Cinéma

Miral, de Julian SCHNABEL

          Drame palestinien de Julian Schnabel avec Hiam Abbass, Freida Pinto, Yasmine Elmasr.

          Miral est une adolescente Palestinienne. Comme beaucoup de ses concitoyens, elle rêve de vivre dans un état reconnu, qu’il soit ou non partagé avec les israëliens. Peu à peu, l’occupation militaire et les violences vont radicaliser ses propos. Elle va alors rencontrer un jeune homme qui appartient à l’intifada. Une rencontre qui va changer sa vie.

          Comment devient-t-on extrémiste ? C’est la question que pose ce film. Il raconte l’histoire de cette jeune fille intelligente et bien élevée. L’histoire de sa mère d’abord, puis de la rencontre de ses parents, et enfin, la sienne. Un passé dur à porter, une enfance un peu mouvementée, des rencontres inattendues… tout le monde ne peut-il pas sombrer dans la violence ? Quand le pacifisme semble sans issue, n’est-on pas tenté de prendre les armes ? La question est intéressante.

          Je voulais voir ce film à sa sortie mais les critiques étaient tellement pourries que j’y avais renoncé. J’ai donc attendu sa diffusion sur Canal et profité d’une belle grippe pour rattraper mon retard. Et j’avoue que je suis perplexe. J’ai plutôt aimé ce film. J’ai pris plaisir à le regarder : une belle histoire, de belles images… Pourtant, je ne peut décemment pas dire que c’est un bon film. Il est traité de manière trop grossière. Dans la vraie vie il n’y a pas autant de gens gentils qui croient au retour de la paix par la seule force de l’éducation. En vrai les gens sont un peu plus haineux. Ce film se veut très esthétisant, le moins qu’on puisse dire, c’est que les images sont belles, trop peut-être en comparaison de ce qu’elles racontent. J’ai bien aimé la mise en scène, qui reprend le destin de3 femmes d’une même famille. Malheureusement, elle évite le coeur du sujet.

          J’ai aimé la légèreté de ce film, son esthétisme. Qu’on montre le conflit sous un jour différent aussi. Un peu d’espoir ne fait pas de mal. Malheureusement, on en oublie presque l’histoire réelle du pays, bien plus sanglante. Cette vision positive des choses semble quelque peu déconnectée de la réalité. Elle aurait mérité d’être confrontée à d’autres regards, à peine esquissés dans le film. Pour une fois, je serai moins méchante que la critique, je n’irais pas jusqu’à parler de navet. Simplement le réalisateur passe un peu à côté de son sujet en ne l’abordant pas de manière frontale. En choisissant une approche esthétique et teintée de romantisme, il en oublie un peu la dure réalité. Un film qui avait beaucoup de potentiel mais reste trop lisse. Dommage.

Librairies

Le livre écarlate

          Le livre écarlate est une petite librairie du 14° arrondissement, entre Pernety et Alésia. Son propriétaire accueillant sera vous prodiguer des conseils avisés et trouver LE livre qu’il vous faut et dont vous ignoriez même l’existence. On n’y croyait plus mais si, il reste encore quelques libraires qui connaissent le métier et le font avec amour.

          Cette petite librairie est un peu perdue dans le petite rue du Moulin vert. Elle n’est pas facile à repérer. On m’en avait dit le plus grand bien et j’ai décidé d’aller voir ce qu’il en était. Quand j’y suis allée pour la première fois (il y a déjà quelques mois), je cherchais le dernier livre de Michel Folco (encore et toujours…). Première bonne surprise : le libraire était lui aussi un adepte. J’ai vu son regard s’illuminer à cette simple demande et cet amour commun pour un auteur méconnu m’a emplie de joie. Il n’avait plus le livre et, seconde bonne surprise, il m’en a déconseillé l’achat, la sortie en poche ayant été annoncée. Un libraire qui ne cherche pas à vendre à tout prix, étrange.

