Expositions

Les expos du printemps

          C’est le printemps, plein de nouvelles expositions fleurissent dans la capitale. Pas toujours facile de s’y retrouver dans cette offre des plus vastes. Loin de moi l’idée de me montrer exhaustive, j’en serais bien incapable, mais voici 20 expositions en cours ou à venir à découvrir dans les principaux musées parisiens d’ici l’été.

523605_10151439929904926_1059412746_nGiotto e compagni : loué par ses contemporains, Giotto di Bondone a initié une véritable révolution picturale. L’exposition réunit une trentaine d’oeuvres afin de mettre en avant les innovations du peintre. Du 18 avril au 15 juillet au Musée du Louvre.

7759875547_l-affiche-de-la-nouvelle-exposition-du-louvre-a-paris– De l’Allemagne, 1800-1939. De Friedrich à Beckmann :  plus de 200 oeuvres qui retracent les thèmes majeurs de la pensée allemande au XIX° siècle. Une analyse de la façon dont les Beaux-Arts ont participé au renouveau de la tradition allemande. Du 28 mars au 24 juin au Musée du Louvre.

90388-exposition-macchiaioli-musee-orangerie– Les Macchiaioli, 1850-1874, des impressionnistes italiens ? : Les Macchiaioli sont un groupe d’artistes italiens réunis à Florence qui rompent avec le néoclassicisme et le romantisme. Ils ont insufflé une énergie nouvelle et initié le modernisme en Italie. Du 10 avril au 22 juillet au Musée de l’Orangerie.

affichel'ange du bizarreL’ange du bizarre. Le romantisme noir de Goya à Max Ernst : l’exposition s’intéresse à la face sombre du romantisme. Peintures, arts graphiques, sculpture, cinéma… plus de 200 oeuvres pour explorer le côté obscur de ce mouvement. Du 5 mars au 9 juin au Musée d’Orsay.

7760081509_l-exposition-eugene-boudin-au-musee-jacquemart-andre-du-22-mars-au-22-juilletEugène Boudin :  le peintre qui s’est particulièrement attaché à rendre compte des changements atmosphériques est un des précurseurs de l’impressionnisme. La première rétrospective parisienne du « roi des ciels » depuis 1899. Du 22 mars au 22 juillet au Musée Jacquemart André.

affiche-ziemJ’ai rêvé le beau, Félix Ziem : ce grand voyageur du XIX° siècle a peint l’Orient et ses merveilles. Une centaine d’oeuvres permet de constater la place du ciel et de l’eau dans sa peinture. Du 14 février au 4 août au Petit Palais.

86208-exposition-marie-laurencin-musee-marmottan-monet-2013Marie-Laurencin :  l’une des femmes peintres les plus célèbres du XX° siècle. 90 oeuvres pour la plupart conservées au Japon sont rassemblées pour mettre en avant son style tout en fraîcheur et rêveries. Du 21 février au 30 juin au Musée Marmottan-Monet.

affiche_chagall_def-8b272Chagall entre guerre et paix : le peintre a traversé le XX° siècle et connu les deux guerres, qui ont bien sûr trouvé une place dans son oeuvre. Une centaine de toiles sont ici réunies autour des thèmes de la guerre et la paix. Du 21 février au 21 juillet au Musée du Luxembourg.

paul-jacoulet-musee-quai-branly-L-jFSv01Un artiste voyageur en Micronésie, l’univers flottant de Paul Jacoulet : cet artiste français a passé la majorité de sa vie au Japon mais a également voyagé en Chine ou en Micronésie. 160 dessins, croquis et estampes retracent son parcours. Du 26 février au 19 mai au Musée du Quai Branly.

thumb-keith-haring---une-exposition-evenement-au-musee-d-art-moderne-7032Keith Haring : Le MAM s’associe au Centquatre pour cette rétrospective de l’artiste américain. Une exposition de grande ampleur pour mettre en avant l’aspect profondément politique de son oeuvre. Du 19 avril au 18 août au Musée d’art moderne.

