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Rentrée littéraire 2018 : j’ai pas aimé mais…

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          Je vous ai assez bassinés avec ça, mais cette rentrée littéraire est pour moi une /torture qui semble ne jamais devoir connaître de fin. C’est la première fois en 15 ans delectures d’automne acharnées que RIEN ne me plaît. Je vous jure j’en peux plus. Oui, on est en mars, j’ai traîné mes lectures jusqu’en janvier (alors que d’habitude je lâche l’affaire dès le mois de novembre) et il me reste encore quelques articles en attente. 2018 est officiellement le pire cru de l’histoire de la littérature contemporaine. La déprime la plus totale. J’ai abandonné beaucoup de titres en route. Je suis venue à bout de quelques-uns aussi, cela sont tellement rares que même si je ne les ai pas toujours appréciés, j’ai trouvé qu’ils méritaient bien un article chacun. Pour les autres, ceux qui me sont tombés des mains, j’ai décidé de faire 2 grandes catégories. En gros, il y a ceux que je n’ai pas aimés du tout, qui m’ont assommée et que j’ai refermé sans le moindre regret (je vous en parle ici). Et il y a les « j’ai pas aimé mais… ».

          Mais le style était beau. Mais l’histoire avait l’air bien. Mais c’est original. Mais ce n’était simplement pas le bon moment. Des livres que bien souvent j’ai appréciés sur quelques pages, voire beaucoup appréciés pour certains mais dont je ne me sentais pas capable de venir à bout, parce que pas mon style, ou pas ce que j’avais envie de lire à ce moment là. Des livres que j’ai refermé un peu à regrets en laissant bien soigneusement le marque-page à sa place en me disant que peut-être un jour j’aurai envie de les rouvrir (ce qui au fond n’a à peu près aucune chance d’arriver pour ce qu’à ce jour je n’ai pas souvenir d’avoir jamais repris une lecture interrompue…). Dire que je ne les ai pas aimés est d’ailleurs un peu faux. C’est un peu plus compliqué que ça. Des rencontres ratées, des romans fabuleux mais pas pour moi… Venez, je fais les présentations.

 

Le Sillon, Valérie Manteau

 

          Une jeune femme rejoint son amant à Istanbul. Alors que la ville se défait au rythme de ses contradictions et de la violence d’État, d’aucuns luttent encore pour leur liberté. Elle-même découvre, au fil de ses errances, l’histoire de Hrant Dink, journaliste arménien de Turquie assassiné pour avoir défendu un idéal de paix.

Couverture du Sillon de Valérie MarteauSans doute le texte de cette rentrée dont je vais avoir le plus de mal à parler. A noter au passage, il a obtenu le prix Renaudot. J’ai beaucoup aimé le début. J’ai bien aimé le style assez direct, l’histoire sur fond de politique, ça avait vraiment tout pour me plaire et ç’a été le cas durant quelques pages. Et puis sans que je sache bien pourquoi ça a arrêté de m’intéresser. Le style me plaisait toujours, l’histoire suivait son cours, c’est très exactement le genre de littérature que j’apprécie habituellement mais là, je lisais 2 lignes et je finissais par passer 1h les yeux dans le vague. Ne me demandez pas pourquoi, je n’en sais rien. Impossible de me concentrer sur ce texte. Je ne sais pas, peut-être que je m’intéresse plus aux textes politiques quand je suis à Paris que dans la torpeur des vacances (dit la fille qui ne lit de la philo que sur la plage). Ou alors ça manquait un peu de rythme à un moment où j’avais besoin d’une lecture prenante. En tout cas, passé les premières pages mon intérêt s’est émoussé et j’ai fini par abandonner. Le style me plaisait, l’histoire était exactement mon genre mais visiblement, ce n’était simplement pas le bon moment.

Alors, quelles sont les nouvelles du pays des droits de l’homme ? Je me demande si c’est ironique, mais non. J’essaie de continuer à lire un peu la presse française, qui paraît outrageusement futile et autocentrée quand on ne vit pas dans Paris intra-muros, quand on est par exemple sur un balcon surplombant Istanbul.

La Massaia : naissance et mort de la fée du foyer, Paola Masino

 

          Avec La Massaia, écrite sous l’Italie patriarcale de Mussolini, Paola Masino brosse un tableau tragi-comique du mariage et de la condition de la femme, dont le rôle ultime (et unique) serait celui de mère au foyer.

