Mes lectures

La grande épreuve, Etienne de Montety

Un couple sans histoire, Laure et François Berteau. Leur fils adoptif, David, adolescent enjoué qui se pose des questions sur ses origines. Le père Georges Tellier, un prêtre qui s’arc-boute à sa foi, dans une Eglise qui s’étiole. Frédéric Nguyen, flic résolu à l’action et au silence, pour préserver sa vie privée. Hicham, que le goût du risque et de la frime finit par conduire en prison. Des remarques blessantes, de mauvaises rencontres. Une emprise croissante de l’islamisme et une colère de plus en plus radicale. Et tout se précipite. Vers cette petite église d’un village du Sud-Ouest de la France, la tragédie attire comme un aimant explosif des hommes que rien ne prédestinait à se rencontrer.

Couvertur de La grande épreuve d'Etienne de Montety

Après Un jour viendra couleur d’orange, voici un autre roman qui prend pour thème un sujet d’actualité. Tristement remise sur le tapis ces derniers jours. En effet, le récit retrace un attentat commis dans une église qui m’a semblé s’inspirer de celui commis en 2016, bien qu’il s’agisse ici purement d’une œuvre de fiction. On suit différents protagonistes : le prêtre, les deux terroristes, un des flics qui se rendra sur place…

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Cinéma

Téhéran tabou

          Film d’animation, drame iranien d’Ali Soozandeh avec Elmira Rafizadeh, Zahra Amir Ebrahimi, Arash Marandi
Téhéran : une société schizophrène dans laquelle le sexe, la corruption, la prostitution et la drogue coexistent avec les interdits religieux. Dans cette métropole grouillante, trois femmes de caractère et un jeune musicien tentent de s’émanciper en brisant les tabous.

Téhéran tabou affiche

          J’aime généralement beaucoup le cinéma iranien. Je garde notamment un excellent souvenir des Chats persans. C’est une culture qui m’intrigue et me fascine même si elle ne m’attire pourtant pas du tout (mon côté féministe est « légèrement » heurté par certaines pratiques…). Le cinéma est je trouve un excellent moyen d’accéder à une autre culture. J’étais donc curieuse de découvrir ce film d’animation, d’autant plus que j’avais entendu une interview très intéressante du réalisateur. Le nom, le sujet, les images, tout me faisait envie et je me suis donc pour la première fois depuis bien longtemps précipitée en salle pour ne pas le louper.

Téhéran tabou image

          Et j’ai sacrément bien fait ! Visuellement c’est assez réussi je trouve, avec un style très marqué et un grand soin porté à l’esthétique. Il y a un côté souvent très poétique dans les images. Quant à l’histoire, elle est forte et intéressante. On y suit plusieurs femmes aux destins contrariés : divorces, avortement, prostitution, autant de tabous qui sont évoqués ici. J’ai eu un peu de mal au début à savoir qui était qui et à faire le lien entre les différentes histoires, ce qui m’a un peu gênée, mais finalement ça se met en place peu à peu.

Téhéran tabou

          J’ai vraiment aimé ce film d’animation intelligent et bien construit même s’il s’avère souvent très dur. Ca m’a par certains aspects rappelé le très beau Valse avec Bachir (en un peu plus confus et moins abouti toutefois). Malgré quelques longueurs et un côté parfois un peu brouillon au début, le film est percutant et véhicule un message fort en plus d’une esthétique marquée. Le film est tourné en rotoscopie : ce sont de vrais acteurs qui sont retravaillés en images animées. Le résultat est surprenant et assez réussi, à la fois réaliste et poétique, même si ça a un aspect assez perturbant je trouve. Un film engagé et visuellement réussi qui malgré quelques maladresses s’avère dans l’ensemble réussi et percutant.

Cinéma

Moi, Daniel Blake

          Drame britannique de Ken Loach avec Dave Johns, Hayley Squires, Dylan McKiernan
          Daniel Blake, un menuisier anglais de 59 ans, est contraint de faire appel à l’aide sociale à la suite de problèmes cardiaques. Mais bien que son médecin lui ait interdit de travailler, il se voit signifier l’obligation d’une recherche d’emploi. Il va croiser la route de Katie, mère célibataire de deux enfants. Daniel et Katie vont tenter de s’entraider…

Moi, Daniel Blake, affiche

          Je vais peu au cinéma depuis le début de l’année, 2016 aura été une année catastrophique pour moi de ce point de vue. Toutefois je n’allais pas rater le dernier Ken Loach et sa Palme d’Or. J’avais peur de trouver ce film très austère. Le sujet n’est pas facile et surtout, je le maîtrise un peu trop bien. Ceux qui me lisent régulièrement le savent, j’ai eu quelques problèmes de santé ces dernières années et j’ai découvert par la même occasion les joies de l’administration, ses rouages tordus, son aspect parfaitement inhumain et parfois, son injustice. Si ne n’avais pas ma famille pour m’aider, je serais certainement à la rue ou morte de faim, et je considère clairement que je fais partie des chanceuses : j’ai une famille qui m’aide, je parle français, j’ai fait des études, a priori je suis apte à remplir formulaires et autre paperasserie en tout genre, bref, je suis plutôt bien lotie. Pourtant je peux vous assurer que je vois un peu trop bien de quoi ce film parle.

