Mes lectures

Rentré littéraire 2016 : lectures imprévues

Beaucoup de livres lus en cette rentrée. Une bonne vingtaine je dirais. Pas mal d’auteurs que je ne connaissais pas et de littérature étrangère, même si bien sûr j’ai aussi retrouvé quelques-uns de mes auteurs chouchous. Si j’ai tenu un bon rythme entre août et octobre, j’ai eu plus de mal à garder un rythme de lecture soutenu ces dernières semaines, d’où un dernier article sur la rentrée littéraire qui arrive au moment où ça parle déjà de la rentrée suivantes sur les autres blogs (oui mais ça va trop vite aussi !). Trois romans lus sur le tard, qui n’étaient pas prévus à mon programme initial. J’en ai un quatrième en cours mais vous le retrouverez prochainement dans un article sur un autre sujet.

L’autre qu’on adorait, Catherine Cusset

Un roman qui fait revivre Thomas, un homme d’une vitalité exubérante qui fut l’amant, puis le proche ami de la narratrice, et qui s’est suicidé à trente-neuf ans aux États-Unis.

L'autre qu'on adorait, couvertureOn m’avait dit beaucoup de bien de ce roman et j’avais hâte de le commencer. On entend beaucoup parler de Catherine Cusset depuis déjà plusieurs années et d’autant plus en cette rentrée où elle figurait sur les listes de plusieurs prix littéraires. Pourtant, dès les premières lignes j’ai senti poindre la déception. Le style… comment dire ? j’ai détesté ! Je n’aime pas du tout les livres écrits à le deuxième personne. Le « tu » qui s’adresse à quelqu’un d’autre que moi m’exaspère. J’ai trouvé difficile de comprendre qui était qui et parlait à qui. C’est assez confus. J’ai essayé de laisser une chance à ce roman mais rien a faire, quand ça ne veut pas, ça ne veut pas. J’ai désespérément cherché un roman écrit à la seconde personne que j’aurais aimé (à part l’introduction de Si par une nuit d’hiver un voyageur, mais là, c’est bien au lecteur que l’auteur s’adresse, pas à une tierce personne) mais à part les romans épistolaires je n’ai vraiment pas d’exemples. Si, Camille mon envollée, mais ça tient de la lettre, encore. Bref, je regrette un peu de ne pas être allée bien loin dans ma lecture, ce n’était peut-être pas si mal malgré un départ peu convaincant mais le blocage sur le style était particulièrement prononcé. Gros raté donc avec ce roman de la rentrée littéraire dont tout le monde parlait.

Il y a dans ce monde où tout s’use, où tout périt, une chose qui tombe en ruines, qui se détruit encore plus complétement , en laissant encore moins de vestiges que la Beauté : c’est le Chagrin.

Le grand jeu, Céline Minard

Une femme décide de s’isoler dans un refuge accroché à la paroi d’un massif montagneux. Elle s’impose la solitude, ainsi qu’un entraînement physique et spirituel intense. Elle cherche, dans cette mise à l’épreuve, à savoir comment vivre. Mais sa rencontre inattendue avec une ermite bouleverse ses plans.

Le Grand Jeu, couvertureAutre roman dont j’attendais beaucoup, sensiblement pour les mêmes raisons. On m’en avait dit du bien et surtout, le sujet, relativement rare en littérature, me tentait énormément. Quelqu’un qui décidé d’aller vivre en ermite en plein milieu de la montagne, ça me fait rêver. Mais là encore, je n’ai pas été aussi emballée que je l’attendais. Le début m’a assez convaincue. C’est bien écrit, dans un style énergique agréable à lire. Et l’idée d’une femme qui part vivre loin du monde dans un moment où je rêve d’ermitage m’allait on ne peut mieux. Au fil du récit malheureusement, j’ai un peu décroché (mais pas complètement non plus). Notre misanthrope fait une rencontre improbable qui m’a un peu dérangée. Je ne vous en dis pas plus, ne gâchons pas le suspens. Autre aspect un peu gênant, pour moi, le montagne c’est le lieu de l’introspection. Quand on est seul avec soi-même on a tendance à virer philosophe hors ici les pensée intimes de la narratrice passent complètement à la trappe, tout tourne autour de choses purement pratiques. C’est… froid. Si ce n’est pas inintéressant, ça m’a empêché de profiter de cette lecture autant que je l’espérais. Un livre original et bien écrit qui manque sérieusement de chaleur à mon goût.

