Cinéma·Mes lectures

Cinéma et littérature : mes résolutions pour 2016

          Après l’heure du bilan, celle des résolutions. Sans grande surprise, elles vont ressembler beaucoup à celles de 2015 (voir la liste ici). Je vais donc faire court : toujours autant de lectures et de sorties ciné pour commencer. De même pour les arts de la scène avec quelques concerts de plus si je peux. Sortir de Paris dès que l’occasion se présente parce que ça fait du bien de changer d’air. Voyager. Progresser en photo. Reprendre enfin le boulot. Et le sport. Ecrire plus régulièrement pour le blog. En bref, faire plus, faire mieux et varier les plaisirs en prenant le temps de profiter. Vivre quoi. Ca a l’air bête comme ça mais c’est tout un programme !

          Je profite du début d’année pour faire une petite liste des films que j’attends en 2016. Je ne suis pas ça de très près donc beaucoup de ceux dont j’ai entendu parler sont pour le début d’année, voire déjà ensemble. Petite sélection :

Carol, Legend, The revenant, Les huit salopards, Tout en haut du monde, Randonneurs amateurs (le titre est nul mais il y a Redford dedans…), Spotlight, Les innocentes, Fritz Bauer un héros allemand, Jane got a gun, Truth, Steve Jobs, Mr Holmes, Ave Cesar !, RoomPas mal de choses qui m’intriguent dans les extraits que j’ai pu voir, espérons que le résultat sera à la hauteur et qu’on aura une belle année ciné, je suis un peu en manque de coups de cœur dernièrement.

          Et comme les années précédentes voici une liste non exhaustive des livres que j’aimerais voir sortir de ma bibliothèque cette année même s’il est probable que comme pour les autres je ne m’y tienne pas vraiment. Au moins ça m’inspire quand je ne sais pas quoi lire et ça me permet de me rappeler mes envies de variété. Certains titres vont se retrouver dans cette liste pour la 3° ou 4° fois, c’est mon côté obstinée qui veut ça, je ne désespère pas de les lire enfin cette année.

1748

Classiques

  • Moby Dick, Herman Melville
  • Voyage au bout de la nuit, Louis-Ferdinand Céline
  • Les enfants Tanner, Robert Walser
  • Tristes tropiques, Claude Lévi-Strauss
  • Cyrano de Bergerac, Edmond Ronstand

Littérature contemporaine

  • La fabrique des illusions, Jonathan Dee
  • La sanction, Trevanian
  • Prendre Lily, Marie Neuser
  • La clé de l’abîme, José Carlos Somoza
  • Les vaches de Staline, Sofi Oksanen

Autres

  • La femme au temps des cathédrales, Régine Pernoud
  • Je te vois reine des quatre parties du monde, Alexandra Lapierre
  • Le théâtre du soleil : les 50 premières années, Béatrice Picon-Vallin
  • Quartier lointain, Jirô Taniguchi
  • Hunger Games, Suzanne Collins

          Cette liste n’aura pas été vaine, en farfouillant dans ma bibliothèque pour la mettre sur pied, j’ai redécouvert tout un tas de livres dont j’avais plus ou moins oublié l’existence et qui me font vraiment envie. Je vais essayer de penser à eux à un moment ou à un autre cette année. Et peut-être piocher des idées dans ce type de liste. J’ai tellement de titres qui m’attendent ! Je ne sais plus où donner de la tête (et j’adore ça)… J’ai délaissé mes auteurs favoris depuis quelques temps, je compte bien me rattraper en 2016 avec de la littérature russe et des récits de voyage notamment. On se retrouve en 2017 pour constater jusqu’à quel point j’aurai dévié de mes plans.

Bonne année à tous !

Cinéma

Mia madre, un film sur le deuil en demie-teinte

Drame italien de et avec Nanni Moretti avec Margherita Buy, John Turturro, Giulia Lazzarini

          Margherita est une réalisatrice en plein tournage d’un film dont le rôle principal est tenu par un célèbre acteur américain. À ses questionnements d’artiste engagée, se mêlent des angoisses d’ordre privé : sa mère est à l’hôpital, sa fille en pleine crise d’adolescence. Et son frère, quant à lui, se montre comme toujours irréprochable… Margherita parviendra-t-elle à se sentir à la hauteur, dans son travail comme dans sa famille ?

