Actualité

Prix littéraires 2014 : les premières sélections

          Cette année, je ne vous ai pas tenus informés de l’actualité des prix littéraires au fur et à mesure. Mais maintenant que la majorité des premières sélections sont annoncées, les voici. Je signale au passage qu’en établissant ces listes, j’ai pu me rendre compte une fois de plus du travail bâclé des journalistes. Je passe sur le fait qu’ils ne connaissent pas les règles typographiques, mais j’ai également trouvé des erreurs dans les titres et les noms d’auteurs. J’espère qu’au moins ils n’en ont pas fait dans les listes… Pour plus d’informations sur un roman, cliquez sur son titre.

Prix Goncourt

– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, Actes Sud
– On ne voyait que le bonheur, de Grégoire Delacourt, JC Lattès.
– Ce sont des choses qui arrivent, de Pauline Dreyfus, Grasset
– Le roi disait que j’étais diable, de Clara Dupont Monod, Grasset
– L’ordinateur du paradis, de Benoît Duteurtre, Gallimard
– Charlotte, de David Foenkinos, Gallimard
– Les tribulations du dernier Sijilmassi, de Fouad Laroui, Julliard
– La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier, Grasset
– Karpathia, de Mathias Menegoz, POL
– L’amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
– La ligne des glaces, d’Emmanuel Ruben, Rivages
– Pas pleurer, de Lydie Salvayre, Le Seuil
– La peau de l’ours, de Joy Sorman, Gallimard
– Tristesse de la terre, d’Eric Vuillard, Actes Sud

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Prix Renaudot

Romans :

– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– Dans les yeux des autres, de Geneviève Brisac, L’Olivier
– Meursault, contre-enquête, de Kamel Daoud, Actes Sud
– Le roi disait que j’étais diable, de Clara Dupont Monod, Grasset
– Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, de Christophe Donner, Grasset
– Photos volées, de Dominique Fabre, L’Olivier
– L’Oubli, de Frederika Amalia Finkelstein, L’Arpenteur
– Charlotte, de David Foenkinos, Gallimard
– Incident voyageurs, de Dalibor Frioux, Le Seuil
– Joseph, de Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel
– Les Enquêtes de Monsieur Proust, de Pierre-Yves Leprince, Gallimard
– Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Minuit
– La femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier, Grasset
– La Musique des illusions, de Jean-Marc Moura, Albin Michel
– Pétronille, d’Amélie Nothomb, Albin Michel
– L’Amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
– Pas pleurer, de Lydie Salvayre, Le Seuil

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Essais :

– De chez nous, de Christian Authier, Stock
– La femme, de Bénédicte Martin, Les Equateurs
– Jules Ferry, de Mona Ozouf, Gallimard
– Dictionnaire amoureux de la Résistance, de Gilles Perrault, Plon
– Comme des barbares en Inde, de Jean-Claude Perrier, Fayard
– Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, de Paul Veyne, Albin Michel

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Prix Femina

Français :

– L’homme qui marche, d’Yves Bichet, Mercure de France
– L’an prochain à Grenade, de Gérard de Cortanze, Albin Michel
– Le Triangle d’hiver, de Julia Deck, Minuit
– Les hommes meurent, les femmes vieillissent, d’Isabelle Desesquelles, Belfond
– La langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger, Grasset
– Mon âge, de Fabienne Jacob, Gallimard
– Joseph, de Marie-Hélène Lafon, Buchet-Chastel
– Bain de lune, de Yanick Lahens, Sabine Wespieser
– L’autoroute, de Luc Lang, Stock
– Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Minuit
– Terminus radieux, d’Antoine Volodine, Le Seuil
– Tristesse de la terre, de Eric Vuillard, Actes Sud
– Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti, L’Olivier

 

 

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Etranger :