Je ne peux pas, personne ne le peut, ne pas prêter attention à la présence d’un humain. D’une coccinelle, d’un geai, d’un isard, d’une souris, oui, mais pas d’un humain. C’est un fait. Dès que je vois un humain, j’ai l’idée d’une relation entre lui et moi. Je m’en rends compte. Je ne peux pas faire comme s’il n’existait pas.

Un hiver à Sokcho, Elisa Shua Dusapin

À Sokcho, petite ville portuaire proche de la Corée du Nord, une jeune Franco-coréenne qui n’est jamais allée en Europe rencontre un auteur de bande dessinée venu chercher l’inspiration depuis sa Normandie natale.

Un hiver à Sokcho, couvertureDécidément, les surprises de cette fin de saison n’auront pas été très bonnes. Ma libraire m’avait dit le plus grand bien ce livre, une pépite de la rentrée. Pour moi, la rentrée littéraire c’est aussi l’occasion de découvrir de nouveaux auteurs, de nouveaux univers, je me suis donc lancée sans hésiter. Ca a confirmé ce que je soupçonnais déjà : contrairement à son prédécesseur, nous n’avons pas les mêmes goûts ma libraire et moi. J’ai trouvé  ce petit roman d’un ennui mortel ! Si je reproche à Céline Minard une certaine froideur, là c’est carrément glacial. C’est loin d’être mal écrit mais c’est lent, c’est froid (vous me direz, c’est normal, ça se passe en hiver), les personnages ne m’ont pas inspiré plus de sympathie que ça et l’histoire bon… voilà quoi. Et ça pue l’amour à des kilomètres. Ce n’est pas mauvais, je n’ai juste pas réussi à m’y intéresser. Je n’en suis même pas venue à bout. Pas le bon moment peut-être, pas les bonnes dispositions. J’ai bien plus besoin d’aventures que d’ennui ces temps-ci ! Une délicatesse certaine mais une rencontre totalement ratée.

Suintant l’hiver et le poisson, Sokcho attendait.
Sokcho ne faisait qu’attendre. Les touristes, les bateaux, les hommes, le retour du printemps.

Le moins qu’on puisse dire c’est que je n’ai pas eu trop de chances avec ces romans qui ont rejoint ma bibliothèque sur le tard ! Heureusement que le reste de la rentrée avait été autrement plus convaincant. Vous pouvez les découvrir dans mes autres articles sur la rentrée littéraire 2016 : les premiers romans, les polars, la littérature française, la littérature étrangère et le résumé de tout ça, dans le bilan.

Mes lectures

Jean-Jean aux éditions Icinori

          Quand j’ai vu ce petit livre, je suis instantanément tombée amoureuse. C’est une petite pépite d’édition, ou plus précisément d’imprimerie. Une vraie merveille. Bon évidemment, comme tout ce qui est rare est cher, le prix semblera à certains un peu excessif pour le faible nombre de pages (chaque exemplaire est vendu 10€ en librairie) mais c’est tellement plus précieux qu’un livre de poche au papier tout fin et à l’encre qui bave. Disons que c’est totalement autre chose surtout. Cette collection se construit autour de plusieurs numéros qui ont chacun un thème. J’ai en ma possession les n°2 et n°3. Je les ai choisis un peu au hasard, en fonction des titres (les livres sont sous blister donc impossible de les feuilleter).