Centre Pompidou affiche Eileen GrayEileen Gray : entre arts décoratifs et architecture, le travail d’Eileen Gray semble scindé en deux. Cette exposition propose de lire au contraire son oeuvre dans la continuité afin de tenter de mieux le comprendre. du 20 février au 20 mai au Centre Pompidou.

sous-influences_xlSous influences : les oeuvres de cette exposition explorent les relations entre création artistique et psychotropes. Une recherche de transgression et de créativité qui existe depuis la nuit des temps et est ici mise à l’honneur. Du 15 février au 19 mai à La Maison Rouge.

200x150-paciV5Adrian Paci, vies en transit : le travail d’Andrian Paci est fait de tensions, réel/irréel, conflictuel/merveilleux.  Le travail de l’artiste albanais est présenté à travers des oeuvres diverses, aussi bien photos, vidéos, sculptures ou peintures. Du 26 février au 12 mai au Jeu de Paume.200x150-LAGuillotV4

Laure Albin Guillot, l’enjeu classique : cette photographe a marqué de son empreinte le milieu du XX° siècle. Plus de 200 documents – tirages originaux, magazines, documents – lui rendent hommage et nous font découvrir ou redécouvrir son travail. Du 26 février au 12 mai au Jeu de Paume.

img_3033Rodin, la chair, le marbre : Rodin a beaucoup travaillé le marbre, cherchant à donner à la froideur de ce matériau la chaleur de la chair. C’est cet aspect de son travail que cette exposition met avant. Voir ma critique ici. Du 8 juin 2012 au 1° septembre 2013 au Musée Rodin.

214637_tresors-de-la-chine-ancienne-bronzes-rituels-de-la-collection-meiyintangTrésors de la Chine ancienne : cette exposition présente des bronzes archaïques chinois de la collection Meiyintang. Une importante collection de bronzes rituels présentée au public pour la première fois. Du 13 mars au 10 juin au Musée Guimet.

166297_cheveux-cherisCheveux chéris : entre art et ethnologie, la place du cheveu dans la société et ses représentations. Une exposition riche et passionnante à voir absolument ! Voir ma critique ici. Du 18 septembre 2012 au 14 juillet 2013 au Musée du Quai Branly.

209143_fragile-murano-de-la-renaissance-au-xxie-siecle-paris-07Fragile- Murano : les chefs-d’oeuvres des maîtres verriers de Murano, de la Renaissance à aujourd’hui. Deux cents pièces de différentes époques pour retracer l’histoire de ce verre d’exception. Du 27 mars au 28 juillet au Musée Maillol.

89100-exposition-paris-haute-couture-a-lhotel-de-ville-de-parisParis Haute Couture : la ville célèbre pour ses grands couturiers leur consacre une exposition. Des modèles, dessins et photographies pour rendre hommage à cette industrie synonyme de charme et d’élégance. Du 2 mars au 6 juillet à l’Hôtel de Ville.

exposition-monde-enchante-jacques-demy-L-hh5w41Le monde enchanté de Jacques Demy :  des extraits de films, photographies, peintures ou sculptures du cinéaste ou par des artistes qui ont revendiqué son influence. De quoi se replonger dans son univers coloré et musical. Du 10 avril au 4 août à la Cinémathèque.

En espérant que vous trouverez votre bonheur dans cette petite sélection. Bonnes visites !

Mes lectures

Pablo, T2 : Apollinaire – Clément OUBRERIE et Julie BIRMANT

          Dans le 2° tome de cette BD retraçant la vie de Pablo Picasso, le peintre croise la route du poète Guillaume Apollinaire. Avec toujours Max Jacob à ses côté, il continue sa découverte de la vie parisienne auprès de Fernande et fait la rencontre des premiers collectionneurs à s’intéresser à ses toiles.

