Musique

La symphonie du temps qui passe

Un disque-monde, voilà ce que nous rêvions de construire avec La Symphonie Du Temps Qui Passe. Une comédie musicale 2.0 matinée de western : un orchestre symphonique versus des programmations électroniques.
Un vrai disque en duo façon conte d’auto-science-fiction car tout ce qui s’y joue vient du réel avant d’être condimenté par la fantaisie. Un disque-monde car mis en scène dans un film à découper en dix clips, quelque part entre un tour de magie de Méliès et un poème de Cocteau.
C’est une histoire d’amour mais aussi la découverte d’une interprète magique, Daria Nelson, la fée qui promène sa grâce tout au long de cette symphonie.

Couverture de l'album La symphonie du temps qui passe

Après leur recueil de poésie, Le dérèglement joyeux de la métrique amoureuse aux éditions L’iconoclaste, Daria Nelson et Mathias Malzieu reviennent avec une nouvelle collaboration : un projet ambitieux aux nombreuses facettes dont un album et un court-métrage. 10 chansons qui racontent leur rencontre, la joie des débuts, les doutes, le désir d’enfant mais aussi le drame de la fausse-couche et le vide qui s’ensuit et la difficulté de se reconstruire. Un sujet trop rarement abordé qui laissait présager d’une œuvre tout en sensibilité.

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Mes lectures

C’est toi maman sur la photo ? de Julie Bonnie

           Julie, quarante-six ans. Elle est écrivain et musicienne et, aujourd’hui, elle a rendez-vous avec Julie, treize ans, avec sa jeunesse. Sur les photos d’époque, ses enfants ne la reconnaissent pas. Leur mère, crâne rasé, joint au bec, violon dans la nuit du Berlin d’après le Mur, leur mère enroulée dans un camion qui traverse les nouvelles frontières et mène aux scènes underground d’Europe de l’Est ? Inimaginable. Et la gamine survoltée qui a la rage et hurle dans le micro, est-ce qu’elle reconnaîtrait la femme mûre qu’elle ne pensait jamais devenir ?

Couverture du livre C'est toi toi maman sur la photo ?

          Je n’avais pas lu le précédent roman de Julie Bonnie, dont j’avais entendu dire le plus grand bien. Si le thème de celui-ci me parlait moins, j’étais toutefois curieuse de découvrir cette autrice. Et pour tout dire, je n’ai pas été déçue ! J’ai de suite bien aimé le style enlevé, très « nature ». C’est fluide et agréable à lire. Dans ce texte, Julie Bonnie revient sur son adolescence, la rupture avec le milieu bourgeois dans lequel elle a grandi pour former un groupe punk avec lequel elle écumera les bars miteux de l’Europe entière.

          Son histoire sort de l’ordinaire. J’ai aimé suivre son évolution et celle des autres membres du groupe, les voir grandir, j’ai aimé cette plongée dans la scène underground de l’époque. Il y a pas mal de violence dans ces mots, mais aussi l’énergie de leurs 20 ans, communicative. Une rage de vivre qu’on retrouve à travers ce texte qui rend hommage à cette période, tout en en montrant les travers. Une ode à cette adolescence qui se cherche avec l’énergie du désespoir.

          Il y a une force incroyable dans l’écriture de Julie Bonnie que j’ai trouvé très évocatrice. Elle retranscrit bien la force et les failles de ces ados un peu paumés qui veulent conquérir le monde. J’ai aimé la manière dont elle parle de son passé, avec beaucoup de recul, un regard bienveillant mais pas nostalgique, comme si tout cela était arrivé à quelqu’un d’autre. J’ai aimé découvrir cet univers qui n’est pas le mien mais m’a toujours fasciné un peu. Julie Bonnie a un don pour raconter des histoires et faire surgir des images. Un texte fort qui m’a beaucoup séduite.

Portrait de Julie Bonnie

On espère devenir une idole, en n’ayant jamais appris à jouer, en quittant l’école, en vivant en horde comme des enfants sauvages. Monter un groupe, c’est un passe-droit de la vie. On reste adolescent et on gagne une place éminente dans une société qui vous aurait collé au plus bas de l’échelle si vous n’aviez pas joué deux accords sur une guitare désaccordée dans la cave d’un pote.

Théâtre

Cirque Plume, La dernière saison

          J’ai découvert le cirque Plume il y a de cela bien longtemps. Je devais avoir 7 ou 8 ans. C’était la première fois que je voyais du cirque contemporain et j’étais tombée amoureuse de leur poésie. Tant d’années après, je me souviens encore de mon émerveillement. Je ne les avais jamais revus depuis, bien que leurs spectacles passent régulièrement à Paris. Je me disais toujours que j’avais le temps, que si c’était complet cette fois-ci ou trop cher pour mon porte-monnaie, l’occasion se représenterait toujours l’année suivante. Et puis, cette année, nous avons appris que ce serait la dernière. J’ai voulu prendre des places pour aller les voir en famille à Noël mais je n’ai pas été assez rapide, c’était complet. C’est donc la mort dans l’âme que je m’étais doucement faite à l’idée que jamais je ne les reverrais.

