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Lecture : quelques déceptions

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L’archipel du chien, Philippe Claudel

 

Trois cadavres échouent sur la plage d’une île paisible de l’Archipel du Chien ; une petite île de pêcheurs et d’agriculteurs peuplée d’une poignée d’individus qui se connaissent tous. Révéler la présence de ces malheureux migrants risquerait de compromettre un projet d’hôtel thermal censé raviver l’économie. Le Maire et le Docteur décident d’escamoter les corps.

Couverture de L'archipel du chienDe Philippe Claudel, j’avais adoré Le rapport Brodeck, seul roman que j’ai lu de lui, bien que Les âmes grises attendent sur mes étagères depuis près de 15 ans (à tel point que je les avais oubliées, et j’avais même oublié que c’était de lui). Les migrants, le communautarisme, le sujet de celui-ci me tentait bien et je ne doutais pas une seconde que l’auteur de traiterait avec brio. Ou plutôt devrais-je dire avec tact. Sauf que cette fois, je n’ai pas réussi à rentrer dans son univers. C’est sombre, c’est mesquin, c’est petit, c’est terriblement humain en somme. Je ne doute pas qu’au final ce soit une peinture au vitriol de notre société mais je n’ai pas du tout réussi à m’intéresser à cette histoire qui m’a agacée plus qu’autre chose. Sans doute parce que tous les personnages m’étaient antipathiques cette fois, je n’ai pas trouvé grand chose à quoi me raccrocher. Je suis totalement passée à côté de ce texte. Dommage.

La plupart des hommes ne soupçonnent pas chez eux la part sombre que pourtant tous ils possèdent. Ce sont souvent les circonstances qui la révèlent, guerres, famines, catastrophes, révolutions, génocides. Alors quand ils la contemplent pour la première fois, dans le secret de leur conscience, ils en sont horrifiés et ils frissonnent.

Au rendez-vous des élégantes, Susana Lopez Rubio

 

La Havane, 1947. Patricio débarque à Cuba. Débrouillard, le garçon trouve vite ses marques. Après avoir été cireur de chaussures puis vendeur de billets de tombola, le voilà homme à tout faire à El Encanto, prestigieuse enseigne de la ville, qui rivalise avec les grands magasins parisiens. Patricio apprend vite, il gravit les échelons. D’autant qu’il veut éblouir la mystérieuse Gloria, la plus belle femme de l’île, et sans doute aussi la plus inaccessible puisqu’elle est mariée au chef de la mafia… 

Couverture du roman Au rendez-vous des élégantesLe résumé de ce livre me tentait bien : Cuba après guerre, un jeune immigré espagnol qui cire des chaussures pour gagner sa vie avant de devenir vendeur dans un grand magasin et de tomber sous le charme de la femme la plus inaccessible de ville, mariée au chef de la mafia ; tout ça me semblait plutôt sympathique. Bien que je ne sois pas une adepte de romance, le contexte historique et le décor cubain me semblaient être l’assurance de passer un bon moment. Malheureusement, le résultat s’est avéré assez décevant. Pour commencer, ce n’est pas très bien écrit. Le style est plat et sans grand intérêt. Le reste est à l’avenant. Le personnage de Patricio est sympathique mais c’est bien là le seul point fort du roman. Le contexte historique et social n’est quasiment pas évoqué (alors qu’il y avait pourtant là un sujet passionnant !), les personnages manquent cruellement de profondeur et plus on avance dans le roman, plus leurs relations deviennent improbable, perdant au fil des pages toujours plus en crédibilité – et en intérêt. C’est dommage, il y avait un beau potentiel qui est bien mal exploité. Si ça se laisse lire sans déplaisir, c’est loin d’être un grand roman.

Ma mère me disait souvent : « Quand on né sous une bonne étoile, il faut être reconnaissant. » Et je crois que personne n’était né sous meilleure étoile que la mienne.

Maudits, Joyce Carol Oates

 

En juin 1905, dans la petite communauté anglo-saxonne de Princeton, Annabel Slade est enlevée le jour de son mariage. Le coupable pourrait être le diable en personne. D’autres événements surnaturels ont lieu dans ce qui fut un havre de paix. Les victimes qu’ils soient politicien, directeur d’université ou écrivain sont sujettes à des visions maléfiques.

