A l’heure où les expositions ferment leurs portes les unes après les autres pour la période estivale et que les théâtres prennent pour la plupart le même chemin, il est temps de profiter des plaisirs éphémères qu’offre la capitale en été.
– Cinéma : Cette semaine se tient le festival Paris Cinéma. Des films anciens aux avant-premières, le choix est vaste et les tarifs très attractifs. Vous avez jusqu’au 12 juillet pour en profiter (comment ça j’aurais pu vous en parler avant ?).
– Théâtre : Le 14 juillet, la Comédie Française propose à 14h une représentation gratuite et sans réservation de Lucrèce Borgia. Je n’ai pas encore eu l’occasion de vous en parler mais la pièce mérite le détour et ça me donne presque envie d’en profiter pour la revoir ! Je n’ai qu’un conseil : sautez sur l’occasion.
– Expos : De nombreuses expositions ferment leurs portes dans les prochains jours, notamment celle sur Robert Mapplethorpe au Grand Palais, le 13 juillet. Les grands rendez-vous de la rentrée étant encore loin, faites le plein d’art pour tenir tout l’été. Pour le récapitulatif des expos du moment, c’est par-là.
– Danse : Comme chaque année, le théâtre du Châtelet propose « Les étés de la danse », un rendez-vous incontournable pour les amateurs de la discipline. Ca commence demain, avec 18 représentations jusqu’au 26 juillet. Programme et réservations ici.
– Loisirs : La fête des Tuileries a rouvert ses portes le 28 juin dernier et accueillera les petits et les grands jusqu’au 24 août. Des attractions pour tous les goûts en plein cœur de Paris !
Bartabas, le maître du spectacle équestre, s’allie à Andrés Marín, danseur de flamenco talentueux, pour sa nouvelle création. Ils choisissent les œuvres liturgiques du XVI° s. de Tomás Luis de Victoria pour les accompagner. « A la recherche d’une musique silencieuse », une performance qui promet de sortir des sentiers battus.
Je dois avouer qu’en arrivant au Théâtre du Rond Point, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je n’avais jamais eu l’occasion de voir de mises en scènes de Bartabas jusque-là et je sais que c’est souvent à la fois très particulier et spectaculaire. Et en effet, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a un univers à part ! Le rideau se lève sur une scène très obscure, éclairée par des chandeliers. Arrivent ensuite sur des chants liturgiques, Bartabas à cheval et Andrés Marín mains liées, dans une scène qui évoque clairement l’Inquisition. En scène, tour à tour, un danseur, un cavalier, un acteur, un chanteur et deux musiciens. Quatre chevaux et un âne sont aussi de la partie pour ce spectacle vraiment à part.
Beaucoup de choses surprennent dans cette mise en scène très forte et hors du temps. Du sable recouvre la scène, étouffant le bruit des pas du danseur. Je ne pensais pas que cela serait si perturbant, pourtant, ça change totalement la perception que l’on peut avoir du rythme et du mouvement tant on associe le flamenco à ses pas qui résonnent. Si le cheval est très présent, on n’est pas réellement dans la performance équestre, la faute sans nul doute au manque de place. Toutefois, il y a beaucoup de grâce et de légèreté dans le travail de Bartabas avec ses chevaux qui m’a donné envie – si besoin était – de voir ses créations plus étoffées. Quant à la musique, bien que je ne sois pas du tout adepte des chants liturgiques, je l’ai trouvée tout bonnement splendide, et elle m’a donné plus d’un frisson. Un des moments que j’ai préféré, c’est quand le danseur et le cheval semblent danser ensemble au son de la musique : tout simplement splendide !
Du côté du fil conducteur du spectacle, c’est un peu plus confus… On est clairement dans un univers religieux, dur et sombre, qui rappelle sans nul doute l’Inquisition. Toutefois, certaines références restent pour le moins obscures et on est souvent déroutés par l’esthétique de la mise en scène. J’ai souvent été sur le point de décrocher, trouvant cela extrêmement déroutant, l’étrange frôlant parfois le ridicule. Pourtant, si étroite soit la limite, elle n’est jamais franchie, et si on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe sur scène, la fascination l’emporte. Il faut lâcher prise pour parvenir à apprécier pleinement ce spectacle hors normes, accepter de se laisser porter par l’étrange mélodie mise en place pour entre dans cet univers aussi beau qu’effrayant. Il est extrêmement difficile de parler de cette performance, tant elle sort de l’ordinaire et nous pousse à sortir de notre zone. Un spectacle déroutant, dont le sens échappe parfois et dont la beauté fascine. Une expérience mystique que je ne suis pas prête d’oublier.
