Culture en vrac·Patrimoine

Culture occitane : les cathares

          C’est aujourd’hui un grand pan de la culture occitane que je vais vous présenter. Une histoire tragique, celle d’une religion qui a été éradiquée dans un bain de sang : le catharisme. Issu de la foi chrétienne, il est né en Europe vers la fin du XI° s. et s’est propagé dans le Sud de la France, notamment sur les territoires des comtes de Toulouse. Combattu par l’Eglise et le Roi, il a disparu après une croisade sanglante au début du XIV° s. Voici son histoire.

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          Le catharisme est une religion issue de la chrétienté qui s’est surtout propagée dans le Sud de la France au XI° s. S’il s’est implanté dans de nombreux pays d’Europe, s’est dans le Languedoc, et particulièrement au sud d’Albi, qu’il a pris le plus d’importance. Les cathares souhaitent s’approcher du message originel du Christ. Leur mode de vie est proche de celui des premières communautés chrétiennes et s’appuie essentiellement sur les enseignements du Nouveau Testament. Leur idéal est basé sur une vie ascétique et ils refusent les lieux de cultes, la parole de Dieu pouvant être enseignée partout. On est ainsi dans un idéal de simplicité qui sera plus tard à l’origine de la Réforme et à la naissance du protestantisme.

          Toutefois, le mode de vie cathare se distingue du christianisme sur d’autres plans. Ils ne mangent pas de viande. Pour eux, toute créature ayant du sang est susceptible d’accueillir une âme céleste, selon le principe de la réincarnation. Sur le plan des croyances, les cathares dissocient de manière très nette le Bien et le Mal. Le premier et l’oeuvre de Dieu, le second celle de Satan. Ainsi, la création est divisée en deux parties : le monde spirituel et invisible relève de Dieu et le monde matériel et visible relève au contraire du Diable ; concernant l’homme, son âme divine est donc prisonnière de son corps, création du Malin. Les âmes divines ne sont pas périssables et se réincarnent donc jusqu’au salut final.

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          L’organisation de la hiérarchie est simple et bien organisée. Les croyants s’appellent « bons chrétiens » ou « bons hommes ». Quand au clergé, il est formé de « parfaits » qui ont reçu l’unique sacrement de cette religion, « lo consolament ». Le territoire est ensuite divisé en évêchés qui comporte un évêque assisté d’un Fils majeur et d’un Fils mineur. Les Parfaits mènent une vie dure et dépouillée et se consacrent entièrement au salut de leur prochain, notamment par le biais de la prédication : une vie à l’opposée des excès du clergé catholique. Les femmes peuvent accéder à ce statut. Les cathares souhaitant avant tout être proches du peuple, il n’y a pas de lieux de culte et la bonne parole est dispensée en langue régionale (en l’occurrence l’occitan). La messe catholique était alors en latin et souvent incompréhensible pour le peuple. C’est cette proximité qui a valu au catharisme son succès, et l’a amené à sa perte.

          La Croisade contre les albigeois (nom donné au Cathares pour l’occasion) a été initiée par le pape Innocent III. Il n’admet pas les idées cathares – souhaitant que rien de ce qui se passe dans le monde ne lui échappe – et bien sûr, il ne goûte guère les critiques contre l’Eglise… Plusieurs seigneurs répondent à son appel, dont le célèbre Simon de Montfort, et se croisent contre les hérétiques en 1209. Si la Croisade est née de revendications religieuse, elle se transformera rapidement en guerre de territoire et mettra le pays littéralement à feu et à sang. Les cathares étaient invités à renier leur foi, en cas de refus, la torture puis le bûcher les attendaient. Une forte résistance s’est organisée via un réseau de Parfaits clandestins et certains cathares ont trouvé refuge dans des forteresses de montagne.

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          Parmi les évènements majeurs qui ont marqué cette période sanglante, on trouve le sac de Béziers (1209 à 1213), où après sièges et batailles, la population a été exterminée et les cathares refusant de renier leur foi brûlés. Quand les croisés ont envahi la ville, ils demandent au légat du pape, Arnaud Amaury, comment reconnaître les hérétiques des catholiques, il aurait alors prononcé cette parole devenue célèbre : «Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens.». En 1244, Montségur, dernier bastion cathare, tombe aux mains des croisés ; 200 Parfaits sont brûlés, c’est la fin du catharisme. La Croisade aura eu pour conséquence majeure d’agrandir le domaine capétien – le Roi parvient à mettre un pied en Occitanie, annexant en partie le comté de Toulouse (je vous passe les subtilité politiques et d’alliances qui mèneront à terme à ce résultat) – et de renforcer le pouvoir du Roi comme de l’Eglise. C’est à la suite de cette croisade que la civilisation et la culture occitane verront la fin de leur essor et que les modèles du Nord commenceront à s’imposer dans tout le royaume.

