Musique·Théâtre

Golgota, le spectacle étrange et déroutant de Bartabas et Andrés Marín

          Bartabas, le maître du spectacle équestre, s’allie à Andrés Marín, danseur de flamenco talentueux, pour sa nouvelle création. Ils choisissent les œuvres liturgiques du XVI° s. de Tomás Luis de Victoria pour les accompagner. « A la recherche d’une musique silencieuse », une performance qui promet de sortir des sentiers battus. 

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          Je dois avouer qu’en arrivant au Théâtre du Rond Point, je ne savais pas trop à quoi m’attendre. Je n’avais jamais eu l’occasion de voir de mises en scènes de Bartabas jusque-là et je sais que c’est souvent à la fois très particulier et spectaculaire. Et en effet, le moins qu’on puisse dire, c’est qu’il a un univers à part ! Le rideau se lève sur une scène très obscure, éclairée par des chandeliers. Arrivent ensuite sur des chants liturgiques, Bartabas à cheval et Andrés Marín mains liées, dans une scène qui évoque clairement l’Inquisition. En scène, tour à tour, un danseur, un cavalier, un acteur, un chanteur et deux musiciens. Quatre chevaux et un âne sont aussi de la partie pour ce spectacle vraiment à part.

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© Nabil Boutros

          Beaucoup de choses surprennent dans cette mise en scène très forte et hors du temps. Du sable recouvre la scène, étouffant le bruit des pas du danseur. Je ne pensais pas que cela serait si perturbant, pourtant, ça change totalement la perception que l’on peut avoir du rythme et du mouvement tant on associe le flamenco à ses pas qui résonnent. Si le cheval est très présent, on n’est pas réellement dans la performance équestre, la faute sans nul doute au manque de place. Toutefois, il y a beaucoup de grâce et de légèreté dans le travail de Bartabas avec ses chevaux qui m’a donné envie – si besoin était – de voir ses créations plus étoffées. Quant à la musique, bien que je ne sois pas du tout adepte des chants liturgiques, je l’ai trouvée tout bonnement splendide, et elle m’a donné plus d’un frisson. Un des moments que j’ai préféré, c’est quand le danseur et le cheval semblent danser ensemble au son de la musique : tout simplement splendide !

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© Nabil Boutros

          Du côté du fil conducteur du spectacle, c’est un peu plus confus… On est clairement dans un univers religieux, dur et sombre, qui rappelle sans nul doute l’Inquisition. Toutefois, certaines références restent pour le moins obscures et on est souvent déroutés par l’esthétique de la mise en scène. J’ai souvent été sur le point de décrocher, trouvant cela extrêmement déroutant, l’étrange frôlant parfois le ridicule. Pourtant, si étroite soit la limite, elle n’est jamais franchie, et si on ne comprend pas toujours tout ce qui se passe sur scène, la fascination l’emporte. Il faut lâcher prise pour parvenir à apprécier pleinement ce spectacle hors normes, accepter de se laisser porter par l’étrange mélodie mise en place pour entre dans cet univers aussi beau qu’effrayant. Il est extrêmement difficile de parler de cette performance, tant elle sort de l’ordinaire et nous pousse à sortir de notre zone. Un spectacle déroutant, dont le sens échappe parfois et dont la beauté fascine. Une expérience mystique que je ne suis pas prête d’oublier.

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© Nabil Boutros

          Pour Paris, c’est fini mais vous pouvez retrouver ce spectacle si particulier à travers la France durant les prochains mois. Vous trouverez les dates ici. C’est un détail mais j’ai particulièrement apprécié que les machinistes et palefreniers soient invités à venir saluer sur scène à la fin du spectacle. C’est suffisamment rare pour être souligné. Je ne vous promets pas que vous aimerez, mais vous resterez pas indifférents !  A voir.

