Cinéma

Dalton Trumbo : Hollywood dans toute sa splendeur

          Hollywood, la Guerre Froide bat son plein. Alors qu’il est au sommet de son art, le scénariste Dalton Trumbo est accusé d’être communiste. Avec d’autres artistes, il devient très vite infréquentable, puis est emprisonné et placé sur la Liste Noire : il lui est désormais impossible de travailler. Grâce à son talent et au soutien inconditionnel de sa famille, Il va contourner cette interdiction. En menant dans l’ombre un long combat vers sa réhabilitation, il forgera sa légende.

Biopic américain de Jay Roach avec Bryan Cranston, Diane Lane et Helen Mirren

Dalton Trumbo, affiche

          J’avais entendu dire du bien de ce film, sans savoir au juste de quoi il retournait. L’histoire d’un scénariste hollywoodien des années 50 (enfin, à vue de nez, je n’étais pas bien sure de l’époque), ça me tentait forcément. Je n’en savais pas plus et je m’attendais à un film divertissant. J’y allais sans grande conviction quoi. Eh bien je me trompais. Bon, j’avais tout bon sur le pitch de base mais c’est loin de se résumer à ça. Certes c’est l’histoire d’un scénariste ultra célèbre dans le milieu à l’époque mais ce qui est passionnant c’est le fond historique et politique avec la grande chasse au communiste très à la mode aux Etats-Unis en ces temps-là. Je ne connaissais pas cette histoire des 10 scénaristes emprisonnés pour leurs idées « communistes ». Il faut dire que mes connaissances en histoire sont pour le moins limitées et j’ai vraiment trouvé le contexte passionnant.

Dalton Trumbo, image du film

          Pour la peine on s’éloigne un peu du film léger. Ca grouille de références, pour notre plus grand plaisir. Je suis très loin d’être une experte en cinéma « classique » mais il se trouve que parmi les œuvres les plus célèbres de Dalton Trumbo durant sa mauvaise passe, se trouvent Vacances romaines – vu il y a peu et que j’ai franchement adoré – et Spartacus qui est quelque chose comme un de mes films préférés de tous les temps (à tel point que je crains de le revoir, de peur que mon amour des péplums ait sérieusement baissé depuis le dernier visionnage, mais peut-on vraiment sa lasser de Kurk Douglas en tenue de gladiateur ?). Cette découverte a été une très bonne surprise. Je ne regarde jamais le nom du scénariste quand je vais voir un film et ça m’a donné envie de m’intéresser à leur travail de beaucoup plus près et de voir ce que Dalton Trumbo avait écrit d’autre comme films.

Dalton Trumbo, image du film

          J’ai tout trouvé impeccable dans ce film qui est très bien écrit et s’avère vite extrêmement prenant. C’est très rythmé et bien qu’il soit assez long on ne s’ennuie pas une seconde. Visuellement, c’est réussi également, bien que relativement classique. Le casting quant à lui est impeccable avec entre autres le génial Bryan Cranston. J’ai aimé apprendre des choses devant ce film et découvrir ce personnage à la fois très charismatique et pas toujours très sympathique, même si j’aurais peut-être préféré un côté plus engagé. J’apprécie beaucoup quand un film – ou un livre – me donne envie d’en apprendre plus sur le contexte ou de voir ou lire des choses qui s’y rapportent pour prolonger l’histoire ou apporter un complément. C’est le cas ici. J’ai à la fois eu envie de voir les autres films écrits par ce scénariste et de m’intéresser de plus près à ce métier. La biographie dont a été tirée le film me fait également de l’œil. Un film très riche qui a été une excellente surprise : à la fois instructif et divertissant du grand cinéma.

Cinéma

Cinéma et condition de la femme

          Des films sur la condition de la femme : c’est à un gros morceau que je m’attaque aujourd’hui. Bien sûr, ils sont légion, mais il se trouve que j’en ai vu pas mal ces derniers mois, c’est eux que je voulais mettre à l’honneur. Certains ont été vu il y a maintenant un certain temps mais j’attendais un peu pour vous en parler (vous voyez, finalement je m’habitue aux articles groupés). Ils ne sont donc plus en salle depuis plus ou moins longtemps mais vous pouvez bien sûr pour la plupart les retrouver un DVD – et pour les autres ça ne saurait tarder. Voici donc 8 films très différents, venus du monde entier, mais qui ont en commun de porter à l’écran des femmes fortes avec qui la vie n’a pas toujours été tendre.