Mia Madre, Nanni Moretti

          J’attendais avec impatience le dernier film de Nanni Moretti. J’avais adoré son précédent, Habemus papam. Ici il nous livre un film plus personnel et intimiste. J’ai trouvé que le film était long à démarrer. J’ai eu le plus grand mal à rentrer dedans et le début (une grosse moitié à vrai dire) a été pour moi un long moment d’ennui. Je ne saurais pas trop expliquer pourquoi. Du mal à m’identifier aux personnages, à m’intéresser à leurs problèmes. Leur vie me paraissait totalement étrangère. Elle l’est d’ailleurs. Les rires ont fusé dans la salle à plusieurs reprises sans que je comprenne bien pourquoi. Il faut dire que je marche très peu à l’absurde, pas étonnant donc que l’aspect comique de certaines scènes m’ait totalement échappé. On ne peut pas dire que j’étais franchement emballée et si je n’avais pas été coincée au beau milieu d’une rangée, je ne sais pas si je ne me serais pas enfuie.

Mia Madre, Nanni Moretti

          Et puis, le miracle s’est produit. J’ai peu à peu trouvé les personnages plus humains, au fur et à mesure de l’avancée de la maladie de leur mère. On se retrouve dans leurs peurs, leurs doutes, leurs pétages de câble face au chagrin. C’est extrêmement bien joué et ça sonne très juste. La dernière partie du film est beaucoup plus intimiste et très réussie. Je m’attendais à plus d’émotion devant ce film au sujet fort. Pourtant, c’est tout sauf larmoyant. Je suis restée spectatrice de ce drame familial sans vraiment me l’approprier. C’est un peu dommage. Malgré tout, ce film est dans l’ensemble une réussite. Ca tient sans nul doute en grande partie à l’excellente interprétation de ses acteurs principaux. Bien que je me sois un peu ennuyée durant la première moitié, j’ai trouvé ce film touchant. A mes yeux sans doute pas le meilleur Moretti mais un assez bon cru tout de même.

Cinéma·Mes lectures

Thrillers et polars au rdv

D’un mauvais œil, de Jessica Treadway

D'un mauvais oeilAu milieu de la nuit, Hanna et son mari sont attaqués sauvagement dans leur lit. Il ne survit pas aux coups et Hanna est défigurée, elle ne conservera aucun souvenir de cet épisode tragique. Tous les soupçons se portent sur le seul intrus présent dans la maison ce soir-là : Rud, le petit ami de Dawn, la cadette, qui dormait avec elle. Trois ans plus tard, Rud, emprisonné, fait appel. Un nouveau procès va s’ouvrir. Alors que Hanna tente désespérément de se rappeler les événements du drame, Dawn revient vivre chez sa mère.

Le titre de ce roman ne m’inspirait pas des masses (on ne parlera jamais assez de l’importance d’un bon titre !), je dois donc admettre que je traînais un peu des pieds en commençant ma lecture. Pourtant, j’ai été agréablement surprise. L’écriture est efficace et je me suis laissée prendre à cette histoire familiale pour le moins tordue. Même si on sent venir la fin assez rapidement, le flou autour des détails de l’histoire demeure suffisant pour que le lecteur ait envie de continuer jusqu’au bout. On se met assez facilement à la place du personnage principal et on partage son angoisse. La tension monte au fil des pages et on attend le dénouement avec une certaine impatience. Même si le style aurait peut-être mérité d’être un peu plus travaillé et qu’il aurait été bon de semer un peu plus le trouble dans l’esprit du lecteur, j’ai trouvé cette histoire très intéressante d’un point de vue psychologique. Un roman prenant malgré quelques faiblesses. Une bonne surprise. 

Prête à tout, de Joyce Maynard

Prête à toutJeune, belle, mariée à un homme qui la vénère, installée dans une jolie maison, Suzanne Stone ressemble à ces filles trop parfaites des magazines. Mais elle veut davantage, elle veut la célébrité, elle décide que la télévision sera son royaume et, à force de persuasion, obtient un petit poste dans la station locale. Quand son époux est retrouvé mort, la veuve éplorée, point de mire des caméras, devient rapidement suspecte. 