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          J’ai reçu cette BD dans le cadre de « La BD fait son Festival », partenariat organisé par Price Minister. Le principe est simple, une BD issue de la sélection 2013 du festival d’Angoulême en échange d’une critique. Je me suis bien sûr empressée de postuler et ai jeté mon dévolu sur cette BD qui me semblait passionnante ; avec toutefois le vague regret que ce ne soit là que le tome 2… J’aurais voulu lire le tome 1 avant mais malheureusement, ma librairie ne l’a pas reçu aussi vite que je l’aurais souhaité et je ne voulais pas trop différer cette lecture (d’autant que j’en ai pas mal qui m’attendent…). Une fois n’est pas coutume, vous aurez donc la chronique du tome 2 avant celle du tome 1 !

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          J’avais un a priori très positif sur cette BD. Je ne suis pas une inconditionnelle de Pablo Picasso (loin s’en faut !) mais sa vie fut palpitante et ses rencontres aussi variées qu’enrichissantes. Sans compter que l’époque fait tout de même rêver d’un point de vue artistique ! Si j’ai regretté de ne pouvoir la commencer par le début, cette histoire peut toutefois se prendre en route, chaque tome étant construit autour d’une rencontre particulière. Toutefois, je vous recommande de ne pas suivre mon exemple et de commencer par le commencement ; les titres suivent un ordre chronologique et il est donc beaucoup plus simple de les lire dans l’ordre pour s’y retrouver ! Ce deuxième opus a donc pour sous titre « Apollinaire » mais si le poète fait bien des apparitions fréquentes dans ces pages, le choix du titre m’a paru quelque peu racoleur, en effet, c’est plutôt Fernande qui est au centre de l’histoire. Un titre un peu traître donc mais assez malin : en effet, quoi de plus vendeur que de mettre côté à côte deux noms si prestigieux ?

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          Passons à présent aux choses concrètes. Le type de dessin me touche moyennement, un rien trop « brouillon » à mon goût, j’ai tendance à préférer les traits plus francs (mon amour du classicisme, toujours). Toutefois il s’en dégage une énergie certaine et il traduit bien l’esprit bohème qui règne dans le milieu artistique de l’époque. Sans compter que l’aspect moderne du trait colle bien avec l’univers de Picasso, qui est alors en pleine recherche de son style. Un choix judicieux donc, qui retranscrit bien l’ambiance qui pouvait régner dans l’atelier du peintre. En revanche, le choix des la police texte m’a laissée perplexe. Elle reprend un style manuscrit en mode pattes de mouches qui est parfois à la limite du lisible. Ca a certes son charme, le côté spontané, tout çaaaaa, mais ça a  quand même légèrement gâché mon plaisir. Si les éditeurs pouvaient calmer cette mode du « écrit main » pour quelque de plus sobre, ce serait pas mal. Un texte clair c’est bien aussi !

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          Si cet aspect pas tout à fait assez carré m’a un peu gênée pendant les premières pages, je m’y suis peu à peu habituée (bien obligée si je voulais continuer ma lecture) et surtout, je me suis vite laisser prendre par l’histoire, oubliant un peu les légers désagréments dus à la mise en forme. En effet, l’histoire reste forcément intéressante ! On découvre l’univers de Picasso dans ses jeunes années, alors qu’il était encore inconnu et fraîchement débarqué à Paris. On peut y déceler les prémices de sa personnalité qui se fera de plus en plus excentrique. Un univers vraiment prenant dans lequel on prend plaisir à déambuler. Le troisième et dernier tome sortira le 26 avril. L’histoire reste donc concentrée sur jeunes années du peintre, ce qui permet de se concentrer sur les contradictions de l’homme plus que sur sa vision artistique. C’est ce qui fait d’ailleurs tout le charme de cette série ! Une BD très intéressante qui prend le temps pour poser ses personnages pour nous dévoiler un Picasso méconnu, loin des idées reçues. J’ai hâte de lire la suite !