A 14 ans, Hirut est kidnappée sur le chemin de l’école. Une tradition contre laquelle elle se révolte en tuant son agresseur pour s’enfuir. Une jeune avocate qui milite pour le droit des femmes va la soutenir face aux accusations de meurtre qui pèsent contre elle.

Difret, afficheSi le résumé de ce film me plaisait bien, je n’en attendais pas grand chose pour autant. Pourtant, ç’a été un de mes gros coups de cœur de 2015. La réalisation est classique. On a parfois l’impression d’être assez proche du documentaire. Mais l’histoire est incroyablement forte et le casting extrêmement convaincant. Difret c’est l’histoire d’une adolescente qui a osé se révolter contre l’ordre établi, contre la culture ancestrale de l’enlèvement et du viol, et surtout, l’histoire de la première éthiopienne a avoir gagné ce combat contre les traditions, contribuant à faire évoluer les lois et les mentalités. Difret veut dire « courage ». Un film magnifique sur une jeune femme au courage immense, appuyée par une avocate décidée à défendre ses droits. Une volonté qui force le respect et de grands moments d’émotion. On ressort un peu abasourdi à l’idée que ces traditions perdurent aujourd’hui encore. En effet, cette histoire a réellement eu lieu en Ethiopie il y a à peine 20 ans ! Ce petit film en partie produit par Angelina Jolie, très engagée en Ethiopie, aurait mérité une mise en scène moins banale pour attirer un plus large public mais son histoire à elle seule mérite amplement le déplacement.

 

Film indien de Neeraj Ghaywan avec Richa Chadda, Vicky Kaushal, Sanjay Mishra

Le père de Devi est en prise avec la corruption depuis que sa fille a été surprise avec un homme, qui s’est ensuite suicidé. Deepak lui, aime une femme qui n’est pas de sa caste. A Bénarès, ville sacrée au bord de Gange, il ne fait pas bon vivre en dehors de la tradition. 

Masaan, afficheJ’avais entendu dire le plus grand bien de ce film et j’ai été heureuse d’avoir l’occasion de le voir au cinéma. J’en attendais surement un trop car bien que j’aie aimé ce film, j’ai été un peu déçue. Toutefois, il est loin d’être sans qualités. Le film est très sobre dans sa réalisation et je l’ai trouvé un peu lent par moments. Le point de départ est intéressant, avec une histoire forte, c’est dommage qu’une autre histoire qui n’a pas vraiment de rapport vienne se greffer à la première, ça n’aide pas à rendre le propos très clair et ça donne un résultat qui a tendance à être brouillon. On a l’impression que le réalisateur a voulu trop en dire et n’a pas su choisir. Cependant, le film reste intéressant sur la place de la femme en Inde mais aussi sur les coutumes ancestrales ou les problèmes de corruption. On en ressort avec la nette impression qu’il ne fait pas bon être une femme ! Les relations entre cette jeune fille et son père sont touchantes. Malgré tout, ça manque un peu d’émotion. Un film brouillon sur un sujet intéressant, le résultat est un peu lisse mais tout de même attachant.

 

Film italo-albanais de Laura Bispuri avec Alba Rohrwacher, Flonja Kodheli, Lars Eidinger

En Albanie, pour ne pas vivre sous la tutelle masculine, Hana se plie à une tradition ancestrale : elle fait le serment de rester vierge et de vivre comme un homme afin d’acquérir son indépendance.