Couverture de Maudits de Joyce Carol OatesJ’ai découvert Joyce Carol Oates il y a quelques années et je suis de suite tombée amoureuse de sa plume acérée. Un univers sombre et un regard sur le monde d’une grande justesse. Elle décortique nos sociétés sans concessions. Ses textes sont toujours sombres et tranchants, on n’en ressort jamais tout à fait indemne. Quand mon amie Catherine m’a offert celui-ci, j’ai donc été très touchée par ce cadeau. J’ai attendu longtemps pour me lancer parce que c’est tout de même un sacré pavé. J’ai donc prévu un moment où j’avais du temps pour me poser et savourer ma lecture. Et là, c’est le drame… pour la première fois, je n’ai pas du tout accroché avec le style de l’auteur ! Je l’ai trouvé vieillot et affecté. L’univers ne m’a guère plus emballée. La structure du roman est très lourde, avec un auteur fictif qui commente son propre texte. Ca manque de subtilité et rend le texte assez pénible à lire. C’est terriblement ampoulé. J’ai abandonné au bout d’une centaine de pages, cette lecture était un vrai supplice. Le pire étant que je m’en veux terriblement de ne pas avoir aimé…

Une grosse cloche sonnait les heures. Un son qui semblait résonner sous les eaux, de même que nous semblions les habitants d’une mer ancienne.
Et parfois ce son était creux, morne, oppressant et sourd, comme s’il venait de l’intérieur, de la moelle de nos os.

Pour l’amour des livres, Michel Le Bris

 

Nous naissons, nous grandissons, le plus souvent sans même en prendre la mesure, dans le bruissement des milliers de récits, de romans, de poèmes, qui nous ont précédés. Sans eux, sans leur musique en nous pour nous guider, nous resterions tels des enfants perdus dans les forêts obscures. N’étaient-ils pas déjà là qui nous attendaient, jalons laissés par dautres en chemin, dessinant peu à peu un visage à linconnu du monde, jusqu’à le rendre habitable ? Ils nous sont, si lon y réfléchit, notre première et notre véritable demeure. Notre miroir, aussi.

Couverture de Pour l'amour des livres de Michel le BrisEh voilà, je me suis encore faite avoir, il y avait le mot « livres » dans un titre et j’ai cédé à l’appel de la curiosité. Il faut dire aussi qu’à priori Michel Le Bris est plutôt une valeur sûre, je ne prenais pas grand risque. Sauf celui de m’ennuyer à périr visiblement. Il énumère sans fin les livres qu’il a aimés, quand ? comment ? pourquoi ? les rencontres qui en ont découlé, l’impact qu’à eu la lecture sur sa vie. J’ai eu le plus grand mal à m’y intéresser. C’est érudit et compassé. J’ai trop souvent eu l’impression d’un étalage de culture sans fin (même si effectivement la culture de l’auteur ne fait aucun doute). J’ai trouvé ça très égocentré, le texte peine à prendre de la hauteur et donner un aspect universel au propos. C’est bien écrit et il y a quelques jolis passages, mais l’ensemble m’a paru assez vain.

Evidente, l’oeuvre d’art n’en reste pas moins à jamais intraduisible, inexplicable, indicible par quelque autre langage- puisqu’elle ne renvoie qu’à elle-même.

Au-delà des frontières, Andréï Makine

 

Un jour, nous nous sommes croisés près d’un lycée-une cohue d’enfants de bobos qui fumaient, assis sur le macadam souillé de crottes, écoutaient du rap sur leur portable, salivaient en se faisant des bises. Bien nourris, orduriers de langage, infects dans leurs corps qui avaient déjà tout goûté sans aimer. Cette moisissure allait gagner les médias, l’enseignement, les partis politiques.

Couverture du roman Au-delà des frontièresUne de mes plus cruelles déceptions depuis bien longtemps ! Voire même depuis toujours… S’il m’arrive bien sûr de lire des livres que je ne trouve pas terribles, voire même parfois des livres qui me tombent des mains, des livres qui m’agacent ou me mettent en colère, il est beaucoup plus rare que cela provienne de ceux dont j’ai le plus attendu. Andréï Makine est l’un de mes auteurs contemporains favoris. J’ai lu quasi tous ses romans, je les ai tous aimés. A différents degrés bien sûr, certains sont plus réussis que d’autres, plus touchants, mais dans l’ensemble, aucune déception majeure à signaler en plus de 15 ans. Certains de ses romans m’ont fait pleurer, j’aime la délicatesse de son style et les thèmes qu’il aborde. J’ai même songé à lui consacrer une thèse si je devais en faire une un jour ! J’attendais avec impatience ce nouveau livre, comme toujours. Et j’ai été terriblement déçue. Pire que ça même. Je n’ai pas les mots pour exprimer ma désillusion. Je n’ai pas retrouvé la beauté de son style, c’est terriblement pompeux et pédant. Tout sauf une partie de plaisir. Quant à l’histoire, il y a une mise en abîme pas très fine et plus dérangeante qu’autre chose, sur fond de thèses puantes et de grand remplacement. Je ne saurais dire le positionnement de l’auteur et le sens de son propos, ce qui m’a mise profondément mal à l’aise. A tel point que je me suis demandée si je ne devrais pas regarder toute son œuvre sous un autre œil… Je n’ai pas réussi à aller au bout de ce livre nauséabond.

