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Culture occitane : Péire Godolin

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          Après Frédéric Mistral, on continue avec la littérature occitane, en retournant en arrière dans le temps. Pèire Godolin (à la française, Pierre Goudouli) est un poète baroque toulousain né en 1580 et mort en 1649. Il écrivait en occitan et une statue à son effigie trône Place Wilson. Présentations avec ce grand nom de la culture occitane.

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          Fils d’un barbier, Péire Godolin est devenu avocat après avoir étudié chez les jésuites. Mais il s’intéresse également à la poésie et s’affirme au début du XVII° siècle comme un poète inventif, utilisant différents registres de la langue. Il participe plusieurs fois aux jeux floraux et abandonne rapidement le français au profit de l’occitan. Choix surprenant dans une société où cette langue est dépréciée. Il devient célèbre en 1610 suite à l’écriture d’un poème en hommage à Henri IV, admiré pour la subtilité de son langage et la force de ses idées. Il est alors repéré par des personnages influents, ce qui lui permettra de concevoir des spectacles populaires pour le carnaval de Toulouse et de publier des pièces diverses. Il évolue durant de nombreuses années dans la haute société toulousaine avant de sombrer dans la misère en 1640 quelques années après la mort de son protecteur et mécène, Montmorency. Il se voit dans l’obligation de faire l’aumône et une pension lui est versée par les Capitouls, lui permettant de continuer à vivre de son art.

          Péire Godolin publie en langue d’oc, et plus précisément en languedocien, le dialecte utilisé à Toulouse. Il a toujours refusé de quitter sa ville natale pour faire carrière à Paris. Poète baroque reconnu au XVII° siècle, ses textes ont été régulièrement réédités et il a inspiré de grands noms comme Molière ou Cyrano de Bergerac. Toutefois, son oeuvre est peu à peu tombée dans l’oubli, à la fois en raison de la perte de goût pour le baroque et de la barrière de langue. Il a toutefois été remis à l’honneur par Frédéric Mistral et le félibrige. De statues à son effigie trônent à Toulouse salle des illustres au Capitole mais aussi sur la place Wilson, dans le square qui porte son nom. Un poète oublié qui mérite qu’on découvre ou redécouvre son oeuvre.

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Bèlas de qui le Cèl manlèva le visage – Belles dont le ciel emprunte le visage
Quand vòl brodar de lums son grand abilhament, – Quand il veut broder de lumière son grand habit,
E dont la galhardiá fòrça tan doçament – Et dont la galanterie force si doucement
Que tot còr va bocar jos l’arquet d’un mainatge ; – Que de tout coeur se soumet sous l’archet d’un enfant ;

Guinholet e Lirís, perleta del vilatge – Guinholet et Liris, petite perle du village
Vos desiran far part de lor contentament, – Veulent vous faire part de leur contentement,
Quand pifres e clarins, d’ungai resonament, – Quand fifres et hautbois résonnent ensemble,
Cercan de gratilhons les pès e le coratge ; – Ils cherchent à chatouiller les pieds et le courage ;

Sense nos mespresar per n’èstre que Pastors – Sans nous mépriser de n’être que des bergers
Venètz tastar le gaug de vòstres servitors, – Venez goûter le bonheur de vos serviteurs,
E guimbar bravament sur l’erbeta florida. – Et sauter allègrement sur l’herbe fleurie.

Un Decembre d’afars non nos tòrra jamai, – Un décembre d’affaires ne nous gèle jamais,
A l’An de nòstra umor non se tròba que Mai – A l’An de notre humeur il n’y a pas que Mai
Que de mila plasers nos corona la vida. – Que mille plaisirs couronnent notre vie.

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Nous sommes quittes avec ceux qui se moquent de la langue de Toulouse, autant pour ne pas être capables d’approfondir la connaissance de ses grâces, que pour nous faire croire qu’ils ont trouvé la fève dans le gâteau de leur suffisance. Mépris contre mépris : et de toutes leurs paroles gonflées et moqueuses, faisons autant de meubles de bulle : RIEN. Vraiment oui, car la Rose muscade continue de charmer notre nez et nos yeux, bien que le Frelon dans ses plongeons amoureux cache son aiguillon dans la fleur. Enfant de Toulouse il me plaît de maintenir son beau langage capable d’exprimer n’importe quel concept ; et à cause de cela bien digne de se redresser sous un panache de prix et d’estime.