Vierge sous serment, afficheVoici sans doute l’histoire la plus originale de cette sélection. En effet, j’ignorais totalement qu’en Albanie, une femme qui ne souhaitait pas se marier pouvait « devenir » un homme – en cachant sa féminité et en adoptant un comportement et un prénom masculins – à condition de faire le serment de rester vierge. Je dois avouer que j’ai trouvé ça assez fou (ça m’avait fait le même effet quand j’avais découvert le mariage temporaire en Iran dans Noces éphémères). C’est quand cette jeune femme décide de quitter ses montagnes pour aller en ville chez sa sœur en Italie que tout va se compliquer. Le film est avant tout basé sur la psychologie de cette jeune femme : comment le vit-elle ? peut-elle se défaire du carcans de traditions ? peut-elle s’adapter à la société ? C’est extrêmement intéressant. On est plus dans l’analyse que dans l’émotion même s’il y a quelques beaux moments. La réalisation est à première vue proche du documentaire, toutefois, visuellement l’austérité de l’Albanie s’oppose aux couleurs chatoyantes de l’Italie, appuyant les clivages entre les deux sociétés. Ce film assez austère met en avant une tradition méconnue et traite le sujet avec une certaine finesse et beaucoup de retenue.

 

Film marocain de Nabil Ayouch avec Loubna Abidar, Asmaa Lazrak, Halima Karaouane

A Marrakech, Noha, Randa, Soukaina et Hlima vivent en vendant leur corps. Ensemble, elles surmontent tant bien que mal la violence du quotidien, dans une société qui les utilise et les condamne tout à la fois.

Much loved, afficheEncore un film qui m’intriguait, d’autant qu’on en disait beaucoup de bien. Pourtant j’avais un peu peur de ce que j’allais y trouver. Une fois de plus, le sujet est difficile et le film aurait pu aussi bien être très glauque que carrément vulgaire, voire même les deux à la fois. Il n’en est rien. Bien sûr, il y a des passages durs, difficile d’y échapper étant donné le sujet, mais le film est loin de se résumer à ça (il y a quand même 2 ou 3 scènes assez violentes, âmes sensibles s’abstenir). C’est finalement assez lent comme rythme, on suit le quotidien de prostituées qui partagent un appartement et travaillent parfois ensemble. Il y a à la fois les moments où elles travaillent mais aussi les autres, ceux où elles restent en pyjama à la maison, où elles discutent, où elles s’engueulent. Le film ne joue pas la carte du sexe à tout va et du voyeurisme. S’il y a des scènes de sexe, c’est qu’elles sont indispensables au récit. Ca commence d’ailleurs très fort avec une soirée folle où il est « obligatoire » de s’amuser. C’est bien réalisé et surtout très bien joué. C’est à la fois triste et joyeux et il s’en dégage autant d’humanité que d’espoir. J’en suis ressortie assez chamboulée. Un film lumineux sur un quotidien plutôt sombre : une belle tranche de vie.

 

Film guatémaltèque de Jayro Bustamante avec María Mercedes Croy, Maria Telon, Manuel Antún

Maya a 17 ans. Elle vit avec ses parents sur une plantation de café au Guatemala et rêve d’ailleurs, de la ville et de la modernité. Mais sa vie va basculer et elle va se retrouver enfermée dans le carcan des traditions.

Ixcanul, afficheJ’avais très envie de voir ce film dont – une fois de plus – on m’avait dit beaucoup de bien. J’aime beaucoup le cinéma sud-américain même si j’en vois trop peu et les coutumes indiennes m’attirent toujours. Il y a pourtant eu comme un malentendu. Le synopsis laissait entendre quelque chose qui n’arrive jamais vraiment. J’ai limite eu l’impression qu’il n’y avait aucun rapport entre le film et son résumé, ou en tout cas qu’il faisait d’un détail la trame essentielle. La conséquence fâcheuse, c’est que j’ai passé tout le film à attendre quelque chose qui ne vient pas. Très frustrant. J’ai mis très longtemps (trop longtemps) à le comprendre et c’est un peu dommage. Mais une fois mes attentes révisées, je n’en ai pas moins trouvé que c’était un très bon film. Bien qu’on soit proche du documentaire, le réalisateur parvient à rendre une ambiance particulière et assez étrange, à la fois sombre et empreinte de mystère. Les paysages à couper le souffle n’y sont pas étrangers et il y a quelques scènes fascinantes. L’histoire quant à elle est très poignante, elle nous immerge dans la tradition, et j’ai trouvé la jeune actrice impressionnante. Un premier film fort et beau qui est loin de laisser indifférent.

