Kanak : l’art est une parole au musée du Quai Branly

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          Le musée du Quai Branly propose la plus importante exposition réalisée sur la culture kanak. Elle rassemble plus de 300 œuvres venues du monde entier et présentées par la voix des kanaks eux-mêmes afin de mieux comprendre leur vision du monde. Mais un dialogue s’établit aussi avec un passé colonial qui a souvent mené à la violence. L’exposition est construite autours de différents axe parmi lesquels la maison, les esprits et la parole.

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Kanak parole afp Une fois de plus, il m’aura fallu beaucoup de temps pour vous parler de cette exposition. Le moins qu’on puisse dire c’est que je ne suis pas au comble de l’efficacité ces temps-ci et mon avis étant assez mitigé, je craignais un peu de me lancer dans la rédaction de cet article qui s’annonçait quelque peu ardue. Mais bon, à force de laisser traîner, le temps passe et alors que j’ai vu l’accrochage presque dès l’ouverture, l’heure de le fermeture a presque sonnée, il était plus que temps de faire quelque chose et de sortir ma plus belle plume pour y consacrer un petit article. L’exposition est de taille importante et les œuvres sont présentées de manière originale puisque le texte explicatif est à la première personne, comme si le peuple kanak s’adressait directement au visiteur pour présenter sa culture et sa vision du monde. Une mise en scène très axée sur la parole que j’ai trouvée assez réussie.

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          J’ai été un peu moins enthousiaste quant au contenu. La première partie contient énormément d’ornements de portes. Certains sont très spectaculaires mais cela a un côté un peu répétitif tout de même et j’aurais pour ma part souhaité voir des choses un peu plus variées. De même pour la suite où un grand nombre de haches ornementales sont présentées. Les objets sont dans l’ensemble intéressants mais chacun est présenté en grand nombre, ce qui peut avoir un côté lassant lorsqu’on n’est pas spécialiste. De plus, si les questions de la parole, de la famille ou de la culture de l’igname sont intéressantes, il me semble que ce n’est toutefois pas ce qu’il y a de plus crucial dans les relations franco-kanakes, avec notamment un passé colonial très lourd. Aujourd’hui encore, la question reste épineuse et j’ai trouvé que le sujet était très largement évité.

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dscf1344Le sujet est en effet sensible et il est difficile de l’aborder sans froisser les susceptibilités, d’un côté comme de l’autre. Question pour le moins épineuse donc… Elle est tout de même abordée mais un peu en pointillé. En effet, l’exposition se construit autour d’un parcours principal, très politiquement correct donc, toutefois, de petites salles sont aménagées un peu marge pour aborder les points plus sensibles. Une manière de faire qui m’a un peu dérangée. En effet, le jour où nous avons visité l’exposition, il y avait relativement peu de monde, pourtant, certaines de ces petites salles étaient bondées, dont une sur l’habitat et le mode de vie notamment qui me semblait très intéressante et dont je n’ai pas pu lire la totalité du texte. Les suivantes sont consacrées à l’évangélisation ou aux différentes révoltes sur l’île. J’ai trouvé ces aspects-là passionnants et assez scandaleux qu’il soit possible de passer à côté par la conception même de l’exposition. On évite de regarder à droite et à gauche et hop, la culture kanak ce n’est plus que masques et appliques de portes, je trouve ça un peu facile et très honnêtement, ça me révolte ! Je sais, je suis une fille naïve avec des idéaux, je n’ai pas fini d’être déçue…

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          Il y a donc en quelque sorte un parcours principal, sur la culture kanake traditionnelle et un parcours secondaire, sur les aspects coloniaux. Bon, pourquoi pas me direz-vous ? Moui, sauf que ce n’est pas très clair et que ça donne la très nette impression qu’on planque ce qui dérange dans un coin. Ce qui est dommage car j’ai trouvé cette partie-là très bien traitée et franchement passionnante. Je n’en dirais pas tant du reste de l’exposition… Il y a certes des choses intéressantes, sur la place de la parole notamment, ou l’usage de masques, mais j’ai trouvé que ça manquait cruellement d’objets du quotidien. Nous avons vu moultes appliques de portes de cases ou haches ostentatoires mais très peu de choses pouvant nous aider à nous représenter de manière concrète le mode de vie kanak. Un peu plus de diversité dans le choix des œuvres exposées aurait peut-être permis de se faire une meilleure idée de la manière dont vivent les gens. Pas grand chose sur les costumes par exemple, ou sur la nourriture (en de l’igname, sujet très développé, il est vrai).

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Nouvelle-Calédonie - Houaïlou : Le Chef Mindia et ses lieutenants Mais il faut bien admettre qu’il est difficile de tout dire en si peu de temps ! Toutefois, j’ai été frustrée de ne pas toujours arriver à très bien remettre les choses dans leur contexte. Il y a des cartes des îles, quelques photographies auraient pu aider à visualiser un peu mieux les lieux. De même pour les fameuses portes de cases, un petit dessin aurait été largement aussi éloquent qu’un grand discours. J’ai trouvé que la partie secondaire de l’exposition permet de mieux se projeter, à travers des photographies, des objets variés et des témoignages ; j’aurais aimé retrouver cela dans la partie principale. Heureusement, certaines parties de l’exposition sont un peu plus riches en photographies, avec notamment un diaporama de passionnant de gens qui se faisaient tirer le portrait en costume traditionnel au début du siècle. Finalement, de salle en salle, une certaine image de la culture kanak finit quand même par émerger.

MQB. Exposition temporaire : "Kanak, l'art est une parole". Du 15 octobre 2013 au  26 janvier 2014.

          Même si j’ai quelques reproches à faire à cet accrochage que je trouve quelque peu discutable dans sa conception (mais prudemment sous-titré autour de la parole, notons-le), il est toutefois très bien réalisé avec une présentation originale, des éclairages qui mettent très bien en valeur les œuvres et la convocation de médias variés. Quelques réalisations contemporaines viennent se mêler à celles plus traditionnelles pour un  rendu très réussi. Malgré ses lacunes, l’exposition atteint il me semble son but en parvenant à faire découvrir certain aspects de la culture kanak et surtout, en donnant envie une fois qu’on l’a quittée de se pencher d’un peu plus près sur le sujet.

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Kanak : l’Art est une parole

Du 15 octobre au 26 janvier

Musée du Quai Branly

37, quai Branly

75007 Paris

De 11h à 19h ou 21h selon les jours, fermé le lundi

9€ exposition seule, 11€ avec les collections permanentes

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    • D’ailleurs il y a de beaux tissus exposés sans aucune explication et j’aurais adoré savoir par quel miracle ils ressemblaient à des motifs polynésiens. Parce qu’ils ont le même type de flore ? J’aurais aimé en savoir plus sur la symbolique, l’utilisation. Là comme ça tout seul en plein milieu c’est décoratif mais un peu sans intérêt. Frustrant.

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