Cinéma

Le passé

Drame français d’Asghar Farhadi avec Bérénice Bejo, Tahar Rahim, Ali Mosaffa

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          Ahmad et Marie sont séparés depuis quatre ans quand il arrive à Paris depuis Téhéran pour signer les papiers du divorce. Lors de son séjour, il découvre que Marie et sa fille ont des relations conflictuelles depuis qu’elle a rencontré quelqu’un. Des tensions qui cachent un secret trop lourd pour ses épaules d’adolescente.

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          J’aime assez le cinéma d’Asghar Farhadi, bien que je ne sois pas non plus une inconditionnelle de son oeuvre, trop intimiste à mon goût. Toutefois, j’ai toujours apprécié le côté engagé de ses films et leur sobriété. Il quitte ici sa terre iranienne pour tourner en France, un changement de décor qui n’est pas sans conséquences sur la manière de traiter le sujet même si on reconnaît sans peine ici le style du cinéaste. En effet, l’histoire construite autour d’un couple qui se sépare et d’un secret qui divise la famille, n’est pas sans rappeler Une séparationToutefois, le contexte social n’étant pas le même, le résultat est assez différent. Etant donné que l’histoire se passe en France, l’aspect politique présent dans les films précédents disparaît ici. C’est bien dommage puisque c’est justement la partie du cinéma d’Asghar Farhadi que je préfère.

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          Reste le drame familial, la réflexion sur le secret, ce que le réalisateur maîtrise particulièrement. J’ai trouvé que l’intrigue aurait mérité d’être encore épurée. Il y a moults tours et détours qui n’amènent pas grand chose, c’est un peu dommage. La toute fin m’a également un peu gênée, une dernière scène qui n’est pas tout à fait au niveau de ce qui précède. Cela mis à part, le film est impeccable. Les acteurs sont excellents (Bérénice Béjo a d’ailleurs vu sa prestation récompensée à Cannes) et il y a de très belles images. J’aime la sobriété avec laquelle c’est filmé. Pourtant, si je ne peux que reconnaître les qualités de ce film et si je l’ai apprécié, je n’ai pas non plus adoré. Ce n’est pas le genre de cinéma qui me parle, n’ayant que peu de goût pour les drames familiaux. Moi qui déteste les engueulades au cinéma, certaines scènes m’ont mise au supplice ! Malgré quelques maladresses, un très bon film, surtout tenu par un très bon jeu d’acteurs et une mise en scène efficace.

Cinéma

Mud – Sur les rives du Mississippi

Drame américain de Jeff Nichols avec Matthew McConaughey, Tye Sheridan, Jacob Lofland

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          Ellis et Neckbone sont deux adolescents qui écument les rives du Mississippi. Un jour, ils découvrent lors de l’une de leurs escapes un fugitif caché sur une île au milieu du fleuve. Cet homme, c’est Mud, aussi étrange que fascinant. Ils vont décider de l’aider à retrouver la femme qu’il aime et à s’enfuir avec elle.

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          J’aime beaucoup ce genre de films, à la fois film d’initiation et hommage à la nature, dans la lignée de classiques de la littérature américaine comme Huckleberry Finn ou Tom Sawyer. Et puis Matthew McConaughey est un acteur aux choix parfois discutables mais qui est aussi capable du meilleur, j’avais donc très envie de le revoir dans un rôle intéressant. Je me suis donc précipité dans les salles dès la sortie de ce film( avant de mettre deux bonnes semaines à vous en parler…). Bizarrement, je ne sais pas trop que dire de ce film que j’ai aimé et qui m’a pourtant un peu laissée sur ma faim, qui correspondait à mes attentes et m’a pourtant surprise. Etranges contradictions.

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          Sur l’aspect nature, les paysages du Mississippi, cette vie un peu hors du temps, je dirais que le film est une vraie réussite et va même plus loin que ce que j’attendais. L’aspect initiatique est également très bien traité, avec ses deux adolescents qui passent en l’espace de quelques jours d’une enfance protégée et un rien idyllique aux dures réalités de l’âge adulte. C’est fait avec beaucoup de subtilité et on échappe aux clichés et aux réflexions moralisatrices qui accompagnent généralement ce type de sujet. Pourquoi mon étonnement alors si les deux aspects majeurs du film ont plus que comblé mes attentes ?