Couverture de La Massaia de Paola MasinoSans hésiter l’ovni de cette rentrée. Publié en épisodes en Italie en 1941-1942, il est inédit en France. Disons le bien, ce texte est splendide. Quelle plume ! Le seul roman de la rentrée dont le style m’a subjuguée. Sans parler de son originalité et de la profondeur du propos. Un grand texte, sans nul doute. Seulement voilà, la Massaia c’est une fable caustique et absurde sur la vacuité de la vie de femme au foyer. Et tout dans le style, dans l’absence totale d’action, dans le délitement de la pensée, va dans ce sens. Sauf que plus l’auteur va loin dans le propos, plus elle pousse le trait (avec une grande cohérence avec son sujet) et moins je suis à même d’apprécier toute la saveur de ce texte. Parce que voilà, l’absurde et moi ça n’a jamais été le grand amour, ça me met fort mal à l’aise dans le meilleur des cas (dans le cas où je comprends donc, la plupart du temps je passe totalement à côté), c’est un mode de communication auquel je suis plus ou moins hermétique et s’il a tout son sens pour illustrer le propos de l’auteur, impossible pour moi de lire un roman entier dans cette veine, à mon grand regret dans ce cas précis. J’ai donc refermé ce livre quand je n’ai plus réussi à simplement apprécier la beauté de la plume, me disant que je le finirais peut-être plus tard, doucement, chapitre par chapitre, juste pour retrouver cette langue si belle et cet humour mordant qui m’ont fait chavirer dès les premières pages. Un texte magnifique, superbement écrit, drôle, intelligent et engagé, un très grand texte mais malheureusement pas un texte pour moi.

Au cours du même mois, la Massaia réorganisa toute sa vie autour des tâches ménagères et sociales : emplettes absurdes, admonestations, conversations ineptes, lectures sans intérêt et idées fixes, idées fixes, idées fixes.

L’été des quatre rois, Camille Pascal

 

          Juillet-août 1830, la France a connu deux mois uniques dans son histoire avec la succession sur le trône de Charles X, Louis XIX, Henri V et Louis-Philippe. Des « Trois Glorieuses » à l’avènement de la monarchie de Juillet, Camille Pascal nous plonge dans le roman vrai de la révolution de 1830.

Couverture de l'été des quatre rois de Camille PascalFranchement, dès les premières lignes, ça commençait mal avec ce roman. Ca se noie tellement dans les détails que je n’étais même pas sure de finir par comprendre de quoi ça pouvait bien parler. Je lis peu d’essais, je ne suis pas hyper calée en histoire, je me suis vite demandé ce qui avait bien pu me prendre de me lancer dans cette galère. J’ai pourtant insisté et finalement, j’ai fini par remettre les informations à peu près dans le bon ordre (enfin je crois) et même par trouver ça intéressant. Il se passe beaucoup de choses et les intrigues politiques sont prenantes. Ca m’a vraiment donné envie d’en apprendre plus sur cette période. Je me suis même plus ou moins habituée au style. Parce que bon, c’est quand même bien écrit, travaillé sans être pédant, c’est bien tourné. C’est joli (il a d’ailleurs eu le grand prix du roman de l’académie française). Et puis d’un coup, quand tu ne t’y attends plus, c’est reparti pour des passages interminables bourrés de détails insignifiants comme le brillant d’une boucle de chaussure, quand je lis ça j’entends presque « voyez comme je suis bien renseignée sur le sujet, je ne vous épargnerai pas la moindre miette de mon immense culture ». Bref, ça souffre de quelques longueurs. C’est bien dommage, ça a fini par me décourager, pourtant c’est intéressant et certains passages sont très agréables à lire, écrits dans une jolie langue travaillée. Pas assez concis et rythmé à mon goût, dommage.

Partout, l’on montait des barricades, partout le peuple, partout les trois couleurs aux fenêtres, partout la haine des Bourbons. Paris était déjà entré en révolution et, si l’on n’y prenait garde, cette crue aussi soudaine que violente emporterait tout, le roi et ses ministres, mais l’État et la paix civile ensuite.

Il est déjà demain, Henri Lopes

 

          Huit ans après l’indépendance du Congo, le gouvernement demande à ses cadres de justifier leur filiation, de prouver qu’ils sont bien congolais. Henri Lopes a trente ans. C’est une déflagration. Il n’a jamais oublié cette blessure et l’indignation ressenties. Comment prouver ce que l’on est ?

