Mes lectures

David FOENKINOS, La Délicatesse

          Nathalie rencontre François, ils s’aiment, ils vivent heureux, ils se marient, il re-vivent heureux et puis le drame. Il se fait renverser par une voiture et meurt. Après des années d’un malheur profond, Nathalie que tant d’hommes convoitent réussira-t-elle à vivre à nouveau. 

          Bon, autant le dire de suite, une fois de plus, je ne vais pas me faire des amis. Ne tournons pas autour du pot et disons les choses carrément : j’ai trouvé ce livre d’une platitude sans nom. Désolée pour les milliers fans enthousiastes qui y ont trouvé finesse, humour (?!?) et philosophie ; je n’y ai pour ma part rencontré qu’un ramassis de clichés. Une fois de plus, la preuve par l’expérience qu’on ne se méfie jamais trop des ouvrages à succès.

          Argumentons puisqu’il le faut. L’histoire est vieille comme le monde : ils s’aiment, il meurt, elle doit refaire sa vie. Bon, jusque-là on est d’accord, ça peut donner tout et n’importe quoi. Déjà on passe très vite sur les différents éléments de l’histoire, ça m’a franchement gênée. Ils se rencontrent et pouf, ils vivent ensemble et hop, deux pages après ça fait déjà deux ans et ils se marient et pouf, cinq pages plus tard il meurt après sept ans de bonheur et paf, trois pages plus loin, voilà déjà trois ans qu’elle est veuve. Le moins qu’on puisse dire, c’est que c’est expéditif (et j’ai moi, c’est assez peu compatible avec la délicatesse…).

          Le style se veut léger, ce qui est un parti pris intéressant étant donné le sujet. J’aime bien l’idée de traiter les drames du recul, cela leur évite souvent de tomber dans le pathos. Malheureusement, ici tel n’est pas le cas et légèreté rime soudain avec insipidité. L’auteur emploie des images éculées, usées jusqu’à la corde, ce qui rend sa tentative d’échapper aux écueils du genre d’autant plus pathétique. Les personnages ne viennent en rien rattraper ce qui pouvait encore l’être, ils sont incroyablement lisses (pas surprenant vu la longueur des développements), quasi inexistants. Le personnage principal est présenté comme parfait (elle est belle, intelligente, gentille, joyeuse, etc, etc) et en devient tout bonnement insupportable. Quelques défauts bien placés l’auraient rendu tellement plus vivant attachant !

          Mais ce qui m’a le plus gênée (oui oui, il y a pire que tout cela), c’est la vision que donne l’auteur du bonheur. Cet idée de sept ans qui passent comme un trait, au milieu d’un « amour sans nuage ». Non non non et non !!!! Comment peut-on présenter le bonheur comme cette chose éthérée, sans consistance. Une relation sans nuage est une relation fade (décidément, on y revient). On ne peut connaître son bonheur que s’il y a des moments difficiles auquel le comparer. C’est parce qu’ils croient à ce que racontent ce genre de livre que les gens sont malheureux : ils croient que l’âme soeur va leur tomber dessus dans la rue, qu’ils vont vivre dans une bulle éclatante et sans consistante et que tout sera lisse et beau. La vie ce n’est pas ça, bien heureusement ! C’est plus dur, plus compliqué, mais tellement plus intéressant ! En voulant représenter une image perfection l’auteur a accumulé les stéréotypes et nous livre un tableau mièvre et fade à la fois.

          Je pourrais ainsi continuer longtemps à énumérer ce que je n’ai pas aimé dans ce livre. Un problème majeur de l’auteur avec la moquette notamment (voir l’article de Georges à ce sujet), ou les notes sans intérêt ajoutées par l’auteur lui-même sur la vie des personnages, ou les faits soporifiques inclus dans de courts chapitres ; la liste des récriminations est interminable (oui, en effet, ce livre m’a insupportée et il a eu assez de bonnes critiques pour que je puisse dire sans vergogne le fond de ma pensée). Je n’ai pas compris l’engouement suscité par ce texte, publié par Gallimard, approuvé par la critique (merci au journaliste d’Évène de n’avoir pas suivi cet élogieux mouvement) et adapté au cinéma. Un livre bien pensant comme on les aime de nos jours, facile à lire et qui parle à tous… ou presque, quelques dinosaures font encore de la résistance. 