Pour Paris, c’est fini mais vous pouvez retrouver ce spectacle si particulier à travers la France durant les prochains mois. Vous trouverez les dates ici. C’est un détail mais j’ai particulièrement apprécié que les machinistes et palefreniers soient invités à venir saluer sur scène à la fin du spectacle. C’est suffisamment rare pour être souligné. Je ne vous promets pas que vous aimerez, mais vous resterez pas indifférents ! A voir.
Cendrillon, le célèbre conte de fée, repris par le ballet. Une mise en scène très moderne de Thierry Malandain avec le Malandain Ballet Biarritzsur une musique de Sergueï Prokofiev. L’occasion de découvrir ce grand classique sous un jour différent.
Je vois peu de danse et n’y connais pas grand chose mais j’aime généralement bien ce type de spectacle, j’ai donc décidé il y a peu de prendre des places pour plusieurs spectacles (et même un abonnement pour la saison de ballet à l’Opéra l’année prochaine). Après le L.A.Dance Project au Théâtre du Châtelet, je suis donc allée voir Cendrillon à Chaillot. Les quelques images que j’avais vues du décor me faisaient vraiment envie : des chaussures accrochées sur les murs, simple et efficace. De plus, la musique est de Prokofiev, l’un de mes compositeurs préférés, juste après Schumann ; la quasi assurance que j’allais apprécier. En arrivant à Chaillot, j’ai eu la grande joie de constater que j’étais extrêmement bien placée, au milieu du premier rang. Toutes les places du théâtre sont au même prix et même si la visibilité est bonne de l’ensemble des places, ça vaut le coup d’être attentif au placement lors de la réservation. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que je profite pleinement du spectacle.
J’ai vraiment adoré ce spectacle ! C’est beau, original et plein d’humour. La grosse surprise vient du fait que la belle-mère et les deux sœurs sont jouées par des hommes travestis. Je suis assez difficile en matière de plaisanteries mais j’avoue que là, c’est assez fin et chacune de leurs apparitions m’a fait sourire. De plus, cette manière d’appréhender l’histoire lui donne une toute autre dimension. Pour le reste, heureusement que tout le monde connaît l’histoire car il me semble à peu près impossible de la comprendre sans ça. Mais bon, il y a Cendrillon, la marâtre, les horribles sœurs, la marraine, le prince, l’essentiel quoi ! Simplement, mis à part quelques scènes phare, il faut avouer que ce n’est pas facile de rendre l’histoire intelligible sans paroles ni effets spéciaux, entre les petits oiseaux, les souris, la citrouille et le reste, il manque forcément quelques éléments importants.
Ce petit détail sur la difficulté de rendre les détails de l’histoire mis à part (de toute façon, on la connaît par cœur), ce ballet est magnifique. Les costumes aussi sont un peu simple peut-être, il n’y a que peu de différences entre la robe de souillon de Cendrillon et celle de bal, mais ça contribue à dépoussiérer aussi le ballet. Il y a un bel équilibre entre les solos des personnages principaux et les chorégraphies de groupe. J’ai évidemment beaucoup aimé les scènes où apparaissent la marâtre et les deux sœurs mais j’ai aussi – entre autres – beaucoup aimé la scène du bal qui est inventive et pleine de poésie. Détail futile mais qui ne gâche rien, le prince a des fesses incroyables, je veux le même ! – et vu comme j’étais près, j’ai largement pu profiter de la splendide vue sur ces corps très très musclés. Pour résumer, j’ai tout aimé dans ce spectacle très bien chorégraphié, original, drôle, poétique… Et bien sûr la magnifique musique de Prokofiev pour souligner le tout. Un pur bonheur !
Vacillements, chutes, apparitions et disparitions des corps se conjuguent sur les notes de L’art de la fugue de Jean Sébastien Bach. Un couple se cherche dans un décor en constant mouvement. Un jeu de déconstruction qui se joue à deux, grave et léger à la fois.