Jean-Jean, Icinori

          J’ai commencé par le n°2, Jean-Jean parce que le n°1, Loi, m’inspirait moins. J’ai été impressionnée par la qualité du travail. Le livre s’ouvre en accordéon et on peut donc en embrasser le contenu d’un coup d’œil – à condition d’avoir un peu de place quand même. L’impression est bicolore, le papier de qualité et l’aspect gaufré lui donne un charme fou. Le texte est dérivé de la comptine « Jean qui rit et Jean qui pleure ». A vrai dire, j’ai été bien plus séduite par la qualité rare de l’impression que par le contenu, même s’il s’avère plutôt sympathique.

Jean-Jean, Icinori

          Le n°3, Dessus-dessous, est du même acabit. Visuellement c’est toujours impeccable et le contenu poétique m’a beaucoup fait rire. J’ai été totalement conquise. Ces petits livres « parfaitement déraisonnables » comme le souligne leur éditeur, Icinori, sont proposés et tirage limité et donc numérotés. Au catalogue de l’éditeur on trouve aussi des affiches ou des magnifiques pop-up (pas trop dans mes moyens malheureusement). Une maison d’édition qui propose un catalogue original axé sur l’illustration de qualité. Vous pouvez en apprendre plus sur eux ici. Une maison d’édition coup de cœur qui séduira tous les amoureux d’imprimerie.

Mes lectures

Trois BD historiques

Communardes ! L’aristocrate fantôme

1871. Élisabeth Dmitrieff, une belle jeune femme russe devient la présidente du premier mouvement officiellement féministe d’Europe. Véritable passionaria socialiste et va-t-en-guerre, elle est envoyée par Karl Marx lui-même ! Sa beauté et sa verve, qui la distinguent des autres insurgées.

Communardes ! L'aristocrate fantomeVoici une BD que j’ai beaucoup aimée. Elle appartient à une série sur les femmes qui en 1871 se sont engagées dans la Commune de Paris. Vous pouvez en apprendre plus sur la naissance de cette série de Wilfrid Lupano ici. Elle compte trois tomes – dont L’aristocrate fantôme – dessinés chaque fois par un dessinateur différent, avec des histoires indépendantes, chacune sur une communarde. Le dessin est assez classique et très travaillé, j’ai vraiment beaucoup aimé (il est ici signé Anthony Jean). Il nous replonge immédiatement dans cette ambiance de révolte. Le personnage de l’aristocrate fantôme est fascinant. Je connais assez mal la période de la Commune et j’ai été ravie d’en apprendre plus à travers ce personnage haut en couleurs. Cette lecture m’a donné très envie de lire les autres tomes de la série, même si les histoires sont indépendantes. Une BD historique et féminine qui m’a pleinement convaincue.

Le maître d’armes

1537. Au fin fond du Jura, un envoyé de l’Église exacerbe la haine religieuse de montagnards catholiques afin qu’ils lancent une chasse à l’homme contre un jeune protestant et son guide. Leur crime ? Vouloir faire passer une Bible traduite en français jusqu’en Suisse pour la faire imprimer. Une hérésie ! Commence une traque impitoyable.

Le maitre d'armesAutre BD, autre contexte avec cette fois une lutte entre rapière et épée. Moi qui suis assez amatrice d’histoires de capes et d’épées, je ne pouvais qu’être séduite par ce récit. J’ai vraiment beaucoup aimé cette histoire signée Joël Parnotte (au dessin) et Xavier Dorison (au scénario). Visuellement, c’est très beau, avec un univers particulièrement riche. Les personnages ne manquent pas de caractère et sont attachants. Le dessin est magnifique, c’est bien écrit et quelle histoire ! De l’action, de l’aventure, ça nous tient en haleine de bout en bout. J’ai été totalement embarquée par ce récit qui nous entraîne dans un autre temps. Outre l’aspect guerrier, le côté historique avec les débuts du protestantisme est absolument passionnant. Pour la peine j’ai vraiment regretté qu’il n’y ait qu’un seul tome, j’aurais bien continué l’aventure en compagnie du maître d’armes moi. Une BD comme je les aime, aussi belle que palpitante, un gros coup de cœur ! 