Moi, Daniel Blake

          On ne peut pas dire que j’aie été particulièrement surprise par le déroulement de l’histoire. C’est criant de vérité. Certes le système anglais et le système français ne sont pas exactement équivalents mais il y a quand même de sacrées ressemblances dans le mode de fonctionnement. A savoir : mettre des bâtons dans les roues aux gens pour ne pas les payer. Méthode relativement efficace, il faut bien l’avouer. C’est montré ici avec tout le brio de Ken Loach. Le moins qu’on puisse dire c’est que ça met le doigts sur les aspects proprement inhumains d’un système sensé venir à aide à ceux qui sont dans le besoin. Ce film est très sobre dans son esthétique et dans sa réalisation, proche du documentaire. Les acteurs sont sont d’une incroyable justesse. On ne tombe jamais dans le pathos malgré un sujet difficile et il y a même une petite dose d’humour tout à fait bienvenue. Il y a chez les personnages de Ken Loach une dignité admirable. Outre le fait qu’il soit impeccablement réalisé, ce film a le mérite de mettre en avant un système inhumain et son injustice qui touche bien plus de monde qu’on ne croit. Un cinéma social comme on en voit trop peu.

Cinéma

Comancheria et infiltrator : action et suspens au rendez-vous

  • Comancheria

Western, thriller, drame américain de David Mackenzie avec Jeff Bridges, Chris Pine, Ben Foster
Après la mort de leur mère, deux frères organisent une série de braquages, visant uniquement les agences d’une même banque. Ils n’ont que quelques jours pour éviter la saisie de leur propriété familiale, et comptent rembourser la banque avec son propre argent. À leurs trousses, un ranger bientôt à la retraite et son adjoint, bien décidés à les arrêter.

Comancheria, afficheSi j’avais vu les affiches de ce film ainsi que quelques articles (que je n’avais pas lus), je n’avais pas la moindre idée de quoi il pouvait bien retourner. J’y suis donc allée parfaitement a pif. Une bonne vieille méthode qui a encore une fois fait ses preuves. Ce film a été une vraie bonne surprise. L’histoire déjà avait tout pour me plaire. Voler la banque à laquelle on doit des sous pour la rembourser, c’est tout de même plutôt osé. Le récit ne manque pas de piquant donc. Le décor est assez désolé, il y a pourtant quelques très belles images, avec notamment une lumière très travaillée. C’est sobre et soigné. J’ai beaucoup aimé cette esthétique qui n’en fait pas trop. Le film est plus construit qu’il n’y paraît et pose des vrais problèmes de société. L’histoire est très prenante et l’action ne manque pas – la violence non plus d’ailleurs. Ce n’est pas franchement joyeux mais pas dénué d’un certain humour noir qui n’était pas pour me déplaire. On se laisse prendre à ce jeu du chat et de la souris et bien que les personnages principaux soient moyennement sympathiques, on tremble tout de même un peu pour eux et on ne peut s’empêcher de se mettre à leur place. Il me paraissait difficile de bien finir ce film sans être ni défaitiste ni moralisateur. C’est finalement un pari plutôt réussi. Ce film aura été une bonne surprise jusqu’au bout. Un film sombre et intelligent où la beauté et la violence se mêlent au désespoir. Un coup de cœur aussi total qu’inattendu.

 

  • Infiltrator

Thriller américain de Brad Furman avec  Bryan Cranston, Diane Kruger, John Leguizamo
L’agent fédéral Bob Mazur a pour mission d’infiltrer le cartel de drogue de Pablo Escobar. Son but : faire tomber 85 barons et une banque internationale. Son plan : s’inventer un passé, une identité, une fiancée. Son risque : le moindre faux pas lui serait fatal.