Je suis alors frappé par cette évidence : racisme et antiracisme, passéisme et révolution, laïcisme et fanatisme, cosmopolitisme et populisme sont deux moitiés d’une même scène où s’affrontent les acteurs, incapables de quitter ce théâtre. Or, la vérité de l’homme est en dehors des tréteaux !

Le voleur d’eau, Claire Hajaj

 

A la mort de son père, Nick, un jeune architecte idéaliste, décide de quitter sa confortable vie londonienne pour faire du bénévolat en Afrique. Dans un village isolé à la lisière du Sahara, il a pour mission de bâtir un hôpital pour enfants. Mais immergé dans une culture différente, il perd ses repères. Lorsqu’il se rend compte que la construction d’un puits pourrait sauver les habitants, il prend une décision qui aura de tragiques conséquences dans la vie de tous ceux qui l’entourent.

Couverture du roman Le voleur d'eauSur le papier, ce livre avait tout pour me plaire, exactement le type d’histoire que j’aime bien, à la découverte d’une autre culture. Dès le début, j’ai eu du mal avec le style, j’ai trouvé ça assez mal écrit (mal traduit peut-être ? voire les deux ?). Ce n’est pas vraiment mauvais mais plutôt maladroit, un peu bancal, pas très agréable à lire en somme. Le personnage principal – un jeune blanc bec en pleine crise existentielle qui débarque comme un sauveur – m’a profondément agacée même si on ne peut nier qu’il est assez crédible (sauf peut-être sur les raisons assez floues de son départ). Ses relations à la famille qui l’accueille m’ont laissée perplexe, je les trouve assez peu réalistes, elles auraient surement mérité d’être construites avec plus de finesse. J’ai eu du mal à rentrer dans l’histoire. Sans avoir rien de spécial à reprocher à ce roman, j’ai trouvé qu’il y avait beaucoup mieux dans le même style. Le tout est assez lourd et pas particulièrement palpitant, je n’en suis pas venue à bout, ne parvenant pas vraiment à être convaincue par ce qu’il s’y passait.

Le bruissement des feuilles, Karen Viggers

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          Miki, dix-sept ans, vit coupée du monde depuis l’incendie qui a coûté la vie à ses parents. Sous le joug de son frère Kurt, un chrétien fondamentaliste, elle travaille comme serveuse dans leur restaurant et le soir, se rêve en héroïne de romans. Lors d’une escapade secrète en forêt, elle fait la rencontre de Leon, un garde forestier tout juste installé en Tasmanie. Les deux jeunes gens se donnent alors une mission extraordinaire : sauver les diables de Tasmanie de l’extinction.

          J’avais entendu dire beaucoup de bien du précédent ouvrage de Karen Viggers. Je ne l’avais pas lu mais quand j’ai su qu’elle en sortait un nouveau, je me suis dit que ce serait l’occasion de la découvrir. On y retrouve d’ailleurs le même personnage, mais ne pas avoir lu le premier ne gêne en rien la lecture de celui-ci, les deux histoires sont indépendantes et on ne trouve que quelques références discrètes à ce qui s’est passé précédemment. Si vous en avez toutefois l’occasion, c’est évidemment toujours plus agréable de lire les choses dans le bon ordre.

Couverture du roman Le bruissement des feuilles de Karen Viggers

          Dès les premières lignes, j’ai été séduite par le style que j’ai trouvé très beau. C’est bien écrit et agréable à lire. J’ai été vraiment surprise par la qualité de l’écriture, je ne sais pas pourquoi mais je ne m’attendais pas à ça, j’imaginais quelque chose de plus « facile », de la littérature assez légère du genre qu’on embarque avec soi pour la plage. Mais non, si le style est relativement sobre il a pourtant un petit je ne sais quoi qui m’a touchée. Je ne saurais l’expliquer au juste mais d’une certaine manière je me suis un peu reconnue dedans. Je crois que c’était juste exactement ce que j’avais envie de lire J’ai dévoré les 200 premières pages en quelques heures à peine ! Une fois ce livre commencé, je n’arrivais plus à le lâcher !

