Mes lectures

La vie sans fards – Maryse Condé

          Maryse Condé est née en 1937 en Guadeloupe. Après un bref séjour à Paris, elle part en Afrique à la rencontre de ses racines. Une quête d’identité qui se fera dans la souffrance. Elle la mènera peu à peu vers sa vocation d’écrivain. Elle nous livre ici une réflexion sur sa vie, son parcours, sans jamais chercher à se montrer sous un meilleur jour ; les faits bruts, avec tout ce qu’ils peuvent avoir de cruel : une vie sans fards.

          Je ne connaissais pas Maryse Condé et n’en avait même jamais entendu parler, bien qu’elle ait publié de nombreux ouvrages. Mon libraire m’ayant dit le plus grand bien de son dernier livre et ayant insisté très lourdement, j’ai fini par céder à ses avances. Maryse Condé est née en 1937, elle a commencé des études à Paris, est tombée enceinte ; le père de l’enfant l’ayant quittée, elle a épousé un autre homme qu’elle n’aimait pas vraiment pour sauver quelque peu les apparences. Elle aura 3 autres enfants, pas tous de son mari. Elle partira très tôt vivre en Afrique afin d’y chercher ses racines et y sera enseignante. Une vie qui s’avérera extrêmement compliquée, d’autant plus qu’elle partira sans son mari. Une quête de liberté et d’indépendance pas toujours facile à assumer, seule sur un continent inconnu, à l’heure où le féminisme n’est pas pas encore de mise. Cette vie qu’on retrouve en filigrane dans ses romans, Maryse Condé voulait la livrer brute, sans se prêter d’intentions plus louables que celles qu’elle avait sur le moment, sans faire passer ses erreurs comme des choix assumés. Cette vie, elle l’a subie et c’est comme un fardeau qu’elle nous la dépeint.

          La vie de l’auteur, pleine de rebondissements, me semblait pouvoir faire une excellente histoire. D’un autre côté, je trouvais cette volonté de remettre les choses à plats et de ne pas s’inventer de bonnes intentions qu’elle n’avait pas sur le moment très intéressante. Je me suis donc lancée dans cette lecture pleine d’espoir. Eh bien honnêtement, j’ai été assez déçue. Cette femme a eu une vie exceptionnelle et elle nous la dépeint comme une histoire d’une banalité sans nom et du plus grand sordide. Je n’ai pas trouvé là la conteuse d’exception que j’espérais mais une plume plutôt médiocre et sans grand charme. Elle a un véritable don pour faire d’une situation romanesque une succession d’évènements plats et sans saveur. Un vrai mystère. Je dois aussi avouer que j’ai eu beau essayer de remettre les choses dans leur contexte (années 60, Afrique, femme seule…), ce qui se dégage du personnage m’a exaspérée. Il m’a semblé avoir affaire à une jeune écervelée qui reproduit sans cesse les mêmes erreurs et gémis sur son propre sort, dont elle est en grande partie responsable. J’ai toujours plus de mal à pardonner aux femmes qu’aux hommes leur bêtise. Ce livre m’a donc grandement frustrée. Toutefois il y a des choses positives : la vision de l’Afrique est intéressante, ainsi que la réflexion sur l’identité. La difficulté de conjuguer son propre bonheur avec ses devoirs maternels m’a également interpellée. C’est avant tout le ton général du texte qui texte qui m’a gênée, un rien geignard à mon goût, il y manque le recul et la touche d’humour qu’offrent habituellement le temps et la distance. Toutefois, on doit reconnaître à Maryse Condé de respecter à la lettre son projet initial et de ne chercher en rien à nous être agréable : elle est sans pitié avec elle-même. C’est ce qui fait à la fois la force et la faiblesse de son texte.

Je n’étais pas seulement orpheline ; j’étais apatride, une SDF sans terre d’origine, ni lieu d’appartenance. En même temps, cependant, j’éprouvais une impression de libération qui n’était pas entièrement désagréable : celle d’être désormais à l’abris de tous jugements.

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Tu philosophes trop, se plaignait-elle, tu fais trop de réflexions personnelles. Ce qu’on te demande, c’est de raconter ! Un point, c’est tout !