Couverture d'Il est déjà demain d'Henri LopesUn joli texte ici aussi. C’est bien écrit, c’est tendre, c’est agréable à lire. Mais je l’ai trouvé terriblement long (alors que bon, c’est loin d’être le pavé du siècle)… Il y a de très jolis passages sur l’enfance mais beaucoup trop de digressions à mon goût. Et encore une fois, le truc qui m’agace : et là j’ai rencontré machin-chose qui plus tard est devenu ministre et bidule-truc qui est devenu président. Même si en l’occurrence c’est fait sans vantardise mais plutôt pour expliquer un milieu et une époque, j’ai toujours du mal si ce n’est pas accompagné d’une anecdote, si une relation plus profonde n’est pas évoquée (c’est parfois le cas ici, d’autres fois non selon les moments). J’ai adoré certains chapitres et d’autres m’ont vaguement ennuyée. Ca commençait si bien ! Mais mon intérêt s’est quelque peu étiolé au fil des pages. Il faut dire que je ne connaissais pas l’auteur et je pense qu’on apprécie mieux ce texte autobiographique si on connaît son œuvre et qu’on la retrouve un peu à travers son récit. Ca manque parfois de cohérence dans la construction et je n’ai pas réussi à aller au bout de ce texte dans lequel je n’avançais plus bien que l’écriture soit agréable. A défaut de me passionner pour ce texte-ci, ça m’a donné envie de découvrir les autres romans de cet auteur sensible qui a une si jolie plume.

Le métis est un être ballotté entre plusieurs familles, qui appartient à trois tribus : celle de sa mère, celle de son père, celle des métis.

Janet, Michèle Fitoussi

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          L’histoire de Janet Flanner est indissociable de celle du New Yorker, dont elle fut la correspondante à Paris pendant un demi-siècle. Féministe, pacifiste, gay, séductrice, brillante styliste à l’humour mordant, cette Américaine fut une figure du Paris intellectuel et artistique d’après-guerre. Dès les années trente, elle perçut la menace totalitaire. Chroniqueuse de la vie parisienne, elle s’improvisa alors journaliste politique et enquêtrice, et parcourut l’Europe pour témoigner de son temps

          Quand j’ai ouvert ce roman, je n’avais visiblement pas bien lu la quatrième de couverture puisque je n’avais pas compris qu’il se déroulait quasi intégralement à Paris. Mon enthousiasme s’en est trouvé refroidi. J’avoue que quand je suis à Paris, j’ai tendance à préférer les récit d’ailleurs… Et puis une américaine, journaliste à Paris pendant l’entre deux guerres, ça sentait légèrement le cliché et le snobisme parisien. Enfin, aussi bien j’avais ce roman entre les mains, autant le lire.

Couverture du roman Janet de Michèle Fitoussi

          Les premières pages ne m’ont pas vraiment passionnée pour tout vous dire mais j’ai continué (un peu par flemme de choisir un autre moment dans une période où rien ne me plaisait) et finalement, petit à petit, ça devient plus intéressant. Assez vite même pour tout avouer. Il faut dire que le personnage de Janet est haut en couleurs. Un peu agaçant parfois mais loin d’être inintéressant. Plus on avance dans le roman et plus à travers elle c’est la scène culturelle parisienne de l’époque qu’on découvre. Un peu trop parfois, avec un amoncellement d’anecdotes et de noms célèbres qui a tendance à virer un peu à l’étalage indécent, sans apporter grand chose à l’histoire parfois.

          Mais dans l’ensemble, ce petit défaut qui aurait pu me décourager s’il avait pris de plus amples proportions, est contre-balancé par le peinture de la ville que peint l’auteur à travers les yeux de son personnage. Une femme qui voit son univers changer avec le temps, passer d’une époque à l’autre. J’ai aimé ce Paris depuis longtemps disparu vu par les yeux d’une américaine qui a finalement passé une grande partie de sa vie en France. J’ai aimé aussi découvrir le parcours de cette femme hors du commun. Sans être forcément un grand roman, il est très agréable à lire et aborde avec une certaine justesse l’évolution de la société. Mais surtout, il offre une belle rencontre avec son personnage et est un joli hommage à Janet Flanner et au New Yorker.

