un hiver glacial, Daru, instituteur reclus, doit escorter Mohamed, un paysan accusé du meurtre de son cousin.

Les nouveaux sauvages : L’inégalité, l’injustice et l’exigence auxquelles nous expose le monde où l’on vit provoquent du stress et des dépressions chez beaucoup de gens. Certains craquent. Les Nouveaux sauvages est un film sur eux.

Wild : Après plusieurs années d’errance, d’addiction et l’échec de son couple, Cheryl Strayed prend une décision radicale : elle tourne le dos à son passé et, sans aucune expérience, se lance dans un périple en solitaire de 1700 kilomètres, à pied, avec pour seule compagnie le souvenir de sa mère disparue…

          Une semaine ciné qui ne m’inspire moyennement à vrai dire mais comme avec cette semaine de dingue je n’ai pas eu le temps de voir ceux de la semaine dernière, ça ne tombe pas plus mal.

Culture

– C’est la fête du graphisme se tient à Paris jusqu’au 4 mars. Des expositions et des évènements à découvrir ici.

– Mercredi ouvrira le Musée Aeroscopia, à Blagnac. Le musée aéronautique ne pouvait que s’implanter en région toulousaine. Toutes les informations pratiques sont à découvrir sur leur site internet.

– J’ai appris cette semaine la mort d‘Yves Rouquette et Marceau Esquieu. Deux écrivains occitans dont j’aimais beaucoup les textes.

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          Il y a longtemps que je l’ai laissé de côté (pur oubli de ma part » mais le revoici, le mot de la semaine sera RODOMONTADE : « Propos fanfarons, attitude prétentieuse et ridicule; comportement d’un rodomont. »

Actualité

Moi aussi, je pleure Charlie

          Ce matin, pour la première fois, j’ai eu le ventre noué en allant au boulot. Pas parce que je n’aime pas mon travail, pas parce que j’en ai marre de voir la tête de mes collègues ou que ma chef me harcèle. Non rien de tout ça, j’aime mon travail, mes collègue me font rire, ma chef est géniale, jamais au grand jamais je n’ai ressenti la plus infime angoisse avant d’aller bosser (pas ces 3 dernières années du moins). Mais ce matin, tout était différent. Ce matin, j’aurais voulu rester sous ma couette et oublier que le monde existe. Ne pas reprendre prise avec la réalité. Parce que mon travail, c’est de suivre l’actualité et que pour la première fois, ça m’a paru insurmontable.

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          Hier, en arrivant au travail, j’ai appris la nouvelle. Ca venait d’arriver. J’ai cru à une mauvaise blague de mes collègues, mais non. Non, il y a bien des fous furieux qui ont débarqué au milieu de journalistes armés jusqu’aux dents et les ont abattus de sang froid. J’aurais voulu repartir de suite pour me rendre là-bas et aller pleurer avec tous ceux qui se sont spontanément rendu sur les lieux. Les guerres, l’affaire Merah, toutes les affaires sordides, celles qui font froid dans le dos, je trouvais ça horrible, je passais une sale journée, mais j’encaissais. Mais ça ?! Je suis une lectrice de Charlie Hebdo. Occasionnelle, mais quand même. Longtemps, j’ai acheté Le canard enchaîné toutes les semaines. Les journaux satyriques ont accompagné beaucoup de mes nombreux voyages en train.

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          J’ai toujours admiré ces hommes-là, capables de rire de tout, qui trouvent toujours le bon angle pour arriver à nous faire rire même du pire. Comme beaucoup, je me suis parfois demandé s’ils allaient trop loin, je n’ai pas ri à toutes leurs blagues, mais au fond, l’humour peut-il aller trop loin ? J’aurais aimé être comme eux, avoir leur esprit, leur talent, leur impertinence. Comme beaucoup, je n’arrive pas à réaliser leur mort. Qui sera-là pour en rire cette fois ? Alors on relit en boucle l’information, on partage les dessins qui leur rendent hommage, on crie notre indignation, comme si à force de se le répéter ça allait devenir plus réel.