 

Film franco-polonais d’Anne Fontaine avec Lou de Laâge, Vincent Macaigne, Agata Buzek

Mathilde, jeune interne à la Croix Rouge, est appelée au secours par une religieuse polonaise. Dans le couvent, elle va découvrir que plusieurs de ces Bénédictines coupées du monde sont sur le point d’accoucher après leur viol par des soldats. Elle va essayer de gagner leur confiance pour leur venir en aide.

Les innocentes, afficheVoilà un film que j’attendais avec une certaine impatience. Le sujet est très fort et ça m’a donné envie d’en savoir plus sur cette histoire atroce. J’ai beaucoup aimé le film mais il m’a déçue par certains aspects. Le film commence au moment où la jeune infirmière découvre que des bonnes sœurs sont enceintes après avoir été violées. Il occulte ainsi le début de l’histoire si l’on peut dire. C’est logique en un sens puisqu’il s’agit de l’adaptation du récit de l’infirmière en question qui ne pouvait donc pas relater ce qu’elle n’a pas vu. Toutefois la réalisatrice aurait pu choisir de combler les lacunes du récit. J’ai trouvé ces femmes très attachantes et le casting très convaincant. Quant à l’esthétique, elle est très travaillée avec des plans vraiment splendides, d’une froideur qui tend presque au monochrome. Pourtant, le résultat est un peu lisse au vu de l’horreur de l’histoire. Le viol est à peine évoqué et on ne suit finalement que leur grossesse à travers cette jeune infirmière. Leurs sentiments sont esquissés mais auraient pu être mis plus en avant. Un beau film qui aurait à mon sens mérité un engagement plus important pour marquer durablement.

 

  • Carol – Etats-Unis (1950)

Film américain de Todd Haynes avec Cate Blanchett, Rooney Mara, Kyle Chandler

La rencontre de Carol, femme distinguée et malheureuse dans son mariage, et de Therese, employée d’un grand magasin, va bouleverser leurs vies. Les deux femmes vont se retrouver coincées entre leur attirance et le respect des conventions. Un choix difficile va s’imposer à elles.

Carol, afficheOn m’avait dit le plus grand bien de Carol et j’en attendais beaucoup, d’autant plus que Cate Blanchet a souvent de très beaux rôles. C’est d’ailleurs le cas ici aussi, même si j’ai trouvé son personnage très froid et pas du tout dans l’émotion malgré une histoire qui s’y prêtait. Rooney Mara a un rôle plus nuancé (mais beaucoup moins glam’) qu’elle tient avec un certain brio. Contrairement à beaucoup, j’ai trouvé son prix d’interprétation parfaitement justifié. L’histoire est très forte et montre une femme indépendante tiraillée entre son amour pour sa fille et son envie de vivre sa vie comme elle l’entend, en essayant de se défaire du carcan de la société. Visuellement ce film est très beau : impeccablement réalisé, il porte un grand soin à la photographie. La musique est également très bien choisie. Bien que cela s’y prête assez, on ne sombre jamais dans le pathos. Malheureusement, on tombe un peu dans l’excès inverse. Tout en retenue, j’ai trouvé que ce film manquait d’émotion. Un film classique mais élégant qui aborde un sujet fort avec une certaine distance : beau mais un peu froid.

 

Film américain de Tom Hooper avec Eddie Redmayne, Alicia Vikander, Ben Whishaw

En 1930, quand Einar Wegener, peintre danois marié à Gerda, se transforme peu à peu en Lili Elbe, c’est tout leur univers qui bascule. Malgré les tensions, Gerda soutiendra son mari envers et contre-tout dans sa lutte pour devenir une femme. Il sera le premier de l’histoire à user de la chirurgie pour changer de sexe.

The Danish girl, afficheBon, on s’éloigne peut-être un brin de la condition de la femme à proprement parler avec le premier transsexuel de l’histoire mais je ne voyais pas meilleur hommage que de le mettre dans cet article. Il y a dans ce film un très beau casting, les deux acteurs principaux sont très convaincants dans des rôles qui sont loin d’être faciles. L’histoire est magnifique. On ne sait ce qui est le plus touchant : le parcours du combattant pour cet homme qui souhaite devenir une femme ou celui de sa femme qui le soutient malgré tout. D’ailleurs cette partie semble parfois trop belle pour être vrai. Il y a bien quelques distensions au début mais elles auraient mérité d’être plus appuyée pour ajouter au réalisme du film qui là semble presque trop lisse. Visuellement, c’est irréprochable. Je ne connaissais pas ce peintre mais j’ai eu la sensation de me retrouver plongée dans un tableau d’un maître flamand. Mais si ce film est impeccable, il manque de caractère et joue trop sur la corde sensible à mon goût. A vouloir trop en faire, cette histoire qui aurait pu faire un grand film se transforme en mélo sympathique et très esthétique mais quelque peu insipide.