– La lumière des étoiles mortes, John Banville, Robert Laffont – Irlande
– L’homme provisoire, de Sebastian Barry, Gallimard – Irlande
– Lola Bensky, de Lily Brett, La Grande Ourse – Australie
– Prière pour celles qui furent volées, de Jennifer Clement, Flammarion – Etats-Unis
– A l’orée de la nuit, de Charles Frazier, Grasset – Etats-Unis
– Cette nuit je l’ai vue, de Drago Jancar, Phébus – Slovénie
– La couleur du lait, de Nell Leyshon, Phébus – Grande-Bretagne
– La femme d’en haut, de Claire Messud, Gallimard – Etats-Unis
– Le fils, de Philipp Meyer, Albin Michel – Etats-Unis
– Hérétiques, de Leonardo Padura, Métailié – Cuba
– Et rien d’autre, de James Salter, L’Olivier – Etats-Unis
– Le ravissement des innocents, de Taiye Selasi, Gallimard – Grande-Bretagne
– Ce qui reste de nos vies, de Zeruya Shalev, Gallimard – Israël
– Les réputations, de Juan Gabriel Vasquez, Le Seuil – Colombie

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Prix de l’Académie Française

– Un secret du docteur Freud, d’Éliette Abecassis, Flammarion
– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– L’Ordinateur du paradis, de Benoît Duteurtre, Gallimard
– Photos volées, de Dominique Fabre, L’Olivier
– Blanès, d’Hedwige Jeanmart, Gallimard
– La Femme qui dit non, de Gilles Martin-Chauffier, Grasset
– Voyageur malgré lui, de Minh Tran Huy, Flammarion
– Les Grands, de Sylvain Prudhomme, Gallimard
– Dialogue d’été, d’Anne Serre, Mercure
– Terminus radieux, d’Antoine Volodine, Le Seuil

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Prix Médicis

Français :

– L’aménagement du territoire, d’Aurélien Bellanger, Gallimard
– Ame qui vive, de Véronique Bizot, Actes Sud
– En face, de Pierre Demarty, Flammarion
– Le Soleil, de Jean-Hubert Gailliot, L’Olivier
– La langue des oiseaux, de Claudie Hunzinger, Grasset
– Blanès, d’Hedwige Jeanmart, Gallimard
– La loi sauvage, de Nathalie Kuperman, Gallimard
– Visible la nuit, de Franck Maubert, Fayard
– Autour du monde, de Laurent Mauvignier, Minuit
– Plus rien que les vagues et le vent,  de Christine Montalbetti, POL
– L’amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
– Terminus radieux, d’Antoine Volodine, Le Seuil
– Jacob, Jacob, de Valérie Zenatti, L’Olivier

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Etranger :

– MaddAddam, de Margaret Atwood, Robert Laffont – Canada
– Lola Bensky, de Lily Brett, La grande ourse – Australie
– Wave, de Sonali Deraniyagala, Kero – Sri Lanka
– Comment s’en mettre plein les poches en Asie mutante, de Mohsin Hamid, Grasset – Pakistan
– Des 1001 façons de quitter la Moldavie, de Vladimir Lortchenkov, Mirobole – Moldavie
– Terminus Allemagne, de Ursula Krechel, Carnets Nord/Montparnasse – Allemagne
– Une constellation de phénomènes vitaux, d’Anthony Marra, JC Lattès – États-Unis
– La petite lumière, de Antonio Moresco, Verdier – Italie
– Histoires d’un médecin russe, de Maxime Ossipov, Verdier – Russie
– Hérétiques, de Leonardo Padura, Metailié – Cuba
– Tous les jours sont des nuits, de Peter Stamm, Bourgois – Suisse
– Et rien d’autre, de James Salter, L’Olivier – États-Unis
– Ce qui reste de nos vies, de Zeruya Shalev, Gallimard – Israël
– Les réputations, de Juan Gabriel Vasquez, Le Seuil – Colombie
– Tous les oiseaux du ciel, de Evie Wyld, Actes Sud – Australie

