Mes lectures·Patrimoine

Culture occitane : Joan Bodon

          C’est le 15 du mois, me revoici avec un nouveau morceau de culture occitane préparé exprès pour vous. Aujourd’hui, je finis le cycle sur nos auteurs classiques avec Joan Bodon, un romancier aveyronnais qui a écrit toute son œuvre en occitan.

          Joan Bodon (Jean Boudou à la française) est né en 1920 à Crespin, un petit village du Rouergue. Sa mère est une conteuse lointaine parente d’Honoré de Balzac. Cette influence des contes influenceront beaucoup sa littérature. Il écrit son tout premier poème à 15 ans et entre à l’École Normale en 1938 et devient instituteur. Ses premier poèmes sont publiés en 1940. En 1941, il est appelé aux Chantiers de la Jeunesse Française. Il reviendra un an après mais repartira presque aussitôt au STO pour 2 ans. Sa libération par l’Armée Rouge sera le point de départ de son roman La grava sul camin. Il se marie en 1946 et aura 6 enfants. En 1954, il obtient le premier prix de prose aux Jeux Floraux de Toulouse.

          Son premier roman a être publié a été La grava sul camin et a immédiatement été reconnu par la critique comme un roman majeur de la littérature occitane. Par la suite, il collaborera très fréquemment à la revue de l’Institut d’Études Occitanes sur des sujets et sous des formes variés. Il enverra également des textes à d’autres revues et deviendra incontournable dans le paysage littéraire occitan. Mais Joan Bodon est également un homme engagé. En 1962, il prend part aux grèvent qui paralysent le bassin houiller de Decazeville. Il participera également aux événements de mai 68 à Clermont-Ferrand avant de s’exiler en Algérie en 1969 pour des raisons financières. Il meurt en 1975. Beaucoup de ses poèmes ont été mis en musique et il est aujourd’hui encore considéré comme une référence en littérature occitane. Certaines de ses œuvres sont disponibles en traduction française et je vous invite vivement à découvrir ces textes pleins de finesse et de poésie.

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La Talvera

Es sus la talvèra qu’es la libertat, – C’est sur la lisière qu’est la liberté,
La mòrt que t’espèra garda la vertat. – La mort qui t’attend garde la vérité.
Cal segre l’orièra, lo cròs del valat, – Il faut suivre la bordure, le creux du fossé,
Grana la misèria quand florís lo blat… – Graine la misère quand fleurit le blé.
Es sus la talvèra qu’es la libertat… – C’est sur la lisière qu’est la liberté.

Per passar l’encisa te revires pas : – Pour passer le col, ne te retourne pas :
D’autan o de bisa pren lo vent sul nas, – Vent d’autan ou bise, le vent te giflera,
Una pèira lisa, l’avenc es al ras – Une pierre glisse, le gouffre est en bas.
Ont la sèrp anisa se fondrà lo glaç. – Où le serpent niche, la glace fondra.
Per passar l’encisa te revires pas – Pour passer le col, ne te retourne pas.

Estelas sens luna ne veirem la fin : – Étoiles sans lune, on en verra la fin.
Ne perdrem pas una, cercam lo camin. – On n’en perdra pas une, on cherche le chemin.
Lo cel tot s’engruna del ser al matin, – Le ciel tombe se morcelle, du soir au matin,
La bèstia feruna pudís lo canin… – La bête sauvage pue le chien…
Estelas sens luna ne veirem la fin. – Étoiles sans lune, on en verra la fin.

Fraire contra fraire tiram lo cotèl : – Frère contre frère, on sort le couteau :
Enfant de ta maire que val la tia pèl ? – Enfant de ta mère, que vaut donc ta peau ?
La mia val pas gaire : un espet de fèl. – La mienne ne vaut pas grand chose : un peu de fiel.
Quin aucèl becaire nos picarà l’uèlh ? – Quel oiseau rapace nous crèvera les yeux ?
Fraire contra fraire tiram lo cotèl. – Frère contre frère, on sort le couteau.

Es sus la talvèra qu’es la libertat. – C’est sur la lisière qu’est la liberté,
D’orièira en orièira porta la vertat. – D’orée en orée va la vérité.
La vida t’espèra de cròs en valat : – La vie t’attend, de combe en vallée :
Bolís la misèria quant grana lo blat. – La misère bout quand graine le blé.
Es sus la talvèra qu’es la libertat… – C’est sur la lisière qu’est la liberté.

La « talvera » est la partie non-cultivée d’un champ, située aux extrémités, elle permet à la charrue (ou de nos jours au tracteur) de tourner.

Voici le lien vers une version chantée par Eric Fraj.