J’avais beaucoup aimé le dernier Joyce Maynard, L’homme de la montagne. J’étais donc impatiente de découvrir celui-ci. J’ai été très heureuse de retrouver son style, simple mais terriblement efficace. Je m’attendais à un polar et j’ai été assez étonnée de me retrouver face à une sorte de thriller ou de roman psychologique où finalement on sait l’essentiel dès le début même si les détails restent flous et que le doute persiste. Le personnage de Suzanne est assez antipathique et m’a très vite agacée. Même si c’est le but et qu’à travers elle l’auteur fait une critique acerbe du milieu de la télévision et de l’obsession pour la célébrité, ça a quand même rendu cette lecture un peu longue. Le sujet ne m’a pas passionnée et je n’ai pas trop aimé son côté malsain. Même si j’ai moins accroché qu’avec le précédant roman de l’auteur, une lecture qui est loin d’être dénuée d’intérêt. 

Carthage, de Joyce Carol Oates

CarthageTout semble aller comme il se doit dans la petite ville de Carthage en ce début de juillet 2005, si ce n’est que Juliet Mayfield, la ravissante fille de l’ancien maire a rompu ses fiançailles avec le caporal Brett Kincaid, héros de retour de la guerre d’Irak. Or, ce soir-là, Cressida disparaît, ne laissant en fait de traces que quelques gouttes de son sang dans la jeep de Brett.

Bien que j’aie eu envie depuis longtemps de découvrir cette auteur, je n’avais encore jamais rien lu d’elle. J’ai été assez surprise par la sobriété du style. Toutefois, il est plus travaillé qu’il n’y paraît et parfaitement efficace. J’ai beaucoup aimé la première partie de ce roman. Les personnages sont clairement le point fort de ce roman. J’ai trouvé la détresse des parents de la jeune disparue parfaitement bien dépeinte et très touchante. Mais ce roman aborde aussi à travers le caporal Kincaid le problème du stress post-traumatique. Sans doute l’aspect du roman que j’ai préféré. La deuxième moitié m’a un peu moins emballée, même si l’histoire et la personnalité de Cressida sont loin d’être inintéressantes, ça traîne tout de même un peu en longueur. Finalement, j’ai trouvé que la disparition était avant tout un prétexte à la peinture des différentes strates de la société américaine dans une petite ville. Malgré quelques faiblesses, un roman prenant dont les aspects psychologiques sont passionnants.

Au bout du tunnel : nouvelles du noir au gris, de Claire Gilbert

Au bout du tunnelVingt nouvelles qui varient les registres autour des émotions de leurs personnages dans des moments clef de leur existence. L’auteur construit un monde noir où subsiste pourtant toujours une issue.

J’ai lu ce recueil de nouvelles il y a peu et je dois avouer que si j’étais assez enthousiaste à l’idée de découvrir cet auteur, j’ai été plutôt déçue. L’écriture n’est pas folichonne et les nouvelles assez prévisibles. Je dois dire que je suis assez difficile en matière de nouvelles (comment ça pour le reste aussi ?). J’aime les nouvelles à chute et forcément, ce que j’aime dans la chute, c’est la surprise. Or là elle a rarement été au rendez-vous. Le plus souvent, j’ai vu la fin arriver assez rapidement, et quand ça n’a pas été le cas, j’ai trouvé la fin était amenée de manière maladroite. Bref, je n’ai vraiment pas accroché. J’ai trouvé le tout banal et plat. Dommage.

Le mort aux 4 tombeaux, de Peter May

Le mort aux quatre tombeauxUn pari lors d’une soirée trop alcoolisée amène Enzo MacLeod, ancien légiste de la police écossaise établi en France, à entreprendre une enquête autour de la mystérieuse disparition de Jacques Gaillard, ancien conseiller du Premier ministre devenu star de la télévision et dont on n’a plus aucune trace depuis le mois d’août 1996.

Le premier tome de la série d’enquêtes d’Enzo MacLeod : un ancien conseiller du premier ministre devenu star de la télévision a disparu sans laisser de traces, des années plus tard, après un pari entre amis, Enzo, ancien légiste, va mener l’enquête. J’avais beaucoup aimé L’homme de Lewis et j’étais contente de découvrir cette nouvelle série. Le personnage principal est très sympathique. L’enquête est un peu tordue et même si la fin est trop sentimentale à mon goût, j’ai beaucoup aimé ce roman dans son ensemble. Ce n’est pas tout à fait du niveau de L’homme de Lewis du côté de la psychologie des personnages mais j’ai bien aimé la complexité de l’intrigue. Le style est toujours aussi agréable, on dévore les romans de Peter May plus qu’on ne les lit. Cette série devrait comporter 7 tomes, j’ai hâte de lire la suite.