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Prix Décembre

– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– Dans les yeux des autres, de Geneviève Brisac, L’Olivier
– Le cercle des tempêtes, de Judith Brouste, Gallimard-l’Infini
– Le Royaume, d’Emmanuel Carrère,  P.O.L
– Ce sont des choses qui arrivent, de Pauline Dreyfus, Grasset
–  L’oubli, de Frederika-Amalia Finkelstein, Gallimard
– La musique des pierres, de Nicolas Idier, Gallimard
– Le manteau de Greta Garbo, de Nelly Kapriélan, Grasset
– Œuvres Vives, de Linda Lê, Christian Bourgois
– Sigmund Freud en son temps et dans le nôtre, d’Elisabeth Roudinesco, Le Seuil
– Dialogue d’été, d’Anne Serre, Mercure de France
– Et dans l’éternité je ne m’ennuierai pas, de Paul Veyne, Albin Michel

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Prix Interallié

– Le Soldat d’Allah, de Christian Authier, Grasset
– Constellation, d’Adrien Bosc, Stock
– Quiconque exerce ce métier stupide mérite tout ce qui lui arrive, de Christophe Donner, Grasset
– Ce sont des choses qui arrivent, de Pauline Dreyfus, Grasset
– La Dévoration, de Nicolas d’Estienne d’Orves, Albin Michel
– Charlotte, de David Foenkinos, Gallimard
– Les Nouveaux Monstres, de Simonetta Greggio, Stock
– Les Fils de rien, les princes, les humiliés, de Stéphane Guibourgé, Fayard
– L’Ecrivain national, de Serge Joncour, Flammarion
– Karpathia, de Mathias Menegoz, P.O.L
– Les Inoubliables, de Jean-Marc Parisis, Flammarion
– L’Amour et les forêts, d’Eric Reinhardt, Gallimard
– Avis à mon exécuteur, de Romain Slocombe, Robert Laffont
– Le Voyageur malgré lui, de Min Tran Hui, Flammarion

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          Il  a pas mal de recoupements dans les sélections, notamment entre le Goncourt et le Renaudot. Mais également entre les sélections étrangères. Beaucoup, beaucoup de titres qui me tentent en cette rentrée des plus réjouissantes. Je regrette un peu l’absence d’Olivier. Heureusement Serge Joncour, est sur la liste de l’Interallié. J’en profite également pour vous signaler que le prix du roman Fnac dont je vous avais présenté la sélection ici a été décerné à Benjamin Wood pour son premier roman, Le Complexe d’Eden Bellwether.

          La suite des prix littéraires dans quelques jours avec les 2° sélections puis le verdict final, début novembre. Et vous, quels romans ont votre préférence en cette rentrée ?

Mes lectures

Au revoir là-haut – Pierre Lemaitre

          Deux rescapés reviennent de la grande Guerre plus ou moins amochés, avec chacun leurs traumatismes, et vivotent tant bien que mal. Ils vont pourtant avoir leur revanche et panser leurs blessures à leur manière en montant une arnaque pour le moins ambitieuse et dépourvue du moindre scrupule. Pendant ce temps, un fantôme de leur passé, sous la forme d’un jeune capitaine, s’enrichit allègrement d’affaires louches en coups fumeux. Mais comment tout cela finira-t-il ?

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           Ce roman est l’un des rares de la rentrée littéraire qui faisait l’unanimité. Je crois bien ne pas avoir lu une seule mauvaise critique à son sujet : tous ceux qui l’ont lu semblent l’avoir apprécié. Si je me méfie de ce genre de consensus, je dois toutefois admettre que ça m’intriguait, d’autant plus que l’auteur n’avait écrit jusque-là que quelques polars qui avaient bonne presse, que le sujet me tentait bien et que mon libraire plaçait lui aussi le livre parmi ses coups de cœur. Quelques nominations sur les listes des grands prix littéraires de la rentrée, il ne m’en fallait pas plus pour que je me lance. Dès le premier chapitre, j’ai été embarquée au cœur de la Grande Guerre. Les personnages sont extrêmement bien brossés, pas toujours courageux, maladroits bien souvent, ils sont terriblement humains.