Les aigles de Rome

À l’heure où Rome et l’histoire antique suscitent à nouveau l’engouement du public, Marini seul aux commandes, nous propose une toute nouvelle série ancrée au cœur de l’Empire romain. Un récit initiatique où l’on retrouve les ingrédients des meilleures aventures : combats, obstacles, rivalité, amitiés, amour.

Les aigles de Rome t1J’ai beaucoup moins accroché avec le premier tome de cette BD de Marini qui dormait depuis longtemps dans ma bibliothèque. Là aussi on est sur un dessin classique mais pour la peine, il l’est trop, même pour moi. Je ne lui trouve absolument aucun charme, aucune poésie. Quant au texte, il est très rare que j’y prête réellement attention dans une BD. Je me dis rarement que c’est bien ou mal écrit, tant que l’histoire fonctionne j’oublie très facilement le style, mais là, j’ai fait exception : c’est très mal écrit. On ne peut pas dire que ce soit criant de vérité. L’histoire avance par à coups, on change sans cesse de lieu, j’ai trouvé que ça empêchait de se plonger dans l’histoire et de s’attacher aux personnages. Ca ne m’a absolument pas donné envie d’aller au bout de cette lecture (et ce n’est que le tome 1) qui plairait peut-être plus à  un public adolescent par les thèmes abordés (la guerre, l’amour, l’amitié). Une BD avec laquelle je n’ai pas du tout accroché, à tous points de vue.

Mes lectures

L’esclavage raconté à ma fille, Christiane Taubira

          La traite et l’esclavage furent le premier système économique organisé autour de la transportation forcée de populations et de l’assassinat légal pour motif de liberté, pour marronnage. Ce système a perduré pour l’Europe durant plus de quatre siècles, pour la France durant plus de deux siècles. Il ne s’agit pas de se morfondre ni de se mortifier, mais d’apprendre à connaître et respecter l’histoire forgée dans la souffrance.

          De nos ministres passés et présents (voire même très probablement futurs), Christiane Taubira est de loin ma chouchoute en matière d’éloquence. Quel style ! Elle manie la langue de Molière avec un certain brio et ne lésine pas sur la métaphore. Je n’avais jamais eu l’idée de lire quoi que ce soit d’elle mais quand j’ai vu ce petit livre sur l’esclavage, je me suis dit que c’était l’occasion. Dès les premières lignes j’ai été assez époustouflée par le style. Elle parle au moins aussi bien qu’elle écrit. Même si sur la longueur c’est presque trop d’emphase à mon goût. D’ailleurs ça m’a parfois dérangée dans la mesure où le texte est présenté comme un dialogue avec sa fille, a priori adolescente, et qui utilise le même style très travaillé avec des questions d’une pertinence rare : ça fait légèrement artificiel (à moins qu’elle n’ait une fille particulièrement intelligente et qui parle comme Aimé Césaire, on ne sait jamais).

Christiane Taubira, L'esclavage raconté à ma fille

          Le sujet m’intéressait. Etrangement, je me rends compte que je ne sais pas grand chose sur l’esclavage. Bien sûr j’ai quelques notions de base mais je me rends compte que ce que j’en sais vient surtout du cinéma américain. Pas très global comme vision donc. J’ai bien aimé l’idée de ce dialogue avec sa fille, ça permet de simplifier un peu une histoire riche et complexe afin de la rendre plus facile à appréhender. J’ai bien aimé le début, sur l’histoire de l’esclavage, ses avantages économiques et son organisation. C’est expliqué de manière succincte mais avec clarté. Les implications dans la société actuelle – même si elles sont sans doute en partie discutables – sont très intéressantes et m’ont ouvert certaines perspectives. Dommage que les réponses à donner ne soient pas assez poussées. La première partie sur le passé est donc à mon sens bien plus réussie que la seconde sur le présent et l’avenir qui peine plus à trouver ses marques même si des pistes de réflexion sont amorcées.