Affiche de La dernière saison du Cirque Plume

          Et puis, je suis allée faire une cure thermale à Chambéry. Quelle ne fut pas ma surprise en découvrant que le cirque Plume y était exactement aux mêmes dates que moi ! Évidemment, c’était depuis bien longtemps complet mais quelques places étaient disponibles chaque soir aux premiers arrivés. J’ai donc tenté ma chance. Et – ô joie – j’ai réussi à avoir une place ! La grande amatrice de cirque contemporain que je suis allait avoir la chance de revoir la compagnie avec qui tout avait commencé. La boucle pourrait être bouclée.

Photo du spectacle La dernière saison du Cirque Plume
Photo Yves Petit, Cirque Plume 2017

          Après tant d’années et tant d’autres spectacles vus, j’avais presque peur d’être déçue. Ou en tout cas, de trouver que finalement, ce n’est pas forcément très différent des autres compagnies. Mais non, je ne m’étais pas trompée du haut de mes 8 ans, mes souvenirs ne m’avaient pas trahie, Plume c’est vraiment un univers très particulier, tout en poésie. D’ailleurs, ce n’est presque plus du cirque à ce niveau-là, plutôt un tableau qui prendrait vie. Les décors sont magnifiques, avec des ambiances très travaillées qui nous plongent dans un univers féérique. Des tableaux tous plus beaux les uns que les autres, un peu inquiétants aussi parfois, qui font travailler notre imaginaire. C’est terriblement beau.

Photo du spectacle La dernière saison du Cirque Plume
Photo Patrick Denis, Cirque Plume 2020

          La musique a également une grande place dans le spectacle. C’est presque autant un concert qu’une représentation de cirque et j’ai beaucoup aimé leurs créations musicales. Il y a beaucoup de numéros de clowns dans ce spectacle. Pas du genre nez rouge évidemment, plutôt du mime ou une espèce de théâtre muet, quelque chose qui pourrait parfois se rapprocher d’un humour à la Chaplin (en moins fin tout de même). Je dois avouer que c’est loin d’être ce que je préfère. Si ça m’a parfois fait sourire, il y a pas mal de moment où j’ai trouvé cet humour un peu lourd. Il faut bien avouer cependant que les enfants, eux, riaient de bon cœur (quelques adultes aussi d’ailleurs) et j’ai envié cette propension à savoir ce qui les touchait. Leur bonheur avait quelque chose de communicatif.

Imagage de La dernière saison du Cirque Plume, musiciens et parapluies
Photo Yves Petit, Cirque Plume 2017

          Il y a au final peu de numéros de cirque pur dans ce spectacle. Mais en revanche, non seulement ils sont assez longs et magnifiquement mis en scène, mais ils sont surtout de haute volée. Chaque fois, c’était ce que j’ai pu voir de mieux dans la discipline. Absolument bluffant ! On reconnaît sans peine leur influence dans beaucoup de troupes de cirque d’aujourd’hui. Finalement, plus qu’un cirque, Plume est un ovni à la frontière des genres : cirque, musique, théâtre, on ne saurait trop où le classer. Une esthétique léchée et une poésie folle de bout en bout, un moment de grâce pure.

Cinéma

Bohemian Rhapsody

Biopic américain de Bryan Singer avec Rami Malek, Gwilym Lee, Lucy Boynton

          Bohemian Rhapsody retrace le destin extraordinaire du groupe Queen et de leur chanteur emblématique Freddie Mercury, qui a défié les stéréotypes, brisé les conventions et révolutionné la musique. Du succès fulgurant de Freddie Mercury à ses excès, risquant la quasi-implosion du groupe, jusqu’à son retour triomphal sur scène lors du concert Live Aid, alors qu’il était frappé par la maladie, découvrez sa vie exceptionnelle.

Affiche du film Bohemian Rhapsody

          Un film dont on a beaucoup parlé. J’aime généralement bien les biopics de musiciens, je suis très bon public pour ce type de cinéma. J’ai donc fini par aller le voir, puisque contre toute attente il passait encore la dernière fois que je suis allée au cinéma. Je dois bien admettre que ça n’a pas été le coup de cœur attendu, loin s’en faut. Et je n’ai en prime pas grand chose à raconter dessus, ayant trouvé l’ensemble plutôt insipide. Cet article s’annonce donc pour le moins bref.