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          Le personnage de Mud m’a déroutée. Je le pensais extravagant, finalement, pas tant que ça. C’est surtout un ado coincé dans un corps d’adulte, un gars un peu paumé qui n’a pas les deux pieds dans la réalité. Je m’attendais à des situations cocasses, à quelque chose de drôle et léger, mais la réflexion qui se construit autour de Mud est bien plus grave qu’il n’y paraît. Le personnage est attachant, plein de contradictions mais m’a mise vaguement mal à l’aise. Une de ces personnalités au charme déroutant mais dont l’assurance n’est qu’une façade qui cache quelque chose proche des sables mouvants, tant tout semble instable en eux. Matthew McConaughey est brillant dans ce rôle.

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          Le rythme du film m’a également surprise, bien plus lent que ce à quoi je m’attendais. Il prend le temps de poser les choses, et est finalement assez contemplatif. C’est sans doute ce qui m’a un peu frustrée, pourtant, il faut reconnaître que c’est aussi ce qui lui permet d’atteindre une certaine profondeur. Je ne m’attendais pas non plus au suspens qui se crée peu à peu autour de cette chasse à l’homme et qui se rapprocherait presque parfois du polar. Un film multiple, qui mêle les genres de manière inattendue et intelligente. Il faudrait pouvoir aller voir ce film sans a priori, sans savoir ce qu’on va y trouver, pour en apprécier pleinement toute la force. Un film qui ne fait pas de bruit mais nous livre l’air de rien quelques belles réflexions sur la vie et marque sans doute plus durablement qu’il n’y paraît.

Cinéma

La Sirga

Drame colombien de William Vega avec Joghis Seudin Arias, Julio César Roble, Floralba Achicanoy

          La famille d’Alicia a été massacré. Elle fuit a se réfugie chez son oncle, à la Sirga. Elle tente de se reconstruire en aidant son oncle à arranger sa maison pour en faire une auberge qui pourra accueillir des touristes. Le retour de Freddy, son cousin, va raviver ses craintes.

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          J’aime généralement beaucoup le cinéma d’Amérique latine et les critiques sur ce film étaient excellentes, je me suis donc précipitée dans le premier cinéma dès sa sortie. J’ai vite déchanté… On est face à un cinéma lent, lent, leeeeent, trèèèès lent… Dès le premier plan j’ai senti que ça allait être compliqué. Chaque plan est interminable. Et silencieux. On n’est pas loin du film muet. La musique en moins. Cela ne me gêne pas toujours beaucoup mais l’ambiance chargée se prête assez peu à la contemplation. Le contexte est très lourd, entre trafic d’armes et massacres de la population. Toutefois, bien que l’histoire soit intimement liée à cette extrême violence, elle n’est qu’esquissée : un cadavre accroché à un poteau, une crosse de fusil, et c’est tout.

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          La suggestion a parfois du bon mais j’avoue que là c’est vraiment trop subtil à mon goût. J’aurais aimé en voir plus, en savoir plus, en entendre plus. Bref, me faire une idée un peu plus précise d’où je suis et ce qu’il s’y passe. Je n’ai jamais accroché franchement à cette histoire qui est pourtant forte mais exposée de manière trop timide pour qu’on parvienne à y prendre prise. Un dépouillement qui frôle l’ennui. J’ai un peu de mal à comprendre ce que la critique a bien pu trouvé de génial à ce film, certes esthétique mais qui manque d’engagement. C’est dommage, cette Colombie dure et aride est loin des clichés et c’est un plaisir de la découvrir un peu à travers ces images. On aurait aimé un cinéma qui s’affirme plus, à trop faire dans la subtilité, le message est noyé et le spectateur quelques peu perdu.

Cinéma

No

Drame historique américano-chilien de Pablo Lorrain avec Gael García Bernal, Antonia Zegers, Alfredo Castro

          En 1988, au Chili, Augusto Pinochet est contraint par la pression internationale à organiser un référendum sur sa présidence. Les dirigeants de l’oppositions confient leur campagne à un jeune publicitaire, René Saavedra. Avec peu de moyens mais beaucoup d’idées, il va essayer de faire tomber la dictature qui étouffe le pays.