          Les personnages sont touchants. Je me suis rapidement attachée à eux et j’avais envie de savoir ce qui allait leur arriver. Comment Leon va-t-il réussir à s’intégrer dans sa nouvelle vie ? Sera-t-il finalement accepté par ses voisins ? Et Miki, arrivera-t-elle à se détacher de son frère qui la tient éloignée du monde ? Comment ? On a envie de savoir. Assez pour ne plus arriver à lâcher le livre une fois entamé. La galerie des personnages est très réussie, c’est clairement l’un des points forts de ce texte. Pour ne rien gâcher, le roman a pour toile de fond les réserves du Sud de l’Australie. L’autrice décrit les paysages avec une grande force évocatrice et on se croirait presque transportés dans ces forêts aux arbres géants.

Le diable de Tasmanie, photo de Mariusz Prusaczyk

Le diable de Tasmanie, photo de Mariusz Prusaczyk

          Il y a un sérieux fond de combat écologique dans ce roman qui n’est pas pour me déplaire. Il y est largement question de la sauvegarde du diable de Tasmanie (qui a une place centrale dans le texte) mais sont aussi abordées des questions telles que la déforestation d’une manière que j’ai trouvée intéressante. En effet, la parole est donnée aux deux parties : les bûcherons qui défendent leur gagne-pain et le garde forestier qui veut préserver le territoire. Des pistes de réflexion pour dépasser ce clivage sont abordées. C’est un des aspects du texte que j’ai apprécié, son engagement et la sensibilisation assez subtile à la préservation de l’environnement.

          Si j’ai dévoré la première moitié du texte d’une traite, la deuxième moitié est un peu en-dessous je trouve. Le rythme est moins maîtrisé, il y a quelques longueurs. J’ai été agréablement surprise de voir que l’histoire prenait un tour vaguement moins attendu que ce que j’imaginais, cependant sur la fin j’ai eu l’impression que les réactions des personnages se font parfois un peu plus niaises. D’engagé le textes glisse doucement vers des aspects parfois un peu mièvres qui m’ont un peu interpellée. Heureusement, ça reste quand même assez discret pour ne pas gâcher l’ensemble. Si j’ai été un peu déçue par les dernières pages qui m’ont semblé moins maîtrisées que le début du roman, j’ai beaucoup aimé le style de Karen Viggers et les thèmes abordés. Ca m’a donné envie de lire ses précédents romans et malgré un certain agacement parfois face aux réactions des personnages, j’ai refermé ce livre en me demandant ce qu’ils allaient devenir et je me suis surprise à espérer une suite que je lirai avec grand plaisir.

Portrait de karen Viggers

Le paysage comptait plusieurs strates. Comme les gens. Les arbres. Chaque élément complétait les autres et chaque élément était différent. Elle aimait la façon tout cela s’imbriquait pour former un tout. Un paysage. Un pays. Un monde. Tout était là.

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Miki voulait aussi naître au monde et rencontrer des gens. Avoir une chance de faire leur connaissance. D’être indépendante. De tomber amoureuse. De se tromper. Mais elle voyait quand tout cela pourrait arriver. Pour l’instant, elle devrait trouver son bonheur dans les livres.

La fille au sourire de perles

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          Clemantine Wamariya a six ans quand le conflit rwandais éclate en 1994. Avec sa sœur Claire, quinze ans, elles doivent fuir les massacres et traversent sept pays d’Afrique pour échapper à la violence. Sans nouvelles de leur famille, elles affrontent la faim, la soif, les camps de réfugiés, la misère et la cruauté pendant six ans avant d’arriver aux États-Unis. À Chicago, les deux sœurs empruntent des chemins différents. Tandis que l’aînée, mère célibataire, a du mal à joindre les deux bouts, Clemantine, recueillie par une famille américaine, est promise à un avenir brillant. Un véritable rêve américain s’offre à elle : elle devient pom-pom girl et fait de brillantes études en école privée qui la mèneront jusqu’à Yale. Mais comment se reconstruire après une telle épreuve ?