Un grand merci à Price Minister pour cet envoi. Et puisqu’il fallait noter cette lecture, je lui attribuerait la note de 16/20.

Expositions

Le Japon à l’honneur à la Pinacothèque : Hiroshige – Van Gogh – Rouvre

          La Pinacothèque consacre en cette fin d’année ses espaces d’exposition au Pays du soleil levant. On peut y découvrir d’une part Hiroshige, l’artiste nippon le plus connu dans son pays dont les oeuvres sont exposées pour la première fois en France. D’autre part, une seconde exposition est consacré à Van Gogh et ses toiles japonisantes. A la suite de cet accrochage, on peu admirer des photographies de Denis Rouvre, artiste français qui a immortalisé le pays et ses habitants après la catastrophe de Fukushima. Trois univers totalement différents et absolument passionnants. 

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          Il faut commencer par les estampes du maître d’Edo, Utagawa Hiroshige, pour bien envisager la suite des réjouissances. Inutile de préciser que je n’en avais même jamais entendu parler, mais comme je suis curieuse et que j’aime les estampes, je ne pouvais rater cette occasion de découvrir l’oeuvre de celui qui serait l’artiste japonais le plus célèbre de son temps. Cet artiste du début du XIX° siècle était un maître d’Edo (le Tokyo d’avant 1868) spécialisé dans l’art de l’ukiyo-e, les « images du monde flottant ». Il s’agit d’un style d’estampes coloré qui représente la nature au fil des saisons, les excès de la vie dans la cité et le passage du temps. L’oeuvre de l’artiste est une invitation au voyage, que ce soit celui sur la route d’Edo à Kyoto ou le voyage intérieur par le biais de la méditation.

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          L’exposition dédiée à l’artiste est extrêmement complète. On y découvre aussi bien des oeuvres de jeunesse qu’une vaste réalisation de plusieurs dizaines d’estampes dédiées au voyage sur la route commerciale entre Edo et Kyoto, qui l’a rendu célèbre au Japon. Quelques statuettes et maquettes sont également exposées, ainsi que des articles de voyage (sandales, service à thé, oreiller, palanquin…). Le tout nous plonge au coeur du Japon de l’ère d’Edo, et nous fait voyager à la fois dans l’espace et dans le temps. Les panneaux explicatifs sont clairs et complets, sans pour autant être trop présents. Ils nous permettent de comprendre les tenants et les aboutissants de l’oeuvre et de nous plonger dans l’univers de l’artiste. La musique japonaise traditionnelle nous plonge également dans l’ambiance. Les estampes sont d’une grande finesse et celles représentant la pluie et la neige m’ont particulièrement impressionnée. Une exposition très intéressante qui m’a plongée dans un autre univers et une très belle découverte.

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          Une fois les bases en estampes acquises, on est parés pour aller voir comment Vincent Van Gogh a pu s’en inspirer dans ces toiles. Il est bien sûr indispensable de voir les expositions dans cet ordre-là pour pouvoir bien comprendre comment l’un des peintre s’est inspiré de l’oeuvre de l’autre. Il peut sembler farfelu que Van Gogh, qui n’a jamais quitté l’Europe, se soit inspiré du Japon où il n’a jamais mis les pieds et plus particulièrement d’un artiste dont il n’a jamais vu les oeuvres… Et pourtant ! Le célèbre peintre hollandais est allé s’installer en Provence non pas seulement pour ses paysages, mais parce qu’il pensait y retrouver un air de Japon ! Quant au travail d’Hiroshige, il l’a tout simplement découvert par le biais des catalogues et reproductions qui circulaient à Paris et que son frère Théo avait eu l’occasion d’admirer. Le lien est-il clair pour autant ? Pas toujours mais c’est là que réside tout le génie de cette exposition : à côté de chaque toile, un grand panneau explicatif la confronte aux estampes dont elle est inspirée, montre comment elles ont été intégrées au style de l’artiste et une lettre ou plusieurs citations extraites des correspondances du peintre viennent confirmer ces rapprochements que les plus sceptiques (moi ? non ? jamais !) pourraient juger de vaseux. Une analyse de l’influence du japonisme sur les impressionnistes imparable et fascinante.