Mes lectures

Le dico secret de James Bond

          Guillaume Evin et Géga nous présentent un dictionnaire pour découvrir l’essentiel de ce qu’il y a à savoir sur le célèbre agent secret. Les coulisses d’une série cinématographique mondialement connue qui a fêté cette année ses 50 ans. Le dictionnaire est illustré par les caricatures de Gégan grand passionné de cinéma.

          Parlons peu mais parlons bien. Il y a une erreur de casting avec ce livre. La caricature laisse penser à l’humour et la détente. On s’attend à quelque chose de drôle, de léger. Raison d’ailleurs pour laquelle ‘ai tenu à me procurer ce livre, j’étais sure de l’aimer. Malheureusement, le caricaturiste est, disons-le franchement, carrément mauvais. Hale Berry ressemble à un body builder assommé aux stéroïdes, les autres, ne sont guère plus réussis. Un énorme ratage qui gâche tout le plaisir. Le contenu quant à lui n’est pas mauvais. Mais nulle trace d’humour, c’est tout ce qu’il y a de plus sérieux et de plus terre-à-terre. Déconcertant étant donnée la présentation. On peut également noter quelques fâcheux oublis tels Roger Moore, pourtant présent sur la couverture… Un livre au contenu plutôt sympathique (notamment une partie intéressante consacrée à chaque long métrage) mais qui détonne d’un certain amateurisme et surtout d’un cruel manque de cohérence entre son contenu et sa présentation. Dommage, le texte était assez Bond. 

Le dico secret de James Bond, de Guillaume Evin et Géga

Editions Hugo & Cie

12,50 €

Actualité·Culture en vrac

Goncourt et Renaudot, les élus

           Ca y est, le grand jour est arrivé ! Après deux mois de sélections et re-sélections, un suspens intenable, une guerre des nerfs éditoriale et journalistique, le fameux prix Goncourt est enfin décerné ! Mais qui est donc l’heureux élu ? Je vous le donne en mille, un de mes chouchous de cette rentrée littéraire et mon favori de la liste : Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de RomeUn Goncourt mérité pour un livre accessible et qui mérite amplement d’être lu.

          Quant au Renaudot, il revient à Scholastique Mukasonga, auteur rwandaise de Notre-Dame du Nil dont je n’avais jamais entendu parler. Je serai donc bien en peine de vous commenter cette récompense inattendue. Un roman qui me semble toutefois intéressant et me fait plutôt envie.

          Pour ma part, je trouve les prix de cette année assez complémentaires, avec des choses classiques, d’autres moins, des auteurs connus et méconnus, de quoi contenter à peu près tout le monde.

Mes lectures

Avant la chute – Fabrice Humbert

          En France, Naadir, avec deux grands frères un peu voyous, est le seul bon élève de sa classe en banlieue parisienne. Au Mexique, Fernando Urribal, sénateur, lutte tant bien que mal contre le trafic de drogue et tente par la même occasion de conserver le pouvoir qu’il a durement acquis. En Colombie, une famille de paysan essaie de s’en sortir malgré des conditions toujours plus difficiles. Des destins en apparences bien différents mais qui tous ont un point commun : leur vie se délite avant de basculer, des sociétés qui aux bords de la chute dont ils sont les témoins. 

          Le roman se construit autour de ces trois histoires. Elles sont développées en parallèle, chaque chapitre étant consacré une histoire différente, en alternance. J’aime bien cette variété, tout comme j’apprécie que ces différents univers soient clairement délimités dans le texte. Toutefois, si ces trois destins sont extrêmement différents, on soupçonne qu’ils finiront par se croiser, d’une manière ou d’une autre. En attendant cette rencontre pressentie, on voit les personnages avancer vers un futur qui semble bien sombre. Quelque soit leur univers, leur milieu social, tous semblent avancer inexorablement vers une chute certaine. L’histoire ne semble pas pouvoir rencontrer de dénouement heureux. C’est ce qui nous tient en haleine tout au long de ce livre, l’accumulation de nuages d’orages dont on peine à voir comment ils pourraient se dissiper.