Michèle Fitoussi

Née peu avant le XXe siècle, elle avait tout connu de ses progrès, de sa beauté, de sa folie, de ses horreurs. rebelle géographique, elle avait eu de la chance d’habiter Paris, la plus belle ville du monde, qui l’avait fait renaître et l’avait modelée. Rester si longtemps en France ne l’avait pas rendue moins Américaine, mais sans doute plus civilisée.

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La télévision fit plus sa renommé auprès du public que quarante cinq ans de presse écrite et quelques recueils de textes. Et pourtant, elle n’aimait pas ce média qui distrayait les foules et les empêchait de lire.

Rentrée littéraire 2018 : les déceptions

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          Je sais, je sais, j’ai des mois de retard pour vous parler de la rentrée littéraire 2018. Mais il faut dire que les déceptions se sont enchaînées et j’ai eu le plus grand mal à en venir à bout. Il y aura même deux articles qui leur seront consacrés : celui-ci, sur les vrai bonnes grosses déceptions, les livres qui me sont tombés des mains ; et un autre sur le demi-déceptions, les livres que j’aurais pu aimer dont je n’ai pourtant pas réussi à venir à bout. Voici donc mes flops de la rentrée.

 

Capitaine, Adrien Bosc

 

          Le 24 mars 1941, le Capitaine-Paul-Lemerle quitte le port de Marseille, avec à son bord les réprouvés de la France de Vichy et d’une Europe en feu, les immigrés de l’Est et républicains espagnols en exil, les juifs et apatrides, les écrivains surréalistes et artistes décadents, les savants et affairistes.

Couverture de Capitaine d'Adrien BoscLe premier roman que j’ai lu de cette rentrée. J’avais entendu dire le plus grand bien du précédent roman d’Adrien Bosc et n’ayant jamais rien lu de lui j’avais donc hâte de découvrir sa plume. D’autant plus que c’est une période qui m’attire ça avait donc de bonnes chances de me plaire. Déception immédiate. Ce livre a un des styles les plus imbuvables que j’ai jamais lus (ce qui n’est pas peu dire !). Ce n’est pas à proprement parler mal écrit. L’auteur emploie un vocabulaire ronflant, fait des phrases tarabiscotées et étale sa culture autant qu’il le peut. J’ai rarement vu un déballage aussi indécent. C’est brouillon, pompeux, pédant, en bref, illisible. Grand moment de perplexité mêlée d’agacement. A mes yeux un des pires titres de cette rentrée.

Lam fut frappé par cette façon si particulière que Paris offrait de vivre, entre cloche et vernissages. Il rencontra André Masson, Georges Bataille, Oscar Dominguez, Asger Jorn, Victor Brauner ou Joan Miró.

Empreintes de crabe, Patrice Nganang

 

          C’est la première fois que Nithap rend visite à son fils installé aux États-Unis. Il a accepté de quitter Bangwa, cette ville où il a toujours vécu. Mais le séjour se prolonge : Nithap est malade et son fils veut le garder auprès de lui. Celui-ci refuse que son père se laisse mourir. Il entend connaître enfin cet homme si secret auprès duquel il a grandi.

Couverture d'Empreintes de crabe de Patrice NganangLe sujet m’attirait beaucoup. Je ne suis pas spécialement férue d’affaires de famille (quoique je les préfère en littérature qu’au cinéma) mais j’aime généralement les romans sur l’exil. Un sujet qui me touche beaucoup. Cette fois, on semblait bien partis. En plus c’est plutôt bien écrit, dans un style assez sobre, ma foi, ça se laisse lire sans déplaisir ni trop d’efforts. Enfin, au début. Malheureusement j’ai trouvé les personnages très peu attachants. Impossible de savoir qui du père ou du fils m’agaçait le plus… Difficile de s’intéresser à leur histoire dans ces conditions, un drame intimiste dont on n’apprécie pas les protagonistes, c’est toujours plus compliqué à apprécier, surtout que c’est très long à démarrer. Il n’aura fallu que quelques pages de relations familiales à la fois irritantes et insipides pour m’ôter l’envie d’en savoir plus sur cette histoire qui pourtant me tentait bien.

La fierté est un derrière bien douloureux, quand il n’est pas assis sur un siège confortable.

Trois fois la fin du monde, Sophie Divry

 

          Après un braquage avec son frère qui se termine mal, Joseph Kamal est jeté en prison. Gardes et détenus rivalisent de brutalité, le jeune homme doit courber la tête et s’adapter. Il voudrait que ce cauchemar s’arrête. Une explosion nucléaire lui permet d’échapper à cet enfer. Joseph se cache dans la zone interdite.

