Cinéma·Divers

Genius, à la rencontre de Thomas Wolfe

Biopic, drame britannico-américain de Michael Grandage avec Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman
Écrivain à la personnalité hors du commun, Thomas Wolfe est révélé par le grand éditeur Maxwell Perkins, qui a découvert F. Scott Fitzgerald et Ernest Hemingway. Wolfe ne tarde pas à connaître la célébrité, séduisant les critiques grâce à son talent littéraire fulgurant.
Malgré leurs différences, l’auteur et son éditeur nouent une amitié profonde, complexe et tendre, qui marquera leur vie à jamais.

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Vous l’aurez remarqué, je vais très peu au cinéma depuis le début de l’année. Trop peu. Bien trop peu. Je comptais y remédier mais ça n’en prend pour le moment pas du tout le chemin. Bref, je manque à tous mes devoirs. J’ai quand même réussi à trouver la motivation pour aller voir Genius, qui n’était pourtant pas spécialement prioritaire sur ma liste de films à voir (loin s’en faut). Mais bon, vous savez ce que c’est, j’ai fait des études d’édition, dès que le sujet vient sur le tapis, la curiosité l’emporte ! Je ne savais pas grand chose de ce film avant d’aller le voir, si ce n’est qu’il concernait Thomas Wolfe et son éditeur, écrivain de je n’ai par ailleurs rien lu et qui me semblait assez obscur (sur ce point, je n’avais peut-être pas tort). Autant dire que c’était bien maigre comme informations.

Genius, Jude Law

J’ai été assez surprise de constater que le casting était aux petits oignons : Colin Firth, Jude Law, Nicole Kidman… Quitte à paraître ridicule, je me suis même dit que c’était un peu trop impeccable comme casting, ça sentait presque l’embrouille cette histoire. Kidman est un peu jeune pour le rôle (l’amante de Wolfe est censée être bien plus âgée que lui, ce qui en l’occurrence ne saute pas du tout aux yeux), pour le reste je dois admettre avoir été agréablement surprise. J’avais peur que Jude Law soit un peu fade pour incarner un tel personnage mais j’ai été étonnée de constater qu’il faisait un génie au bord de la folie diablement convaincant ! Quant à Colin Firth, le rôle de cet éditeur paternaliste lui va à merveille. Beau casting donc. C’est d’ailleurs un des points forts de ce film dont je n’attendais pas grand chose.

Genius, Colin Firth

Pour le reste, ça demeure classique. Un biopic assez sage et sans grande surprise. La photo est très soignée avec quelque plans magnifiques, pour qui aime les ambiances très marquées tout du moins (le côté sépia virerait presque ridicule tant il est forcé). L’esthétique, même si elle reste convenue, n’en est pas moins le deuxième gros point fort du film. Malheureusement, ce que certains plans apportent en esthétique, ils l’ôtent en fluidité, la mise en scène aurait mérité d’être un peu plus inspirée, à la hauteur de la folie de son personnage. La musique est quant à elle un peu pesante par moments mais s’avère assez variée pour éviter de trop long moments de malaise. Malgré tout, l’histoire est intéressante – quand on s’intéresse à l’édition du moins – et j’ai trouvé les textes de Wolfe admirablement mis en valeur. Ca m’a donné envie de les lire en version bilingue, moi qui suis nulle en anglais ! La question de la place de l’éditeur dans le processus créatif est évoquée mais aurait sans doute mérité d’être plus centrale. Finalement, malgré un joli casting et quelques très beaux plans, un film un trop convenu pour convaincre vraiment. 

Cinéma·Mes lectures·Série tv

Histoires de famille

Ah la famille ! Elle doit être après l’amour le sujet le plus couru des écrivains et cinéastes. Source d’inspiration inépuisable, pour le meilleur ou pour le pire. De l’amour à la haine, voici quelques histoires de famille dont je me suis délectée ces dernières semaines (voire ces derniers mois vu le retard dans mes chroniques) en films, livres ou séries, il y en a pour tous les goûts.