          Comme on peut s’en douter, l’auteur est clairement de parti près et, comment dire ? très passionnée ! J’ai beau partager en grande partie ses idées sur le sujet, ça m’a tout de même parfois dérangé. La passion c’est bien mais là ça donne l’impression d’une absence d’objectivité qui n’est pas loin de desservir la cause qu’elle cherche à défendre. Même si au fond, le personnage étant bien connu pour ses opinions très tranchées, je suppose que ce sont quand même plutôt des lecteurs acquis à sa cause qui lisent ses ouvrages. J’ai trouvé que sur la fin, quand on en vient aux réponses concrètes à apporter aujourd’hui pour se défaire des séquelles de l’esclavage, ça devenait plus brouillon et perdait un peu en clarté. Bien que ce livre n’aille pas assez loin dans la réflexion à mon goût et fasse preuve parfois d’une verve démesurée, il présente les bases d’un pan essentiel de l’histoire dans un style magnifique et donne envie de s’y intéresser de plus près.

Christiane Taubira

La France, qui fut esclavagiste avant d’être abolitionniste, patrie des droits de l’homme ternie par les ombres et les « misères des Lumières », redonnera éclat et grandeur à son prestige aux yeux du monde en s’inclinant la première devant la mémoire des victimes de ce crime orphelin.

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Une histoire de violence et de beauté.
Il se peut que la beauté l’emporte.

Mes lectures

Rentrée littéraire 2016 : littérature étrangère

M comme Mabel, d’Helen Macdonald

 

Enfant, Helen rêvait d’être fauconnier. Devenue adulte, elle va avoir l’occasion de le réaliser. De manière brutale son père s’effondre un matin dans la rue. Terrassée par le chagrin, passant par toutes les phases du deuil, Helen va entreprendre un long voyage physique et métaphysique.

M pour Mabel, couvertureJe suis assez fascinée par la fauconnerie même si je n’y connais absolument rien et que je n’ai jamais eu l’occasion de m’y intéresser. Quand j’ai lu la 4° de couverture de ce roman, je me suis dit que ça pourrait me plaire et changer un peu des sujets abordés habituellement. Au début, j’ai vraiment cru que ça allait me plaire. Le style est travaillé et assez agréable et la construction du roman semblait plutôt intéressante. Pourtant, j’ai très vite décroché ! Il y a de très longs passages entièrement axés sur la fauconnerie (je sais, c’est un peu le sujet du livre…) et bien qu’ils ne soient pas particulièrement techniques, je n’ai pas du tout réussi à rentrer dedans et à partager un tant soit peu les émotions du personnage. J’ai trouvé ça très froid et assez dénué de sensibilité. Il y a un côté un peu guindé qui m’a bloquée. J’ai eu beau essayer de m’intéresser à cette histoire, je n’ai pas pris le moindre plaisir à cette lecture, alors même que j’ai trouvé le style assez beau. J’ai fini par abandonner avant de me lasser davantage. On sent l’auteur passionnée par son sujet et bien que j’aie eu envie de découvrir cet univers, je n’ai malheureusement pas réussi à rentrer dedans. Dommage.

Il existe un mot pour dire le deuil, en anglais. Bereavement. Ou encore bereaved ou bereft, « endeuillé ». Du vieil anglais bereafian, qui signifie « priver de », « ôter », « saisir », « dérober ». Dérobé.Saisi. Cela arrive à tout le monde, mais on le ressent seul.

Yaak Valley, Montana, de Smith Henderson 

 

Dans le Montana, en 1980, autour de Pete, assistant social dévoué, gravite tout un monde d’écorchés vifs et d’âmes déséquilibrées. Il y a Beth, son ex infidèle et alcoolique, Rachel, leur fille de treize ans, en fugue, Luke, son frère recherché par la police, Cecil l’adolescent violent et sa mère droguée et hystérique, et ce jeune Benjamin, qui vit dans les bois environnants, avec son père, Jeremiah, un illuminé persuadé que l’apocalypse est proche.