 

          Un dossier qui me tenait beaucoup à cœur, j’espère qu’il vous aura plu. Les pays que j’ai indiqués sont ceux où se déroule l’histoire (ainsi que l’époque quand elle n’est pas contemporaine). J’espère que vous aurez l’occasion de voir quelques-uns de ces films dont certains sont très forts et qui offrent tous un éclairage intéressant sur la condition de la femme. En espérant qu’à force de temps et de persévérance, ils contribueront à faire avancer les choses et nous paraîtront dans un futur pas trop lointain quelque peu dépassés.

Cinéma

Trois films en demi-teinte sur le blog

Le grand jeu, de Nicolas Pariser

Pierre Blum, un écrivain de quarante ans qui a connu son heure de gloire au début des années 2000, rencontre, un soir, sur la terrasse d’un casino, un homme mystérieux, Joseph Paskin. Influent dans le monde politique, charismatique, manipulateur, il passe bientôt à Pierre une commande étrange qui le replongera dans un passé qu’il aurait préféré oublier et mettra sa vie en danger.

Le grand jeu, afficheJe n’avais pas entendu parler de ce film mais j’y suis allée pour l’affiche : j’aime beaucoup André Dussolier et on voit trop rarement Melvil Poupaud au cinéma. Je ne pouvais pas rater ça. Je ne savais absolument pas de quoi il retournait, ce qui en général m’aide à vrai dire à apprécier un film : pas d’attentes spécifiques et disproportionnées, je me contente de découvrir. Pourtant malgré ces excellentes dispositions, j’ai été déçue. L’histoire m’a laissée un peu perplexe. Je l’ai trouvée fortement improbable et assez alambiquée ; pas au point de décrocher totalement du film non plus, mais je suis restée circonspecte. Je n’ai trouvé aucun des personnages vraiment attachants et les situations périlleuses dans lesquelles ils se mettent par leurs magouilles m’ont laissée de marbre. Le propos en soi est plutôt intéressant même s’il peut paraître sombrer légèrement dans la paranoïa. Les jeux de pouvoir et les hommes de l’ombre exercent toujours sur moi une certaine fascination. Ce qu’il manque ici, c’est un point de départ un peu plus solide pour nous faire rentrer dans l’histoire et surtout du rythme ! Ce film en manque cruellement. Pas qu’il ne se passe rien mais pourtant le spectateur reste passif et s’ennuie pour tout dire un peu. Ce sont les acteurs qui tiennent ce film et l’empêchent de sombrer mais ils ne parviennent pas tout à fait à le rendre convaincant. De bonnes idées, un bon casting mais une réalisation un peu mollassonne pour un résultat mitigé.

Youth, de Paolo Sorrentino

Fred et Mick, deux vieux amis approchant les quatre-vingts ans, profitent de leurs vacances dans un bel hôtel au pied des Alpes. Fred, compositeur et chef d’orchestre désormais à la retraite, n’a aucune intention de revenir à la carrière musicale qu’il a abandonnée depuis longtemps, tandis que Mick, réalisateur, travaille toujours, s’empressant de terminer le scénario de son dernier film. Les deux amis savent que le temps leur est compté et décident de faire face à leur avenir ensemble.

