Mes lectures

Les optimistes, Rebecca Makkai

Chicago, 1985. La carrière de Yale Tishman, jeune galeriste, s’apprête à décoller lorsque l’épidémie de sida frappe Chicago de plein fouet. Très vite, le virus s’immisce dans son entourage, et tout s’effondre autour de Yale. Bientôt, il ne lui reste plus que Fiona, la petite soeur de son meilleur ami Nico.
2015. Fiona se rend à Paris, à la recherche de sa fille devenue membre d’une secte. Logée chez une vieille connaissance, elle s’autorise enfin à revenir sur le traumatisme de sa jeunesse.

Le sujet de ce roman m’intéressait particulièrement. En effet, mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles s’en souviennent peut-être, mais il y a fort longtemps, j’ai consacré mon mémoire de master à la littérature sur le sida. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mon article faisant un petit résumé de mes découvertes ici. Si avec le temps j’ai arrêté de me ruer sur chaque livre ou film traitant du sujet, je continue toutefois à m’y intéresser et j’étais ravie de m’y replonger avec ce roman.

Couverture du roman Les optimistes de Rebecca Makkai

Je dois admettre que les premières pages ne m’ont guère convaincue. Le personnage, une sorte d’intello mondain, m’a agacée très fort des le début. Pour tout dire ils m’ont quasiment tous agacée très fort des le début. Aucune identification aux personnages, pas même la moindre petite trace de sympathie. Je me suis dit que ça allait être compliqué. D’autant plus que c’est quand même un sacré pavé…

Par acquis de conscience, j’ai continué ma lecture en me disant que quand même ça m’intéressait de voir comment le sujet était traité. J’ai beaucoup lu sur cette période, mais essentiellement des textes écrits par des malades (ou éventuellement leur conjoint), des récits vus de l’intérieur, j’étais curieuse de voir un regard extérieur, qui aurait du recul sur les évènements. Et j’ai bien fait de persister ! Petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à cette bande d’amis que le sort n’a pas épargné et qui s’est pris l’arrivée de la maladie de plein fouet.

Le récit est très différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant et c’est justement ce que j’attendais de ce texte. Beaucoup de récit sur le sida tendent à magnifier la maladie, en faisant une sorte d’allié privilégié de l’artiste, le forçant à plus d’intensité dans le peu de temps qui lui est alloué. Ici c’est la peur qui prédomine. L’incompréhension parfois aussi. Et bien sûr l’infinie tristesse de vois ses proches disparaître les uns après les autres sans savoir qui sera le prochain. Bien que j’aie eu du mal à rentrer dedans et qu’on puisse lui reprocher quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce texte qui dresse un magnifique portrait de l’époque. Un roman marquant.

Portrait de Rebecca Makkai

Avant j’avais peur que Reagan appuie sur le bouton rouge, tu sais ? Et je craignais les astéroïdes, et tout. Et puis j’ai compris un truc. Si tu devais choisir quand, dans la chronologie de la Terre, tu devais vivre, est-ce que tu ne choisirais pas la fin des temps ? Comme ça, tu n’aurais rien loupé. Si tu meurs en 1920, tu passes à côté du rock’n’roll. En 1600, tu rates Mozart. Pas vrai ? Je veux dire, les horreurs aussi s’accumulent, mais personne ne veut mourir avant la fin de l’histoire.

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Curieusement, à ses yeux, les amis étaient des gens que l’on rencontrait tôt et avec qui on restait à jamais lié. Peut-être était-ce pour cette raison que sa solitude le frappait de plein fouet. Il ne se voyait pas sortir pour sélectionner une toute nouvelle cohorte d’amis.

Mes lectures

Le cerveau de Kennedy, Henning Mankell

Automne 2004. Louise Cantor quitte son chantier de fouilles du Péloponnèse pour rentrer en Suède. Impatiente de revoir son fils, elle le trouve mort dans son appartement de Stockholm. Qui a tué Henrik ? Pas un instant Louise ne veut croire que son fils unique se soit suicidé. Avec l’énergie du désespoir et une obstination d’archéologue, elle va tenter de reconstituer fragment par fragment les dernières années d’une vie brutalement interrompue. Secondée par Aron, le père d’Henrik qu’elle a déniché au fin fond de l’Australie, Louise découvre que son fils avait une vie secrète, émaillée d’inquiétantes zones d’ombre.

Il y avait longtemps que je souhaitais lire ce roman. J’aime généralement beaucoup les textes d’Henning Mankell. Je connais surtout ses polars nordiques et j’étais curieuse de découvrir une autre facette de son œuvre. Et ce d’autant plus que le sujet m’intriguait ! Il y a quelques années, j’ai consacré mon mémoire de master à la littérature sur le sida et je n’avais alors pas eu le temps d’intégrer ce livre à mon corpus. Près de 10 ans plus tard, je me décide enfin à le lire. Si le sujet vous intéresse vous pouvez retrouver quelques autres titres sur le sujet ici.