    81149594_o    Van Gogh - Vue des saintes maries de la mer (1888)    Van Gogh - Troncs d’arbre dans l’herbe (1890)

          Bon, sans originalité aucune, je voue un véritable culte à Van Gogh. J’aurais pleuré de joie quand j’ai découvert ses toiles dans le musée qui lui ai consacré à Amsterdam et ne perdrait pour rien au monde une occasion d’aller admirer son travail sur la matière et la couleur. Cette exposition, assez vaste, présente une incroyable diversité de toile de par les styles représentés. 40 toiles méconnues (quoique le style de certaines soit tout à fait reconnaissable) et pour la plupart surprenantes. Si on y retrouve les huiles de paysages provençaux qui ont fait son succès, on peut également y admirer des vues de Paris et ses alentours mais aussi des choses plus surprenantes comme des paysages à l’encre ou des aquarelles. J’ai été absolument époustouflée notamment par une magnifique aquarelle représentant une femme sous la pluie, d’une terrible mélancolie ; et une magnifique toile représentant deux paysannes qui ne sont pas sans rappeler Les glaneuses de Millet, une touche de modernité en plus. J’ai beaucoup aimé la diversité des toiles exposées (dont mes favorites sont évidemment à contre courant de ce que l’on considère comme le « style Van Gogh », que j’adore pourtant) et l’intelligence du rapprochement avec Hiroshige. A ne manquer sous aucun prétexte, de préférence après être allé admirer les estampes du maître d’Edo.

 Van Gogh - Deux paysannes bêchant des pommes de terre  07  VAN-GOGH---Reves-de-Japon---HIROSHIGE---L-art-du-voyage-

          Enfin, à la suite de cet enchantement pour les yeux, on aperçoit des portraits qui attirent l’oeil dans une salle tout au fond, le travail magnifique de Denis Rouvre. La curiosité nous pousse donc à aller voir de plus près. Et là, le choc. Des portrait en gros plan de japonais après Fukushima, une lumière très travaillée et des visages sur lequel se lit la désolation. Quelques paysages aussi, saisissants, qui viennent mettre en relief ce mines défaites, en en montrant la cause. Un travail magnifique et d’une grande intensité. On est parcourus de frissons entourés de ces visages splendides empreints de désespoir. Dommage que cet accrochage ne soit pas plus mis en valeur, on peut en effet tout à fait passer devant sans le voir et se serait bien dommage !

      Sachiko Adachi    Low Tide 5    Takashi Momose

Trois expositions magnifiques et touchantes qui méritent le détour.

Hiroshige, L’art du Voyage – Van Gogh, Rêves de Japon – Denis Rouvre, Low Tide – Le Japon du Chaos

Pinacothèque de Paris

28, place de la Madeleine

75008 Paris

Jusqu’au 17 mars 2013

Tous les jours de 10h30 à 18h30 (21h les mercredi et vendredi)

Billet simple pour l’une des deux expositions 10€ (8€ en tarif réduit), billet couplé Van Gogh/Hiroshige 17€ (14€ en tarif réduit)

Expositions

Bohèmes au Grand Palais

          La vie de bohème s’invite au Grand Palais. La vie de bohème fascine, elle fait rêver autant qu’elle inquiète. La bohème, c’est la vie sur les routes, les diseuses de bonne aventure, un air de fado. Mais c’est aussi le nom qu’on a donné au mode de vie frugal des jeunes artistes parisiens au 19° siècle. Qu’elle soit dans la tradition des gens du voyage ou une mode décadente, elle représente la vie sans contrainte, au jour le jour. Elle a de tous temps inspiré les artistes qui l’ont largement représentée. La bohème ? un petit vent de liberté. 