Youth, afficheJ’avais a-do-ré le dernier film de Paolo Sorrentino, La grande Bellezza. J’en étais ressortie totalement envoûtée, avec l’impression d’avoir fait un long voyage dans une Rome totalement hors du temps. Etrangement, je me suis dit plus tard que j’aurais aussi bien pu détester ce film démesurément esthétisant, intello et parfois abscons. Mais j’en suis immédiatement tombée amoureuse et que voulez-vous, l’amour, ça ne se commande pas. J’attendais donc avec impatience de retrouver ce réalisateur. Le miracle ne s’est pas produit deux fois. J’ai pourtant retrouvé dans ce film ce que j’avais aimé dans le précédent : une photo hyper travaillée, un rythme particulier, un côté foncièrement absurde et un désespoir non teinté d’ironie. Tout y est, mais en moins bien. J’ai beaucoup aimé les acteurs, j’ai trouvé qu’il y avait dans ce film de très bonnes choses, mais je me suis ennuyée. Un peu. J’ai eu du mal à rentrer dedans. C’était un peu étrange ce mélange d’ennui léger et curiosité. Pas vraiment désagréable à vrai dire. Malgré des qualités de réalisation indéniables ce film ne m’a qu’à demi-convaincue, sans doute en raison d’un sujet qui ne me passionne pas vraiment.

Les cowboys, de Tom Bidegain

Une grande prairie, un rassemblement country western quelque part dans l’est de la France. Alain est l’un des piliers de cette communauté. Il danse avec Kelly, sa fille de 16 ans sous l’oeil attendri de sa femme et de leur jeune fils Kid. Mais ce jour là Kelly disparaît. La vie de la famille s’effondre. Alain n’aura alors de cesse que de chercher sa fille, au prix de l’amour des siens et de tout ce qu’il possédait.

Les cowboys, afficheVoici un des films de la fin d’année dont on a pas mal parlé. J’en avais entendu dire beaucoup de bien et j’étais très curieuse d’aller voir ce film au sujet fort et à l’univers à part. Si dans l’ensemble j’ai bien aimé – en grande partie en raison de l’excellente performance de François Damiens, assez inattendu dans ce rôle – j’ai quand même trouvé à ce film un certain nombre de défauts. L’ambiance western belge est un peu curieuse mais j’ai bien aimé (le problème, c’est cette envie furieuse que ça m’a donné de comparer avec Alabama Monroe qui 1) n’a rien à voir et 2) est incomparable). L’histoire prend le temps de se mettre en place sans trop traîner en longueur et la détresse des parents est très bien rendue. Jusque-là, tout va bien. C’est ensuite que les choses se corsent. J’ai continué à aimer ce film très prenant mais je dois avouer que j’aurais un léger doute à émettre sur la crédibilité de l’histoire. Je comprends qu’un père (ou un frère) soit prêt à tout pour retrouver sa fille mais là ça va quand même très très loin. Un peu trop loin même sans doute. Malgré le capital sympathie énorme de ce film certains épisodes m’ont un peu gênée : trop c’est trop. Ceci dit, ils permettent de développer sur le fanatisme religieux et l’embrigadement, qui sont finalement les vrais sujets de ce films. C’est passionnant, c’est d’actualité, mais le propos est parfois un peu lourd dans sa forme. Quoiqu’il y ait quelques longueurs et que l’histoire soit un peu extrême sur certains points, ce film très bien joué a le mérite de s’attaquer à un sujet terriblement actuel. Malgré des maladresses, les bonnes intentions et le côté généreux l’emportent.

Cinéma

Mia madre, un film sur le deuil en demie-teinte

Drame italien de et avec Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini

          Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Mia Madre, Nanni Moretti

          J’attendais avec impatience le dernier film de Nanni Moretti. J’avais adoré son précédent, Habemus papam. Ici il nous livre un film plus personnel et intimiste. J’ai trouvé que le film était long à démarrer. J’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans et le début (une grosse moitié à vrai dire) a été pour moi un long moment d’ennui. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Du mal à m’identifier aux personnages, à m’intéresser à leurs problèmes. Leur vie me paraissait totalement étrangère. Elle l’est d’ailleurs. Les rires ont fusé dans la salle à plusieurs reprises sans que je comprenne bien pourquoi. Il faut dire que je marche très peu à l’absurde, pas étonnant donc que l’aspect comique de certaines scènes m’ait totalement échappé. On ne peut pas dire que j’étais franchement emballée et si je n’avais pas été coincée au beau milieu d’une rangée, je ne sais pas si je ne me serais pas enfuie.