Théâtre

Les Bodin’s, Retour au pays

          Les Bodin’s, c’est un inséparable couple mère/fils, Maria et Christian. Après 50 ans de célibat, ce dernier s’est marié et est parti vivre à la capitale, loin de la tendresse maternelle… La vieille bique vit mal la séparation, c’est qu’elle s’ennuie sans son petit à maltraiter ! Mais elle a plus d’un tour dans son sac et n’hésitera pas à employer les pires stratagèmes pour qu’il revienne enfin auprès d’elle.

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          J’ai découvert les Bodin’s il y a quelques années avec leur spectacle « Grandeur nature ». Depuis, je ne me lasse pas de leur humour corrosif et de leurs personnages hauts en couleurs. L’année dernière, lorsqu’ils étaient passés à Paris, je n’avais malheureusement pas pu aller les voir (je dois admettre m’y être prise comme un manche et avoir méjugé de leur succès…). Pas question de me laisser avoir une seconde fois ! dès que j’ai vu qu’ils seraient pour quelques jours sur la scène des Folies Bergères, je me suis jetée sur l’occasion ! C’est donc avec impatience que j’ai attendu le jour où je les verrai enfin sur scène pour la première fois.

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          Dans leur nouveaux spectacle donc, Maria est à la maison de retraite et manigance pour que son fils revienne vivre auprès d’elle à la ferme. Pour cela elle commence par lui-faire croire qu’elle a la maladie d’Alzheimer avant de lui léguer sa maison pour en faire une ferme auberge – à la seule condition rentrer vivre avec lui à la maison en cas de guérison miraculeuse. Le pauvre Christian, trop content de cette aubaine, se laisse embobiner, ce qui lui vaudra quelques ennuis. Le spectacle se passe en 3 temps : la maison de retraite, les vacances à la mer et le retour à la ferme. J’ai beaucoup aimé ces changements de décor qui sont également l’occasion de nouvelles situations cocasses.

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          L’énergie des Bodin’s est communicative et leur humour fait mouche. J’ai ri du début à la fin et n’ai pas vu passer les 2 h de ce spectacle survolté. Si leur humour est décapant, il est aussi plein de tendresse, et c’est bien là ce qui les rend si attachant. Ils ne se moquent pas des travers de leurs personnages, non, ils les aiment, et nous aussi ! Le trait est grossi mais tous ceux qui ont grandi à la campagne y retrouveront un peu des personnages qui ont peuplé leur enfance : quelques traits qui semblent piqués à une grand-mère, un vieil oncle ou un voisin. C’est pour cette raison qu’on en redemande, on rit beaucoup bien sûr, mais au fond, on est aussi un peu ému. Bien sûr, le trait est parfois un peu lourd et l’humour pas toujours très fin mais la variation de registres et l’énergie des deux acteurs fonctionnent à merveille.

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          Vous l’aurez compris, j’ai un véritable coup de coeur pour les Bodin’s et leur humour si particulier, bien plus profond qu’il n’y paraît. Ils seront en tournée pendant encore 2 ans avec ce spectacle, ils passeront forcément à côté de chez vous alors n’hésitez pas à aller les voir. Les dates, réservations et autres renseignements divers et variés sont disponibles sur leur site.

Chapeau les artistes !

Expositions·Mes lectures

Le petit Tokaido de Hiroshige

        Utagawa Hiroshige, sans doute le peintre japonais le plus célèbre dans son pays, est entre autres réputé pour avoir consacré une série d’estampes au Tokaido, la célèbre route reliant Edo à Kyoto. Ce très beau coffret nous propose d’accomplir nous aussi ce voyage.

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          Bien qu’Hiroshige soit sans doute le peintre japonais le plus connu sur sa terre d’origine, il demeure en France méconnu du grand public. Il est un maître de l’ukiyo-e « images du monde flottant »: des estampes très colorées de l’époque d’Edo. Vers 1830, il se lance dans une série d’estampes sur le Tokaido, la célèbre route qui mène d’Edo, actuelle Tokyo, à Kyoto. L’oeuvre du peintre a beaucoup influencé les peintres français, notamment les impressionnistes et, quelques années plus tard, Vincent Van Gogh. Pourtant, l’artiste n’avait jusqu’à présent jamais été exposé en France. C’est la Pinacothèque qui a redressé ce tort, lui consacrant cette années une très belle exposition que vous pouvez découvrir ici. Il vous reste d’ailleurs quelques jours pour vous y rendre, courez-y !