Couverture du roman Le cerveau de Kennedy de Henning Mankell

Je dois bien admettre que mes espoirs ont été quelques peu déçu et ce n’est pas mon livre favori de l’auteur. L’histoire est assez compliquée. Un jeune homme est retrouvé mort chez lui, sa mère ne croyant pas à la thèse du suicide, décide de se pencher sur son passé et va de surprise en surprise. Le moins qu’on puisse dire c’est que l’histoire du garçon est trouble. Elle va nous mener de Suède en Espagne, puis en Australie et au Mozambique, où se déroule l’essentiel de l’intrigue.

Un roman sur fond de conspiration internationale qui dénonce le cynisme du monde occidental. Si l’intention est louable, j’ai trouvé que la mise en œuvre n’était pas toujours une réussite. Le texte est assez lourd et s’enlise parfois dans ses méandres sans fin. Il m’a parfois semblé que l’auteur ne savait plus lui-même comment se dépêtrer de son histoire tarabiscotée. Reste toutefois le personnage marquant de Lucinda, bien plus touchant que celui de Louise qui n’a pas réussi à m’émouvoir.

Je me suis souvent demandé durant cette lecture, quelle était la part de réalité dans ce texte. De quels complots réels ou imaginaires est-il inspiré ? J’aurais aimé le savoir mais je n’ai malheureusement pas fait de recherches pour tenter de démêler un peu tout ça. Je ne doute pas que Mankell ait glissé dans ces lignes une part d’effroyable vérité. Il n’en reste pas moins que malgré de bonnes intentions, j’ai trouvé ce texte parfois confus. Un bon point de départ, un texte engagé et fort mais malheureusement pas totalement abouti et parfois quelque peu difficile à suivre.

Portrait de Henning Mankell

Le cynisme est une défense de façade. Un filtre qui rend la réalité un peu plus douce. Sans cela, ce serait facile de perdre pied et de tout laisser tomber.

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L’humanité se divise en deux groupes: ceux qui détestent revenir sur leurs pas et ceux qui adorent ça.

Cinéma

Plaire, aimer et courir vite

          Comédie dramatique de Christophe Honoré avec Pierre Deladonchamps, Vincent Lacoste, Denis Podalydès
1990. Arthur a vingt ans et il est étudiant à Rennes. Sa vie bascule le jour où il rencontre Jacques, un écrivain qui habite à Paris avec son jeune fils. Le temps d’un été, Arthur et Jacques vont se plaire et s’aimer. Mais cet amour, Jacques sait qu’il faut le vivre vite.

Affiche de Plaire, aimer et courir vite

          Certains d’entre vous s’en souviennent peut-être, il y a quelques années, j’ai consacré mon mémoire de master à la littérature sur le sida, autour notamment d’Hervé Guibert. J’avais décidé d’élargir le sujet dans ma dernière partie au cinéma. J’ai donc vus quelques films sur ce thème et lorsque quelque chose de nouveau sort sur la période, je suis toujours très curieuse d’aller le découvrir histoire de compléter ma culture autour de ce sujet. Je ne pouvais donc pas rater le dernier film de Christophe Honoré.

Image de Plaire, aimer et courir vite

          Je dois avouer que face aux sujets qui touchent à l’intime j’ai toujours un peu peur de m’ennuyer. Je suis assez peu portée sur les histoires de cœur au cinéma et je n’aime pas quand la maladie devient un tire-larmes, ce qui malheureusement trop souvent le cas. En la matière, je suis plutôt adepte de sobriété. J’étais donc circonspecte. Et finalement, malgré les défauts du film, j’ai trouvé que c’était une jolie surprise.

Image de Plaire, aimer et courir vite

          Mon coup de cœur va à l’interprétation, d’une incroyable justesse. Les 3 acteurs principaux sont rayonnants. Ce n’est pas forcément une grosse surprise concernant Denis Podalydès et Vincent Lacoste mais je ne connaissais pas l’acteur principal et j’ai été subjuguée (oui, rien que ça). Il mérite à lui seul le détour. On l’avait déjà vu dans l’Inconnu du lac mais j’étais visiblement trop occupée à m’ennuyer pour le repérer. En tout cas, le trio infernal fonctionne et c’est un régal de les suivre.

Image de Plaire, aimer et courir vite

          Comme toujours chez Honoré, la bande-son est également fort bien choisie. L’histoire est jolie et sonne juste, sans larmoiements inutiles, sans forcer l’émotion. Presque pas assez. C’est tellement délicat que même les situations les plus extrêmes ne nous tirent pas une larme, à peine un petit pincement au cœur. D’un côté j’admire ce parti pris de mettre plus en avant la beauté d’une relation nouvelle et la joie qu’elle apporte plutôt que l’échéance imminente de la mort, ça donne au tout une certaine fraîcheur qui contraste avec le sujet. Ca donne un film doux et joyeux, mélancolique parfois, peut-être pas un chef-d’œuvre mais un joli moment.