          J’ai été assez surprise par la force de l’écriture. Si elle n’est pas très « technique », ne fait fait pas dans les grandes envolées lyriques, la phrase ciselée ou le verbe rare, elle possède en revanche une incroyable force d’évocation par la richesse de ses descriptions et la vitalité de ses dialogues. Les images s’imposent d’elles-même à cette lecture et on saisit par la vigueur de certaines d’entre elles. Quant au choix des personnages, je l’ai trouvé très intéressant. Ce ne sont pas des héros mais des hommes comme les autres. On y croise aussi bien de vrais salauds que des gars un peu paumés ou au contraire des têtes sympathiques, comme dans la vraie vie quoi. On est loin des clichés sur la guerre et ce côté-là m’a un peu rappelé un de mes grands coups de cœur de la rentrée littéraire de l’année dernière sur la guerre de 39-45, Les fidélités successives.

          Le roman de Pierre Lemaitre ne manque pas de surprises. On suit en parallèle l’histoire d’Albert et Edouard, et celle du capitaine d’Aulnay-Pradelle. Deux univers que tout semble opposer et que la guerre a fait se rencontrer pourtant. Il est bon de prendre le temps de s’installer dans la vie quotidienne de ces hommes mais on n’en prend pas moins un malin plaisir à suivre leurs déboires, ou bonnes fortunes, forcément en nombre étant données les magouilles dans lesquelles ils trempent. Ce livre est avant tout un excellent roman populaire, avec ce qu’il faut de rebondissements pour tenir le lecteur en haleine de bout en bout en bout. Et ce fut mon cas ! Difficile de le lâcher tant cette lecture est un régal ! Un Goncourt à offrir sans modération.

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Avant guerre, elle les avait démasqués de loin, les petits ambitieux qui la trouvait banale vue de face, mais très jolie vue de dot.

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Le cœur affolé dans la poitrine, le voici dans le hall haut comme une cathédrale, des miroirs partout, tout est beau même la bonne, une brune aux cheveux courts, rayonnante, mon Dieu, ces lèvres, ces yeux, tout est beau chez les riches, se dit Albert, même les pauvres.

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 A la guerre, on veut des morts franches, héroïques et définitives, c’est pour cette raison que les blessés, on les supporte, mais qu’au fond, on ne les aime pas.

Actualité

La première sélection de Goncourt est tombée

          Septembre, la rentrée littéraire, des centaines de romans sur les tables (555 exactement cette année, soit quand même bien moins que les années précédentes) et bien sûr, les sacro-saints prix littéraires. Parmi eux, le plus convoité d’entre tous a dévoilé sa première sélection aujourd’hui, j’ai nommé bien sûr le prix Goncourt. 

          L’année dernière j’avais lu de nombreux romans de la rentrée littéraire que j’avais suivie d’assez près avec une vingtaine de livres lus, même si je dois admettre qu’il m’en reste quatre ou cinq en réserve auxquels je ne me suis pas encore attaquée craignant l’overdose. Cette année en revanche, je n’ai rien suivi du tout, c’est à peine si je suis au courant de quelques sorties intéressantes parmi lesquelles le dernier Jean-Philippe Toussaint, Nue. Difficile donc pour moi d’avoir un avis critique à ce stade de la rentrée et il y peu de chances que s’arrange étant donné l’état de mes finances. Mais à défaut de commenter les sorties du moment, je peux au moins essayer de vous tenir au courant des sélections pour les prix. Voici donc la première sélection Gongourt encore toute chaude :

– Jean-Daniel Baltassat, Le divan de Staline (Seuil)

– David Bosc, La claire fontaine (Verdier)

– Sorj Chalandon, Le quatrième mur (Grasset)

– Marie Darrieussecq, Il faut beaucoup aimer les hommes(POL)

– Sylvie Germain, Petites scènes capitales (Albin Michel)

– Pierre Jourde, La première pierre (Gallimard)

– Pierre Lemaître, Au revoir là-haut (Albin-Michel)

– Yann Moix, Naissance (Grasset)

– Boris Razon, Palladium (Stock)

– Thomas B Reverdy, Les Evaporés (Flammarion)

– Laurent Seksik, Le cas Eduard Einstein (Flammarion)

– Chantal Thomas, L’échange des princesses (Seuil)

– Jean-Philippe Toussaint, Nue(Minuit)

– Karine Tuil, L’invention de nos vies (Grasset)

– Frédéric Verger, Arden (Gallimard)

          Ces titres sont aussi en lisse pour le Goncourt des lycéens qui sera remis le 12 novembre, quand à son aîné, ce sera quelques jours plus tôt, le 4.