Couverture de trois fois la fin du monde de Sophie DivryJ’avais eu de bons échos sur ce roman, ce qui m’avait motivée à le lire bien que le sujet ne me tente qu’à moitié. Sur le même thème, j’avais beaucoup aimé le roman d’Antoine Volodine – mais bon, on est d’accord, tout le monde n’a pas son talent… Enfin, j’ai essayé quand même, on n’est jamais à l’abri d’une bonne surprise. Ni d’une mauvaise cela dit, comme la suite allait le montrer. Au début j’ai plutôt accroché, ça démarrait bien. Et puis, très vite, le style m’est sorti par les yeux, moi qui parle pourtant comme une charretière j’ai trouvé ça parfaitement grossier, un étalage de vulgarité qui n’apporte rien ni au style n’y à l’histoire et ne fait à la longue que rendre le personnage antipathique. Un style pauvre, une histoire pas très palpitante et un personnage creux, je crois qu’on peut dire que j’ai trouvé ça franchement mauvais.

J’ai tué un flic, putain, je le crois pas… Le pire, c’est qu’c’est même pas kiffant. Je suis bloqué ici, du coup, avec cette histoire. Bloqué de chez bloqué. Tueur de flics, c’est encore plus chaud au tribunal que braqueur.

Le chien rouge, Philippe Ségur

 

          Poussé à bout par son métier et ses contemporains, Peter, qui ne comprend plus le monde dans lequel il vit, pète un câble et craque. On lui prescrit un formidable cocktail d’antidépresseurs, somnifères et anxiolytiques. La personnalité de notre héros se modifie : il rompt avec son amie, rejette sa vie bourgeoise et part s’installer dans les bois.

Couverture du chien rouge de Philippe SégurVoici un livre que j’attendais avec impatience. Je ne connaissais pas l’auteur mais le résumé me plaisait beaucoup, ça semblait plein d’humour et je pensais me retrouver dans le côté ermite cynique. Pétage de plombs, cocktail de médicaments explosif, fuite dans la nature : je pensais m’y retrouver un peu et j’étais très curieuse de voir ce que ça aller donner. Sauf que pas du tout. Dès le début j’ai compris mon erreur. Ce que j’avais espéré drôle, spirituel, décalé, s’est avéré prétentieux, intello et nombriliste. Totale erreur de casting. Le personnage est une caricature de prof qui a pété les plombs, je n’ai pas éprouvé la moindre empathie et je n’ai pas bien vu où tout ça pouvait bien aller. Le tout aspergé de pseudo philosophie à deux balles totalement assommante. C’est pédant et moralisateur, sans parvenir à sortir du carcan que ça dénonce. Finalement le mieux dans ce roman c’est sa quatrième de couverture. Une lecture fastidieuse et sans intérêt.

Nous appauvrissions la langue par la suppression du neutre et la féminisation des fonctions, rendions les textes illisibles par des tirets imbécil-e-s- et nous plaignions des violences faites aux femmes, mais nul ne semblait avoir envie d’en finir avec la vulgarité des amuseurs, le culte de la pub et le règne du porno.

Made in Trenton, Tadzio Koelb

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          New Jersey, 1946. Alors que le monde sort tout juste des horreurs de la guerre, travailler dans l’industrie florissante de Trenton est une des clés de l’émancipation pour les classes populaires de la côte est des États-Unis. Le rêve américain fonctionne à plein, et le mystérieux Abe Kunstler, nouveau venu à l’usine, semble déterminé à en tirer parti. Travailleur obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l’archétype du col bleu : sauf qu’Abe est un mirage, un imposteur qui cache un terrible secret.

couverture de made in trenton

          Toujours pas de gros coup de cœur dans cette rentrée littéraire mais voici au moins un roman dont je suis venue (péniblement) à bout. C’est déjà un progrès vu que j’en ai abandonné la plupart. J’avoue que celui-ci à failli subir le même sort mais j’ai tenu bon. J’en avais entendu dire le plus grand bien de ce premier roman singulier mais j’ai immédiatement déchanté aux premières lignes de cette lecture. Je n’ai pas du tout, du tout accroché avec le style froid et impersonnel (même si ça colle assez bien avec le personnage, admettons-le). Je ne sais pas si c’est moi mais à une ou deux exceptions près en ce moment aucun style ne trouve grâce à mes yeux dans les nouveautés : trop sec ou trop intello, il n’y a pas trop de juste milieu.