          Vous le savez peut-être, j’ai toujours eu un faible pour les témoignages, notamment sur la guerre et/ou exil, j’étais donc contente de me lancer dans la lecture de celui-ci, d’autant plus que j’ai lu relativement peu de choses sur le Rwanda (à part un ou deux romans, mais que je me souvienne, aucun témoignage sur la fuite du pays). Lorsque la guerre éclate Clémantine est encore une petite fille. Elle et sa sœur sont envoyées chez leur grand-mère où leurs parents espèrent qu’elles seront à l’abri des combats. Elles échappent de peu au massacre dans le village et doivent fuir. Leur errance durera des années.

Couverture de La fille aux sourire de perles, Clémantine Wamariya

          L’histoire de ces deux sœurs est absolument incroyable. Des milliers de kilomètres parcourus sans savoir où aller. Aucun point chute et le malheur qui semble les poursuivre où qu’elles s’installent. Chaque moment de répit semble devoir se solder par un drame. Claire, la grande sœur, a une force de caractère impressionnante. Elle est inébranlable. Elle n’est qu’une adolescente et pourtant ses ressources semblent ne jamais devoir s’épuiser. Elle ne baisse jamais les bras et trouve toujours des solutions pour leur survie. Elle ne se contente pas de son sort de réfugiée et veut retrouver une vie « normale ».

          J’ai été très surprise dans ce récit. Il semble irréel tellement leur parcours est surhumain. Et ce ne sont que deux enfants ! J’ai lu pas mal de témoignages d’enfants fuyant la guerre mais pourtant j’ai trouvé celui-ci à part. Je crois que cela tient au fait que Claire, l’aînée, tient à garder la tête haute quelques soient les circonstances, elle ne s’avoue jamais vaincue et ne satisfait pas de son sort avant d’être aux Etats-Unis, où elle parvient à recréer un foyer et vivre librement. Il n’y a aucun pathos dans ce texte et même une distance qui peut paraître surprenante. C’est assez « froid » comme récit. Mécanique. La jeune fille s’en explique, disant que cette mise à distance était nécessaire dans la fuite.

          Les réflexions sur l’exil, sur leur parcours, puis sur son intégration aux Etats-Unis sont très intéressantes. Elle a une grande lucidité sur les mécanismes de défense mis en place au fil des années. Elle parle également des lectures qui l’ont aidée à trouver des cas similaires au sien, notamment des textes sur la Shoa. Sociologiquement parlant j’ai trouvé ça vraiment passionnant. Un texte dur qui surprend par la distance que l’auteur garde avec sa propre histoire. Difficile de s’imaginer ce qu’elle a traversé, de s’identifier à cette petite fille qui a été obligée de grandir bien trop vite. Mais le témoignage est intéressant et la réflexion autour de son propre parcours m’a impressionnée.

Portrait de Clemantine Wamariya

Prendre soin des êtres aimés, dans mon monde, n’était pas fondé sur l’affection, mais sur la peur de les perdre.

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Je veux qu’ils comprennent que vouloir s’enfermer dans de petites cases en fonction de sa classe sociale, de son ethnie, de sa religion – de tout, en réalité – révèle une pauvreté d’esprit, un manque d’imagination. Le monde est cruel et sans intérêt lorsque l’on s’isole.

Opium, Laure Garancher

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          Ma fille, tu as bientôt vingt ans et tu maîtrise tous les aspects de la politique chinoise et britannique. Il est temps que tu accomplisses ta première mission. Tu vas entrer au service de la famille Elron en tant que domestique. Sir Elron organise le commerce  clandestin de l’opium à Canton. Tu dois tout savoir de ce qu’il fait !

Couverture d'Opium, Laure Garancher

          Voici un roman graphique acheté il y a fort longtemps pour la simple et bonne raison que je trouvais sa couverture vraiment trop belle. Depuis il sommeillait dans me bibliothèque. J’ai profité d’un petit tri dans mes livres pour le ressortir enfin. Comme je vous le disais donc, je trouve la couverture très belle. A l’intérieur, j’ai été un peu déçue, j’ai trouvé le dessins moins abouti que ce à quoi je m’attendais. En revanche les planches d’ouverture de chapitre sont de toute beauté. Énorme coup de cœur à chaque fois. L’illustratrice a vraiment un talent fou !