Sa femme était devant lui, et il savait que c’était cette image qui passerait devant ses yeux au moment de sa mort. Il en était ainsi du bonheur suprême.

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Ils tentaient de aussi de conserver une vie sociale, de continuer à voir des amis, à aller au théâtre, à faire des visites surprises à leurs grands-parents. Ils tentaient de ne pas se laisser enfermer. De déjouer le piège de la lassitude. Les années passèrent ainsi, et tout paraissait si simple. Alors que les autres faisaient des efforts. Nathalie ne comprenait pas cette expression : « Un couple ça se travaille. »

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Le livre était ainsi coupé en deux ; la première partie avait été lue du vivant de François. Et à la page 321, il était mort. Que fallait-il faire ? Peut-on poursuivre la lecture d’un livre interrompu par la mort de son mari ?

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La moquette, c’est le meurtre de la sensualité. Mais qui avait bien pu inventer la moquette ?

10 commentaires sur “David FOENKINOS, La Délicatesse

  1. bravo ! tu dis exactement ce que j’ai ressenti à la lecture de ce roman, et oui je me sens moins seule en lisant ton billet ! les ellipses temporelles sont d’autant plus maladroites que les personnages ne semblent pas avoir vraiment évolué dans ces laps de temps, ou alors semblent avoir tout à coup tout oublié ! Je me méfie toujours des éloges unanimes !

  2. Je n’ai pas lu celui là mais j’ai lu Les Souvenirs et honnêtement cet auteur ne restera pas dans ma mémoire, et si c’est sans doute un peu mieux que Lévy ou Musso ça reste dans la même cour de récré pour moi, sauf que lui a réussi à avoir la critique dans la poche au contraire des deux autres, ce qui fait qu’on est toutes tombées dans le panneau en souhaitant le lire !

    1. Je n’ai jamais lu Lévy ou Musso mais c’est plus ou moins l’idée que je m’en fais, sauf qu’au moins avec eux on sait à quoi s’attendre. Là on se sent trahis par la critique. Certes, on pouvait s’y attendre, mais on est quand même déçu.

  3. J’adore la dernière citation !!! (tiens tu n’as pas cité ce passage mémorable de La délicatesse : « Ils allaient être comme deux bouchers à un congrès de végétarien ». Je suis sûre que c’est pour cette seule phrase que tu as lu un tel livre ^^) et j’aime Foenkinos sans retenue pour sa fantaisie !!!
    J’ai dû lire La délicatesse quasiment en même temps que mon clone et j’avoue avoir été déçue aussi. Une lecture qui glisse bien mais ne laissera pas une trace indélébile en moi. Tant pis, je retourne vers le souvenir du Potentiel érotique de ma femme qui m’avait bien amusé !

    1. Oui, on l’a lu à peu près en même temps, clones un jour, clones toujours. Je n’ai malheureusement pas été assez loin dans ma lecture pour trouver la fameuse citation. Au début j’ai trouvé ça plutôt agréable à lire mais ça m’a très vite agacée du coup j’ai abandonné. Je ne comprends pas pourquoi la critique s’est emballée. Pour moi c’est un livre qui n’a pas grand intérêt à part peut-être celui de faire passer le temps dans le métro sans trop avoir à réfléchir.

  4. J’ai également du mal à comprendre l’engouement d’un tel livre. J’ai trouvé le style plat et l’histoire sans relief, en effet…
    Moi qui m’attendais à un vrai coup de coeur au vu des bonnes critiques, c’est loupé!

  5. Je suis complètement d’accord avec ce vous avez pu dire de ce livre. On dirait un roman à l’eau de rose, il manque plus que le générique des feux de l’amour… Je ne vois vraiment comment ce livre a pu suscité autant d’intérêt… En plus de son problème avec les moquettes, l’auteur semble aussi associer chaque prénom a un métier et des très de caractère « les Alice rencontrent facilement des hommes »… Je l’ai terminé mais il ne me reste rien de ma lecture sauf un sentiment de vide, de rien, ou encore pire une succession de clichés, de phrases vide de sens : « Certains appellent ça le vide sidéral de l’après coup. »

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