Yaak Valley Montana, couvertureJe le découvre uniquement à présent mais ce livre est un premier roman et aurait donc eu bien plus sa place dans mon article qui leur était consacré (surtout que c’est un des premiers livres de cette rentrée que j’ai lus…). Le mal est fait et, après avoir hésité à le mettre parmi les polars, le voilà finalement en littérature étrangère. J’ai bien aimé l’univers très sombre de ce livre. Il ne s’agit pas à proprement parler d’un polar mais il emprunte parfois au thriller. Ce roman m’a clairement fait penser aux classiques du nature writing et aurait pu entrer dans la collection noire de Gallmeister. Ca tombe bien, c’est un genre que j’adore et que je lis bien trop peu. J’ai beaucoup aimé la manière dont les personnages sont construits. Chacun a ses faiblesses et tous semblent constamment au bord du gouffre, créant une certaine tension dans ce récit dont l’anti-héros est attachant. Un livre qui explore les marges de la société avec beaucoup de justesse et une certaine sensibilité sous des abords plutôt rudes. Il met en avant les contradictions d’un pays qui ignore ceux qui sortent de la norme et m’a donné envie d’en découvrir les aspects cachés autant que les paysages. Un style sobre, un univers assez noir et la découverte d’une Amérique déshéritée. Un très beau roman.

Beaucoup de gens viennent ici pour fuir quelque chose. Mais la plupart d’entre nous traînent de sacrées casseroles en plus de leurs valises.

Les règles d’usages, de Joyce Maynard

 

Wendy, treize ans, vit à Brooklyn. Le 11 septembre 2001, son monde est complètement chamboulé : sa mère part travailler et ne revient pas. L’espoir s’amenuise jour après jour et, à mesure que les affichettes DISPARUE se décollent, fait place à la sidération.

Les règles d'usage, couvertureJ’ai découvert Joyce Maynard il y a deux ans avec L’homme de la montagne, que j’avais beaucoup aimé. Je ne sais pas trop pourquoi, j’avais dans l’idée que c’était une sorte de polar alors que pas du tout. J’avais totalement oublié la 4° de couverture et c’est tant mieux, j’ai ainsi eu la joie de la découverte, même si le sujet n’est pas exactement facile. Joyce Maynard y traite avec beaucoup de délicatesse le deuil et l’adolescence. Moi qui ne suis pas très friandes de ces sujets, j’ai trouvé que ce roman était d’une grande justesse. Autant que le processus de deuil, la peinture qu’elle fait de l’adolescence est touchante. La manière dont l’auteur dépeint la journée du 11 septembre est saisissante et j’en ai sans doute plus encore ressenti l’horreur en lisant ce roman que le jour des faits, où j’étais sans doute un peu jeune pour en saisir l’ampleur. On s’attache peu à peu aux personnages qui sont très soignées, avec des personnalités rendus intéressantes par nombre de petits défauts. Le style est toujours aussi convaincant et l’auteur parvient à mettre une certaine tension en place, alors qu’on s’y attendrait cette fois un peu moins. Le rythme de ce roman est assez lent, pourtant on a envie de connaître la suite et je dois avouer que ma lecture a eu un côté assez frénétique. J’ai vraiment adoré ce livre qui pour moi est un des grands romans de cette rentrée littéraire. Extrêmement touchant.

On continue à se lever chaque matin en sachant que ça durera peut-être dix mille matins de plus. On préférerait être celui qui est mort. En quoi ce serait mieux ?

Les vies de papier, de Rabih Alameddine

 

Aaliya Saleh, 72 ans, est inclassable. Mariée à 16 ans à « un insecte impuissant », elle a été répudiée au bout de quatre ans. Pas de mari, pas d’enfant, pas de religion… Non conventionnelle et un brin obsessionnelle, elle a toujours lutté à sa manière contre le carcan imposé par la société libanaise. Une seule passion l’anime: la littérature.