Béliers, de Grímur Hákonarson

Comédie dramatique islandaise avec Sigurður Sigurjónsson, Theodór Júlíusson, Charlotte Bøving
Dans une vallée isolée d’Islande, deux frères qui ne se parlent plus depuis quarante ans vont devoir s’unir pour sauver ce qu’ils ont de plus précieux : leurs béliers.

BéliersDepuis quelques années déjà, je suis fascinée par l’Islande, ses paysages grandioses et son folklore à part. Et plus j’en apprends, pire c’est, il va falloir que je finisse par y aller. En attendant, j’essaie de m’intéresser un peu à la littérature et au cinéma du pays, même si jusqu’à présent les occasions n’ont pas été aussi fréquentes que je l’aurais souhaité. Il y a deux ans, j’étais tombée sous le charme de l’excellent La lettre à Helga. Quand j’ai entendu parler de ce film, j’espérais vraiment y retrouver le même univers avec la campagne islandaise, ses moutons et ses querelles intestines. Ca a plus ou moins été le cas. Je m’attendais à plus accrocher avec le paysage qui est ici assez terne. Pour le reste : deux frères qui ne se parlent plus et des histoires de moutons, c’est tout à fait ce qui était attendu. Il y a une certaine rudesse dans ce film très sobre. Elle tient sans doute tant au climat qu’au caractère de ses protagonistes. Pourtant, il est également loin d’être dénué de poésie, ni même d’humour. J’ai beaucoup aimé découvrir le quotidien assez atypique de ces deux éleveurs de moutons et j’ai trouvé que leur relation difficile sonnait très juste. Un film sensible et rude à la fois qui mérite d’être découvert.

Tempête, de Samuel Coollardey

Drame français avec Dominique Leborne, Matteo Leborne, Mailys Leborne
A 36 ans, Dom est marin pêcheur en haute mer et ne rentre que quelques jours par mois à terre. En dépit de ses longues absences, il a la garde de ses deux enfants. Dom fait tout pour être un père à la hauteur. Il rêve même d’avoir sa propre affaire, un petit bateau de pêche à la journée qu’il exploiterait avec son fils.

TempêteTempête, c’est mon énorme coup de cœur ciné de début 2016. A vrai dire, ce film ne me tentait pas du tout. Ni le sujet intimiste, ni le fait qu’il s’agisse d’acteurs amateurs ne m’inspirait confiance. J’y suis allée un peu par dépit, et beaucoup parce que le monsieur à la caisse me l’a vendu avec force enthousiasme. Je ne le remercierai jamais assez tellement j’ai trouvé ce film beau. Le réalisateur a travaillé pendant un an avec un pêcheur et ils ont réfléchi ensemble à comment raconter son histoire. Il joue son propre rôle, avec toute sa famille. C’est à la fois un peu mis en scène et très proche de la réalité, ni fiction ni documentaire, un hybride intriguant. Au début j’ai trouvé que c’était un peu lent mais je suis rentrée dans l’histoire petit à petit. Les galères s’enchaînent et on s’attache terriblement à cette famille en pleine tempête. Le marin est taillé pour être acteur : quel charisme ! Il porte le film à lui seul, même si les autres sont loin de démériter. L’émotion est palpable de bout en bout alors qu’ils rejouent des moments difficile de leur vie, leur donnant une autre mesure. C’est absolument magnifique, le genre de film à vous réconcilier avec un cinéma intimiste à petit budget.

Ma critique complète est à découvrir ici.

Saint-Amour, de Benoît Delépine et Gustave Kervern

Comédie dramatique franco-belge avec Gérard Depardieu, Benoît Poelvoorde, Vincent Lacoste
Tous les ans, Bruno fait la route des vins… sans quitter le salon de l’Agriculture ! Mais cette année, son père, Jean, venu y présenter son taureau champion Nabuchodonosor, décide sur un coup de tête de l’emmener faire une vraie route des vins afin de se rapprocher de lui.