Temps glaciaires, de Fred Vargas

Temps glaciairesCette fois-ci, l’enquête d’Adamsberg l’emmène dans les brumes islandaises avant de lui faire croiser le chemin de Robespierre. Mais quel est le lien entre ces deux univers en apparence si différents ?

J’aime beaucoup Fred Vargas mais j’avais moins accroché avec ses derniers romans qui a mon sens n’étaient pas les meilleurs. J’espérais retrouver avec celui-ci l’élan des débuts. Et c’est le cas. Une fois de plus, l’auteur fait appel à de vieilles légendes pour détourner l’attention du lecteur de l’essentiel (ou pas). Le style est toujours aussi convaincant et l’intrigue bien construite. Comme l’auteur sait si bien le faire, elle mêle plusieurs histoires qui semblent plus ou moins liées, empêchant le lecteur d’y voir clair trop tôt dans son jeu. Elle a un don certain pour brouiller les pistes même si pour une fois je ne m’étais pas trop trompée dans mes conclusions. J’ai adoré retrouver Adamsberg et sa clique, toujours aussi loufoques et attachants. Les personnages de Vargas sont particulièrement attachants et c’est un régal de continuer à les suivre après toutes ces années. Après quelques romans un peu en deçà de ses premiers, Fred Vargas revient à son meilleur avec ce polar des grands froids. 

Le contrat Salinger, d’Adam Langer

Le contrat SalingerAdam Langer est un journaliste qui  s’ennuie loin de New York. Jusqu’à ce que sa route croise celle d’une vieille connaissance, Conner Joyce – auteur de thrillers à succès –, venu à Bloomington, Indiana, pour assurer péniblement la promotion de son dernier roman. Bientôt, Conner révèle à Adam qu’il a reçu une offre des plus étonnantes qui va bouleverser sa vie.

Ce roman m’intriguait. Je ne savais pas bien pourquoi mais je suppose que c’est essentiellement parce que l’histoire porte sur un auteur et que je suis friande de livres qui mettent en scène la littérature. Le style est assez moyen sans être désagréable. Il est fluide et ce roman se lit très bien. Sans trop savoir où ça allait mener, j’étais plutôt curieuse de connaître la suite de cette histoire assez mystérieuse. Malheureusement, cet intérêt s’est peu à peu émoussé. Je n’ai que moyennement accroché à cette histoire un peu tarabiscotée à mon goût. Plus elle se précisait et plus j’avais du mal à y croire. Passé la moitié, j’ai continué ma lecture sans grande conviction, vaguement curieuse de la fin, tout en me doutant qu’elle allait me décevoir. Honnêtement, j’ai trouvé ça un peu tiré par les cheveux et il m’a manqué un petit quelque chose pour être vraiment convaincue. Malgré certaines qualités, une lecture pas folichonne dans l’ensemble. 

La dame dans l’auto avec des lunettes et un fusil, de Joann Sfar

La dame dans l'autoElle est la plus rousse, la plus myope, la plus sentimentale, la plus menteuse, la plus vraie, la plus déroutante, la plus obstinée, la plus inquiétante des héroïnes. La dame dans l’auto n’a jamais vu la mer, elle fuit la police et se répète sans cesse qu’elle n’est pas folle… Pourtant…

J’avais entendu dire beaucoup de bien de ce film au titre on ne peut plus intriguant. Bien que tous les éléments pour que je l’apprécie semblent réunis, je n’ai pas du tout accroché. La voix off m’a exaspérée. Je hais les voix off. Je ne les supporte pas (ou très très rarement), je trouve ça anti-naturel au possible. J’ai trouvé qu’il y avait un côté années 60 (70 ?) complètement surjoué, j’ai eu beau essayer de rentrer dedans – d’autant plus que c’est un univers que j’aime généralement beaucoup – mais je n’ai pas réussi. Partant de là, ç’a forcément été compliqué pour moi. Je n’ai pas vraiment réussi à croire à cette intrigue. L’histoire n’est pas mal construite et j’ai bien aimé son côté trouble, franchement réussi. J’ai également été agréablement surprise par la prestation de Benjamin Biolay. Un film qui malgré des qualités a eu le plus grand mal à me convaincre, en grande partie en raison d’un personnage principal irritant. J’ai trouvé le temps long, très long.