          Bref, le style donc, pas trop ma tasse de thé. Ensuite, le personnage aurait pu – aurait dû même – être intéressant : une femme qui tue son mari et prend sa place après la guerre en se faisant passer pour un homme, il y a quand même un sacré potentiel côté dramaturgie et psychologie. Sauf que le personnage est extrêmement antipathique. Du genre gros con misogyne plus vrai que nature. On n’accède que très peu à ses pensée et il est totalement impénétrable en plus d’être carrément tordu. Ca se justifie tout à fait par la nécessité de se cacher et de vouloir passer pour « un homme un vrai » avec tout ce que ça peut supposer de violence pour cacher son secret mais n’empêche, niveau zéro de l’empathie en ce qui me concerne.

          Dans un second temps, le roman se consacre au fils du personnage principal. Je vous épargne la manière dont il a réussi à avoir un fils… Le fils a peur de son père qui est déçu que son fils ne soit pas un gros dur. Bonne ambiance à la maison. Il est évidemment question de mensonges, de secrets, de reproches. Le personnage du fils ne m’a guère été plus sympathique, c’est un ado paumé assez peu charismatique. Et le père déjà pas très chaleureux devient en plus alcoolique et violent qu’il ne l’était déjà. C’est pour le moins pesant. Je n’ai pas trop accroché avec ce roman, son style, ses personnages, rien ne m’a franchement emballée même si le point de départ est pour le moins original et que l’ambiance de cette petite ville ouvrière est bien retranscrite. Si je n’ai pas à proprement parlé apprécié cette lecture, je dois toutefois lui reconnaître une certaine originalité, un style à part et un côté dérangeant qui méritent quand même qu’on s’y arrête. Le genre de roman qui ne laisse pas indifférent.

Portrait de Tadzio Koelb

Elle ne ressentit jamais rien de semblable au désespoir larmoyant de sa mère. Elle pensait alors que c’était parce que déjà alors elle était laide et le savait, et que la laideur l’avait protégée de la douleur, pu plutôt que c’était en soi une si grande douleur que toutes les autres semblaient moindre en comparaison.

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Ils n’arrêtent pas de dire que l’armée et la guerre, ça fait de vous un homme, mais à aucun moment je n’ai été un homme là-bas, si par homme on veut dire humain. J’aurais éventré n’importe lequel d’entre vous pour sauver ma propre peau, voilà la vérité.

Mary Shelley et Frankenstein

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Mary Shelley

          Drame historique britannique de Haifaa Al Mansour avec Elle Fanning, Douglas Booth, Tom Sturridge

          En 1814, Mary Wollstonecraft Godwin entame une relation passionnée et scandaleuse avec le poète Percy Shelley et s’enfuit avec lui. Elle a 16 ans. Condamné par les bienpensants, leur amour tumultueux se nourrit de leurs idées progressistes. En 1816, le couple est invité à passer l’été à Genève, au bord du lac Léman, dans la demeure de Lord Byron. Lors d’une nuit d’orage, à la faveur d’un pari, Mary a l’idée du personnage de Frankenstein. Dans une société qui ne laissait aucune place aux femmes de lettres, Mary Shelley, 18 ans à peine, allait révolutionner la littérature et marquer la culture populaire à tout jamais.

Affiche du film Mary Shelley

          Je suis assez mitigée sur ce film et ne sais pas trop que penser. J’étais curieuse de le découvrir, ayant lu Frankenstein adolescente et ignorant à peu près tout de son autrice. J’aime généralement les biopics d’auteurs, j’étais donc très curieuse. Je dois avouer que j’ai été assez impressionnée dans l’ensemble par les choix de vie de Mary Shelley, fort peu conventionnels. Et encore le mot est faible, ils étaient tout bonnement scandaleux pour l’époque ! Cela m’a donné envie d’en savoir plus sur elle, elle semblait assez peu soucieuse des convenances, ce qui attire toujours ma sympathie et m’impressionne assez fortement.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malheureusement j’ai eu l’impression que le film fournissait une version de sa vie très partiale. Il semblerait que sa relation avec Shelley ait été certes tumultueuse mais surtout assez libre. Dans le film, elle est présentée comme subissant constamment cette relation et comme particulièrement malheureuse du comportement de son amant. Je soupçonne vaguement que la réalité a dû être plus nuancée et plus complexe. L’image de cruche pétrie de romantisme me semble assez mal coller avec les faits, d’où une impression très bizarre durant tout le film d’un personnage dont la psychologie ne collerait jamais avec les actes. On espère un personnage féminin fort et indépendant – ce qu’était a priori Mary Shelley – et on se retrouve dans le schéma de la fille délaissée qui chouine pour obtenir des miettes de l’attention de son amant. Cette vision simpliste des choses m’a révoltée. Ne peut-on pas imaginer que si elle a choisi de s’enfuir en dépit des convenances, de parcourir l’Europe avec son amant et de traîner ses guêtres avec des esprits aussi libres que le fût Lord Byron, malgré les difficultés que cela a pu comporter, elle y trouvait un minimum son compte, au moins d’un point de vue intellectuel ?

