Actualité·Librairies

Rencontre avec Julia Deck

Julia Deck, l’auteur du très bon Viviane Elisabeth Fauville, sera présente le

24 octobre à partir de 18h à la librairie AUX LIVRES, ETC.

Dans ce premier roman, elle nous conte avec brio l’histoire d’une femme qui devient mère à 40 ans et divorce à la naissance de sa fille. Perturbée par ces circonstances difficiles, elle suit une psychanalyse et, sans raison apparente, le tue… Un roman original et extrêmement bien mené. Pour la critique complète, rendez-vous ici.

Pour rencontrer l’auteur et lui poser toutes vos questions sur l’ouvrage, rendez-vous demain, mercredi 24 octobre, à 18h à la librairie Aux livres, etc… au 36 rue René Boulanger – 75010 Paris

Pour en savoir plus, le site de la librairie : http://www.auxlivresetc.com

Mes lectures

Ciseaux – Stéphane Michaka

          Raymond Carver est alcoolique et écrivain. Du moins il essaie de devenir, mais s’il écrit de nombreuses nouvelles, il peine à se faire publier. Du moins jusqu’à sa rencontre avec Gordon Lish, le célèbre éditeur. On le surnomme « Ciseaux », tant il coupe dans les textes pour n’en garder que le squelette. Pour accepter à la postérité, Raymond devra donc trahir l’âme de son oeuvre, qui est pourtant toute sa vie, et un hommage à l’amour de sa vie, sa femme, Maryann. Un choix que s’avérera difficile et va changer sa vie. 

          Je n’avais jamais lu la moindre ligne de Raymond Carver avant d’ouvrir ce livre, ni ne connaissais Gordon Lish. J’avais donc peur que ce livre ne me parle guère, faute d’en connaître les protagonistes. Craintes dissipées dès les premières lignes. J’ai absolument a-do-ré le style de ce livre. Déjà je dois admettre avoir un faible pour les écrivains alcooliques américains, je n’ai donc pas été déçue par celui-ci ! J’ai également trouvé très touchante l’histoire d’amour complètement bancale qu’il vit avec sa femme. On retrouve cette histoire déclinée à l’infini dans ces nouvelles, largement reprises dans le roman. Mise en abîme absolument passionnante. On suit le parcours de cet écrivain par différents regards : le sien, celui de sa femme, de son éditeur, de ses personnages… Un procédé narratif que je trouve toujours intéressant car il permet une écriture très dynamique et lui donne de la profondeur grâce à la variation de points de vue.

         Ce livre possède un sacré paquet de qualités : une excellente histoire (qui s’avère être une biographie qui plus est, on se cultive donc au passage !), une écriture alerte, une construction habile. On se régale du début à la faim. J’ai dévoré ce roman et me suis délecté de chaque ligne. Le changement de point de vue est parfois déroutant, surtout quand se sont les personnages des nouvelles qui ont la parole. Personnages qui sont les doubles de l’auteur et sa famille. Un peu perturbant au début, mais on s’habitue et finalement, cette légère confusion au début de certains chapitres, le temps qu’on comprennent à qui on a affaire, et cela donne même un certain charme à ce texte qui n’en manquait déjà pas. On pourrait énumérer longtemps les raisons de lire ce texte plein d’humour qui relate une histoire littéraire passionnante. Un roman qui se lit avec plaisir et avidité. Sans doute un des meilleurs textes de cette rentrée littéraire de qualité. 

La fiction : le réel avec un pas de côté. Il est où, votre pas de côté ? je dis à mes étudiants. La sincérité, fuyez-la comme la peste.

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Qu’est-ce que le minimalisme ?

Le crépitement d’une phrase, le coup de fouet d’une formule étonnamment concise, une histoire qui, à peine née, meurt entre vos mains. Pas dans un vacarme mais dans un murmure. 

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Attention : les écrivains n’aiment pas les étiquettes. La seule qu’ils tolèrent, c’est le code-barres au dos de leur livre. parce que personne ne peut le déchiffrer.

Sur ce livre, vous pouvez également lire la critique de Carmadou, ici.

Actualité

Prix Goncourt, 2° sélection

          Dans la série des prix littéraires 2012 toujours, l’Académie Goncourt vient de livrer sa 2° sélection. Restent en lice pour le fameux prix :

Vassilis Alexakis L’enfant grec (Stock)
Thierry Beinstingel Ils désertent (Fayard)
Patrick Deville Peste et choléra (Seuil)
Joël Dicker La vérité sur l’affaire Harry Québert (Fallois)
Mathias Enard Rue des voleurs (Actes Sud)
Jérôme Ferrari Le sermon sur la chute de Rome (Actes Sud)
Linda Lê Lame de fond (Bourgois)
Joy Sorman Comme une bête (Gallimard)

          Une assez jolie liste, pas très originale mais qui me semble plutôt de bonne qualité. Parmi les ouvrages lus je dois admettre avoir un petit faible pour Le sermon sur la chute de Rome de Jérôme Ferrari, que j’ai hâte de chroniquer. Même si le Mathias Enard, Rue de voleurs, est aussi de très bonne qualité. Quant au Patrick Deville, dont je vous parlerai plus longuement bientôt, s’il ne m’a pas emballée plus que ça, on est forcé de reconnaître son brio et il semble avoir la préférence des journalistes comme des jurés des différents prix.