          J’ai beaucoup aimé ce livre. Le style est captivant et la construction impeccable. L’auteur se passe de grands discours moralisateurs et laisse le lecteur tirer ses propres conclusions face à ces sombres récits. Les évènements sont déroulés de manière implacable, sans que jamais le texte n’en devienne larmoyant ; un fatum qui n’est pas sans rappeler les grandes tragédies. Je me passerai bien de vous dévoiler la fin mais je ne peux que vous dire que le happy end n’est pas exactement de rigueur. Et si les histoires finissent bien par se mêler, ce n’est pas aussi intimement qu’on aurait pu le penser mais de manière bien plus subtile. Ce livre crée un suspens digne d’un bon polar, ou peut-être d’une grande épopée. Il nous surprend jusqu’au bout et on ne le lâche qu’à regrets. Un grand roman, empreint d’une incroyable violence, qui déroute et questionne.

Le combat pour le pouvoir s’engageait à la première minute et les élèves partaient gagnants. Il leur arrivait de perdre, ce qui déconcertait tout le monde parce qu’il n’y avait pas de raison : ils étaient vingt-cinq contre un et les vingt-cinq, dans leur grande lucidité, adhéraient très peu à la fiction de l’autorité professorale. Car, après tout, le nombre fait tout et les plus nombreux finissent toujours par l’emporter. Ce n’est qu’une question de temps.

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La dureté de son visage avait pris vie, au profit d’une sorte de séduction inconsciente, qui était à la fois la séduction d’une vitalité naturelle et le besoin effréné de plaire, de convaincre, d’emporter l’adhésion. Elle reconnaissait cela. Elle l’avait rencontré tant de fois chez les politiques. Ce n’était pas un mensonge mais une disposition de leur être. Ils étaient nés comme cela. Ils voulaient plaire.

Actualité

Prix littéraires, les dernières sélections

          C’est la dernière ligne droite pour les prix littéraires de la rentrée. Cette semaine, les dernières sélections avant le verdict ont été annoncées. Pas de changement pour le Médicis mais je vous remets la liste et au passage, j’ajoute l’Interallié, jusque-là absent du blog.

Prix Femina, lundi 5 novembre :

Viviane Elisabeth Fauville de Julia Deck (Minuit)

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

Musique absolue. Une répétition avec Carlos Kleiber de Bruno Le Maire (Gallimard)

Petite table, sois mise ! de Anne Serre (Verdier)

Prix Médicis, mardi 6 novembre :

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

« Oh… » de Philippe Djian (Gallimard)

Millefeuille de Leslie Kaplan (POL)

Féerie générale d’Emmanuelle Pireyre (L’Olivier)

Le Bonheur des Belges de Patrick Roegiers (Grasset)

Infidèles d’Abdellah Taïa (Seuil)

Prix Renaudot, mercredi 7 novembre :

L’homme des haies de Jean-Loup Trassard (Gallimard)

Une certaine fatigue de Christian Authier (Stock)

Peste & Choléra de Patrick Deville (Seuil)

Les patriarches d’Anna Berest (Grasset)

L’enfant grec de Vassilis Alexakis (Stock)

Prix Goncourt, mercredi 7 novembre :

Lame de fond de Linda Lê (Bourgeois)

Peste & choléra de Patrick Deville (Seuil)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (éd. de Fallois)

Prix Interallié, mercredi 14 novembre :

Les fidélités successives de Nicolas d’Estienne d’Orves(Albin Michel)

La vérité sur l’affaire Harry Quebert de Joël Dicker (De Fallois/L’âge d’homme)

« Oh… » de Philippe Djian (Gallimard)

Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari (Actes Sud)

La convergence des alizés de Sébastion Lapaque (Actes Sud)

          On peu noter cette année que les listes se tiennent plutôt bien, avec quelques auteurs qui semblent faire l’unanimité, dont Deville (auquel l’Interallié résiste tout de même, hourra !), Ferrari, et un petit nouveau, Dicker. Les verdicts à venir dans les prochains jours s’annoncent intéressants. A la semaine prochaine pour les résultats !