Expositions

Une visite au musée Guimet

          Le musée Guimet est consacré aux arts asiatiques : Inde, Chine, Afghanistan, Cambodge, Japon, Corée… C’est un véritable voyage à travers l’Asie que nous proposent ces collections. Statues, arts religieux, textiles, mobilier, comme autant de manières de s’initier à d’autres cultures venues de pays et d’époques lointaines.

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          Je ne suis pas spontanément très attirée par ce type d’art, ayant tendance à aller plus facilement vers la peinture. Toutefois, découvrant il y a peu le Musée du Quai Branly, j’avais été très agréablement surprise. Je garde aussi un très bon souvenir du musée consacré aux arts asiatiques à Toulouse où on peut admirer de très beaux costumes. J’étais donc assez enthousiaste à l’idée de cette visite, espérant surtout y trouver des objets du quotidien, qui sont souvent ceux qui me touchent le plus.

          Le rez-de-chaussée est consacré à l’Inde et à l’Asie du Sud-Est. Il y a beaucoup de statues, dont certaines assez monumentales, qui viennent de temples et représentent des divinités. Au premier étage, l’Asie centrale, l’Afghanistan, la Pakistan, le Népal, le Tibet et la Chine antique. Enfin, au second, la Chine classique cette fois, le Japon et la Corée. Certaines salles du deuxième étage ainsi que les troisième et quatrième étages étaient fermés lors de notre visite. Le musée est vaste et les collections assez riches. Toutefois, je n’ai pu m’empêcher d’être un peu déçue et ce pour plusieurs raisons.

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          Les espaces sont assez mal conçus, je ne suis pas sure qu’on puisse tout voir sans revenir sur ses pas et j’ai raté plusieurs salles. Le rez-de-chaussée ne m’a pas vraiment passionnée. Il a y a quelques pièces impressionnantes malheureusement, le total manque de précisions sur les cartels perd assez vite le visiteur néophyte. J’ai vu en sortant que les audioguides étaient gratuits mais il ne nous en a pas été proposé à l’entrée, dommage, je le saurai pour la prochaine fois ! J’ai également regretté qu’il y ait très peu de costumes, de bijoux ou de vaisselle. On y trouve essentiellement des statues, des représentations de bouddha pour la plupart, qui peuvent rendre le tout un eu monotone quand on n’est pas spécialiste de la question.

          J’ai bien aimé au premier étage des statuettes chinoises, datant du V° siècle je crois et représentant des petites filles. J’ai trouvé qu’elles étaient d’une grande modernité.  Certaines représentent des joueuses de polo et j’aurais aimé en savoir un peu plus sur leur réalisation (on jouait au polo en Chine au V° s. ?!). Dans l’ensemble, plus que la qualité des œuvres exposées, c’est plutôt la mise en valeur qui fait défaut. Quant au Panthéon bouddhique, sa visite ne représente pas un grand intérêt. Si je suis tout de même contente d’avoir enfin découvert ce lieu, sa visite est plutôt à réserver aux férus d’arts asiatiques. Pour ma part, j’y retournerai sans doute mais pour des expositions temporaires. 

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Musée Guimet

6 place d’Iéna – 75016 Paris

De 10h à 18h, fermé le mardi

7,5 € (collections permanentes)

Expositions

L’Art Nouveau à la Pinacothèque

          Après deux très belles expositions sur Hiroshige et Van Gogh cet hiver, la Pinacothèque change totalement de thème et nous invite à découvrir l’art nouveau à travers deux nouvelles mises en place. Je suis allée voir l’une d’entre elles.

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          Je ne connaissais pas Tamara de Lempicka mais je peu que j’en ai vu ne m’inspirant pas du tout, je me suis contentée d’aller voir l’exposition « Art Nouveau ». C’est un style que j’ai toujours apprécié et qui, par la diversité des formes qu’il prend (mobilier, tableaux, bijoux, affiches, lampes, architecture, sculpture…), promettait une belle exposition. En effet, j’aime beaucoup cette variété qui évite une certaine monotonie et j’avais notamment été très agréablement surprise par certaines très belles pièces exposées au musée du Carnavalet. J’étais donc on ne peut plus enthousiaste à l’idée d’en découvrir de nouvelles.

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          J’ai été assez déçue par cette exposition qui regroupe essentiellement des affiches. Je m’attendais à plus d’objets et une meilleure mise en avant des différentes formes recouvertes par ce mouvement. Il y a bien quelques lampes et bijoux mais ils restent très minoritaires et sont assez peu mis en valeur. En effet, il aurait été intéressant de les voir mis en parallèle avec les affiches par exemple, pour mieux dégager les similitudes entre les différents supports. Je n’ai pas toujours bien compris la logique dans le parcours de l’exposition.