Planche extraite d'Opium

          L’histoire est très réussie je trouve. J’y ai appris pas mal de choses sur la Chine. Il y a un gros fond historique que j’ai bien apprécié. Mais on y retrouve également des relations familiales intéressantes et des personnages assez fouillés. Une jolie histoire d’amour aussi. Beaucoup de sujet sont abordés en peu de mots : art, politique, traditions… on a un aperçu assez vaste de la Chine de l’époque. J’ai trouvé agréable d’avoir une histoire aussi fouillée avec si peu de texte. Un bel équilibre et des dessins très parlants qui m’ont vraiment séduite.

Planche extraite d'opium, roman graphique

          J’ai finalement bien apprécié cette lecture. Le dessin est parfois un peu « figé » mais nous plonge dans une ambiance particulière que j’ai beaucoup aimée. C’est coloré et plein de détails. Les pages de début de chapitre sont vraiment magnifiques, j’en mettrais bien une reproduction chez moi ! L’histoire est dense et bien racontée. J’ai aimé sa construction et sa richesse même si j’aurais parfois apprécié que certains chapitres soient plus développés. J’ai trouvé ce livre surprenant, je n’ai pas le souvenir d’avoir lu quelque chose d’approchant. Il est à la fois très beau et instructif. Aussi agréable à lire qu’à regarder. Une jolie découverte.

Dessin d'Opium, Laure Garancher

Mais, pour penser comme un peintre chinois il va falloir oublier beaucoup de choses, la perspective par exemple.
Un peintre chinois peut mettre plusieurs points de vue dans un même dessin, imaginer avec son esprit de voir la même scène sous différents angles.
Un proverbe chinois dit qu’admirer un paysage peint revient à faire un voyage en restant allongé sur son lit.

Une famille comme il faut, Rosa Ventrella

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          Dans la ville de Bari, au sud de l’Italie, tout le monde connaît Maria sous le nom de « Malacarne », un surnom que lui a donné sa grand-mère en raison de sa peau foncée et de sa nature impulsive qui la distinguent des filles de son âge. En 1984, Maria a neuf ans et grandit dans une famille pauvre, entourée de sa mère douce mais effacée et de son père violent et autoritaire. C’est auprès de son ami Michele, lui aussi en retrait de la vie de son quartier , qu’elle trouve refuge. Entre vieilles rancunes familiales et déterminisme social, Maria va devoir se battre pour s’affranchir et réaliser ses rêves.

          Encore une jolie surprise aux éditions Les Escales. Elles se multiplient en ce moment. J’ai vraiment beaucoup aimé ce roman qui m’a un peu rappelé dans l’esprit Maria Vittoria, lu il y a quelques temps, que j’avais également beaucoup apprécié. L’histoire est très différente pourtant. On est dans le Sud de l’Italie, dans les années 80. On suit une fillette au fort caractère qui doit se démener pour s’extraire de son milieu et réaliser son rêve d’étudier. Mais évidemment cela ne se fait pas sans quelques concessions, parfois bien difficiles à encaisser.

Couverture d'Une famille comme il faut

          J’ai beaucoup aimé le ton de ce livre, assez abrupt parfois, qui nous plonge dans une Italie pauvre et assez sombre, qui semble d’un autre temps. Mais où la vie de quartier et l’amitié tiennent toutefois une place importance. Une image assez éloignée de la « dolce vita » à l’italienne ! J’ai beaucoup aimé la manière dont le quartier et ses habitants sont décrits, avec une certaine dureté mais aussi de la tendresse qui se cache derrière la pudeur. Cette petite fille butée est attachante et j’ai aimé découvrir la galerie de personnages qui l’entourent.

          Les envies contradictoires qui l’animent sont, je trouve, très bien rendues et on ressent avec elle les doutes, les peurs, les hésitations. Tout aussi réussie, la peinture des relations de famille compliquées entre la violence du père, la douceur de la grand-mère et la lassitude de sa mère. Les amitiés enfantines tiennent également une place très importante ici et apporte une certaine douceur au récit. Faire des choix, grandir, c’est loin d’être chose aisée et je trouve que ce roman rend très bien tout cela. J’ai aimé le réalisme un peu âpre de ce texte. Une jolie découverte que ce roman touchant sur la fin de l’enfance.

Portrait de Rosa Ventrella

Il y avait de nombreux pères sans travail, même si mille réalités différentes se cachaient derrière le mot «chômeur»

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J’avais déjà appris à ne pas trop jubiler parce que le destin, tricheur et maléfique, était toujours prêt à nous faire faux bond.