Verdict le 7 novembre !

Club lecture

Club lecture, le retour

          Suite à plusieurs demandes, le club-lecture reprend du service. Nous nous retrouverons le jeudi 18 octobre à 20h à l’Imprévu, 9 rue Quincampoix, dans le 4° arrondissement. Puisque nous sommes en pleine saison des prix littéraires, nous nous réunirons autour d’un prix Goncourt, Le soleil des Scorta, de Laurent Gaudé. Un texte pas trop long, une écriture simple et efficace, et surtout au final, un très beau texte. Beaucoup l’auront sans doute déjà lu, ce qui va à l’encontre de notre principe de base mais c’est pour une reprise en douceur.

Petite présentation du livre : La lignée des Scorta est née en 1870 à Montepuccio, un petit village au sud de l’Italie où le soleil rend fou. Descendants d’un brigand sans envergure, ils sont condamnés à l’opprobre et la pauvreté. Mais il existe des richesses plus grandes que l’argent : le dévouement à la famille, l’amour de la terre et la soif de vivre. C’est cela qu’il ont promis de se transmettre, de génération en génération, afin que se perpétue leur héritage.

Une très beau texte qui mérite vraiment le détour.

          Nous manquons de participants, vous êtes donc tous les bienvenus pour cette rentrée du club-lecture. Au programme, le livre du mois ben sûr mais aussi vos autres coup de coeur lecture, du cinéma, des sorties et autres sujets divers et variés. Venez nombreux. C’est le 18 octobre à 20h, et ça se passe à l’Imprévu, rue Quincampoix. Bonne lecture à tous et à  très bientôt pour une nouvelle rencontre littéraire.

Mes lectures

Rue des Voleurs – Mathias Enard

          Lakhdar est un jeune Tangérois sans histoires. Musulman plus par tradition que par conviction, il prend parfois quelques libertés avec la religion. Il aime les vieux polars français grâce auxquels il a appris la langue et parle quelques mots d’espagnols. Il sort à peine de l’adolescence et rêve à sa cousine Meryem. Et puis il y a son ami Bassam avec qui il partage tout ou presque, sauf l’envie de quitter le pays. Lakhdar ne rêve d’Europe, quelques livres et une bière de temps en temps, voilà qui suffit à son bonheur. Mais alors qu’il ose enfin déclarer sa flamme à Meryem, leurs parents les surprennent. On le jette dehors et voilà le jeune homme à la rue, à l’aube du printemps arabe. 

          Pour commencer, j’ai eu un peu de mal avec le style employé dans ce livre. Les premières lignes sont assez crues et je dois admettre préférer un vocabulaire plus policé, dans une idée assez traditionaliste de la littérature. Toutefois cette mauvaise impression s’est quelque peu dissipée par la suite, soit que le style se fasse un peu moins brusque, soit que j’aie fini par m’habituer, ou peut-être un peu des deux. Ceci étant dit, je suis en revanche rentrée plutôt facilement dans l’histoire. Le personnage est assez attachant et j’ai trouvé la manière dont sont traités les évènements aussi intelligente qu’intéressante. Je craignais un peu le sujet mais il est extrêmement bien traité, n’abordant pas politique et religieux de manière frontale mais par l’oeil d’un personnage qui se désintéresse de ces questions. Une idée brillante qui permet de traiter les évènements de l’intérieur sans pour autant verser dans le procès facile.

          L’histoire est pleine de rebondissements et par là même très prenante. La galerie de personnages est assez complète et c’est avant tout leur humanité qui est mise en avant. On y croise quelques extrémistes qui semblent plus perdus et aveuglés par la peur et la haine que foncièrement mauvais. La plupart étaient des hommes comme les autres que la misère et l’inactivité ont amenés vers l’extrémisme religieux puis la violence. Les évènements survenus dans le monde arabe ne servent finalement que de toile de fond à ce roman, ils ne sont que rarement présentés de manière frontale, ce qui ne donne que plus de force aux quelques scènes de violence de ce texte. Une certaine tension monte au fil des pages, les situations dans lesquelles se trouvent les différents personnages semblant toujours plus inextricables. Certains reprocheront peut-être à ce texte des péripéties parfois un peu tirées par les cheveux mais pour ma part ça n’a pas gêné ma lecture, le tout étant suffisamment bien construit pour rester crédible. La fin, assez surprenante est pour le moins marquante. Un roman fort, qui donne un éclairage intéressant sur le Printemps arabe sans pour autant négliger l’aspect romanesque. Un texte complet et réussi ; l’un des grands livres de cette rentrée.

Les gens qu’on veut insulter partent toujours trop vite, ou c’est moi qui ne suis pas assez prompt à l’insulte et à la violence.

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C’était en avril, mois de la poussière et des mensonges.

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Parfois, nous sentons que la situation nous échappe, que les choses dérapent ; on prend peur et au lieu de regarder tranquillement, d’essayer de comprendre, on réagit comme le chien pris dans un barbelé, qui s’agite éperdument jusqu’à s’en déchirer la gorge.