C’était la première fois que j’allais au Centquatre et je dois dire que j’ai été très séduite par le lieu. Il faudra que j’y retourne en journée pour profiter de la librairie et des cafés qui m’ont semblé très agréables. Je dois avouer que je ne savais pas grand chose sur ce spectacle avant d’aller le voir, simplement qu’il s’agissait de cirque. Je n’avais pas fait le lien entre le titre et L’art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, pièce que j’apprécie particulièrement et que j’aurais adoré savoir jouer. Quand j’ai vu un piano sur la scène j’ai été absolument ravie ! La pianiste arrive sur scène en premier et commence à jouer L’art de la fugue donc. J’ai trouvé cela terriblement émouvant, j’en ai eu des frissons tellement c’était beau ! Ensuite, une jeune femme entre en scène. Pour seul décor, un immense cube en bois dans lequel elle ouvre une fenêtre. Un homme la rejoindra ensuite et on les verra tous deux autour d’une table dans une scène du quotidien à laquelle ils donnent beaucoup de poésie.
Le décor se déconstruit et évolue au fil du spectacle. J’ai beaucoup aimé sa simplicité apparente et son incroyable inventivité. Sur scène, les deux interprètes se cherchent sans jamais sembler arriver à se rejoindre dans un joli jeu de poursuite et de fuite qui semble ne jamais devoir finir. L’histoire d’un couple avec ses difficultés comme ses moments de tendresse. Il y a un jeu très intéressant avec le décor et un trampoline qui se cache à l’intérieur. C’est plein de légèreté et les acrobaties semblent naturelles tant elles sont exécutées avec aisance. La mise en scène joue beaucoup sur les répétitions et j’ai trouvé qu’on frôlait parfois l’ennui sans pour autant jamais tomber dedans. Plus on avance dans le spectacle et plus l’histoire se dessine et fascine. La mise en scène est très belle avec un jeu de lumières extrêmement intéressant mais également un certain humour. Un spectacle entre cirque et danse assez fascinant : c’est tendre et poétique, c’est à voir.
La troupe cubaine de Ballet Revolucion mélange les styles entre la grâce du ballet, la sensualité des danses latines et l’énergie des mouvements contemporains. Un show unique sur des musiques actuelles revisitées qui a déjà fait le tour du monde.
J’ai gagné deux places pour assister à ce spectacle grâce à Luzycalor que je remercie. Ca tombait à pic puisque justement, ce spectacle me tentait beaucoup et seul les tarifs me faisaient hésiter (comme souvent à Paris…). J’ai finalement bien fait d’attendre, jamais je n’aurais été aussi bien placée si j’avais pris les places moi-même : dans une loge tout devant, avec super vue sur la scène, l’idéal pour bien profiter du spectacle ! Autant vous dire que j’étais tout excitée à cette idée ! Une seule chose m’inquiétait un peu malgré toutes les critiques très positives que j’avais entendues, le mélange du ballet et du contemporain me laissait perplexe et je n’étais pas sure d’apprécier les musiques. Usher, Rihanna ou David Guetta ne sont en effet pas ma tasse de thé et je voyais mal ce que ça pouvait donner avec de la danse classique…
Mes craintes se sont vite envolées tant ce qui se déroule sur scène est fascinant ! Les tableaux sont vraiment magnifiques, même si dans la première partie il y a peut-être quelques longueurs. La musique, jouée par un orchestre sur scène, passe finalement très bien et le mélange de danse classique et contemporaine avec quelques accents de danses latines est aussi original que réussi. D’un morceau à l’autre, les univers sont très différents et j’ai beaucoup aimé cette variété. Dans ce type de spectacle, j’apprécie particulièrement les tableaux dans lesquels les danseurs sont très nombreux sur scène ; même si les solos sont nécessaires pour laisser la place aux figures les plus techniques, j’ai tendance à trouver que l’harmonie laisse une impression plus forte par l’énergie dégagée. L’équilibre entre le performance individuelle et collective est ici extrêmement bien dosée, ce qui est assez rare. Je n’ai vraiment rien à redire à ce spectacle tout y est impeccable, jusqu’à la plastique parfaite des danseurs qui vend du rêve à elle seule. Je n’hésiterai pas à prendre des places si la troupe repasse sur Paris. J’ai passé une excellente soirée avec ce Ballet Revolucion plein d’énergie et d’inventivité.Magnifique.