Théâtre

Les liaisons dangereuses

          Mise en scène de John Malkovich. Avec Sophie Barjac, Rosa Bursztejn, Jina Djemba, Lazare Herson-Macarel, Mabô Kouyaté, Yannik Landrein, Pauline Moulène, Julie Moulier, Lola Naymark.

          Les liaisons dangereuses est un de mes romans préférés. J’ai beau le lire et le relire, je ne m’en lasse pas et y découvre toujours des choses nouvelles. La modernité du texte ne cesse de me surprendre. Du grand art. L’adaptation cinématographique avec John Malkovich en Valmont était particulièrement réussie (même si aucun film ne saurait avoir le sel de la littérature) et il me semblait donc raisonnable de penser qu’il pourrait en faire une bonne adaptation théâtrale. Grave erreur.

          Déjà, le casting : Valmont est trop jeune, bien trop jeune. La Merteuil est plutôt bien dans son rôle en revanche. La petite Volange en fait des tonnes et la Présidente de Tourvel, si elle n’est pas mauvaise, est particulièrement mal dirigée (et fagotée). Le texte est mal adapté. Le parti pris est celui de l’humour : on tombe vite dans la farce. Disparues la légèreté et la précision de l’original. Valmont veut nous faire rire et abuse de bons mots (ou de mauvais) pour cela. De plus, l’adaptation fait preuve d’une certaine vulgarité. Pas que le texte ne se distingue par sa pudeur mais il était autrement plus raffiné (bien que ce point là ne soit pas celui qui me gêne le plus en l’occurrence).

          Les lettres sont remplacées par Iphones et Ipads, ce qui est tout à fait superflu. On ne retrouve que très peu le texte de départ, et bien souvent modifié avec excès et sans raison (ainsi la lettre de rupture entre Valmont et Madame de Tourvel , si belle au naturel, est méconnaissable…). Si la première partie est une farce de mauvais goût, la deuxième est d’un ennui mortel. Comment d’un pareil monument de délicatesse peut-on faire une telle platitude ? Malkovich est visiblement bien meilleur acteur que metteur en scène. Une pièce sans le moindre intérêt.

Pour le plaisir, voici la lettre originale de rupture entre ce cher Vicomte et sa pauvre victime :

On s’ennuie de tout, mon Ange, c’est une Loi de la Nature ; ce n’est pas ma faute. »

Si donc je m’ennuie aujourd’hui d’une aventure qui m’a occupé entièrement depuis quatre mortels mois, ce n’est pas ma faute.

Si, par exemple, j’ai eu juste autant d’amour que toi de vertu, et c’est sûrement beaucoup dire, il n’est pas étonnant que l’un ait fini en même temps que l’autre. Ce n’est pas ma faute.

Il suit de là, que depuis quelque temps je t’ai trompée : mais aussi, ton impitoyable tendresse m’y forçait en quelque sorte ! Ce n’est pas ma faute.

Aujourd’hui, une femme que j’aime éperdument exige que je te sacrifie. Ce n’est pas ma faute.

Je sens bien que voilà une belle occasion de crier au parjure : mais si la Nature n’a accordé aux hommes que la constance, tandis qu’elle donnait aux femmes l’obstination, ce n’est pas ma faute.

Crois-moi, choisis un autre Amant, comme j’ai fait une autre Maîtresse. Ce conseil est bon, très bon ; si tu le trouves mauvais, ce n’est pas ma faute.

Adieu, mon Ange, je t’ai prise avec plaisir, je te quitte sans regret : je te reviendrai peut-être. Ainsi va le monde. Ce n’est pas ma faute.

Les liaisons dangereuses

Jusqu’au 30 juin

Théâtre de l’Atelier

1 place Charles Dullin

75018 Paris

http://lesliaisonsdangereuses.fr/

4 commentaires sur “Les liaisons dangereuses

  1. Si je comprends bien, il y a dans cette pièce la volonté de « dépoussiérer » un texte du XVIIIe en le transposant avec les codes du XXIe, et ce de façon maladroite. Quel dommage, moi qui me faisais une joie à l’idée d’aller voir la pièce si la troupe passait à Brest…
    Dis, si Valmont est très jeune par rapport au rôle, la marquise de Merteuil est du coup une « cougar », non ?
    En tout cas, merci pour la citation, elle m’a donné envie de le relire. 🙂

    1. Déjà j’ai trouvé que si modernisation il y avait, elle n’allait pas assez loin. Il ne faut pas faire les choses à moitié, ce n’est jamais un bon parti. Et puis le texte est déjà d’une rare modernité, s’il y a bien un roman qui n’a pas vieilli c’est celui-là, et le langage fleuri du XVIII° a tant de charme ! La Marquise est bien, mais Valmont est un peu fade. En tout cas, quoi qu’ait voulu faire Malkovich, c’est raté…

  2. Rajeunir les personnages, ça peut être une bonne idée (j’avais bien aimé ainsi l’adaptation « Sexe Intentions » avec Ryan Philippe et Sarah Michelle Gellar en Valmont et Merteuil). J’étais intriguée par le fait que Malkovitch (que j’ai adoré comme toi dans le film de Stephen Frears, tout comme Glenn Close) mettait en scène ce roman épistolaire génialissime. Donc merci à toi d’avoir levé le voile sur cette intrigue et c’est dommage si c’est aussi raté…

    1. Rajeunir les personnages suppose une grosse adaptation du texte (parce que la petite Volange a 15 ans et Valmont l’âge de sa mère alors pour que ça marche avec un vicomte de moins de 35 ans, il faut changer l’histoire), ce qui là n’est pas le cas. L’adaptation va trop loin ou pas assez, elle reste le cul entre deux chaises, ce qui n’est jamais bon. Vraiment dommage !

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