         Ce thème m’inspirait particulièrement. Il m’évoquait l’ambiance des films de Tony Gatlif, la musique entraînante de Taraf de Haïdouks ou l’univers de Kusturica. Et puis bien sûr, les vêtements chatoyants, les caravanes et l’esprit de clan. Un peu cliché, certes, mais ça vend du rêve. Et puis le Grand Palais est généralement assez doué pour les expositions thématiques. Je garde notamment un excellent souvenir de l’exposition Mélancolie vue il y a quelques années. Je me suis donc rendue sur place avec grand enthousiasme.

          L’exposition est construite en deux temps : la première partie est consacrée aux gens du voyage, la seconde aux artistes. Deux versants de la bohème. La première partie propose des oeuvres très variées, d’artistes connus ou moins connus. Parmi eux : De La Tour, Watteau, Courbet… Les représentations de la bohème sont diverses, elles mettent en avant successivement la couleur, l’occultisme ou la misère. Le lien avec le thème ne saute pas toujours aux yeux mais les panneaux explicatifs, nombreux et assez bien conçus, viennent mettre un semblant d’ordre à tout ça. L’exposition est extrêmement bien fournie et il y a de très belles toiles dans le lot. J’ai apprécié de voir se côtoyer des peintres très différents, sur une période assez vaste, et de trouver parmi eux quelques artistes des pays dont j’ignorais tout. De la musique tsigane accompagne la déambulation. Si le choix des titres n’est pas toujours très heureux, l’idée est toutefois appréciable. Une première partie riche qui réserve quelques belles surprises.

          On passe à l’étage pour la suite, après en avoir déjà pris plein les yeux. L’ambiance musicale change, ce sont Carmen et autres opéras rendant hommage à la bohème qui nous suivent dans cette deuxième partie. L’impression produite par la première salle est saisissante. On entre dans une pièce sombre, une cheminée vide dans un coin, du papier peint arraché aux murs. Nous voilà dans l’atelier miteux d’un artiste sans le sou au 19°. On est immergé dans l’ambiance du moment. Ce sera ensuite un poêle dans un coin qui nous la rappellera ou une installation recréant un bistrot parisien. Si on risquait de se lasser un peu après déjà un parcours un long, voilà que cette mise en scène originale et réussie réveille notre attention. Cette seconde partie sur la bohème comme vie d’artiste est aussi fournie que la première, avec autant de signatures célèbres. Parmi eux, Van Gogh, Picasso, Courbet toujours… Mais aussi un manuscrit de Rimbaud qui fait face à un autographe de Verlaine et m’a emplie de joie. Sans exagérer, j’en aurais pleuré tant je fus émue par cette surprise inattendue.

         Moi qui fais toujours les expositions au pas de charge, n’aimant pas trop m’arrêter longuement devant les toiles (à quelques 2/3 exceptions près), j’ai tout de même passé près d’une heure et demie dans cette exposition, sans avoir pourtant l’impression d’avoir franchement traîné. Prévoyez donc la demi journée si vous souhaitez lire tous les panneaux et profiter pleinement des oeuvres. Une exposition magnifique, très riche, intelligemment construite et pleine de très bonnes surprises. J’en suis ressortie à la fois émerveillée et émue, avec l’envie d’y retourner au plus vite ! 