Saint-AmourA l’opposé de Tempête, il y a Saint-Amour, un des pires films vus en 2016 (avec celui dont je vous parle dans la foulée). A vrai dire, je comptais absolument pas le voir. Malheureusement, tête en l’air que je suis je me suis trompée de salle en voulant aller voir Ave, César ! et m’en suis rendu compte trop tard pour corriger mon erreur. J’étais prête à faire un effort pour profiter un minimum du film malgré tout mais franchement, j’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans. Je me suis ennuyée à périr et j’ai à peu près tout trouvé mauvais dans ce film au casting pourtant assez imposant (un peu trop justement). J’ai trouvé ça d’une lourdeur ! L’humour n’a absolument pas fait mouche, je n’ai pas souri une seule fois, et j’ai encore moins été touchée par cette relation père-fils pas très subtile. Bon, il faut dire aussi que les vaches je connais un peu et que le côté « paysan dur et tendre à la fois » ne m’apparaît pas comme très exotique. C’est déjà pas mal quand ça ne sombre pas dans la caricature franchement insultante (ce qui est ici limite le cas). Les problèmes relationnels des uns et des autres m’ont tapé sur le système et l’arrivée de Céline Salette – que pourtant j’adore – n’a rien arrangé à l’affaire, l’histoire tournant alors au grand n’importe quoi. Bref, un des pires films qu’il m’ait été donné de voir dernièrement.

L’avenir, de Mia Hansen-Løve

Drame franco-allemand avec Isabelle Huppert, André Marcon, Roman Kolinka
Nathalie est professeur de philosophie dans un lycée parisien. Passionnée par son travail, elle aime par-dessus tout transmettre son goût de la pensée. Mariée, deux enfants, elle partage sa vie entre sa famille, ses anciens élèves et sa mère, très possessive. Un jour, son mari lui annonce qu’il part vivre avec une autre femme.

L'avenirTant qu’on en est aux ratés cinématographiques, parlons donc de L’avenir, film encensé par la critique et qui m’a agacée à un point assez extraordinaire. Dès les premières minutes j’ai senti qu’il y avait bien peu de chances que j’accroche avec cette histoire intello bien pensante. J’aime beaucoup Isabelle Huppert mais je l’avais rarement trouvée aussi maniérée. Je crois qu’il va me falloir un certain temps avant d’arriver à apprécier de nouveau ses performances d’actrice. Le sujet ne m’a pas intéressée le moins du monde. Deux profs de philo, à l’approche de la retraite et qui ont l’air de s’emmerder sérieusement. Bon, bon, bon, voilà quoi, c’est pas qu’on s’en fout mais… ah ben si, c’est exactement ça en fait ! Il la trompe, elle craque pour un jeunot qui a décidé d’aller faire du fromage de chèvre dans un trou paumé, ça aligne cliché sur cliché avec un aplomb déconcertant, rien ne nous est épargné. Visuellement, j’ai trouvé ça plat et sans grand intérêt. Je ne garde aucun souvenir de la musique, à part me semble-t-il un peu de classique par-ci par-là. C’est pompeux et le discours des personnages est absolument imbuvable. Ca pue la pédanterie de l’intello bourgeois parisien. De la même réalisatrice, j’avais détesté Un amour de jeunesse et j’ai retrouvé exactement les mêmes défauts. Des personnages antipathiques, une histoire convenue, un immense moment d’ennui et d’exaspération.

D’autres vies que la mienne, Emmanuel Carrère

À quelques mois d’intervalle, la vie m’a rendu témoin des deux événements qui me font le plus peur au monde : la mort d’un enfant pour ses parents, celle d’une jeune femme pour ses enfants et son mari.
Quelqu’un m’a dit alors : tu es écrivain, pourquoi n’écris-tu pas notre histoire ?