Culture occitane : les cathares

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          C’est aujourd’hui un grand pan de la culture occitane que je vais vous présenter. Une histoire tragique, celle d’une religion qui a été éradiquée dans un bain de sang : le catharisme. Issu de la foi chrétienne, il est né en Europe vers la fin du XI° s. et s’est propagé dans le Sud de la France, notamment sur les territoires des comtes de Toulouse. Combattu par l’Eglise et le Roi, il a disparu après une croisade sanglante au début du XIV° s. Voici son histoire.

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          Le catharisme est une religion issue de la chrétienté qui s’est surtout propagée dans le Sud de la France au XI° s. S’il s’est implanté dans de nombreux pays d’Europe, s’est dans le Languedoc, et particulièrement au sud d’Albi, qu’il a pris le plus d’importance. Les cathares souhaitent s’approcher du message originel du Christ. Leur mode de vie est proche de celui des premières communautés chrétiennes et s’appuie essentiellement sur les enseignements du Nouveau Testament. Leur idéal est basé sur une vie ascétique et ils refusent les lieux de cultes, la parole de Dieu pouvant être enseignée partout. On est ainsi dans un idéal de simplicité qui sera plus tard à l’origine de la Réforme et à la naissance du protestantisme.

          Toutefois, le mode de vie cathare se distingue du christianisme sur d’autres plans. Ils ne mangent pas de viande. Pour eux, toute créature ayant du sang est susceptible d’accueillir une âme céleste, selon le principe de la réincarnation. Sur le plan des croyances, les cathares dissocient de manière très nette le Bien et le Mal. Le premier et l’oeuvre de Dieu, le second celle de Satan. Ainsi, la création est divisée en deux parties : le monde spirituel et invisible relève de Dieu et le monde matériel et visible relève au contraire du Diable ; concernant l’homme, son âme divine est donc prisonnière de son corps, création du Malin. Les âmes divines ne sont pas périssables et se réincarnent donc jusqu’au salut final.

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          L’organisation de la hiérarchie est simple et bien organisée. Les croyants s’appellent « bons chrétiens » ou « bons hommes ». Quand au clergé, il est formé de « parfaits » qui ont reçu l’unique sacrement de cette religion, « lo consolament ». Le territoire est ensuite divisé en évêchés qui comporte un évêque assisté d’un Fils majeur et d’un Fils mineur. Les Parfaits mènent une vie dure et dépouillée et se consacrent entièrement au salut de leur prochain, notamment par le biais de la prédication : une vie à l’opposée des excès du clergé catholique. Les femmes peuvent accéder à ce statut. Les cathares souhaitant avant tout être proches du peuple, il n’y a pas de lieux de culte et la bonne parole est dispensée en langue régionale (en l’occurrence l’occitan). La messe catholique était alors en latin et souvent incompréhensible pour le peuple. C’est cette proximité qui a valu au catharisme son succès, et l’a amené à sa perte.

          La Croisade contre les albigeois (nom donné au Cathares pour l’occasion) a été initiée par le pape Innocent III. Il n’admet pas les idées cathares – souhaitant que rien de ce qui se passe dans le monde ne lui échappe – et bien sûr, il ne goûte guère les critiques contre l’Eglise… Plusieurs seigneurs répondent à son appel, dont le célèbre Simon de Montfort, et se croisent contre les hérétiques en 1209. Si la Croisade est née de revendications religieuse, elle se transformera rapidement en guerre de territoire et mettra le pays littéralement à feu et à sang. Les cathares étaient invités à renier leur foi, en cas de refus, la torture puis le bûcher les attendaient. Une forte résistance s’est organisée via un réseau de Parfaits clandestins et certains cathares ont trouvé refuge dans des forteresses de montagne.

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          Parmi les évènements majeurs qui ont marqué cette période sanglante, on trouve le sac de Béziers (1209 à 1213), où après sièges et batailles, la population a été exterminée et les cathares refusant de renier leur foi brûlés. Quand les croisés ont envahi la ville, ils demandent au légat du pape, Arnaud Amaury, comment reconnaître les hérétiques des catholiques, il aurait alors prononcé cette parole devenue célèbre : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.». En 1244, Montségur, dernier bastion cathare, tombe aux mains des croisés ; 200 Parfaits sont brûlés, c’est la fin du catharisme. La Croisade aura eu pour conséquence majeure d’agrandir le domaine capétien – le Roi parvient à mettre un pied en Occitanie, annexant en partie le comté de Toulouse (je vous passe les subtilité politiques et d’alliances qui mèneront à terme à ce résultat) – et de renforcer le pouvoir du Roi comme de l’Eglise. C’est à la suite de cette croisade que la civilisation et la culture occitane verront la fin de leur essor et que les modèles du Nord commenceront à s’imposer dans tout le royaume.