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          Je ne fais pas partie de ceux qui s’étonnent que ce soit arrivé en France, il y a longtemps que je sais que c’est possible. Je me suis souvent dit dernièrement que c’était même surprenant qu’on soit aussi épargnés (merci aux hommes de l’ombre qui font quand même bien leur boulot !). Non, ce qui me choque c’est qu’on s’en prenne à un journal. Un journal qui a parfois fait parler de lui mais est à l’agonie faute d’avoir suffisamment de lecteurs. Non mais allô quoi ! C’est tellement con comme idée. Franchement, avec un peu de chance, ils auraient attendu 6 moi et avec un peu de chance, le journal mourrait de lui-même, là ils ont tué les caricaturistes mais ont paradoxalement fait du journal un symbole inébranlable. Dans le genre coup foireux, ça se pose là. Bon évidemment, je raisonne comme une personne sensée, comme si le djihadisme était un truc logique, moi et ma manie de toujours vouloir comprendre.

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          J’aimerais savoir dessiner pour leur dédier une caricature, être humoriste pour qu’ils aient droit à une dernière chronique, être écrivain, chanteuse, ou que sais-je encore pour que ma tristesse laisse une trace. Mais je ne peux rien faire. Hier, quand j’ai parlé du rassemblement Place de la République, on m’a demandé « Pourquoi faire, ça ne sert à rien » et je n’ai pas su que répondre d’autre que « parce qu’on ne peut rien faire d’autre ». Mais ce n’est pas que pour ça qu’on se réunit. On se réunit parce qu’on ne peut rien faire d’autre, mais aussi parce que si on reste chez soi, notre indignation ne se voit pas. On se rassemble pour montrer que ça nous touche. Pour être tristes ensemble, pour se sentir moins seul, pour sentir qu’il y a encore des choses qui nous unissent. On se rassemble pour dire qu’on n’a pas peur, ou au contraire parce qu’on est mort de trouille mais que tous ensemble, on se sent moins vulnérable. On se rassemble pour montrer aux intégristes de tous bords qu’on est nombreux et que ça va être dur de nous éliminer tous. On se rassemble parce que c’est notre meilleure arme.

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Dimanche, on sera nombreux, qu’il pleuve ou qu’il vente, à 15h Place de la République.

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          Je sais qu’après, les gens oublieront. On retournera tous à nos petites vies, plus ou moins vite. La tristesse passera, on n’entendra plus que les haineux s’exprimer. Qui continuera à se battre alors ? où sera ce front uni ? Je n’y pense pas. Je ne suis pas très optimiste sur la nature humaine. Je me contente de me réjouir que les gens soient au moins sortis 5 minutes de leur léthargie. Dommage qu’il ait fallu 12 morts pour ça.

Mercredi prochain, un numéro de 8 pages de Charlie Hebdo paraîtra, il sera publié à 1 000 000 d’exemplaires.

Mes lectures

Retour en absurdie, quand le langage devient un art

          Vous avez raté les chroniques de Stéphane de Groodt sur Canal+ et vous le regrettez amèrement ? Ce livre est fait pour vous ! Après Voyage en absurdie, le truculent humoriste belge revient avec le second tome de ses chroniques. Hilarant.

9782259227971           Bon, je n’ai jamais eu l’occasion de vous en parler mais voilà, je suis une grande fan des chroniques de Stéphane de Groodt dans le Supplément de Canal+. Chaque samedi ou presque a été l’occasion de rire aux larmes et j’ai été très très triste d’apprendre qu’il quittait le navire. J’aime ses jeux de mots à tiroir, la finesse de son humour et son esprit incroyable. Je rêverais d’être capable d’en faire autant. Bref, j’arrête là ma déclaration d’amour à cet homme hors du commun. Après avoir vu une bonne partie de ses chroniques, j’ai eu envie de les lire (parce que des fois on ne suit pas tout du premier coup, il faut bien l’admettre) et j’ai donc acheté le second tome, le premier n’ayant pas croisé mon chemin. Je ne sais pas pourquoi mais en partant en vacances, c’est LE livre que j’avais envie d’amener avec moi.