Les vies de papier, couvertureLe résumé de ce livre me laissait un peu perplexe, je me suis toutefois laissée tenter parce que comme vous devez le savoir à présent, dès qu’il est question d’un roman sur livres, librairies ou bibliothèques, je finis toujours par céder à la tentation. Que voulez-vous, faible je suis. Au début, j’ai été assez agréablement surprise. Le personnage me semblait plutôt sympathique, j’accrochais bien avec le style, tout allait bien. Et puis je me suis lassée. Vite même. Ce roman se lit très bien, c’est plutôt bien écrit, facile à lire mais pas insipide ; de ce côté-là tout va bien. En revanche, les souvenirs de vieille dame bon… Pourtant à Beyrouth il y a de quoi faire ! Mais là ça part dans tous les sens. Etant casanière, elle n’a finalement pas grand chose à raconter et survole tout les sujets, passant de l’un à l’autre avec une inconstance qui devient lassante. Quant à son amour pour les livres, je m’y suis moins retrouvée que j’aurais cru et j’ai parfois trouvé la débauche de citations un peu lourde (même si je dois admettre qu’elles sont relativement bien intégrées et qu’il y a bien pire dans le genre). Il n’y a qu’à la toute fin que j’ai connu un vague regain d’intérêt mais il était un peu tard. Malgré certaines qualités, un roman qui ne m’a pas trop convaincue, voire même ennuyée.

Nulle perte n’est ressentie avec autant d’acuité que celle de ce qui aurait pu être. Nulle nostalgie fait autant souffrir que la nostalgie des choses qui n’ont jamais existé.

Watership Down, de Richard Adams

 

Menés par le valeureux Hazel et le surprenant Fyveer, une poignée de braves lapins choisit de fuir l’inéluctable destruction de leur foyer. Prémonitions, malices et légendes vont guider ces héros face aux mille ennemis qui les guettent, et leur permettront peut-être de franchir les épreuves qui les séparent de leur terre promise, Watership Down. Mais l’aventure s’arrêtera-t-elle vraiment là ?

Watership Down, couvertureBien qu’il se soit vendu à une flopée d’exemplaires, je n’avais jamais entendu parler de ce roman, ni de son auteur. J’ai eu un peu peur en voyant le pavé que c’était. Sans doute en raison de la couverture, je m’attendais à quelque chose d’assez sombre et j’ai été déroutée de me retrouver face à des petits lapins dans leur garenne… J’ai failli abandonner, 550 p de petits sauts et de pissenlits me semblaient de trop. Et puis, j’ai continué ma lecture et, passé l’effet de surprise, je me suis totalement laissée embarquer dans les aventures de nos amis rongeurs. Impossible de quitter ce livre une fois qu’on l’a entamé ! Qui eut cru que les histoires de garennes puissent être aussi palpitantes ? Je me suis prise d’affection pour la troupe de lapinous et j’ai tremblé à chacune de leurs embûches et de leurs rencontres avec des vilous (les prédateurs en tous genres). L’auteur parvient à créer un univers assez décalé et très attachant. Ses lapins sont empreints d’une philosophie de vie insoupçonnée qui ne laisse pas indifférent. L’écriture est fluide et quelques touches d’humour complètent le tableau. J’ai finalement pris goût à cette aventure que j’ai lu quasiment d’une traite. Un roman fleuve palpitant et terriblement mignon.

Les créatures qui n’ont ni livre ni horloge sont aussi sensibles aux secrets du temps qui passe qu’à ceux du temps qu’il fait ; elles savent également s’orienter, comme en témoignent leurs extraordinaires migrations.