Mia Madre, Nanni Moretti

          Et puis, le miracle s’est produit. J’ai peu à peu trouvé les personnages plus humains, au fur et à mesure de l’avancée de la maladie de leur mère. On se retrouve dans leurs peurs, leurs doutes, leurs pétages de câble face au chagrin. C’est extrêmement bien joué et ça sonne très juste. La dernière partie du film est beaucoup plus intimiste et très réussie. Je m’attendais à plus d’émotion devant ce film au sujet fort. Pourtant, c’est tout sauf larmoyant. Je suis restée spectatrice de ce drame familial sans vraiment me l’approprier. C’est un peu dommage. Malgré tout, ce film est dans l’ensemble une réussite. Ca tient sans nul doute en grande partie à l’excellente interprétation de ses acteurs principaux. Bien que je me sois un peu ennuyée durant la première moitié, j’ai trouvé ce film touchant. A mes yeux sans doute pas le meilleur Moretti mais un assez bon cru tout de même.

Cinéma·Mes lectures

Histoires de croque-morts

          Je sais, ce titre est bizarre, mais on fait les rapprochements qu’on peut. Et comme le sujet est revenu sur le tapis deux fois de suite, hop, voilà, un article.

Fun home : une tragicomédie familiale, d’Alison Bechde

 

          Bruce Bechdel enseigne l’anglais dans une petite ville de Pennsylvanie tout en dirigeant le  » Fun Home « , le salon funéraire familial. Sa sensibilité, sa passion des livres, son raffinement s’expriment tant dans l’embaumement des corps que dans la restauration obsessionnelle de sa maison et la dictature esthétique à laquelle il soumet sa femme et ses trois enfants. La jeunesse d’Alison, sa fille, est envahie par l’ombre de ce père aux secrets brûlants, ogre des sentiments à la fois distant et infiniment proche.

51s0XKge3yL._SX346_BO1,204,203,200_Ca faisait un moment que je lorgnais sur ce livre sur l’étal de ma librairie et je dois avouer que j’ai été assez surprise, je n’avais pas dû lire attentivement la quatrième de couverture. J’avais retenu l’aspect tragi-comédie familiale (c’est le sous-titre en même temps me direz-vous) mais pas du tout que le père gérait un funérarium. Mais comme j’aime bien les surprises… Et puis il faut bien admettre que ce n’est pas commun au moins ! J’ai beaucoup aimé cette BD qui pourtant était assez différente de mes attentes. J’ai de suite accroché avec le dessin, au crayon, en noir et blanc. Côté écriture, c’est tout aussi bien. J’ai beaucoup aimé l’humour grinçant de l’auteur. Elle parle de sa famille avec un recul et une ironie tout à fait délectables. Il faut dire qu’il y a de quoi raconter, elle n’a pas exactement eu une enfance « classique ». Elle a une manière de parler d’elle-même assez savoureuse. Il se dégage pourtant une certaine tristesse de ce roman graphique plus sérieux qu’il n’y paraît. Une très bonne lecture qui vous rassurera sur votre famille.

Mes frères et moi nous ne pouvions pas rivaliser avec les lampes astrales, les girandoles et les chaises Hepplewhite. Elles étaient parfaites. J’en vins à détester sa façon de traiter ses meubles comme des enfants et ses enfants comme des meubles. Très tôt, une préférence marquée pour l’épuré et le fonctionnel apparut chez moi.

Une belle fin, d’Uberto Pasolini

 

          Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

402409Ce film me tentait bien. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être en raison de ces bonnes critiques. Peut-être aussi parce que je crois que je l’associais un peu à Joyeuses funérailles dont l’humour grinçant m’avait séduite. Je m’attendais à quelque chose de plus… drôle. Allez donc savoir pourquoi ! Ce film est au contraire très sombre. Très sobre aussi. C’est étrange, je me suis ennuyée une bonne partie du temps et pourtant je l’ai trouvé intéressant. Le personnage principal est terne, un petit fonctionnaire à la vie bien rangée. La réalisation est un peu à son image : irréprochable mais franchement tristounette. Un film gris et triste mais qui soulève pourtant des questions intéressantes. Il est remarquablement interprété par Eddie Marsan qui lui donne une certaine profondeur dont il aurait sinon sans doute un peu manqué. Malgré son côté un peu trop sage et morose, ce film s’avère émouvant par moments. Si la forme manque de fantaisie, il n’y a pas grand chose à redire sur le fond. Un beau film sur la solitude.