La isla minima, d’Alberto Rodriguez

La isla minimaDeux flics que tout oppose, dans l’Espagne post-franquiste des années 1980, sont envoyés dans une petite ville d’Andalousie  pour enquêter sur l’assassinat sauvage de deux adolescentes pendant les fêtes locales. Au coeur des marécages de cette région encore ancrée dans le passé, parfois jusqu’à l’absurde et où règne la loi du silence,  ils vont devoir surmonter leurs différences pour démasquer le tueur.

On a pas mal parlé de ce polar lors de sa sortie. La bande-annonce est très belle mais j’avais peur de quelque chose de très sombre et violent. Finalement, même si c’est le cas, j’ai été très agréablement surprise. J’ai de suite été conquise par la beauté des images et l’intrigue complexe. Vraiment, vraiment conquise. La construction des plans m’a fascinée de bout en bout. La photographie est de toute beauté. Je me suis laissée prendre dans les méandres de cette enquête qui semble se défiler et n’offrir aucune prise. Les relations entre les deux flics sont assez intéressantes, tout comme celles avec la population d’ailleurs. Jusqu’au bout, je n’ai pas trop su à quoi m’attendre même si je pensais finalement à une résolution assez classique à défaut d’être évidente mais la fin m’a très agréablement surprise. Une intrigue complexe, de bons acteurs et des images de toute beauté pour un des plus beaux films de l’année.

Cinéma·Mes lectures

Des bruits dans la tête

Des bruits dans la tête, de Drago Jancar

Des bruits dans la têteKeber était un nom que cet été-là, dans les antiques cellules de M, on prononçait avec respect ; la nuit, des histoires murmurées sur sa vie couraient de bouche à oreille et le souffle des voleurs, des faussaires et des violeurs ordinaires s’arrêtait. Keber était celui qui avait provoqué le grand soulèvement de Livada. Keber était sans conteste le premier et le dernier héros de la chronique encore jamais écrite de la célèbre révolte.

J’ai reçu ce livre dans le cadre de l’opération Masse critique organisée par Babelio. Le principe est simple : un livre en échange d’une critique. Parmi ceux que j’avais sélectionnés, celui-ci m’intriguait particulièrement et j’ai été très contente de le recevoir. L’occasion pour moi de découvrir la littérature slovène dont j’ignorais tout. Je m’attendais à une lecture difficile de par le sujet traité, et ç’a en effet été le cas dans une certaine mesure. En revanche, si je pensais que l’écriture serait austère, je me suis plutôt trompée sur ce point. En effet, le style est le gros point fort de ce roman. Il est tout simplement remarquable : limpide et travaillé, sombre et lumineux à la fois, un véritable coup de cœur. Pourtant, si j’ai pris un plaisir fou à cette lecture, j’ai eu beaucoup de mal à m’y remettre après chaque interruption, à tel point que j’ai fini par abandonner un livre qui pourtant me plaisait.

Difficile d’expliquer pourquoi. Sans doute n’est-ce pas vraiment le bon moment pour moi de m’atteler à ce type de lecture assez exigeante. L’histoire est intéressante mais je ne voyais pas quelle surprise elle pourrait bien réserver et je crois que je ne me voyais pas attendre un dénouement tragique après que l’univers se soit fait toujours plus noir et que tout espoir ait déserté ces pages. Je le regrette un peu mais je me sentais incapable de m’infliger toute cette noirceur. Il me semble que c’est la première fois que j’abandonne un livre que j’aime. Je ne crois pas que j’en reprendrais le fil un jour et pourtant j’en garderai le souvenir d’une écriture forte et belle sur fond de désespoir. Un roman à part dont le style m’a profondément touchée mais dont l’univers de violence, de réclusion et de folie arrivait pour moi au mauvais moment. Une magnifique découverte malgré tout.