D'autres vies que la mienneJe n’avais jusque-là lu qu’un seul livre d’Emmanuel Carrère (Limonov) que j’avais beaucoup apprécié, j’avais donc hâte d’entamer celui-ci. Malheureusement j’ai été assez déçue. J’ai beaucoup aimé le début, la partie qui se passe en Thaïlande suite au tsunami. J’ai trouvé que ça posait des questions intéressantes et que l’effort d’honnêteté était des plus louables. Dommage que ça ne continue pas sur cette lancée. La partie plus axée sur la famille, beaucoup plus intime, m’a profondément ennuyée. Malheureusement elle représente la quasi-totalité du livre. Ce sont souvent des sujets qui m’inspirent assez peu et ça n’a pas vraiment fait exception à la règle. Même le style m’a moins emballée que ce que j’aurais cru. C’est très bien écrit pourtant mais j’y ai trouvé une certaine froideur qui m’a surprise étant donné le sujet (question d’éducation en l’occurrence je pense). Finalement mon intérêt s’est émoussé au fil de la lecture. J’ai trouvé que ce texte manquait d’unité, tant dans le style que dans le sujet du récit. Il y a toutefois quelques moments de grâce au milieu de ce texte assez inégal. Malgré certaines qualités, une lecture très mitigée et plutôt décevante.

Il y a, dit-il, deux espèces d’hommes: ceux qui font souvent le rêve de tomber dans le vide et puis les autres. Les seconds ont été portés, et bien portés, ils vivent sur la terre ferme, s’y meuvent avec confiance. Les premiers au contraire souffriront toute leur vie de vertige et d’angoisse, du sentiment de ne pas exister réellement.

Pardonnable, impardonnable, Valérie Tong Cuong

Un après-midi d’été, alors qu’il se promène à vélo sur une route de campagne, Milo, douze ans, chute et se blesse grièvement.
Ses parents Céleste et Lino et sa grand-mère Jeanne se précipitent à son chevet. Très vite, chacun va chercher les raisons de l’accident. Ou plutôt le coupable.

Pardonnable impardonnableJe n’attendais pas grand chose de ce roman. Le titre ne m’inspirait pas outre mesure et je ne connaissais pas du tout l’auteur. Finalement, je m’y suis assez laissée prendre. Le style n’est pas exceptionnel mais il fait le boulot. C’est simple et plutôt efficace. Quant à l’histoire, bien que ce ne soit a priori pas trop mon genre (un peu trop intime à mon goût), j’ai pris beaucoup de plaisir à la découvrir. J’ai bien aimé l’alternance des points de vue et j’ai trouvé que les sentiments des uns et des autres étaient particulièrement bien décrits. On se retrouve forcément un peu dans au moins une de ces réactions très différentes face au drame qui touche cette famille. L’accident avec lequel commence cette histoire fait éclater cette famille en apparence sans histoires en faisant ressortir des secrets depuis longtemps enfouis. J’ai particulièrement apprécié la première partie, le moment où les tensions se nouent sans qu’on sache encore vraiment de quoi il retourne. La deuxième partie m’a moins emballée, ça va un peu loin je trouve et perd au passage en crédibilité. Heureusement, quand on arrive à ce moment-là de l’histoire, on est suffisamment curieux d’en savoir plus pour pardonner quelques imperfections. Sans être un grand roman, Pardonnable, impardonnable n’est pas dénué d’un certain charme.

J’ignorais, à l’époque, qu’il ne faut jamais accepter l’aide financière d’une mère fusionnelle : une fois le capital remboursé, les intérêts restent dus à vie.

Même les pêcheurs ont le mal de mer, Diane Peylin

Sur une île méditerranéenne, trois pêcheurs d’une même famille affrontent le passé, les regrets et le silence : Valente Orozco, le père, incapable de se remettre de la mort de sa femme Rocio, Rafa, le grand-père, inflexible avec Valente, et Salvi, le fils, qui a quitté l’île pour fuir un métier ingrat et une société patriarcale.

Même les pêcheurs ont le mal de merUne deuxième histoire de mer et de famille et là encore, un énorme coup de cœur. J’aimais beaucoup le titre de ce roman, pour le reste, j’étais moins sure de moi. J’ai de suite beaucoup accroché avec le style. Il y a un côté un peu rude et en même temps une grande sensibilité. Le récit commence par les doutes d’un jeune homme qui a quitté son île et qui à la mort de son grand père se voit assailli par les regrets. Assez vite, on sent poindre des secrets de famille bien cachés même s’il est difficile de mettre le doigt dessus. On découvre par la suite que le roman se divise en 3 parties (arrêtez de lire si vous voulez garder la surprise, même si ça n’a rien d’indispensable) : la seconde est consacrée au père et la dernière au grand-père (je ne compte pas la dernière, qui fait office d’épilogue). On se rend compte peu à peu que chacun a connu des moments de doutes et a eu une vie qui ne lui correspondait sans doute pas. Une famille de taiseux, qui se ressemblent plus qu’il y paraît et n’ont jamais su se parler. C’est beau, c’est très beau, dur aussi parfois, terriblement juste et émouvant. Un énorme coup de cœur.