Actualité·Culture en vrac

Goncourt et Renaudot, les élus

           Ca y est, le grand jour est arrivé ! Après deux mois de sélections et re-sélections, un suspens intenable, une guerre des nerfs éditoriale et journalistique, le fameux prix Goncourt est enfin décerné ! Mais qui est donc l’heureux élu ? Je vous le donne en mille, un de mes chouchous de cette rentrée littéraire et mon favori de la liste : Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de Rome. Un Goncourt mérité pour un livre accessible et qui mérite amplement d’être lu.

          Quant au Renaudot, il revient à Scholastique Mukasonga, auteur rwandaise de Notre-Dame du Nil dont je n’avais jamais entendu parler. Je serai donc bien en peine de vous commenter cette récompense inattendue. Un roman qui me semble toutefois intéressant et me fait plutôt envie.

          Pour ma part, je trouve les prix de cette année assez complémentaires, avec des choses classiques, d’autres moins, des auteurs connus et méconnus, de quoi contenter à peu près tout le monde.

Mes lectures

Le sermon sur la chute de Rome – Jérôme Ferrari

          Dans un petit village de montagne corse, il n’est pas facile de trouver un gérant au seul café du coin. Et puis contre toute attente, ce sont deux enfants du pays partis étudier la philosophie à Paris qui le reprennent : l’un est né là et y a grandi, l’autre y vient en vacances depuis son enfance et à toujours rêvé d’y vivre. Ils vont redonner vie non seulement au bar et au village mais à la région toute entière ; on viendra de loin pour aller chercher chez eux un peu de chaleur. Mais le bonheur est éphémère et peu à peu, il vont voir le paradis qu’ils avaient créé s’effondrer. 

          Commençons par quelques mots de l’auteur pour expliquer le choix de ce titre bien mystérieux : « Si Rome n’est que l’un des multiples noms portés par le monde, j’aimerais pouvoir penser que ce roman est exactement ce que son titre indique : un sermon sur la chute de Rome qui fait écho à ceux que prononça Augustin dans la cathédrale disparue d’Hippone pour consoler ses fidèles d’avoir survécu à la fin du monde. » L’auteur nous raconte la fin des rêves de ces deux jeunes gens, la fin du monde qu’ils s’étaient construit, la fin de l’enfance, aussi. Le roman est construit comme un parallèle entre cette histoire somme toute banale et le discours de Saint-Augustin sur la chute de Rome qui lui donne une toute autre dimension. Un texte qui oscille habillement entre réalité quotidienne et philosophie.

          J’ai beaucoup aimé l’histoire de ces deux jeunes qui rentrent au pays et des difficultés qu’ils rencontrent. J’ai par moments eu un peu plus de mal avec les passages sur Saint-Augustin (ah, la philo et moi !) mais ils sont assez peu nombreux et amènent une profondeur très intéressante, donnant tout son relief à ce texte. L’écriture est sans trop de fioritures mais très subtile. L’auteur parvient à créer une tension dans son texte, l’attente de la chute annoncée. J’ai particulièrement apprécié ce texte au petit arrière goût de sombre mélancolie. Une écriture profonde et chargée d’émotion qui possède pourtant le recul nécessaire pour prendre un air d’universel. C’est beau et simple, tendre et solide à la fois. Un texte magnifique, l’un de mes coups de coeur de cette rentrée. Jérôme Ferrari est encore en lice pour le Goncourt, je lui souhaite le meilleur.

Virginie n’avait jamais rien fait dans sa vie qui pût s’apparenter, même de loin, à un travail, elle avait toujours exploré le domaine infini de l’inaction et de la nonchalance et elle semblait bien décidée à aller jusqu’au bout de sa vocation.

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Et c’est ainsi qu’au nom d’un avenir aussi inconsistant que la brume, il se privait de présent, comme il arrive si souvent, il est vrai, avec les hommes.

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Il était comme un homme qui vient juste de faire fortune, après des efforts inouïs, dans une monnaie qui n’a plus cours.