Tuer un homme, c’est comme tuer un bon livre. Celui qui tue un homme tue un être raisonnable, celui qui détruit un livre, un bon livre, tue la raison même.

          D’autres esprits un peu dérangés ont croisé ma route récemment (un premier article leur était consacré ici), sans nécessairement me marquer outre mesure. Petit tour d’horizon des toqués en tous genres.

L’homme irrationnel, de Woody Allen

L'homme irrationnelProfesseur de philosophie, Abe Lucas a perdu toute joie de vivre. Peu de temps après son arrivée dans l’université d’une petite ville, Abe entame deux liaisons. D’abord, avec Rita Richards, collègue mariée en manque de compagnie, puis avec Jill Pollard, sa meilleure étudiante, qui devient aussi sa meilleure amie. Une conversation surprise au hasard va faire basculer leur vie.

Un film dont j’attendais beaucoup. On m’en avait dit plutôt du bien dans l’ensemble et j’escomptais retrouver Woody à son meilleur. Si certains le pensent, je suis loin d’être de cet avis. Dès le début, ce film m’a plongé dans un ennui profond, malgré la présence de Joaquin Phoenix pourtant aussi convaincant qu’à son habitude. Son personnage de professeur neurasthénique est le seul à avoir un peu de consistance. Le vrai problème, c’est qu’à aucun moment le sujet ne m’a intéressée. Toutes les conversations de ses personnages plus lisses les uns que les autres m’ont parues ternes et terriblement convenues. Sans doute est-ce le but me direz-vous, mais… pourquoi ? Cette vacuité m’a passablement agacée. Mais pas tant que l’air de vierge effarouchée de la jeune étudiante que j’ai trouvé aussi inintéressante qu’antipathique durant tout le film. Un vrai calvaire. La seconde moitié est plus rythmée mais sans avoir beaucoup plus de consistance. On s’ennuie moins mais le scénario prend un tour improbable fort peu convaincant. A mes yeux, son acteur principal et sa bande son sont les meilleurs (et seuls) atouts de ce film. L’engouement qu’il suscite me laisse songeuse. J’ai trouvé le tout creux et sans grande inventivité. On est malheureusement bien loin de la justesse de Blue Jasmine.

Enfants perdus, d’Arnaud Rykner

Enfants-perdusC’est une maison de bord de mer, d’un autre temps, qui n’ouvre que pour les vacances. Chaque année s’y retrouvent des enfants, sous le regard d’un homme et d’une femme. Ils sont à cet âge où l’on joue encore à l’enfance. Les bagarres. Les réconciliations. Parmi eux, un garçon solitaire, à la violence mystérieuse. L’été va se terminer plus tôt cette année-là.

J’ai lu ce court texte il y a quelques temps, et malgré certaines maladresses qui l’alourdissent un peu, je l’ai assez apprécié. Difficile de vous en parler sans trop en dévoiler, je serai alors concise. C’est une histoire d’enfants mal aimés, un peu à part, qui oublient leur différence le temps d’un été. Mais bien sûr, les choses ne sont pas toujours aussi simples et la vie s’acharne à toujours tout compliquer. Le texte, par des mots simples, retranscrit ces émotions d’enfants de manière parfois touchante. La tension monte au fil des pages et l’histoire se construit finalement un peu comme un thriller. Ou comme une tragédie. Si la fin n’est pas vraiment une surprise, j’ai aimé la forme de confusion et de violence qui se dégage de ce texte qui manque pourtant un peu de force. Pas assez abouti pour convaincre vraiment mais intéressant tout de même.

Au retour , le petit déjeuner est rendu meilleur par l’attente. le pain promis est là.

Le prodige, d’Edward Zwick

Le prodigeL’histoire de Bobby Fischer, le prodige américain des échecs, qui à l’apogée de la guerre froide se retrouve pris entre le feu des deux superpuissances en défiant l’Empire Soviétique lors du match du siècle contre Boris Spassky. Son obsession de vaincre les Russes va peu à peu se transformer en une terrifiante lutte entre le génie et la folie de cet homme complexe qui n’a jamais cessé de fasciner le monde.