J’avais du respect pour eux, pour leur travail éreintant, pour cette existence de misère, mais je ne voulais pas de cette vie-là.

Shameless

Série, comédie dramatique américaine avec William H. Macy, Emmy Rossum, Jeremy Allen White
La famille Gallagher est pour le moins tourmentée. La mère, Monica, a abandonné ses enfants pour refaire sa vie avec une femme. Le père, Frank est alcoolique et complètement paumé. Pendant ce temps, Fiona, l’aînée, élève à 20 ans ses 5 frères et sœurs.

ShamelessShameless est le remake américain d’une série anglaise du même nom. Je n’ai pas vu la version anglaise (qui paraît-il est meilleure mais que je n’ai pas encore eu l’occasion de voir) mais la version américaine me fait beaucoup rire. Sans parler d’une grande série, elle est pour le moins divertissante. Ca part dans tous les sens, parents, amis, voisins, tous ont des caractères très différents mais sont aussi ravagés les uns que les autres. On suit leurs très nombreux déboires avec une certaine délectation. Ca y va fort en rebondissements, et plus on avance dans les saisons, pire c’est ! Un joyeux bordel assez jouissif. Sexe, drogue et mauvais esprit à volonté. Du point de vue de la réalisation, rien de bien original, c’est assez classique. La bande son en revanche est assez réussie et donne pas mal de peps à l’ensemble. Le rythme est sans nul doute le point fort de cette série complètement déjantée. Les acteurs sont également très bien choisis. Si cette série ne sort pas du lot par sa profondeur ou son esthétique comme certaines de ses consœurs, elle fait le boulot et nous divertit depuis 6 saisons.

Spotless

Série, comédie, drame, thriller franco-britannique d’Ed McCardie et Corinne Marrinan avec Marc-André Grondin, Denis Ménochet, Miranda Raison
Jean est un français installé à Londres, père de famille, il a monté une entreprise de nettoyage de scènes de crime. Quand son frère Martin débarque chez lui, il ne l’a pas vu depuis des années. Il ramène les problèmes avec lui.

SpotlessPas toujours simple de composer avec sa famille… Spotless en est le parfait exemple. Si la famille n’est pas tout à fait au centre de l’histoire, elle est le cœur du problème. Un frère complètement paumé qui débarque, quelques mauvaises décisions et notre père de famille discret se retrouve plongé dans l’univers du crime organisé. C’est à la fois sombre, caustique et complètement délirant. Cette série franco-britannique a pour elle un sujet original même si le développement est parfois un peu convenu. Le rythme est inégal, alternant entre des rebondissements farfelus et des moments plus intimes qui permettent aux personnages d’acquérir une certaine épaisseur. Sans être une grande série, elle se défend toutefois. Le mélange des genres fonctionne, on se laisse prendre au jeu de cette histoire improbable et on finit même par s’attacher un peu à ces personnages assez particuliers. C’est noir, c’est glauque, c’est drôle, et malgré quelques faiblesses ça fonctionne au final plutôt bien.