          J’avais beau connaître une grande partie de ces chroniques, ça ne m’a pas empêché de me choper des fous rires toute seule en les lisant. D’ailleurs c’est assez marrant comme ce ne sont pas les mêmes jeux de mots que je saisis à l’écrit et à l’oral, c’est assez déroutant. Stéphane de Groodt a été un excellent compagnon de voyage. Dans une ville dont on ne parle pas la langue, retrouver dans un livre un français aussi riche, ça fait un bien fou. Et quand une femme seule rit sous cape devant son livre dans un bar en essayant désespéramment d’être discrète, forcément, on la remarque et on lui demande ce qu’il lit. Croyez-moi, c’est l’occasion de lier connaissance. Bon, certaines chroniques sont évidemment plus drôles que d’autres et je recommande une lecture à petite dose pour éviter la saturation. Le « courrier des lecteurs » à la fin m’a un peu moins emballée mais n’en reste pas moins divertissante. Une lecture qui ravira tous les amoureux de la langue française. A éviter quand on veut rester discret : fou rire garanti !

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Plutôt que demander de l’aide à un vil-saint dont je n’ai pas-l’estime, je-ruse-allez… et tente un sauve Kippour.

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Vous ne le savez sûrement pas, et si vous le saviez vous auriez pu me prévenir, mais la semaine dernière nous avons mois, ou zomis si vous aimez les liaisons dangereuses, ou Romy si vous préférez Delon discours à de courtes intros, d’évoquer la dis-parution de Victor Hugo qui aurait eu, s’il ne s’était tu un 22 mai, 129 ans et des poussières, surtout des poussières d’ailleurs puisqu’il fut un grand inspirateur.

          Juste pour le plaisir, je vous met le lien de sa chronique le jour de la venue sur le plateau de Nabilla. J’en ris toujours autant à chaque fois, un régal ! C’est par-là !

Cinéma

Calvary, un film noir très réussi

Comédie dramatique, policier irlando-britannique John Michael McDonagh avec Brendan Gleeson, Chris O’Dowd, Kelly Reilly

437689.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx           La vie du père James bascule le jour où il entend une confession bouleversante. Sa fille revient au même moment dans sa vie et il va commencer à voir les choses sous un nouveau jour.

140894.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx           La fin d’année 2014 a été riche en bonnes surprises cinématographiques parmi lesquelles Calvary. Un film pour le moins austère mais extrêmement fort. Dès les premières minutes, on entre dans le vif du sujet quand le prêtre reçoit une confession très particulière. Suite à ça, sa vie va se trouver bouleversée et il va commencer à envisager les choses sous un autre angle. Sans compter l’arrivée de sa fille après une tentative de suite qui va venir perturber ses habitudes. Difficile je trouve de parler de ce film. Impossible de parler du scénario sans en dévoiler le ressort essentiel, ce qui serait un peu dommage. La trame est très simple et tout tient sur la psychologie des personnages qui est particulièrement réussie. Si certains portraits peuvent sembler caricaturaux, j’ai trouvé qu’ils fonctionnaient à merveille, amenant souvent une touche d’humour à cet univers très sombre.

517168.jpg-r_640_600-b_1_D6D6D6-f_jpg-q_x-xxyxx           Calvary, c’est ce genre de film où il ne se passe rien et beaucoup de choses à la fois. L’intérêt du film tient surtout dans l’évolution du personnage. Un homme à la personnalité complexe qui est partagé entre ses ouailles dont il semble proche, et sa (grande) fille, qu’il délaisse. Il va peu à peu être amené à se poser des questions sur le pardon. Le doute est au centre de cette histoire poignante. Je n’ai pas toujours trouvé les cadrages très convaincants mais le récit est filmé de manière très frontale, sans concession, ce qui lui donne une certaine rudesse qui contribue à sa force. L’interprétation de Brendan Gleeson est magistrale et le reste du casting tient également bien la route. Le résultat est un genre de thriller intimiste sur fond de religion. Vraiment surprenant. Si dans l’ensemble le film est assez lent, la fin est à la hauteur du début, ce qui n’est pas peu dire. Un film dur et austère qui n’est pas dénué d’une certaine beauté.