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          J’avais beaucoup aimé l’exposition consacrée à cet artiste et avait notamment été très impressionnée par ses paysages de neige, de toute beauté. Pourtant, je n’avais pas succombé au catalogue de l’exposition, légèrement au dessus de mes moyens. Toutefois, fait des plus rares, je suis retournée voir cette exposition avant qu’elle ne ferme, et n’ai pu cette fois résister à l’envie de garder un souvenir de cette oeuvre si délicate. Après avoir hésité longuement entre plusieurs livres de reproductions, je me suis finalement laissée tenter par celui-ci, qui me semblait avoir le plus de chance de sortir de ma bibliothèque de temps en temps.

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          Il s’agit en effet d’un très bel objet. Le format est celui d’un livre de poche classique, très maniable donc, ce qui est relativement rare pour des livres d’art (qui sommeillent donc chez moi en haut de l’étagère la plus difficile à atteindre, la seule assez spacieuse pour les contenir…) – il est d’ailleurs la version allégée d’un volume un peu plus imposant. Il se présente sous forme de coffret. Il y a d’une part un petit carnet rédigé par Nelly Delay, consacré à l’origine de ce sujet du Tokaido ; et d’autre part, la reproduction des 53 étapes décrites par l’artiste. Ce dernier n’est qu’une grande feuille pliée en accordéon, il est donc possible de voir toutes les étapes d’un seul coup d’oeil – à condition d’avoir un très grand salon, bien sûr ! Les éditions Hazan nous livrent ici un très beau livre à un prix abordable, à la fois maniable et esthétique, qui donne envie de le feuilleter encore et encore.

Actualité·Culture en vrac·Mes lectures

L’éléphant

         Comme chacun sait, l’éléphant est réputé pour sa mémoire exceptionnelle. Cette nouvelle revue de culture générale se propose de nous aider à développer cette faculté si capricieuse grâce à des articles développés sur tous types de sujets. Un pari ambitieux qui ne pouvait qu’éveiller ma curiosité. Quand j’ai appris que j’en avais gagné un exemplaire sur le blog de Filou, j’étais aux anges…

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          Vaste programme que d’élargir notre culture générale tout en favorisant notre capacité à retenir, voilà qui met mes méninges en éveil. Je me suis donc lancée avec enthousiasme dans la lecture de cette nouvelle revue trimestrielle. Au programme, un peu de politique avec un aperçu des conflits dans le monde et le récapitulatif des élections qui ont eu lieu en 2012 et de celles prévues en 2013 ; du cinéma avec les sorties à venir dans les prochains mois ; de la littérature avec Proust ; des sciences avec un article sur la big-bang ; de l’économie avec un dossier sur la Chine ; mais aussi des articles sur L’encyclopédie de d’Alembert et Diderot ou la mémoire, justement ! La variété des sujets est au rendez-vous, ce qui est un très bon point pour un magazine de culture générale et m’a enchantée. Je me suis donc lancée dans une lecture exhaustive de cette drôle de bête afin de pouvoir vous en parler.

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          Les premières pages ne sont pas franchement consacrées au sujets qui me passionnent le plus, toutefois, j’ai trouvé intéressant ce petit aperçu des différentes situations politiques dans le monde (même si j’aurais préféré que cela s’accompagne d’un article plus développé sur le sujet), tout comme l’idée de profiter de l’actualité pour introduire des notions de fiscalité qui manquent sans doute à beaucoup d’entre nous. La présentation est claire et agréable, quant au style, il est très accessible et permet de saisir rapidement les enjeux autour d’un sujet. Certains sujets, plus développés, se présentent plutôt sous forme de dossiers, avec un article principal agrémenté de plusieurs points de vue et qui se termine par un petit quiz pour faire travailler notre mémoire et voir ce que nous avons retenu. Les articles sont écrits par des spécialistes dans le domaine concerné, tout en restant très abordables. Quant à la maquette, elle est très vivante et franchement sympathique. La variété dans les présentations est intéressante et rend la lecture très agréable, évitant la monotonie. Une diversité tant sur la forme que sur le fond qui répond bien aux ambitions annoncées par la revue.

