Mes lectures

L’accent de ma mère, de Michel RAGON

          Un jour, au détour d’une conversation téléphonique, l’évidence est là : la propre mère de l’auteur a un accent. Et pire, cela signifiait forcément que lui avait perdu le sien. Comment se rend-on compte de ce terrible changement ? Qu’est-ce que cela implique ? Est-ce forcément le signe de la perte de ses racines ? L’auteur se penche sur le sujet au travers de sa propre histoire. 

          Ce livre me tentait beaucoup et ce pour deux raisons. La première, c’est que j’avais beaucoup aimé, du même auteur, La mémoire des vaincus ; la seconde, c’est que je me sens particulièrement concernée par le sujet (même si pour ma part, je n’ai pas encore perdu mon accent du sud). J’ai donc commandé ce livre chez mon libraire et me suis jetée dessus dès son arrivée. Eh bien… mon excitation est bien vite retombée. J’en attendais certainement trop de ce livre avec la belle image que je m’en étais faite et tous les articles élogieux que j’avais lus à son sujet. Je l’ai finalement trouvé… banal.

          Je ne sais trop quoi dire de cet ouvrage. On en dit le plus grand bien, un chef d’oeuvre paraît-il et pourtant je n’ai absolument pas vu le génie de la chose. Je me suis terriblement ennuyée à cette lecture. C’est étrange, d’un côté j’ai reconnu cette situation, cette question des racines lorsqu’on est « expatrié » à la capitale ; et pourtant, je n’ai pas ressenti le moindre atome crochu avec ce personnage qui a des réactions aux antipodes des miennes. Pourvu que ça dure et que jamais je ne devienne comme lui à la fois méprisante et vaguement nostalgique. Bref, étant donné que je n’envisage absolument pas cette situation (passer des années sans rentrer, ne pas s’occuper de sa grand-mère dépressive, refuser d’admettre que sa mère puisse préférer un bon pot-au-feu dans le bistrot du coin plutôt que du caviar dans un gastro, j’en passe et des meilleures), il m’a été extrêmement difficile de poursuivre ma lecture. Le livre typique du parisien reniant ses racines et ne l’assumant pas. 

Donc ma mère avait bien un accent. Mais cet accent, que je connaissais depuis ma naissance, cet accent qui était celui de ma langue maternelle, je ne l’entendais pas lorsque je le « voyais » parler. Je ne l’entendais pas parce qu’il m’était naturel. Il ne m’apparaissait qu’à travers l’anonymat de l’écouteur téléphonique. Je ne voyais plus alors ma mère, je ne percevais que l’accent.

Cinéma

Sur la route, de Walter SALLES

           Drame américain de Walter Salles avec Garrett Hedlund, Sam Riley, Kristen Stewart .

           Sal Paradise, apprenti écrivain new-yorkais, rencontre Dean Moriarty, jeune ex-taulard au charme ravageur, marié à la  séduisante Marylou. Entre Sal et Dean, l’entente est immédiate et fusionnelle. Décidés à ne pas se laisser enfermer dans une vie trop étriquée, les deux amis rompent leurs attaches et prennent la route avec Marylou. Assoiffés de liberté, les trois jeunes gens partent à la rencontre du monde, des autres et d’eux-mêmes.

           Je n’ai pas lu le livre de Kerouac, je ne peux donc pas juger de la qualité de l’adaptation. Ce qui quand on s’attaque à ce genre de monuments est plutôt mieux d’ailleurs : difficile de ne pas être déçu quand on a déjà son propre film en tête. On a reproché à cette adaptation de faire un peu carte postale. J’étais donc méfiante en entrant dans la salle. Finalement, j’ai bien aimé ce film. On y retrouve bien l’esprit de Carnets de voyage (en un peu moins abouti sans doute). Certes, l’aspect carte postale est bien présent, le tout est un peu lisse. Ce qui est assez étrange étant donné que les personnages sont en perpétuel mouvement et en quête d’expériences nouvelles.

           Un film qui ne trouve pas vraiment de ton pour accrocher son spectateur. J’ai passé un très bon moment, sans pour autant réellement rentrer dedans. Je suis restée spectatrice tout au long de l’histoire, sans réelle implication. Cela paraît sans doute négatif, ce côté peut-être trop policé, une attention trop grande portée à l’esthétique (si si, c’est possible, les paysages sont trop beaux tout le temps, ça manque un peu de vie), pourtant j’ai trouvé ce film vraiment agréable à regarder. Il y manque toutefois un peu de vie, un petit supplément d’âme qui aurait pu en faire un grand film. 

Mes lectures

Causes perdues

          En 2025, la Chine est devenue la première puissance mondiale. L’Europe est quant à elle gouvernée par les ultra-libéraux et les lois sociales ont été abolies. Quand de grands hommes d’affaires européens sont arrêtés en Chine sans raison apparente, Philippe d’Arciac va être choisi pour défendre l’un d’eux. Sa tâche ne sera pas facile. 