Image du film Mary Shelley

          C’était pour l’aspect purement historique et psychologique (un petit tour sur internet m’aura appris par la suite qu’en effet, de nombreuses libertés ont été prises avec la vérité et qu’il y a beaucoup de raccourcis dans cette histoire – probablement beaucoup trop même pour se faire une idée de l’incroyable personnalité de la jeune femme). Malheureusement, la réalisation n’arrange pas les choses. C’est terriblement convenu ! C’est assez plat et très très classique. Ce que j’ai trouvé dommage pour parler de gens au mode de vie si débridé. Ca ne leur rend vraiment pas hommage. Que ce soit sur la forme où sur le fond, le film ne parvient pas à se dépêtrer des codes qu’il devrait pourtant briser. En bref, on s’ennuie un peu. La musique ne m’a guère convaincue (comme toujours me direz-vous), quant aux acteurs, je reste là aussi assez dubitative. Je n’irais pas jusqu’à dire qu’ils sont mauvais mais la nuance n’est pas forcément au rendez-vous. M. Shelley semble incapable de montrer le moindre sentiment quand Mme semble incapable de la moindre fougue.

Image extraite du film Mary Shelley

          Malgré un nombre de défauts assez incroyables pour ce film, il n’est pas aussi soporifique qu’on pourrait le craindre. Bien qu’édulcorée, l’histoire n’en demeure pas moins intéressante et pleine de rebondissements. Si les personnages ont été revus pour coller mieux à l’inconscient collectif pour une raison qui continue à m’échapper (monsieur est un connard, madame une pauvre fille qui s’est fait avoir), ils n’en demeurent pas moins assez intéressants si on essaie de combler les lacunes béantes laissées par l’écriture. L’aspect féministe dont on parlait tant au sujet de ce film m’a échappé. L’idée est bien présente au début dans le ton larmoyant brouille franchement les pistes. Bien que la notion de féminisme soit sans cesse soulignée avec un total manque de subtilité, je n’ai pas vraiment trouvé qu’elle soit particulièrement mise en avant dans l’écriture.

Image extraite du film Mary Shelley

          Il y a toutefois une chose que j’ai particulièrement appréciée dans ce film : il m’a donné terriblement envie de relire Frankenstein dont il éclaire l’écriture d’un jour nouveau. La genèse de la création est absolument passionnante. Ca tombe bien, elle est le fil rouge du film ! C’est de très loin l’aspect le plus réussi, même si là encore, après quelques recherches, de grandes libertés ont été prises avec les faits, à la fois pour simplifier et pour plus de drama (comme s’il n’y en avait pas eu assez dans la vue de cette femme !). Le résultat est toutefois là : si j’ai trouvé pas mal de défauts à ce film, très moyen quant à la réalisation et qui m’a laissé de gros doute quant à l’honnêteté intellectuelle du fond, il m’a donné envie de relire Frankenstein et de me pencher de plus près sur la vie de son auteur (avec une vraie biographie bien austère s’il le faut). Il a attisé ma curiosité, et rien que pour ça, ça valait le coup.

Frankenstein ou le Prométhée moderne

          Victor Frankenstein, scientifique genevois, est recueilli sur la banquise par un équipage faisant route vers le Pôle Nord. Très tourmenté, il livre son histoire au capitaine du bateau : quelque temps auparavant, il est parvenu à donner la vie à une créature surhumaine. Mais celle-ci sème bientôt la terreur autour d’elle…

          Et dooooonc… puisque j’en crevais d’envie et que je voyais tout à coup sa création sous un jour nouveau, je me suis empressée de relire Frankenstein. En fouillant ma bibliothèque, je me suis aperçue qu’à 12 ou 13 ans (voire même avant ? impossible de me rappeler !) j’avais lu la version abrégée. Je me suis donc procuré la version « normale » pour cette relecture. J’ai voulu me procurer une version bilingue pour essayer de le lire en anglais mais la mise en page était super mal foutue. De toute façon vu le niveau de langue en français, en anglais je n’aurais pas compris un traître mot ! Pas de regrets donc. Enfin pas trop en tout cas.