          Ne voulant pas repartir sans rien acheter, ç’eut été dommage, je lui ai donc demandé conseil en romans historiques, genre que je connais peu et pour lequel j’étais entrée. Il m’a de suite avertie : l’humour et les romans historiques font rarement bon ménage, la réputation d’un genre quelque peu soporifique n’est pas totalement usurpée. Après une petite discussion autour de mes lectures pour tâter le terrain, il m’a finalement conseillé une biographie romancée sur l’histoire de l’anarchisme. Je ne me suis décidée à le lire que cette semaine, et je pense pouvoir dire que si je n’aurais jamais lu ce livre par moi-même, je suis contente de ce conseil. Dans cette librairie on trouve une sélection très intéressante, à l’image de son propriétaire. Un fonds qui mêle romans et essais, souvent assez engagés, mais aussi beaucoup de jeunesse. Je vous conseille d’aller y faire un tour pour voir. Une belle librairie généraliste qui propose également des rencontres régulières avec les auteurs. Une très bonne adresse où il fait bon s’arrêter ne serait-ce que pour le plaisir de parler littérature. 

Le livre écarlate

31, rue du Moulin Vert

75014 Paris

Mes lectures

Frédéric BEIGBEDER, Premier bilan après l’apocalypse

          Les 100 romans préférés de Frédéric Beigbeder. Triés sur le volet parmi les ouvrages du début du XX° s. à nos jours. Un condensé de littérature moderne dans lequel on trouve des choix parfois attendus (Gide ou Fitzgerald par exemple), parfois plus surprenants (pas d’exemples, il y en a trop que je ne connais pas). Un autoportrait de lecteur en 100 fragments amoureux. 

          Je dois l’admettre, je n’ai que feuilleté ce livre. J’ai lu l’introduction expliquant la démarche et les articles sur les livres que j’avais moi-même lus. Autant vous dire que ç’a été vite fait ! Je n’ai visiblement pas du tout les mêmes lectures que Frédéric Beigbeder. J’ai lu à peine 4 ou 5 livres de cette liste et s’il y en a quelques autres qui me tentent, il doit y en avoir une bonne moitié dont j’ignorais même l’existence. Ca limité mon intérêt pour la chose.

          L’introduction explique la naissance du projet. L’auteur avait déjà rédigé des commentaires sur les 100 livres préférés des français. La jugeant trop impersonnelle, il a choisi d’en faire une version qui lui corresponde. Si je trouve cela tout à fait louable et que j’aurais sans doute fait pareil si j’en avais eu l’occasion, de mon point de vue de lectrice, on échange une liste parlante contre une qui m’est totalement étrangère… Finalement, la version impersonnelle avait le bon goût de reprendre des livres qui nous évoquent quelque chose.

          Les résumés des ouvrages sont un peu légers à mon goût, on n’y apprend pas grand chose et ça ne donne pas vraiment envie d’en savoir plus. On aurait aimé une critique plus profonde. Ou plus de passion. Les extraits que j’ai lus restaient à la surface des choses et ne m’ont pas franchement convaincue malgré une belle preuve d’érudition (ce dont on ne doutait pas d’ailleurs). Heureusement, un peu d’humour vient arranger le tout, même si on a connu l’auteur plus incisif. Un essai égocentrique qui m’a laissée sur ma faim. Plutôt agréable mais conçu pour le seul amusement de l’auteur, le lecteur y est un peu laissé pour compte. Dommage.

Critères de notation pour établir cette liste :

1. Tronche de l’auteur (attitude ou manière de s’habiller)

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)

3. Vie privée de l’auteur (par exemple, un bon point s’il s’est suicidé jeune)

4. Émotion (un point par larme versée)

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis « Oh la la comme c’est beau » sans être capable d’expliquer pourquoi)

6. Présence d’aphorisme qui tuent, de paragraphes que j’ai envie de noter, voire de retenir par coeur (un point par citation produisant un effet sur les femmes)

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages)

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l’auteur est un mythe obscur, deux s’il parle de gens que je ne connais pas, trois si l’action se déroule dans des lieux où il est impossible d’entrer)

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j’ai ressenti l’envie de jeter le bouquin par la fenêtre)

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d’érection, deux en cas d’orgasme sans les mains).