          Ce roman ne m’inspirait que très moyennement n’étant pas franchement une adepte de l’anticipation et des complots en tous genres. Je l’ai tout de même ouvert « pour voir ». Première impression : le style est d’une banalité désespérante (et encore en étant gentille…). L’histoire commence dans le sud, pendant les vacances du personnage principal, ce dont on se passerait bien. N’ayant amené d’autre lecture pour un trajet de 7 heures en train, j’ai tout de même continué. Fort heureusement, peu à peu l’histoire se met en place et devient plus prenante. Finalement ce complot n’est pas si mal monté et on se laisse quelque peu prendre au jeu.

          J’ai toutefois un reproche majeur à faire à ce livre : il est incroyablement bavard. Les 50 premières pages sont tout à fait inutiles et ne font qu’énerver le lecteur. Et ensuite ça continue, l’histoire, pourtant assez bien ficelée, est noyée sous des tonnes (et des tooooonnes) de détails aussi inutiles qu’inopportuns. Amputé de moitié c’eut pu faire un bon roman de plage, en l’état, il me paraît difficile d’en venir à bout à moins d’une infinie patience. Je passerai sur les fautes de typographie qui m’ont passablement agacée et les interminables passages explicatifs. J’ai pourtant trouvé quelques bonnes choses dans ce livre. Le style est assez neutre mais pas désagréable et l’histoire plutôt originale. Elle fourmille d’idées. Il est dommage que l’auteur se disperse autant en rentrant dans des détails qui assoment son lecteur et viennent ralentir un rythme qui aurait mérité d’être plus soutenu. Si le développement vient un peu contre-balancer la mauvaise impression faite par les premières pages en arrivant par moments à nous surprendre, il n’en demeure pas moins que ce livre ne parvient pas vraiment à convaincre. Dommage.

Causes perdues, Gérard Meric-Cadourel

Editions Persées

448 pages, 23€

Mes lectures

Changement de décor, David LODGE

          Morris et Philipp, tous deux professeurs d’anglais échangent leurs postes pour 6 mois. Le premier est un américain brillant et sûr de lui qui vient d’une faculté réputée où le soleil brille toute l’année ; le second est un homme effacé qui semble toujours chercher sa voie et enseigne dans une université qui manque de prestige, dans une ville grise et pluvieuse d’Angleterre. Deux univers que tout oppose et qui vont devoir cohabiter. 6 mois qui s’annoncent difficiles…

          Changement de décor est un des premiers romans de David Lodge, écrit à la fin des années 60. On y retrouve son humour si délectable et toute la finesse de sa plume. Ce livre m’a rappelé Pensées secrètes, en peut-être plus déjanté et immoral encore. Ce livre est totalement fou, improbable, et ne ce soucie pas le moins du monde des basses questions de crédibilité. Le fond de l’histoire est assez simple et terriblement efficace. L’échange universitaire est bien sûr l’occasion de découvertes et de grands bouleversements. On assiste à travers les yeux de ces deux professeurs à l’éclosion du mouvement hippie des deux côtés de l’Atlantique. La naissance d’une époque qui n’est bien sûr pas étrangère au côté un peu farfelu de ce roman.

          J’ai beaucoup aimé ce livre qui m’a franchement fait rire. David Lodge a un humour grinçant qui fait mouche à tous les coups. Il y a dans ce roman un dynamisme et une énergie qui peuvent parfois manquer à certains ds ouvrages de l’auteur. Les scènes cocasses s’enchaînent et le lecteur se délecte des nombreux malentendus dans lesquels se fourrent les personnages. La fin est très frustrante et donne terriblement envie de se jeter sur la suite (2 autres tomes). Une lecture extrêmement plaisante, drôle et divertissante. Un livre intelligent comme on aimerait en croiser plus souvent. Du grand David Lodge.

 Si, en revanche, ç’avait été elle qui était partie en Amérique et lui qui était resté s’occuper des enfants, elle lui aurait beaucoup manqué, évidemment. En fait, s’il n’u avait pas les enfants, il ne saurait dire à quoi lui sert une femme.

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Il avait été question d’une expérience démontrant que les rats se portaient mieux quand on les nourrissait avec les emballages plutôt qu’avec les corn flakes.

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Depuis son départ, elles étaient d’une telle pagaille que le Thé du Chapelier four de Carroll apparaissait en comparaison comme un système modèle dans l’art de prendre des décisions.

Culture en vrac

Mai : le bilan

          Alors, le mois de mai fut-il productif ? Un nombre de lectures tout à fait honorable et un petit regain d’envie côté cinéma avec l’arrivée de Cannes, résumé :

          Pour les livres, quelques très bons moment avec notamment le dernier roman de François Cheng, Quand reviennent les âmes errantes. Côté humour, Changement de décor (qui n’a pas encore eu droit à son article), un des premiers titres de David Lodge, et sans doute aussi un des meilleurs. Bonne tranche de rigolade également avec Pensée magique d’Augusten Burrough.

          Pour les films, Le prénom m’a bien fait rire, très bonne surprise de ce mois de mai. J’ai également bien aimé Sur la route, road movie assez réussi dont je parlerai bientôt.

          Pas de sorties théâtre ce mois-ci mais un tour fort agréable au musée du Quai Branly. En bref, un très bon mois de mai. Et vous, quels sont vos coups de coeur du mois ?