Couverture de Frankenstein

          J’avais beaucoup aimé cette lecture étant adolescente, je l’avais trouvé exaltante, j’avais compati à la solitude du monstre autant qu’à la frayeur de son créateur. Après avoir vu le film, je m’attendais à retrouver toutes ces émotions, en ayant en plus les clefs nécessaires pour mieux les analyser, c’était si prometteur. C’est donc le moment de vous dire que j’ai détesté. J’ai trouvé ce bouquin absolument imbuvable de bout en bout. Le point positif ? le style ! Sans hésiter, c’est beau, mais que c’est beau… On ne croise clairement pas une plume pareille tous les jours, stylistiquement, c’est splendide (et pourtant, j’ai quelques doutes sur la qualité de la traduction de l’époque). Le problème ? Tout le reste.

          Les personnages sont caricaturaux. Ils sont tous beaux, brillants et gentils. Sauf le monstre qui devient méchant parce qu’il n’a pas eu d’amour mais il fallait bien un contre exemple sinon il n’y aurait pas d’histoire. Par contre je trouve qu’il apprend foutrement vite. Je n’ai jamais essayé d’assembler des membres privés de vie dans ma chambre pour m’en faire un copain mais quelque chose me dit qu’il y aurait bien peu de chances que ça devienne un esprit aussi brillant – mais aussi torturé, peut-être bien en revanche. Tous les personnages sans exceptions sont imbus d’eux-mêmes, narcissiques à souhaits et ne semblent s’intéresser qu’à leur petite existence et éventuellement celle de leurs proches quand ils lèvent les yeux 2 secondes pour arrêter de se regarder le nombril. Ils passent alors leur temps à se congratuler mutuellement. Charmant tableau.

Frankenstein's_monster_(Boris_Karloff)

          Ca blablate, ça blablate, tout le monde s’entre-félicite et le roman est terriblement long à en venir aux faits. Vraiment très très très long… J’ai continué ma lecture, attendant avec impatience l’incroyable tirade du monstre. Mais bon, finalement il ressemble à son maître : il s’extasie de sa propre intelligence et chouine quand ça ne va pas comme il veut. Certes, lui au moins a de bonnes raisons mais ça ne le rend pas beaucoup plus sympathiques. C’est presque un exploit finalement, j’ai détesté tous les personnages de ce roman. Sauf le bon copain, lui il est potable, juste un peu con et très mal entouré. Je veux bien croire que c’est sa solitude qui a valu à Mary Shelley d’écrire ça mais son entourage d’intellos ravagés par l’alcool a visiblement bien déteint sur les personnages quand même ce qui nuit fortement à la tension dramatique.

          Pas simple d’apprécier ce texte si on n’est pas un fanatique de romantisme débridé, sauf si on est encore jeune et idéaliste puisque ça semblait fonctionner sur moi quand j’étais pré-ado et qu’après avoir mené ma petite enquête, je ne suis pas la seule à avoir ressenti ce texte très différemment à l’âge adulte. Les amateurs de lyrisme pourraient également y trouver leur compte parce que le moins qu’on puisse dire c’est que ça ne fait pas dans la dentelle de ce côté-là (mais bordel que c’est beau – insupportable mais beau). Grosse déception que ce Frankenstein malgré une plume splendide. En revanche, ça ne m’a pas fait passer l’envie de me pencher de plus près sur la vie de Mary Shelley.

Portrait de Mary Shelley

Les travaux des hommes de génie, même poursuivis dans de fausses directions, ne manquent presque jamais de se révéler, en fin de compte, nettement bénéfique au genre humain.

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Si je suis méchant, c’est que je suis malheureux. Ne suis-je pas repoussé et haï par tous les hommes ? Toi, mon créateur, tu voudrais me lacérer et triompher de moi ; souviens-t’en et dis-moi pourquoi il me faudrait avoir davantage pitié de l’homme qu’il n’a pitié de moi ?