 

Ceux qui pensent qu’on ne doit pas lire Vian après 25 ans vont devoir aussi prévenir tous leurs amis d’éviter les excréments de Rabelais, les farces lourdes de Molière, les « hénaurmités » de Jarry, les niaiseries d’Andersen, les puérilités de Grimm, les sortilèges amoureux de Tristan et Yseult ou Shakespeare, les néologismes de Queneau, les absurdités d’Ionesco, les nouvelles infantiles de Marcel Aymé, l’argot vulgaire de Céline, les blagues scatologiques de San Antonio et les calembours mélancoliques de Blondin. Déjà que c’est pénible d’être vieux, je trouve que ce ne serait pas très gentil d’obliger les personnes âgées à ne lire que du Richard Millet.

Culture en vrac

Février, le bilan

          Un mois plutôt chargé d’un point de vue culturel. Pourvu que j’arrive à continuer sur cette lancée. Le rythme de mes virées cinéma reste cependant étonnamment bas. J’essaie tant bien que mal de voir un film par semaine mais étant donné tout le temps libre dont je dispose, il est surprenant que j’aie du mal à garder ce rythme. Je suppose que cela est un effet de mon changement d’horaires : aller au cinéma le matin n’est pas encore un réflexe. Espérons que ça s’arrangera dans les prochaines semaines.

          Malgré des expositions, une pièce de théâtre, quelques films tout de même et un nombre de livre assez élevé, je n’ai eu aucun mal à choisir mes élus de ce mois-ci. Contrairement à un mois de janvier en demi-teinte, j’ai connu de vrais coups de coeur en février, les voici. Pour les expositions, La collection Kremer, sans hésiter ! Je l’ai trouvée splendide et serait presque prête à y retourner. Côté cinéma, Detachment a emporté ma franche adhésion. Un très beau rôle pour Brody et une mise en scène inventive qui m’a séduite. Et enfin, le livre qui a illuminé mon début d’année, Dans les forêts de Sibérie de Sylvain Tesson. Ce n’est pas tant le style que j’ai aimé (quoi que ce soit bien écrit cela dit) mais surtout les émotions que cela m’a rappelé. Une lecture qui tient de l’expérience intime. Espérons que mars sera aussi riche en découvertes.

          Le mot de la fin : ce mois-ci, ce blog a connu une affluence record et à vrai dire tout à fait inespérée ! La plupart des visiteurs se retrouvent ici grâce à notre ami Google avec des termes de recherche aussi improbables que « visage d’un homme de 48 ans », « ma BD de mode » ou  encore « formule semi-développée d’un glucose ». En revanche, côté commentaires, on tourne un peu au ralentis… Je vous ai connus plus bavard ! En tout cas, merci aux fidèles qui continuent à me lire.

Expositions

Cézanne et Paris

          On connaît de Cézanne son amour pour sa Provence natale et les nombreuses toiles qu’il a peintes de la Sainte-Victoire. Pourtant, le peintre n’a pas immortalisé que les paysages du Sud, il a aussi passé de nombreuses années à Paris et dans sa région, peignant les bords de Seine, les toits de zinc ou les amis qui partageaient sa vie dans la capitale.

          Beaucoup des toiles présentés sont des oeuvres de jeunesse, quand le jeune Paul Cézanne a choisi de s’installer à Paris pour apprendre autant que pour se faire connaître. Il y a rencontré des noms depuis devenus célèbres. On voit son style évoluer et se construire pas à peu avec notamment des essais sur des natures mortes qui feront plus tard son succès. Mais même plus tard, lorsqu’il est rentré à Aix-en-Provence pour peindre le soleil, Cézanne a continuer à se rendre régulièrement en région parisienne pour continuer à en peindre les paysages. Une deuxième maison qu’on lui connaît peu. Les oeuvres les plus célèbres sont absentes de cette exposition où on découvre un Cézanne méconnu mais non moins intéressant.