Un peu d’humour… en série toujours

Les séries humoristiques sur la famille fleurissent en ce moment. Parmi elles, About a boy, Casual ou encore Catastrophe. Je leur trouve pas mal de points communs : format court et famille déstructurée pour commencer. Elles s’avèrent toutes trois plutôt sympathiques sans arriver à convaincre vraiment. Les intentions de départ sont bonnes mais ça manque un peu de verve. About aboy, c’est l’histoire d’une mère célibataire hippie qui aménage avec son petit garçon assez spécial à côté de chez un musicien oisif. Les personnages sont caricaturaux, pourtant ils sont étrangement attachants et on se prend à sourire à cette amitié improbable. Casual, c’est une mère de famille fraîchement divorcée qui débarque avec sa fille adolescente chez son frère qui a créé un site de rencontres. Le point de départ est plutôt prometteur, les personnages sont sympathiques mais c’est trop sage et ça tourne un peu en rond dès la saison 2. Une rencontre, du sexe et une grossesse non désirée pour Catastrophe. Ca reste malheureusement assez prévisible et retombe assez vite dans la famille « classique » bien que quelque peu névrosée. Trois séries qui jouent un peu sur la même corde de la famille atypique et dysfonctionnelle, avec un résultat plutôt mitigée.

Cinéma

Dans les forêts de Sibérie, le film

Film d’aventure français de Safy Nebbou avec Raphaël Personnaz et Evgueni Sidikhine

Pour assouvir un besoin de liberté, Teddy décide de partir loin du bruit du monde, et s’installe seul dans une cabane, sur les rives gelées du lac Baïkal.
Une nuit, perdu dans le blizzard, il est secouru par Aleksei, un Russe en cavale qui vit caché dans la forêt sibérienne depuis des années.
Entre ces deux hommes que tout oppose, l’amitié va naître aussi soudaine qu’essentielle.

Dans les forêts de Sibérie, affiche

          Dans les forêts de Sibérie est un livre de Sylvain Tesson que j’avais adoré. Il y raconte les 6 mois qu’il a passé dans une cabane en Sibérie, en plein hiver. Il ne s’y passe pas grand chose mais il parvient à nous faire voyager avec lui, à nous faire imaginer le froid e la solitude et partager ses pensées est loin d’être inintéressant. Pour ceux qui n’auraient pas encore lu mon article sur le sujet, vous pouvez le retrouver ici. Quand j’ai vu que ce livre que j’avais énormément aimé avait été adapté au cinéma, j’ai forcément eu envie d’aller voir de quoi il retournait. Je dois admettre que Raphael Personnaz dans le rôle de Sylvain Tesson me laissait un peu perplexe. Je trouvais qu’il manquait franchement de charisme (et surtout de carrure) pour jouer les baroudeurs. Finalement, il ne s’en sort pas si mal ! D’autant plus que l’histoire a été adaptée et que notre écrivain-voyageur s’est transformé en… impossible de me rappeler – un truc à la mode en lien avec les médias – en besoin de solitude, expliquant ainsi son côté résolument citadin.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          J’avoue que la performance de l’acteur principal est la bonne surprise de ce film. Je n’avais jamais remarqué que Raphaël Personnaz était beau, je l’avais jusque-là toujours trouvé un peu fade. Comme quoi, être seul au bord d’un lac gelé lui réussit plutôt bien. Même si je trouve que son apprentissage de la vie dans la nature est peut-être un peu rapide pour un citadin. Il patine sans peine 5h sur la glace (l’expérience du roller dans les rues parisiennes peut-être ?), fend du bois comme si c’était du beurre, ça aurait mérité un peu plus de sueur pour en arriver là. Mais bon, dans l’ensemble, ça se tient à peu près et le film ne pouvait pas non plus durer 4h. La rencontre avec un braconnier est elle aussi un peu improbable : un repris de justice qui se cache dans la taïga vient tout à coup faire un brin de causette avec un parfait inconnu. Mouais… M’enfin, là aussi, pourquoi pas, il faut bien qu’il y ait une histoire. Leur amitié est plutôt touchante. Je ne me rappelle pas les détails mais je crois que cette histoire vient (en partie du moins) d’un recueil de nouvelles de l’auteur.