1816, l’année sans été, de Gillen d’Arcy Wood

 

En avril 1815, près de Java, l’éruption cataclysmique du volcan Tambora a projeté dans la stratosphère un voile de poussière qui va filtrer le rayonnement solaire plusieurs années durant. Ignoré des livres d’histoire, ce bouleversement climatique fait des millions de morts. On lui doit aussi de profondes mutations culturelles.

1816, l'année sans été, couvertureJ’aimais beaucoup la couverture de ce livre et son titre assez intriguant, j’ai donc décidé de me lancer. Pour d’obscures raisons, j’étais persuadée qu’il s’agissait d’un roman (le titre encore je crois, je n’avais pas dû lire le sous-titre…), quelle ne fut donc pas ma surprise en constatant que c’était en réalité un essai sur le rapport entre climatologie et climat qui expose en particulier les conséquences désastreuses de l’impact de l’éruption du Tambora en 1815. La bonne nouvelle, c’est que c’est très intéressant. La mauvaise c’est que quand on veut lire un roman, on se retrouve quand même avec quelque chose d’un peu plus ardu que prévu… L’auteur parvient assez bien à vulgariser son propos pour qu’il soit compréhensible par tous. Les schémas et graphiques peuvent aider à mieux visualiser les concepts évoqués. Il y a vraiment un gros effort de fait pour rendre le texte accessible, ce que j’ai beaucoup apprécié. De nombreux domaines sont évoqués : vulcanologie et  climatologie bien sûr mais aussi sociologie ou culture avec les impacts à long terme et l’influence de cet événement sur l’art que j’ai trouvé très intéressant. J’aurais en revanche aimé des chapitres organisés différemment. On passe d’une chose à l’autre sans vraiment approfondir, pour y revenir plus tard, ce qui l’a un peu gênée. Un essai intéressant et assez facile à appréhender mais que j’ai parfois eu du mal à suivre par son côté un peu dispersé. Intéressant tout de même.

Un bouleversement climatique catastrophique a provoqué un changement dans les idées à l’échelle du monde autant qu’un traumatisme global.

La vengeance des mères, de Jim Fergus

 

Margaret et Susan Kelly, traumatisées par la perte de leurs enfants et par le comportement sanguinaire de l’armée, refusent de rejoindre la « civilisation ». Après avoir trouvé refuge dans la tribu de Sitting Bull, elles vont prendre le parti du peuple indien et se lancer, avec quelques prisonnières des Sioux, dans une lutte désespérée pour leur survie.

La vengeance des mères, couvertureJ’avais a-do-ré Mille femmes blanches, énorme coup de cœur il y a quelques temps déjà. Quand j’ai su qu’une suite allait sortir 15 ans après le premier roman, je ne tenais plus en place, trop heureuse de retrouver l’immensité des plaines et la culture cheyenne. Je me demandais comment l’auteur allait s’en sortir avec cette suite étant donnée que la fin du premier roman sonnait comme plutôt définitive (pour ne pas trop en révéler). Finalement, il gère ça on ne peut mieux ! L’intrigue se situe quelques mois après la fin des événements précédents mais l’ambiance reste la même. Le style quant à lui change un peu et s’avère plus fluide. J’ai pris un énorme plaisir à replonger dans les cultures indiennes, si riches et intéressantes, mais aussi dans leur histoire. Bien sûr, je ne vous apprendrai rien en vous disant que le récit est plutôt tragique. Pourtant, il est aussi plein d’espoir et d’humanité. J’ai lu ce livre à une vitesse folle et ne l’ai refermé qu’à grand regret, tant je me suis attachée à cet univers et les personnages qui le peuplent. J’espère que le troisième (et dernier tome) ne se fera pas trop attendre. Une roman d’une grande richesse qui nous emporte dans un monde si différent du notre et donne envie de s’intéresser de bien plus près aux cultures amérindiennes. Tout simplement magnifique.

Certaines blessures, profondes et durables, ne se referment pas, ne guérissent pas. Les paroles, la compassion ne peuvent apporter de réconfort, car ces plaies-là restent constamment à vif.