Actualité·Culture en vrac

Prix Interallié

          Le dernier des grands prix de cette rentrée littéraire, le Prix Interallié, a été décerné aujourd’hui. Il revient à Philippe Djian pour « Oh… » (Gallimard). Encore une fois, je trouve que cette année il y en a un peu pour tous les goûts parmi les lauréats, ce qui est fort appréciable. Pour le plaisir, voici le résumé de l’éditeur : « Décembre est un mois où les hommes se saoulent – tuent, violent, se mettent en couple, reconnaissent des enfants qui ne sont pas les leurs, s’enfuient, gémissent, meurent… » « Oh… » raconte trente jours d’une vie sans répit, où les souvenirs, le sexe et la mort se court-circuitent à tout instant.

          Rendez-vous maintenant à la rentrée prochaine pour une nouvelle cuvée. D’ici-là, peut-être aurai-je le courage de vous faire dans quelques jours un petit résumé de cette rentrée que j’ai trouvé fort intéressante. Et vous, l’avez-vous aimée ?

Expositions

Bohèmes au Grand Palais

          La vie de bohème s’invite au Grand Palais. La vie de bohème fascine, elle fait rêver autant qu’elle inquiète. La bohème, c’est la vie sur les routes, les diseuses de bonne aventure, un air de fado. Mais c’est aussi le nom qu’on a donné au mode de vie frugal des jeunes artistes parisiens au 19° siècle. Qu’elle soit dans la tradition des gens du voyage ou une mode décadente, elle représente la vie sans contrainte, au jour le jour. Elle a de tous temps inspiré les artistes qui l’ont largement représentée. La bohème ? un petit vent de liberté. 

         Ce thème m’inspirait particulièrement. Il m’évoquait l’ambiance des films de Tony Gatlif, la musique entraînante de Taraf de Haïdouks ou l’univers de Kusturica. Et puis bien sûr, les vêtements chatoyants, les caravanes et l’esprit de clan. Un peu cliché, certes, mais ça vend du rêve. Et puis le Grand Palais est généralement assez doué pour les expositions thématiques. Je garde notamment un excellent souvenir de l’exposition Mélancolie vue il y a quelques années. Je me suis donc rendue sur place avec grand enthousiasme.

          L’exposition est construite en deux temps : la première partie est consacrée aux gens du voyage, la seconde aux artistes. Deux versants de la bohème. La première partie propose des oeuvres très variées, d’artistes connus ou moins connus. Parmi eux : De La Tour, Watteau, Courbet… Les représentations de la bohème sont diverses, elles mettent en avant successivement la couleur, l’occultisme ou la misère. Le lien avec le thème ne saute pas toujours aux yeux mais les panneaux explicatifs, nombreux et assez bien conçus, viennent mettre un semblant d’ordre à tout ça. L’exposition est extrêmement bien fournie et il y a de très belles toiles dans le lot. J’ai apprécié de voir se côtoyer des peintres très différents, sur une période assez vaste, et de trouver parmi eux quelques artistes des pays dont j’ignorais tout. De la musique tsigane accompagne la déambulation. Si le choix des titres n’est pas toujours très heureux, l’idée est toutefois appréciable. Une première partie riche qui réserve quelques belles surprises.

          On passe à l’étage pour la suite, après en avoir déjà pris plein les yeux. L’ambiance musicale change, ce sont Carmen et autres opéras rendant hommage à la bohème qui nous suivent dans cette deuxième partie. L’impression produite par la première salle est saisissante. On entre dans une pièce sombre, une cheminée vide dans un coin, du papier peint arraché aux murs. Nous voilà dans l’atelier miteux d’un artiste sans le sou au 19°. On est immergé dans l’ambiance du moment. Ce sera ensuite un poêle dans un coin qui nous la rappellera ou une installation recréant un bistrot parisien. Si on risquait de se lasser un peu après déjà un parcours un long, voilà que cette mise en scène originale et réussie réveille notre attention. Cette seconde partie sur la bohème comme vie d’artiste est aussi fournie que la première, avec autant de signatures célèbres. Parmi eux, Van Gogh, Picasso, Courbet toujours… Mais aussi un manuscrit de Rimbaud qui fait face à un autographe de Verlaine et m’a emplie de joie. Sans exagérer, j’en aurais pleuré tant je fus émue par cette surprise inattendue.

         Moi qui fais toujours les expositions au pas de charge, n’aimant pas trop m’arrêter longuement devant les toiles (à quelques 2/3 exceptions près), j’ai tout de même passé près d’une heure et demie dans cette exposition, sans avoir pourtant l’impression d’avoir franchement traîné. Prévoyez donc la demi journée si vous souhaitez lire tous les panneaux et profiter pleinement des oeuvres. Une exposition magnifique, très riche, intelligemment construite et pleine de très bonnes surprises. J’en suis ressortie à la fois émerveillée et émue, avec l’envie d’y retourner au plus vite ! 