Voici un biopic sur un champion des échecs. Je dois avouer que c’est un univers que je ne connais pas du tout, étant moi-même une joueuse d’échec catastrophique (au point de m’être arrêtée une fois ma première partie gagnée, histoire d’avoir l’honneur à peu près sauf). Une manière de penser qui me dépasse et m’émerveille à la fois. Ne connaissant à peu près rien à ce « jeu » éminemment compliqué, j’ai découvert avec ce film l’histoire de ce jeune prodige. Si j’ai pris plaisir à suivre son parcours quelque peu chaotique, je pense qu’il vaut quand même mieux s’y connaître un minimum en échecs pour apprécier le génie de ce garçon, sinon tout ça risque de vous sembler un peu obscur. La réalisation est d’un classicisme désespérant et ne risque pas de vous détourner du sujet principal. Bien que je n’aie pas pu pénétrer un tant soit peu l’esprit torturé de ce jeune homme, sa chute dans la paranoïa est intéressante – et pas nécessairement injustifiée. Mégalo, seul, génial, incompris, harcelé, sa vie n’a pas dû être de tout repos : à vous dégoûter de posséder le moindre talent. Un film trop linéaire pour passionner vraiment mais dont le sujet ne manque pourtant pas d’intérêt.

Un loup à ma table, d’Augusten Burroughs

Un loup à ma tablePour le petit Augusten, son père est une présence fantomatique, à peine signalée par une toux ou des volutes de tabac dans l’obscurité d’une pièce. Ce géniteur dévoré de psoriasis, Augusten l’aime plus que tout et ne souhaite qu’une chose : le lui prouver. Mais ce dernier en a décidé autrement et, peu à peu, l’amour se mue en une haine tenace et acerbe.

J’avais a-do-ré Courir avec des ciseaux, j’avais tellement ri ! Un énorme coup de coeur pour cet auteur totalement loufoque et sa plume incisive. Toujours dans l’autobiographique (ou l’autofiction, à vous de voir), l’auteur revient cette fois sur sa petite enfance et son rapport à son père. Si très jeune il lui voue un véritable culte et veut à tout prix l’impressionner, cet amour va se transformer en haine lorsqu’il va se rendre compte que son père, lui ne l’aime pas. Il va peu à peu comprendre à quel point cet être mystérieux peut en prime s’avérer dangereux. On ne retrouve pas immédiatement dans ce roman la pâte d’Augusten Burroughs. Ici, pas d’humour mordant mais au contraire un univers très sombre et empli d’une crainte qui finit par provoquer un malaise chez le lecteur. J’ai eu du mal à accrocher et à avancer dans cette histoire assez particulière. Pourtant, petit à petit, je me suis laissée émouvoir par la détresse puis la rage de ce petit garçon. J’y ai retrouvé des accents de Vipère au poing. Il y a une sensibilité certaine dans ces lignes et une description touchante de la vie avec cet être manipulateur et colérique. Un livre qui ne m’a pas séduite immédiatement mais qui s’avère finalement assez profond et décrit avec justesse la détresse d’un petit garçon.

Quand ma mère est enfin revenue à la maison, elle était si vide d’énergie et d’une maigreur si effrayante que j’ai tout de suite eu peur que ses qualités essentielles ne soient restées à l’hôpital. J’imaginais facilement une infirmière apercevant une masse sombre et confuse par terre et la jetant à la poubelle, sans réaliser qu’il s’agissait de l’esprit de ma mère.

La vie passionnée de Vincent Van Gogh, de Vincente Minnelli

La vie passionnée de Vincent Van Gogh1878. Vincent Van Gogh arrive en Belgique pour se rendre ensuite en Provence où Gauguin le rejoint. Après le départ de ce dernier, Van Gogh se coupe une oreille et se fait interner dans un asile…

J’ai pu voir ce film de 1956 en version restaurée au cinéma cet été. J’avoue avoir été sur le moment un peu hésitante mais mon amour pour Kirk Douglas (et pour Van Gogh bien sûr !) l’a bien vite emporté. Malgré un côté très vieillot – forcément – et un choix musical pour le moins surprenant, j’ai vraiment beaucoup aimé. Déjà, Kirk Douglas et Anthony Queen à l’écran, il faut bien admettre que ça en jette ! Ensuite, la vie de Van Gogh a quand même été bien mouvementée et assez palpitante. Ses toiles représentent bien sûr un décor de rêve dont on ne se lasse pas. Et puis, le temps d’adaptation passé, la musique de péplum donne quand même à ce film une petite note de suspens assez inappropriée mais étrangement bienvenue.  Elle offre à chaque scène un aspect dramatique parfois un peu lourd et forcé mais dans l’ensemble assez séduisant. Hollywood prête tout sa démesure à la vie de Vincent Van Gogh : un choix surprenant qui lui va plutôt bien. Un grand moment de cinéma.