Infiltrator, afficheVoilà un film qui me tentait beaucoup, à la fois pour son sujet et pour son acteur principal. J’aime beaucoup les films d’espionnage et je trouve l’infiltration assez fascinante. Et Bryan Cranston : quel acteur ! J’ai plus souvent l’occasion de le voir dans des séries que dans des films et j’avais hâte de le découvrir dans ce rôle. Je n’ai pas été déçue. Il livre une prestation extrêmement convaincante. Pourtant je reste un peu mitigée sur ce film. J’ai beaucoup aimé le côté infiltration et changement d’identité et les questions que ça pose avec la difficulté à jouer entre plusieurs vies, plusieurs personnages, sans oublier qui on est et à qui accorder sa confiance et son amour. J’ai trouvé cette partie-là intéressante et réussie. En revanche, l’intrigue est assez complexe et il m’a fallu un peu de temps pour rentrer dedans. il faut dire aussi que je n’étais pas très concentrée (la faute à mon voisin très dissipé qui se connaîtra s’il me lit). Pas facile de suivre les subtilités de l’histoire : à un moment j’ai bien cru que je n’allais jamais arriver à comprendre ce film. Les choses ont fini par se mettre en place peu à peu. La tension monte et même si la fin est assez prévisible on prend un certain plaisir à suivre cette intrigue. Dommage que l’ensemble manque un peu de rythme. Le film fonctionne plutôt bien mais j’ai trouvé que ça manquait de fluidité. Malgré pas mal de qualités, une demie-réussite.

Mes lectures

Peine perdue, un très beau roman d’Olivier Adam

         Sur la Côte d’Azur, après les beaux jours les touristes ont quitté la petite station balnéaire où vivent Antoine et les autres. Une vie en apparence paisible où vont pourtant survenir des événements qui vont bouleverser les habitants. Chacun va alors être confronté à ses peurs, ses espoirs et ses échecs.

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          Je n’avais pas lu grand chose d’Olivier Adam et je dois avouer que mes dernières lectures de ses romans dataient un peu. J’avais trouvé les deux romans que j’avais lus pas mal, sans plus. Une écriture un peu sèche à mon goût, avec laquelle j’avais un peu de mal à accrocher. Une écriture qui ne m’émeut pas outre mesure malgré la force des histoires qu’il raconte. Un peu trop sobre à mon goût sans doute. On m’avait dit le plus grand bien de son dernier roman, paru il y a deux ans, bien au-dessus du lot paraît-il. Et puis je ne sais pas, le temps est passé, je ne l’ai pas lu. Pourtant, quand celui-ci est sorti, j’ai eu une soudaine envie de l’acheter en le voyant sur les étals des libraires. Et c’est par ce roman que j’ai commencé mes lectures de cette rentrée littéraire. Quelle riche idée n’ai-je pas eue là !

          Dès les premières lignes, j’ai été happée par ce style si particulier. Toujours haché mais plus rond que dans mon souvenir, plus travaillé. Je n’y ai pas retrouvé la sécheresse qui m’avait gênée dans ses premiers ouvrages mais au contraire, une écriture comme un souffle, riche et pleine. On le retrouve pourtant, il a simplement mûri, semblant façonner ses phrases avec une énergie nouvelle. Une écriture qui déroute. Une ponctuation parfois absente, des mots durs qui semblent par moments se chevaucher dans un ordre incertain, comme heurtés, et qui paraissent aller de soi pourtant. C’est simple, c’est juste, et c’est terriblement beau. Tout comme l’histoire qu’il raconte d’ailleurs.

          Ce roman polyphonique raconte la vie d’une petite station balnéaire du sud-est à l’approche d’une tempête. L’histoire avance en multipliant les points de vues, donnant la parole tour à tour à une vingtaine d’habitants qui en plus du drame collectif, ont leurs blessures propres. Le tout crée un mélange saisissant, étrangement juste et touchant. A travers ces portraits de gens un peu perdus, c’est de la société qu’Olivier Adam nous parle avec brio. Il y a un air de vécu dans la détresse de ces gens, dans leurs tracas quotidien où chacun se retrouve un peu. J’ai trouvé la fin assez noire, elle aurait peut-être mérité d’être plus lumineuse pour donner du relief au récit. C’est un peu dommage mais reste cohérent avec le reste du texte et ne gâche en rien la qualité de l’ensemble. Un roman à l’écriture puissante qui possède un pouvoir d’évocation remarquable. Une fresque sociale juste et touchante. Un très beau texte.

Photo : David IGNASZEWSKI pour Flammarion
Photo : David IGNASZEWSKI pour Flammarion

Au final ici l’été ce n’est pas seulement le mercure. C’est surtout les gens. La manière dont ils remplissent les lieux, les silences, les paysages.

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Mais c’était une autre époque. Il a mis du temps à le comprendre. Le fossé qui se creuse entre deux générations. C’est un truc difficile à intégrer. A se figurer. Que les choses puissent changer à ce point en si peu de temps. Qu’au même âge ont ait plus le même âge à vingt-cinq ans d’intervalle. Et que la vie elle-même ne soit plus la même vie. Le décor. Les mots. Les gestes. Les façons de se tenir. Les sentiments.