Mes lectures

Barbara SAMSON, On n’est pas sérieux quand on a 17 ans

          Le petit dernier de la série « Les stars du blog ». L’article le plus lu avec plus de 25000 lecteurs ! Je dois avouer que ce chiffre m’impressionne. J’ai écrit cet article lorsque je travaillais sur mon mémoire consacré à Hervé Guibert et son roman « A l’ami qui ne m’a pas sauvé la vie« . Je me suis beaucoup intéressée au sida dans la littérature à cette époque et c’est dans ce cadre que j’ai lu le témoignage de Barbara Samson. Une découverte avec un regard un peu particulier donc puisque je le comparais à ds textes sur le même thème bien plus littéraires et aboutis. Je ne pensais pas recevoir autant de retours et j’avoue que si j’avais su j’aurais probablement tourné les choses de manière très différente. Mais il paraît que mon honnêteté fait mon charme, voici donc un parfait exemple de « critique assassine ».

Madimado's Blog

          Barbara a 17 ans. Elle aime pour la première fois. Il est séropositif et elle ne le sait pas. Elle apprendra quelques mois plus tard qu’elle a été contaminée. Elle témoigne ici pour partager son expérience, pour faire connaître cette maladie qui fait des ravages depuis quelques années (le livre paraît en 1994) et informer le grand public.

          Soyons honnête, ce livre n’a qu’un intérêt très limité. Sur le moment, il a fait pleurer dans les chaumières : une jeune fille de 17 ans condamnée à mort, ça a de quoi émouvoir. L’histoire est plus contrastée. La jeune fille est en réalité dépressive et a fait plusieurs tentatives de suicide. Elle apprend très vite que son amoureux est un ancien toxicomane (qui va bien vite replonger) séropositif mais décide de continuer sa relation avec lui sans pour autant prendre les précautions qui s’imposent, dans une volonté avouée de jouer avec…

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Divers

When we rise

           When We Rise se présente comme une chronique des luttes personnelles et politiques, les revers et les triomphes, d’hommes et de femmes militants pour les droits LGBT, et plus largement sur l’histoire du mouvement des droits des homosexuels.

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           Quand j’ai commencé à regarder cette série, je ne savais pas du tout à quoi m’attendre. Tout ce que je savais, c’est ce que disais le synopsis du 1° épisode et que c’était réalisé par Gus Van Sant (il a  en réalité co-réalisé uniquement les 2 premiers épisodes), ce qui était plutôt prometteur. Les tout premiers épisodes parlent de la lutte pour le droit des homosexuels aux Etats-Unis. Mais très vite, le sida fait son apparition et c’est la lutte pour la reconnaissance de l’épidémie qui prend le dessus, même si les deux sont intimement liées, en grande partie parce que l’arrivée de la maladie met en péril les droits durement acquis et fait ressurgir de vieux relents d’homophobie de manière particulièrement véhémente.

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           Dès le début, j’ai bien aimé cette série. Le sujet, les personnages, la manière dont les choses sont traitées, j’ai beaucoup son côté quasi-documentaire, contestataire et en même temps assez romanesque de par l’intensité qu’elle revêt. Mais j’avoue que la seconde partie m’a plus intéressée encore que la première. Certains le savent peut-être même si ça commence à dater sérieusement mais j’ai fait mon mémoire de master sur Hervé Guibert et la littérature sur le sida. J’en ai gardé un fort intérêt pour tout ce qui touche au sujet, que ce soit en littérature ou au cinéma, même si finalement, quand on ne court pas après, les occasions sont assez rares (n’oublions pas le magnifique Dallas Buyer Club).

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           Je suis assez informée sur le début de l’épidémie – en France du moins – et les premiers traitements. Je me suis surtout penchée sur l’aspect littéraire, à travers de nombreux témoignages. Quelque chose de souvent assez intime donc, loin de l’aspect politique. J’ai été très choquée par ce que raconte cette série. Je ne sais pas trop comment cet aspect des choses avait pu m’échapper (en partie du moins, disons que je n’en avait pas saisi l’ampleur) : on a sciemment laissé mourir des gens. Des centaines de milliers de personnes mortes dans l’indifférence générale. Comme le dit un des personnages, on a affaire à un génocide. J’avoue que la prise de conscience a été brutale.

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           J’ai beaucoup aimé cette série qui gagne en puissance au fil des épisodes. Le sujet est passionnant et la série couvre en peu de temps (8 épisodes) une large période. Ca passe presque trop vite tant il y a à dire mais ça permet de donner du rythme à l’ensemble. Le réalisateur se concentre sur l’essentiel et parvient à mettre en avant les moments clefs de la lutte. L’évolution des causes est très bien cernée et la série ne se disperse pas, tout en parvenant à dépeindre des personnages forts et attachants qu’on suit une grande partie de leur vie et dont on voit l’évolution. Une série engagée comme on aimerait en voir plus souvent : à ne pas rater.

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