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          Ce film me tentait énormément. J’aime le cinéma sud-américain, j’aime les sujets politiques et le petit plus : j’aime Gael Garcia Bernal. Et puis je trouvais intéressant que la dictature soit vue à travers la campagne de l’opposition, ce qui permet de ne pas traiter le sujet de front et de lui donner un peu de légèreté. Trêve de suspens inutile : je n’ai pas été déçue ! Le début est un peu surprenant. L’histoire semble filmée avec une technique et un matériel des années 80 : une lumière un peu jaune, une image saturée, des contre-jour assez inesthétiques… Je dois admettre que ça m’a un peu déroutée, voire franchement gênée. Je sais que le rétro peut avoir son charme mais je lui aurai préféré une réalisation un peu plus sobre. Ceci dit, je me suis peu à peu laissée prendre par l’histoire, et l’impression d’être dans une vieille série du début des années 90 a fini par s’estomper.

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          L’histoire est évidemment passionnante ! Un jeune publicitaire qui doit se creuser les méninges pour déloger un dictateur de sa place, il y a de quoi dire ! Le film est vraiment axé sur la campagne publicitaire et le côté très « marketing » de cette campagne pour le référendum. J’ai trouvé très intéressant cette manière de mettre en avant les ficelles de la communication. En effet, la campagne pour le nom est dirigée par quelqu’un qui au fond n’a pas de convictions politiques bien ancrées et veut surtout prouver son talent en temps que publicitaire. Il mise tout sur des spots dignes d’une publicité pour Coca-Cola. Une méthode qui a de quoi surprendre et que j’ai aimée voir décortiquée. Sans compter que ça donne au film un côté très frais. Une façon d’aborder l’histoire que j’ai trouvé très maline.

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          Mais la force de ce film est aussi sa faiblesse : en misant tout sur l’aspect publicitaire, certes très intéressant, la politique passe finalement au second plan. C’est peut-être un peu dommage. Certes, tout est esquissé et on devine sans peine le contexte et les enjeux, mais ça aurait sans doute mérité d’être mis un peu plus en avant, ça aurait sans doute permis de donner au film un peu plus de profondeur. Les acteurs sont convaincants et le film est très agréable à regarder. Un bon film qui a le mérite de traiter cette période d’une manière radicalement différente de ce que j’avais déjà pu voir. Dommage que l’aspect politique soit un peu mis en sourdine mais l’ensemble reste original et très agréable à regarder, un joli film, empreint d’humour et de bonne humeur. 

Cinéma

Promised Land

Drame américain de Gus Van Sant avec Matt Damon, Rosemarie DeWitt, Frances McDormand

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          Steve est représentant dans un groupe énergétique qui exploite le gaz de schiste. Quand il se rend avec Sue, sa coéquipière, dans une petite ville ravagée par la crise afin de convaincre la population d’accepter les forages, il pense que la partie sera facile. Pourtant, quand un professeur se dresse contre le projet et la source de profit qu’il représente, les choses vont quelque peu se compliquer.

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          Gus Van Sant, Matt Damon et un sujet qui traite d’écologie, un film qui avait tout pour me plaire ! J’ai toujours eu un faible pour les films engagés et celui-ci me tentait tout particulièrement. J’ai trouvé la manière dont le sujet était traité très intéressant. Les films américains ont une fâcheuse tendance au manichéisme, il n’en est rien ici. La vraie bonne idée du film, c’est son personnage principal, convaincu du bien fondé de son action. En effet, pour lui le gaz de schiste est avant tout une formidable source de revenu en temps de crise : intègre et un rien naïf, il n’imagine pas que sa société puisse cacher les conséquences écologiques de ces forages par appât du gain. Il n’y a donc pas vraiment de « gentils » et de « méchants » dans cette histoire ; simplement des hommes un peu perdus dans un monde qui les dépasse, et qui doivent faire face à des choix difficiles.

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          Ce film n’est sans doute pas un chef-d’oeuvre. Il n’est pas de ceux qui transportent ou qui dérangent. Un film simple, sans grande prétention, mais efficace. J’ai beaucoup apprécié cette sobriété qui manque si souvent au cinéma américain. Un film qui n’en fait pas trop : une bonne histoire, d’excellents acteurs et une image de toute beauté ; des qualités qui se suffisent à elles-mêmes, nul besoin d’en rajouter. L’humanité des personnages, leurs doutes, leur incompréhension ou leur colère, mettent en avant les problèmes que soulève l’exploitation du gaz de schiste sans tomber dans l’exposé écologique ou la surenchère de bons sentiments. Des qualités tout à fait louables et qui fonctionnent parfaitement. Un film qui, s’il n’est pas particulièrement brillant, est un plaisir de bout en bout. Une réalisation soignée, simple et de bon goût comme on en voit trop peu et qui sert sa cause plus efficacement qui n’importe quel pamphlet.