Dans les forêts de Sibérie, image du film

          Si le film reste fidèle au livre dans les grandes lignes, avec le même univers et la même lenteur, il prend pas mal de liberté avec l’histoire sans pour autant la trahir. Ce que j’avais beaucoup aimé dans le livre de Sylvain Tesson, c’est avant tout les réflexions qu’il nous livre page après page. Une mine d’aphorismes en tous genres ! Sans compter un certain cynisme que j’apprécie particulièrement. On ne retrouve pas cet aspect-là dans le film qui nous a épargné une voix off incessante, trop indigeste ; si elle est présente, une grande place n’en est pas moins réservée au silence. Ca fonctionne tout à fait mais ça n’a bien sûr pas la même profondeur. Les paysages sont à couper le souffle, pourtant j’ai trouvé que le réalisateur filmait de manière assez brute, sans faire dans le côté carte postale. Côté musique, j’attendais beaucoup d’Ibrahim Malouff et j’ai été cruellement déçue. Une musique trop marquée et stéréotypée qui a mon sens tue un peu le film : vas-y que te mets un escadron de violons quand il faut être ému et tout le tralala. Raté quoi. Ce n’est pas non plus catastrophique mais c’est vrai que plus le film avançait, plus ça m’a dérangée. Dans l’ensemble, avec ses paysages grandioses et son interprétation assez convaincante, cette adaptation s’en tire tout à fait honorablement. Il manque un petit quelque chose pour en faire un grand film mais ce n’est quand même pas mal du tout.

Cinéma

Roschdy Zem réabilite le clown Chocolat

Drame, biopic français de Roschdy Zem avec Omar Sy, James Thiérrée, Thibault de Montalembert

Le clown Chocolat est devenu le premier artiste noir de la scène française grâce à son duo avec Footit qui le fera passer de l’anonymat à la gloire. Mais l’argent facile ne suffira peut-être pas à lui faire supporter le racisme ambiant.

Chocolat, affiche

          Je ne vous en avais pas parlé au moment de sa sortie (heureusement, j’ai un peu rattrapé depuis le scandaleux retard dans mes articles, il fait partie des derniers retardataires qui traînent encore dans mes brouillons…) et n’ai pas réussi à lui trouver des partenaires pour un article groupé, je profite donc de sa sortie en DVD – le 8 juin – pour vous donner mon avis sur ce film. Je dois avouer que j’étais assez mitigée à l’idée de le voir. J’aime beaucoup le cirque, mais les clowns me font très rarement rire. C’est sans doute une des disciplines circassiennes que j’aime le moins, ma préférence allant très largement aux acrobates. D’autre part, j’avais peur d’un film très grand public qui gommerait un peu trop les coups durs, se concentrant sur le rire. Finalement, j’ai été assez agréablement surprise par ce film plus dense que je ne l’imaginais.

Image extraite de Chocolat

          Le duo d’acteurs est sans doute son point fort : ils sont tous deux très convaincants. Je ne connaissais pas James Thierrée et je l’ai trouvé vraiment excellent. Enfant de la balle, il faut dire aussi que chez lui, le cinéma est un peu une histoire de famille : il n’est rien moins que le petit fils de Charlie Chaplin ! Omar Sy est parfait dans le rôle du clown qui en fait des tonnes même si son personnage ne se résume pas à ça. Véritable bout-en-train sur scène, il est dans la vraie vie joueur et irascible quand j’ai trouvé à son condisciple sensé être raciste plus de qualités humaines au fond. Comme quoi, les gens, c’est vraiment compliqué (au cas où on en aurait douté). L’histoire est très prenante, de la misère à la gloire, avant de retourner à la case départ. Il semblerait que les passages les plus durs de l’histoire du clown Chocolat aient été gommés et que la fin ait été un peu revue version grand public mais que dans l’ensemble on ne s’éloigne pas trop de la vérité, même si l’accent est plus mis sur la réussite que sur la chute.

Image extraite de Chocolat

          Du point de vue la mise en scène, j’ai beaucoup aimé également, avec notamment de très belles images et une musique des plus entraînantes. Si l’ensemble s’avère donc plutôt convaincant, quelques petites réserves tout de même (le contraire vous aurait étonné hein ?). Le racisme est très appuyé dans le film. L’époque l’était fondamentalement et il n’y avait sans doute pas besoin de mettre autant l’accent dessus pour qu’il soit largement perceptible, ça alourdit un peu le film. Dans un même temps, l’aspect politique est quasi-inexistant, ça reste un peu de l’ordre de l’anecdote, ce qui est dommage. Malgré tout, Roschdy Zem a le mérite de remettre sur le devant de la scène ce clown qui après un succès fulgurant était peu à peu tombé dans l’oubli. Les numéros de cirque conçus par James Thierrée sont convaincants et le rire autant que l’émotion sont au rendez-vous. Un film classique mais impeccablement réalisé porté par deux acteurs qui signent une belle performance. L’histoire émeut et si elle aurait mérité d’être traité avec un peu plus de verve, on en ressort tout de même conquis. 