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          Après cette première impression très positive, quelques remarques un peu moins dithyrambiques toutefois. Ce qui m’a un peu gênée à la lecture, c’est l’aspect justement trop général des articles, j’aurais sans doute préféré moins de sujet mais traités de manière un peu plus pointue. Je comprends toutefois ce parti-pris, qui est de rester très accessible, malheureusement, j’ai souvent eu l’impression que les articles restaient trop à la surface des choses. J’ai parfois trouvé que des articles pourtant assez étoffés laissaient de côté des aspects intéressants qui auraient mérité une ligne ou deux. Bien sûr, quand on aborde des thèmes vastes, on ne peut pas tout dire ! Cependant, les choix éditoriaux m’ont parfois paru discutables sur le plan du contenu, ce qui m’a un peu frustrée. Toutefois, j’ai trouvé certains articles mieux conçus que d’autres et la revue va sans doute trouver son ton au fur et à mesure des publications.

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          D’autres petits détails pourraient être améliorés : il est intéressant d’interroger des personnalités sur leur vision de la culture générale mais ça prend ici un peu trop de place. La madeleine de Proust revient également beaucoup et aurait parfois pu être remplacée par des choses moins célèbres, évitant des redites inutiles. Quant au grand article sur la Chine, il est très intéressant mais certains points importants auraient mérité d’être plus mis en avant afin de diriger le lecteur dans cette foule d’informations passionnantes. Ainsi, si le contenu mérite sans doute d’être un peu affiné, le concept  et la mise en page en revanche – avec une grande variété de thèmes abordés et une maquette ultra dynamique – sont des réussites.

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          Enfin, j’ai parlé de la revue autour de moi et l’ai fait lire. La première personne à qui je l’ai confiée, trentenaire curieux vivant à Paris et aimant la littérature et le cinéma, l’a trouvé « intello-bobo », trop portée vers des considérations philosophiques et ne s’attardant pas assez sur des faits bruts. Ensuite, je l’ai passée  ma maman, assez mitigée également. Elle a trouvé les articles peu clairs et pour elle, la revue s’adressait clairement à des lycéens, aussi bien par sa présentation que par les sujets abordés. Pour ma part, je la voyais plutôt destinée aux jeunes actifs avides d’améliorer leur culture et/ou souhaitant briller en société. On peut donc peut-être y voir un petit soucis quant à la clarté de la cible… espérons que ce problème de positionnement ne touche pas tout le monde et ne porte pas préjudice au titre.

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         Le site de la revue propose des tests de culture en ligne, ce que je trouve fort judicieux, et permet de compléter sa lecture de manière ludique. L’abonnement n’offre aucun avantage financier mais propose un suivi personnalisé avec des objectifs de culture générale et de petits jeux pour vous aider à les atteindre. Je trouve ce concept plutôt intéressant et novateur, après tout, on apprend toujours mieux en s’amusant !  Je chipote, mais malgré quelques remarques négatives, j’ai assez apprécié cette lecture. Je l’ai trouvé intéressante, divertissante, rafraîchissante je dirais même, nous offrant une vision amusante et dynamique de la culture générale qui pourrait bien redonner à certains je goût d’apprendre. Je me procurerai très certainement le prochain numéro afin de voir comment la revue évolue et je n’hésiterai pas à la conseiller à l’occasion.

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          Si j’ai été très enthousiaste au début de ma lecture, je ne suis pas très sure qu’elle soit réellement adaptée à mes besoins ou mes envies, qui me portent vers des contenus plus fouillés. Toutefois, l’initiative est louable et le résultat assez convainquant. Une nouveauté intéressante dans le paysage culturel qui mérite soutien et encouragements, souhaitons-lui longue vie et beaucoup de succès.

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Quelle bizarrerie dans nos jugements ! Nous exigeons qu’on s’occupe utilement et nous méprisons les hommes utiles. Denis Diderot

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Avoir raison, c’est forcément admettre que quelqu’un d’autre aurait pu parvenir aux mêmes conclusions. Emmanuel Kant

Expositions

Mille et une nuits

          Les contes des Mille et une nuits sont connus de par le monde entier ; traduits dans de nombreuses langues, il en existe des versions très diverses. Ils sont un mélange des mythes et croyances orientales et d’images, réelles ou rêvées, façonnées par l’Occident. L’Institut du monde arabe nous invite à découvrir les origines de ce recueil universel et les images que depuis des siècles il a inspirées. 