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Histoires de croque-morts

          Je sais, ce titre est bizarre, mais on fait les rapprochements qu’on peut. Et comme le sujet est revenu sur le tapis deux fois de suite, hop, voilà, un article.

Fun home : une tragicomédie familiale, d’Alison Bechde

 

          Bruce Bechdel enseigne l’anglais dans une petite ville de Pennsylvanie tout en dirigeant le  » Fun Home « , le salon funéraire familial. Sa sensibilité, sa passion des livres, son raffinement s’expriment tant dans l’embaumement des corps que dans la restauration obsessionnelle de sa maison et la dictature esthétique à laquelle il soumet sa femme et ses trois enfants. La jeunesse d’Alison, sa fille, est envahie par l’ombre de ce père aux secrets brûlants, ogre des sentiments à la fois distant et infiniment proche.

51s0XKge3yL._SX346_BO1,204,203,200_Ca faisait un moment que je lorgnais sur ce livre sur l’étal de ma librairie et je dois avouer que j’ai été assez surprise, je n’avais pas dû lire attentivement la quatrième de couverture. J’avais retenu l’aspect tragi-comédie familiale (c’est le sous-titre en même temps me direz-vous) mais pas du tout que le père gérait un funérarium. Mais comme j’aime bien les surprises… Et puis il faut bien admettre que ce n’est pas commun au moins ! J’ai beaucoup aimé cette BD qui pourtant était assez différente de mes attentes. J’ai de suite accroché avec le dessin, au crayon, en noir et blanc. Côté écriture, c’est tout aussi bien. J’ai beaucoup aimé l’humour grinçant de l’auteur. Elle parle de sa famille avec un recul et une ironie tout à fait délectables. Il faut dire qu’il y a de quoi raconter, elle n’a pas exactement eu une enfance « classique ». Elle a une manière de parler d’elle-même assez savoureuse. Il se dégage pourtant une certaine tristesse de ce roman graphique plus sérieux qu’il n’y paraît. Une très bonne lecture qui vous rassurera sur votre famille.

Mes frères et moi nous ne pouvions pas rivaliser avec les lampes astrales, les girandoles et les chaises Hepplewhite. Elles étaient parfaites. J’en vins à détester sa façon de traiter ses meubles comme des enfants et ses enfants comme des meubles. Très tôt, une préférence marquée pour l’épuré et le fonctionnel apparut chez moi.

Une belle fin, d’Uberto Pasolini

 

          Modeste fonctionnaire dans une banlieue de Londres, John May se passionne pour son travail. Quand une personne décède sans famille connue, c’est à lui de retrouver des proches. Malgré sa bonne volonté, il est toujours seul aux funérailles, à rédiger méticuleusement les éloges des disparus… Jusqu’au jour où atterrit sur son bureau un dossier qui va bouleverser sa vie : celui de Billy Stoke, son propre voisin.

402409Ce film me tentait bien. Je ne sais pas trop pourquoi, peut-être en raison de ces bonnes critiques. Peut-être aussi parce que je crois que je l’associais un peu à Joyeuses funérailles dont l’humour grinçant m’avait séduite. Je m’attendais à quelque chose de plus… drôle. Allez donc savoir pourquoi ! Ce film est au contraire très sombre. Très sobre aussi. C’est étrange, je me suis ennuyée une bonne partie du temps et pourtant je l’ai trouvé intéressant. Le personnage principal est terne, un petit fonctionnaire à la vie bien rangée. La réalisation est un peu à son image : irréprochable mais franchement tristounette. Un film gris et triste mais qui soulève pourtant des questions intéressantes. Il est remarquablement interprété par Eddie Marsan qui lui donne une certaine profondeur dont il aurait sinon sans doute un peu manqué. Malgré son côté un peu trop sage et morose, ce film s’avère émouvant par moments. Si la forme manque de fantaisie, il n’y a pas grand chose à redire sur le fond. Un beau film sur la solitude.