Théâtre

Cendrillon, un ballet plein de grâce

          Cendrillon, le célèbre conte de fée, repris par le ballet. Une mise en scène très moderne de Thierry Malandain avec le Malandain Ballet Biarritz sur une musique de Sergueï Prokofiev. L’occasion de découvrir ce grand classique sous un jour différent.

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©Olivier Houeix

          Je vois peu de danse et n’y connais pas grand chose mais j’aime généralement bien ce type de spectacle, j’ai donc décidé il y a peu de prendre des places pour plusieurs spectacles (et même un abonnement pour la saison de ballet à l’Opéra l’année prochaine). Après le L.A.Dance Project au Théâtre du Châtelet, je suis donc allée voir Cendrillon à Chaillot. Les quelques images que j’avais vues du décor me faisaient vraiment envie : des chaussures accrochées sur les murs, simple et efficace. De plus, la musique est de Prokofiev, l’un de mes compositeurs préférés, juste après Schumann ; la quasi assurance que j’allais apprécier. En arrivant à Chaillot, j’ai eu la grande joie de constater que j’étais extrêmement bien placée, au milieu du premier rang. Toutes les places du théâtre sont au même prix et même si la visibilité est bonne de l’ensemble des places, ça vaut le coup d’être attentif au placement lors de la réservation. Toutes les conditions étaient donc réunies pour que je profite pleinement du spectacle.

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          J’ai vraiment adoré ce spectacle ! C’est beau, original et plein d’humour. La grosse surprise vient du fait que la belle-mère et les deux sœurs sont jouées par des hommes travestis. Je suis assez difficile en matière de plaisanteries mais j’avoue que là, c’est assez fin et chacune de leurs apparitions m’a fait sourire. De plus, cette manière d’appréhender l’histoire lui donne une toute autre dimension. Pour le reste, heureusement que tout le monde connaît l’histoire car il me semble à peu près impossible de la comprendre sans ça. Mais bon, il y a Cendrillon, la marâtre, les horribles sœurs, la marraine, le prince, l’essentiel quoi ! Simplement, mis à part quelques scènes phare, il faut avouer que ce n’est pas facile de rendre l’histoire intelligible sans paroles ni effets spéciaux, entre les petits oiseaux, les souris, la citrouille et le reste, il manque forcément quelques éléments importants.

©Olivier Houeix
©Olivier Houeix

          Ce petit détail sur la difficulté de rendre les détails de l’histoire mis à part (de toute façon, on la connaît par cœur), ce ballet est magnifique. Les costumes aussi sont un peu simple peut-être, il n’y a que peu de différences entre la robe de souillon de Cendrillon et celle de bal, mais ça contribue à dépoussiérer aussi le ballet. Il y a un bel équilibre entre les solos des personnages principaux et les chorégraphies de groupe. J’ai évidemment beaucoup aimé les scènes où apparaissent la marâtre et les deux sœurs mais j’ai aussi – entre autres – beaucoup aimé la scène du bal qui est inventive et pleine de poésie. Détail futile mais qui ne gâche rien, le prince a des fesses incroyables, je veux le même ! – et vu comme j’étais près, j’ai largement pu profiter de la splendide vue sur ces corps très très musclés. Pour résumer, j’ai tout aimé dans ce spectacle très bien chorégraphié, original, drôle, poétique… Et bien sûr la magnifique musique de Prokofiev pour souligner le tout. Un pur bonheur !

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Expositions

De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes s’exposent au Musée Jacquemard-André

          « Les fêtes galantes » ont connu un grand succès durant tout le XVIII° siècle. Mis au goût du jour par Antoine Watteau, ce genre aux décors champêtres mettant en scène les rapports amoureux est repris par la suite par de nombreux artistes. Nicolas Lancret, François Boucher ou Jean-Honoré Fragonard se le sont tour à tour approprié. Des œuvres douces et poétiques à découvrir au musée Jacquemart-André. 