Bohèmes

Jusqu’au 14 janvier

10h-20h (22h le mercredi), fermé le mardi

12€, 8€ tarif réduit, possibilité de billet couplé avec l’exposition Hopper

Grand Palais, Galeries nationales

Place Clémenceau, 75008 Paris

Expositions

Edward Hopper au Grand Palais

         Le Grand Palais propose jusqu’au 28 janvier un rétrospective consacrée à l’oeuvre d’Edward Hopper. Ce célèbre peintre américain est né à Nyach (état de New-York) en 1882. Il s’est très tôt intéressé à l’art et a suivi les cours de Robert Henri à New-York. Il se rend plusieurs fois à Paris où il sera influencé par les impressionnistes. Tardant à rencontrer le succès, il sera contraint pendant près de 20 ans à illustrer des magasines pour gagner sa vie. Mais en 1923, son talent est enfin reconnu et sa renommée va alors grandir rapidement. Son oeuvre dresse un portrait de la classe moyenne américaine et ses huiles sont considérées comme le symbole empreint de nostalgie d’une Amérique passée. 

          L’exposition est conçue de manière chronologique, ce qui permet de découvrir différents aspects de l’oeuvre d’Hopper ainsi que l’évolution de son art. La première partie présente les années de formation. Les réalisations d’Hopper y sont mises en parallèle avec des toiles d’artistes parisiens qui l’ont inspiré lors de ses voyages en France. On y croise notamment Degas ou Van Gogh dont il a admiré le travail. La seconde partie est celle de la maturité, avec les oeuvres qui ont fait son succès et restent emblématiques du style qu’il a peu à peu développé. L’exposition propose un grand nombre de toiles, qui retracent toute la vie d’artiste de l’auteur. Ce large éventail chronologique permet la découverte des différents styles auxquels s’est essayé l’artiste ainsi que d’appréhender son évolution à travers le temps.

          Je ne connaissais pas du tout le travail d’Hopper (mis à part une ou deux toiles aperçues à l’occasion), je me suis donc rendue à cette exposition par curiosité. J’ai beaucoup aimé la première partie. Certaines gravures sont très belles et assez originales. Il y a aussi des encres que j’ai particulièrement aimées, avec un dessin épuré et des couleurs des plus réussies. Viennent ensuite les aquarelles. Sans doute ce que j’ai préféré dans cette longue exposition. Elles ne sont pas très nombreuses mais je les ai trouvées pour la plupart absolument splendides (évidemment, je n’ai pas réussi à vous dégoter un visuel de celle que j’ai préféré…).

          Si j’ai trouvé très intéressant son travail plus tardif, assez mélancolique, il m’a moins touchée visuellement parlant, le tout me paraissant plus « statique » que les réalisations antérieures. Il y a toutefois quelques toiles, notamment un vieux wagon abandonné, que j’ai beaucoup appréciées (là encore, je ne vous la montrerai pas, faute d’avoir pu trouver une photo digne de ce nom). Tout ne m’a pas emballée parmi les oeuvres exposées, la désolation qui se dégage de certaine toiles ne me parlant pas nécessairement beaucoup, un peu trop pessimiste et nostalgique à mon goût sans doute, mais j’ai cependant découvert un artiste complet au projet que j’ai trouvé ambitieux autant que réussi. Notons aussi que j’ai apprécié l’incroyable profusion de femmes à la fenêtre et de liseuses, thèmes que j’aime particulièrement. Une très belle exposition, complète et bien conçue, qui nous plonge dans l’univers d’Edward Hopper et dans l’Amérique du début de siècle dernier. A voir pour découvrir ou redécouvrir. 

Edward Hopper

Grand Palais, Galeries Nationales

10 octobre 2012 – 28 janvier 2013

10h – 20h (22h mercredi et samedi), fermé le mardi sauf pendant les vacances scolaires

3 avenue du Général Eisenhower – 75008 Paris

          Hubert Félix Thiéfaine a rendu hommage à Edward Hopper dans une chanson de son dernier album, Supplément de mensonge. En effet, Compartiment C, voiture 293 est un titre qui fait directement référence à un tableau du peintre portant le même nom. Le Grand Palais a interviewé l’artiste sur ce choix et sur son admiration pour l’artiste. Vous pouvez la découvrir et écouter le titre ici.