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          Les Mille et une nuits est un recueil de contes orientaux célèbre dans le monde entier. Shéhérazade est mariée à un sultan cruel qui épouse chaque soir une femme et la tue au matin après leur nuit de noce, afin d’être sûr de ne jamais être trompé. Pour retarder le moment de sa mort, elle le tient en haleine avec des histoires fabuleuses. Il existe de nombreuses versions de ce texte dont certaines sont très anciennes (on trouve des traces du recueil portant ce nom au X° siècle mais son origine est sans doute bien antérieure). Si les contes sont essentiellement originaires d’Inde et de Perse, le texte s’est surtout développé dans le monde arabe. Issus de la tradition orale, ces contes se sont transformés et enrichis au fil des siècles. Fixés pour la première fois à l’écrit au XIII° s., ils ont été traduits dans presque toutes les langues. Considérés comme une littérature mineure car née de la culture populaire, les textes ne seront illustrés que tardivement, sous l’influence de l’Occident.

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           En effet, dès leur traduction au début du XVIII° s., les Mille et une nuits connaîtront en France et dans le reste de l’Europe un grand engouement qui nourrira bien des fantasme et inspirera les artistes. Les textes les plus célèbres comme la légende d’Aladin et la lampe magique, de Sinbad le marin ou d’Ali Baba et les 40 voleurs, bien qu’issues de la mythologie orientale, ont été fixés à l’écrit en français pour être intégrés au récit de Shéhérazade avant d’être traduit en arabe ! La plupart des versions du recueil contiennent environ 200 contes (certains sont récités sur plusieurs nuits) et un seul parvient exactement au total de mille et une nuits, bien que plusieurs tentatives pour atteindre ce nombre symbolique aient été faites. Les éditions occidentales du texte sont richement illustrées et inspireront à leur tour les artistes orientaux. Un texte qui s’est enrichi au contact de différentes cultures : ancré dans la tradition orientale, il fait rêver l’Occident.

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          L’exposition propose environ 300 oeuvres autour de ce texte mythique. Au rez-de-chaussée, sont exposés des recueils des Mille et une nuits de différentes périodes et d’origines géographiques diverses. Du manuscrit au texte imprimé, illustré ou non, oriental ou occidental, nombreux ont été les ouvrages qui ont compilé ces contes orientaux. Un très bel échantillon nous en est présenté parmi lequel quelques textes richement illustrés et de très anciens manuscrits, souvent très bien conservés. Les panneaux explicatifs replacent bien ces oeuvres dans leur contexte et expliquent de manière passionnante et détaillée la naissance de ce monument de la littérature. Si les murs sombres et l’éclairage tamisé nous plongent dans une ambiance orientale, ça rend en revanche la lecture parfois un peu ardue, ce qui est dommage. Une ambiance un peu austère qui aurait mérité un peu plus de chaleur. La quantité de texte est assez importante et pourrait en décourager certains, ce qui serait fort dommage étant donnée la richesse du contenu. On regrette un peu l’absence de musique pour nous accompagner. Toutefois, par endroits, des contes lus ponctuent le parcours. Malheureusement, en bas, on ne les entend guère à moins de passer par hasard sous l’enceinte qui les diffuse et en cas d’affluence, celle-ci étant placée au-dessus des panneaux explicatifs, on empêche les autres de lire si l’on s’arrête pour écouter. Un petit défaut de conception qui ne gène pas la visite mais s’avère un peu frustrant.

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         L’étage est beaucoup plus ludique, avec une très belle scénographie. Ici on trouve essentiellement des illustrations, aussi bien occidentales qu’orientales, qui recouvrent une période très vaste. Une pièce permet d’écouter une quinzaine de contes grâce à un casque, en français ou en arabe. Le lieu est bien conçu et très agréable. On peut également découvrir dans la suite de l’exposition des photographies, des objets orientaux peuplent notre imaginaire (quelques sabres notamment), des costumes ou encore des extraits d’adaptations cinématographiques du recueil. Comme au rez-de-chaussée, des contes sont diffusés mais la scénographie est mieux conçues et on peut plus facilement s’arrêter les écouter (il faut dire aussi que les lieux sont plus vastes). Il y a une belle diversité dans les oeuvres proposées et certaines illustrations anciennes sont absolument magnifiques et impressionnent par leurs couleurs chatoyantes que les siècles n’ont pas ternis. Les ouvrages du rez-de-chaussée auraient peut-être mérité d’être intégré au reste, afin que les textes soient mieux répartis et la lecture moins fastidieuse. Une belle exposition au contenu extrêmement intéressant, une invitation au voyage qui n’est pas sans rappeler des rêves enfantins. 

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Mille et une nuits

Institut du Monde arabe

1, rue des Fossés Saint-Bernard

75005 Paris

Jusqu’au 28 avril 2013

Fermé le lundi, horaires et tarifs ici

Une web série pleine d’humour est consacrée à l’exposition, à découvrir sur le site de l’IMA