Image extraite du film Bohemian Rhapsody

          Je pourrais faire une liste exhaustive de ce qui ne va pas dans ce film mais franchement j’aurais du mal tant elle est longue. C’est mal film, mal écrit, mal monté et très passablement interprété. Les acteurs en font des caisses, on dirait une parodie et on peine à leur accorder la moindre sympathie. Le scénario est d’une platitude sans non. Et encore, fort heureusement je connais très mal Queen donc pour l’essentiel je découvrais l’histoire.

Image extraite du film Bohemian Rhapsody

          C’est terriblement lisse. J’ai connu des téléfilms des années 90 plus inspirés que ça… Bref, on s’ennuie. C’est d’un vide abyssal. Je suis presque sure qu’il y avait bien plus à dire sur Freddy Mercury et son parcours, mais surtout de manière autrement plus subtile. Finalement, la seule chose qui sauve à peu près le film, c’est la musique, omniprésente (trop à vrai dire, le film est interminable). Ca m’a donné envie de réécouter Queen. Pour le reste, si vous ne l’avez pas vu, vous avez bien fait de passer votre chemin.

Musique

Les Wriggles

          Je les avais découverts sur le tard, j’étais déjà à la fac quand une amie m’a fait écouter. Sans être une immense fan, j’ai souvent écouté leurs chansons. De suite j’ai apprécié leur humour tendre et décalé. Mais aussi et surtout leurs textes plus engagés, plus profonds sous des airs de ne pas y toucher. Bien souvent, ça touche à des sujets plus sensibles qu’il n’y paraît sous le vernis du rire et de la poésie.

Affiche de tournée les Wriggles

          Cinq clowns tristes que j’aurais aimé entendre sur scène. Seulement voilà, à l’époque j’habitais Aix-en-Provence, pas exactement le cœur battant de la scène musicale française. Puis je suis venue à Paris, j’ai cru que j’aurais l’occasion de les voir jouer, mais j’étais à peine arrivée qu’ils s’étaient déjà séparés. C’était il y a 10 ans. Je n’écoute plus leurs textes que rarement et pour les Wriggles ça restait un peu une rencontre ratée. Pour rappel, à l’époque, ça ressemblait à ça :

          Alors quand j’ai été invitée à les voir en concert à Bobino pour leur retour sur scène après une si longue rupture, j’ai sauté sur l’occasion. Je n’allais quand même pas laisser passer la chance des les voir « en vrai » après tant d’années ! Bon, il faut bien l’admettre, malgré une certaine excitation, j’avais aussi un peu peur. Les retours après des séparations, on sait ce que ça donne : trop souvent ce vieux goût de réchauffé, un peu comme des frites passées au micro-ondes toutes mollassonnes. Les corps ont vieilli, les vieilles querelles ne sont pas toujours enterrées et le retour est plus dû au besoin de renflouer les caisses après 10 piges à se la couler douce qu’à l’envie de se retrouver. Bref, la déception guettait.

Les Wriggles, complètement red

          Je suis arrivée mi-surexcitée, mi-septique donc. Avec ma copine de fac qui me les avait fait découvrir il y a temps d’années. Il ne me reste que deux copine de fac, énorme que coup de bol qu’elle vive justement à Paris et qu’elle ait été dispo. Rien que pour ça, cette soirée vaudrait forcément le coup. Sur scène, toujours les mêmes costumes, le bonheur de retrouver des voix familières, plus difficiles de reconnaître les têtes après tant d’années surtout que deux ont changé. On retrouve ce qui avait fait leur succès, l’humour noir, la dérision, la tendresse aussi. Les nouvelles chansons sont dans la veine des anciennes, ça parle d’actualité, c’est assez réussi. Je me demande presque si ce n’est même pas mieux écrit.

Les Wriggles, 2019
Les Wriggles ©Pidz

          Ils ne jouent pas trop la carte des vieux succès pour ce retour, ils en casent un ici ou là mais ils font surtout la part belle à la nouveauté et donnent envie de redécouvrir leur univers qu’ils ont visiblement su recréer et faire évoluer sans se trahir. Dans la salle, beaucoup de gens entre 30 et 40 ans. On est là, nostalgiques, à retrouver des airs de notre adolescence. Heureux aussi. Surtout heureux après une si longue absence, de retrouver le même esprit 10 ans après. C’est un beau moment. Finalement je n’ai pas été déçue. J’ai aimé les textes, j’ai apprécié les talents d’acteurs qui font beaucoup au spectacle. J’ai aimé l’ambiance si particulière de la salle, mélange de nostalgie et de joie de la découverte. C’était chouette et on est ressortis en ce disant qu’on avait bien de la chance quand même. Sur ce je vous laisse, je me suis donné envie de réécouter leur nouvel album. Quant à vous vous pouvez les voir ou les revoir en tournée dans toute la France.