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          Le titre très vendeur de cette exposition me faisait vraiment envie, d’autant plus que le musée Jacquemart-André propose souvent de jolies choses. J’étais donc très enthousiaste en allant la voir. J’ai été très surprise en arrivant au musée de constater qu’il n’y a avait absolument personne : pas la moindre queue, des salles quasi-vides, s’en était limite inquiétant, d’autant plus qu’il y a souvent foule lors des grandes expositions. La bonne nouvelle, c’était qu’on n’allait pas se marcher dessus et pouvoir profiter pleinement des tableaux. Pourtant, malgré un programme prometteur et des conditions optimales, je suis loin d’avoir apprécié cette exposition autant que je l’aurais cru.

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          Les toiles exposées, à quelques rares exceptions près, ne sont pas d’un intérêt majeur. S’il y a bien quelques Watteau, en revanche Fragonard est bien moins représenté, ce qui est un peu décevant. J’avais pris l’audioguide et, si les explications sont assez intéressantes, il n’apporte pas grand chose par rapport aux cartels de l’exposition, ce qui est un peu dommage. L’accrochage n’est pas très important, avec peu de toiles et quelques dessins. Le musée est assez petit et je ne m’attendais pas à une grosse exposition mais je pensais tout de même qu’elle serait un peu plus grande ou plus impressionnante. Il y a assez peu de tableaux marquants. Malgré une belle unité dans les œuvres présentées, cette exposition manque d’envergure, et surtout de cachet. Elle ne tient pas toutes ses promesses et m’a laissée un peu sur ma faim. Dommage.

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De Watteau à Fragonard, les fêtes galantes

Musée Jacquemart-André

158 boulevard Haussmann

75008 Paris

Tous les jours du 10h à 18h, 20h30 les lundi et samedi

12€

Théâtre

L’art de la fugue

          Vacillements, chutes, apparitions et disparitions des corps se conjuguent sur les notes de L’art de la fugue de Jean Sébastien Bach. Un couple se cherche dans un décor en constant mouvement. Un jeu de déconstruction qui se joue à deux, grave et léger à la fois.

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          C’était la première fois que j’allais au Centquatre et je dois dire que j’ai été très séduite par le lieu. Il faudra que j’y retourne en journée pour profiter de la librairie et des cafés qui m’ont semblé très agréables. Je dois avouer que je ne savais pas grand chose sur ce spectacle avant d’aller le voir, simplement qu’il s’agissait de cirque. Je n’avais pas fait le lien entre le titre et L’art de la fugue de Jean-Sébastien Bach, pièce que j’apprécie particulièrement et que j’aurais adoré savoir jouer. Quand j’ai vu un piano sur la scène j’ai été absolument ravie ! La pianiste arrive sur scène en premier et commence à jouer L’art de la fugue donc. J’ai trouvé cela terriblement émouvant, j’en ai eu des frissons tellement c’était beau ! Ensuite, une jeune femme entre en scène. Pour seul décor, un immense cube en bois dans lequel elle ouvre une fenêtre. Un homme la rejoindra ensuite et on les verra tous deux autour d’une table dans une scène du quotidien à laquelle ils donnent beaucoup de poésie.

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          Le décor se déconstruit et évolue au fil du spectacle. J’ai beaucoup aimé sa simplicité apparente et son incroyable inventivité. Sur scène, les deux interprètes se cherchent sans jamais sembler arriver à se rejoindre dans un joli jeu de poursuite et de fuite qui semble ne jamais devoir finir. L’histoire d’un couple avec ses difficultés comme ses moments de tendresse. Il y a un jeu très intéressant avec le décor et un trampoline qui se cache à l’intérieur. C’est plein de légèreté et les acrobaties semblent naturelles tant elles sont exécutées avec aisance. La mise en scène joue beaucoup sur les répétitions et j’ai trouvé qu’on frôlait parfois l’ennui sans pour autant jamais tomber dedans. Plus on avance dans le spectacle et plus l’histoire se dessine et fascine. La mise en scène est très belle avec un jeu de lumières extrêmement intéressant mais également un certain humour. Un spectacle entre cirque et danse assez fascinant : c’est tendre et poétique, c’est à voir.