Cinéma·Patrimoine

A la découverte de la Géode

          Bien que j’en aie souvent entendu parler, je n’étais jamais allée à la Géode. De l’extérieur, je trouve ce dôme chromé où se reflète le ciel assez impressionnant. Après avoir longtemps tergiversé (oui, c’est loin La Villette, pas toujours très facile d’accès et surtout pas dans mes habitudes) j’ai fini par y aller parce que j’avais une place qui allait se périmer. Au programme un film de 45 min sur l’Arctique. Ca tombe bien, les ours blancs et les pingouins j’adore ça ! La salle est aussi impressionnante de l’intérieur que de l’extérieur. Voire même plus. La volée de marches est assez spectaculaires et plutôt compliquée avec des béquilles (bien sûr personne n’a songé à me dire à la caisse ou à l’entrée qu’il y avait un ascenseur…). L’écran a perte de vue est une expérience assez déroutante. Alors, la Géode, c’est aussi bien qu’on le dit ?

          Franchement, j’ai été déçue. L’écran hémisphérique – parmi les plus grands du monde – est constitué d’un grand nombre de rectangles dont j’ai eu le plus grand mal à faire abstraction au cours du visionnage. J’ai également eu un peu de mal – et c’est plus gênant – avec le principe même de l’écran 360. Je pensais que ça allait être génial, immersif, tout ça, finalement ça m’a surtout donné la nausée et un joli mal de crâne. J’ai eu le plus grand mal à savoir où il fallait regarder et j’ai eu la désagréable impression que mon cerveau n’arrivait pas du tout à traiter toutes les informations qu’il recevait à la fois. Quant à l’horizon courbe inversé (question de perspective bizarre due à la forme de l’écran), il m’a perturbée pendant tout le visionnage.

La Géode, écran

          Et le film ? Là non plus, pas de gros coup de cœur. Il y avait de belles images et nounours tout mignons mais ça ne dépassait pas ce stade là. On voit essentiellement les mères défendant leurs petits et quasiment pas la chasse ou la reproduction (il ne faudrait pas risquer de choquer quand même) et il n’y a à peu près aucun message écologique – ni aucun message tout court d’ailleurs – alors que ça s’y prêtait grandement. Grosse déception de ce côté-là même si j’ai trouvé ce petit documentaire agréable à regarder. Il m’a en revanche donné l’impression d’être un peu daté. Bien que ne datant que de 2012, il m’a paru un peu vieillot dans la manière de filmer et de raconter. Il n’était par ailleurs pas particulièrement adapté aux spécificités de l’écran.

          Si je suis contente d’être enfin allée à la Géode, vous l’aurez compris, je n’ai pas été emballée. Nous n’avons pas vu un film en 3D, qui sont sans doute beaucoup plus impressionnants mais que mon crâne aurait sans doute encore moins bien supporté. Pas trop de regrets de ce côté-là donc. Nous avions eu des places à tarif réduit mais sinon c’est très cher pour ce que c’est. Quand à l’accessibilité de la Villette, elle reste très relative même si la Géode est assez bien située par rapport au métro. Le contenu m’a semblé bien plus adapté aux enfants qu’aux adultes, d’ailleurs ils étaient nombreux dans la salle. Si l’expérience mérite d’être tentée au moins une fois, je ne compte pas vraiment la renouvelée. Une petite déception pour cet écran qui mériterai sans doute un contenu un peu plus actuel.

La Géode, dôme

La Géode

Parc de la Villette
26 avenue Corentin Cariou
75019 Paris

Du mardi au dimanche de 10h30 à 20h30

12€, 9€ tarif réduit