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          J’ai trouvé qu’il y avait énormément de texte par rapport au nombre d’œuvres exposées. Les panneaux explicatifs sont bien faits mais leur densité coupe un peu l’élan de la visite. L’exposition compte un grand nombre d’affiches, malheureusement, là aussi, j’ai trouvé que leur qualité était inégale, si certaines sont très belles, d’autres en revanche sont de plus médiocre qualité. J’ai toutefois été contente d’en découvrir dans des styles un peu différents de ce que je connaissais. Une exposition qui comporte de nombreuses œuvres mais manque de diversité et de dynamisme dans l’accrochage. On en ressort un peu déçu.

L’Art Nouveau, La Révolution Décorative

Pinacothèque de Paris

28, place de la Madeleine

75008 Paris

Du 18 avril au 08 septembre

12€

Actualité·Théâtre

Le marathon des mots, du 27 au 30 juin à Toulouse

          Comme chaque année depuis déjà depuis maintenant 8 ans, Toulouse accueille le dernier week-end de juin un événement littéraire de taille : le marathon des mots. Pendant 4 jours, les lectures se succèdent en ville à un rythme effréné. Le paradis des amoureux des mots !

          Au programme des réjouissances, des lectures, des débats et des rencontres avec des auteurs dans de grands lieux culturels de la ville. L’occasion de découvrir à la fois des textes, des auteurs, des lecteurs (beaucoup d’acteurs notamment se succèdent sur scène) et le patrimoine architectural toulousain. Quatre jours consacrés exclusivement à la littérature où le plus dur est de faire son choix ! Des lectures les plus classiques aux plus originales, il y en a pour tous les goûts !

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          Voici un petit aperçu des réjouissances pour cette année (même si je m’y prends un peu tard et que beaucoup sont déjà passées, mais promis, je ferai mieux l’année prochaine…) : rencontre avec Laurent Gaudé, Daniel Mesguich lit Fictions de Borgès, rencontre musicale avec Guy Béart, hommage à Hector Bianciotti, rencontre avec Raphaël Enthoven sur la notion de « révolution » dans la philosophie, lectures de textes d’Amélie Nothomb, Pierre Arditi lit entre autres Les inconnus dans la maison de Georges Simenon, « Piaf/Cocteau, une journée particulière » par Camélia Jordana et Clément Hervieu-Léger de la Comédie-Française, Mathias Malzieu et Olivier Daviaud lisent Le plus petit baiser jamais recensé (et je vais encore rater ça !), un peu de chanson occitane avec Guillaume Lopez et Somi de Granada, Pierre Marty lit La soif primordiale de Pablo de Santis… Et tellement, tellement d’autres ! Beaucoup de grands noms pour une jolie programmation à découvrir dans son intégralité sur le site du marathon. La plupart des rencontres sont gratuites, sauf indications contraires. Bon marathon à tous les toulousains !

Mes lectures·Patrimoine

Culture occitane : Max Rouquette

          Max Rouquette est un auteur de langue occitane né près de Montpellier en 1908 et mort en 2005. Fervent défenseur de la langue d’oc, il l’a choisie pour ses écrits aussi nombreux que variés : poésie, théâtre, prose… Une œuvre reconnue en France et au-delà grâce à des traductions dans plusieurs langues.

          C’est avec une semaine de retard que j’écris l’article du mois sur la culture occitane, une panne de d’ordinateur mettant à mal la publication de mes articles. Ce mois-ci donc, je vous parle d’un autre monument de la littérature occitane : Max Rouquette. Né dans la région de Montpellier, l’occitan est sa langue natale.Il fait des études de médecine mais trouve le temps de se consacrer à la défense de son patrimoine, notamment à travers un journal militant, « Occitania » et le participation active à la fondation puis au fonctionnement de l’Institut d’études occitanes. Son œuvre commencera à sortir de l’ombre seulement après les années 80, avec les premières traductions en français, puis dans de nombreuses autres langues.

          Parfois surnommé « le Gracq occitan », Max Rouquette a joué un rôle majeur dans la défense de la culture et de la langue occitane, qu’il choisit pour tout naturellement pour ses écrits. Vert Paradis, un recueil de courts textes qui ont pour cadre l’arrière-pays montpelliérain, est considéré comme son chef-d’œuvre. Pourtant, c’est sans doute sa Médée qui est aujourd’hui la plus célèbre, grâce à la mise en scène qu’en a fait Jean-Louis Martinelli en 2003, interprétée par des comédiens burkinabés. Elle a rencontré un grand succès à travers toute la France et remis l’œuvre de son auteur en lumière. Il s’est éteint en 2005 à l’âge de 96 ans, laissant une œuvre largement méconnue.