Musique·Théâtre

Into the Woods, les contes de fées revisités par Sondheim au Théâtre du Châtelet

          Cette comédie musicale mêle différents contes de fées : Cendrillon, Jack et le haricot magique et le Petit Chaperon Rouge s’y croisent pour donner naissance à une nouvelle histoire. La forêt sert de décor à cette rencontre, un lieu qui cristallise les peurs et les désirs et fait ressortir le meilleur comme le pire qui sommeille en chacun…

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          Quand j’ai vu la magnifique affiche de ce spectacle, qui ressemble à l’image d’un théâtre d’ombres, je me suis dit qu’il fallait absolument que je le voie ! J’ai toujours eu une tendresse particulière pour les contes de fées. Ils exercent sur moi une certaine fascination et je trouve leur étude absolument passionnante. J’étais curieuse de savoir comment ils allaient être réécrits. Et puis j’ai appris qu’une adaptation cinématographique de cette comédie musicale était en cours avec Johnny Deep : décidément, je ne pouvais pas rater ça ! J’étais donc très enthousiaste en arrivant au Théâtre du Châtelet pour la représentation. Ayant pris les places les moins chères, j’étais très, très loin de la scène mais finalement pas si mal placée étant donné que j’étais de face et qu’aucun obstacle ne me coupait la vue. Bon, en revanche, j’avais un peu oublié que les comédies musicales ne sont pas trop mon fort, je comptais donc sur l’histoire pour rattraper le coup.

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          J’avoue qu’à part l’affiche qui me plaisait bien et qu’il était question de contes de fées, je ne m’étais guère renseignée sur le spectacle, je ne savais donc pas trop de quoi il retournait. J’ai été assez surprise de voir que trois contes cohabitaient, d’autant plus qu’ils ne se passaient pas nécessairement dans les bois. Au début, les histoires se déroulent en parallèle puis petit à petit, des recoupements se font et elles s’entremêlent. On retrouve toutefois les temps forts de chacune, avec quelques petits ajouts. Mais une fois le conte traditionnel une fois achevé, les trois histoires entremêlées continuent pour en créer une nouvelle qui reprend les codes des contes de fées tout en les détournant.

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          Même s’il m’a fallu un petit temps d’adaptation, j’ai bien aimé cette histoire quelque peu improbable au croisement de plusieurs contes. La mise en scène est très belle, très travaillée, avec des décors impressionnants. Je n’ai pas spécialement trouvé que le fait que ce soit chanté apporte grand chose mais la musique est assez réussie. Il y a beaucoup d’humour dans la manière dont l’histoire est contée et on se laisse prendre par cette histoire inattendue. La première partie est une vraie réussite ! Malheureusement, j’ai beaucoup moins accroché avec la seconde. On s’éloigne du conte traditionnel pour entrer en quelque sorte dans l’histoire après l’histoire. C’est quelque chose que j’ai déjà vu dans des réécritures notamment dans la Blanche-Neige de Robert Walser qui raconte avec talent les problèmes de couple de la jeune femme avec son prince une fois le conte terminé.

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          Ici j’ai trouvé le résultat moins réussi. La fin est très sombre et je dois avouer que je trouvais que ça devenait un peu n’importe quoi. Pourtant l’histoire n’est pas dénuée d’une certaine logique, ni même d’intelligence. On sent que l’auteur a lu Bettelheim mais j’ai trouvé cela un peu fourre-tout et un poil agaçant pour tout dire. C’est dommage, ça avait si bien commencé ! Toutefois, malgré une deuxième partie que j’ai trouvé bien inférieure à la première et qui m’a ennuyée au plus haut point, j’ai plutôt aimé le spectacle dans son ensemble. Originale, pleine d’humour et très bien mise en scène, cette comédie musicale, malgré certaines faiblesses et une fin un peu bancale propose une vision moderne des contes de fées qui est loin d’être dénuée d’intérêt. 

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