Bohèmes

Jusqu’au 14 janvier

10h-20h (22h le mercredi), fermé le mardi

12€, 8€ tarif réduit, possibilité de billet couplé avec l’exposition Hopper

Grand Palais, Galeries nationales

Place Clémenceau, 75008 Paris

Actualité·Culture en vrac

Goncourt et Renaudot, les élus

           Ca y est, le grand jour est arrivé ! Après deux mois de sélections et re-sélections, un suspens intenable, une guerre des nerfs éditoriale et journalistique, le fameux prix Goncourt est enfin décerné ! Mais qui est donc l’heureux élu ? Je vous le donne en mille, un de mes chouchous de cette rentrée littéraire et mon favori de la liste : Jérôme Ferrari pour Le sermon sur la chute de RomeUn Goncourt mérité pour un livre accessible et qui mérite amplement d’être lu.

          Quant au Renaudot, il revient à Scholastique Mukasonga, auteur rwandaise de Notre-Dame du Nil dont je n’avais jamais entendu parler. Je serai donc bien en peine de vous commenter cette récompense inattendue. Un roman qui me semble toutefois intéressant et me fait plutôt envie.

          Pour ma part, je trouve les prix de cette année assez complémentaires, avec des choses classiques, d’autres moins, des auteurs connus et méconnus, de quoi contenter à peu près tout le monde.

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Femina et Médicis, les résultats

          Le prix Femina a été décerné hier à Patrick Deville pour Peste & choléra, pas de grosse surprise donc puisqu’il était l’ultra favori des jurés comme des journalistes depuis déjà plusieurs semaines.

          Le Médicis, toujours moins convenu, a récompensé Féérie générale d’Emmanuelle Pireyre. A vrai dire je n’ai absolument pas entendu parler de ce roman et le résumé que j’en ai lu ne me tente pas particulièrement, je ne pense donc pas le lire. Pourtant, le prix Médicis est de loin mon préféré, il est à mes yeux un réel gage de qualité et d’originalité.

          Rendez-vous demain pour le Renaudot et le Goncourt.

Théâtre

Britannicus aux Amandiers

          Néron est empereur et en ce début de règne, aimé de tous. Pourtant, il fait enlever Junie, l’amante de son frère adoptif, Britannicus, dans l’espoir de l’épouser. Leur mère, Agrippine, qui l’a fait asseoir sur le trône qui revenait à son frère, tente de lui faire entendre raison. Mais Néron est en train de sombrer dans la folie et s’apprête à devenir le tyran qu’on connaît. 

          J’aime énormément Racine et Britannicus est une pièce que j’apprécie particulièrement. Elle est une de celles qui m’ont fait découvrir le dramaturge et m’ont donné envie de lire toute son oeuvre (ce dont je ne me suis pas privée). Je ne l’avais jamais vue sur scène et quand j’ai vu que Martinelli la montait aux Amandiers, où je comptais me rendre depuis fort longtemps, je me suis précipitée pour avoir une place (et même deux d’ailleurs) ! Avant j’ai jeté un oeil aux critiques, plus que mitigées… Pour résumer, sobre mais fade. Une description assez peu engageante. Ca ne m’a toutefois pas totalement découragée pour aller jusqu’à Nanterre voir ce qu’il en était malgré un gros rhume. Ce qui valait le coup, au moins pour découvrir ce lieu chaleureux et dynamique qui semble favoriser les rencontres. Et au passage, un grand merci à la jeune femme qui a fait un détour pour nous amener jusqu’au théâtre, nous faisant une visite guidée du quartier, une rencontre surprenante qui a égaillé cette froide soirée et l’a fait démarrer sous les meilleurs auspices.

           Le décor est assez dépouillé mais convient fort bien à ce texte dont l’action de déroule dans un périmètre très restreint à l’intérieur du palais. J’ai aimé que les costumes respectent un certain classicisme de bon goût, tout comme la mise en scène. Ici, pas de Néron le cigare au bec ou d’Agripinne tout de cuir vêtu, ouf ! il reste donc des metteurs en scène qui respectent les textes et ne cherchent pas une pseudo-modernité à tout prix. On commençait à en douter… Toutefois, si la mise en scène est très sobre, elle l’est peut-être un peu trop. Rien qui ne vienne aider à soutenir l’attention, le texte rien que le texte. Malheureusement, les acteurs ne sont pas tous à la hauteur de ce défi. Agrippine est exceptionnelle, elle porte cette pièce presque à elle toute seule. Si les autres ne sont pas mauvais (quoi que Britannicus ait un timbre quasi inaudible), leur jeu manque de conviction. On ne s’ennuie pas, on n’a pas grand chose à reprocher à cette pièce mais on aurait aimé y trouver plus du feu des grands drames. Un peu trop fade pour convaincre totalement mais une pièce qui demeure agréable malgré tout. 

          Britannicus, de Jean Racine. Mise en scène de Jean-Louis Martinelli avec Anne Benoît, Éric Caruso, Alain Fromager, Grégoire Œstermann, Agathe Rouiller, Anne Suarez, Jean-Marie Winling. Au théâtre de Nanterre-Amandiers puis en tournée pour la saison 2013/2014.

Excité d’un désir curieux,
Cette nuit je l’ai vue arriver en ces lieux,
Triste, levant au ciel ses yeux mouillés de larmes,
Qui brillaient au travers des flambeaux et des armes,
Belle, sans ornement, dans le simple appareil
D’une beauté qu’on vient d’arracher au sommeil.
Que veux-tu ? Je ne sais si cette négligence,
Les ombres, les flambeaux, les cris et le silence,
Et le farouche aspect de ses fiers ravisseurs,
Relevaient de ses yeux les timides douceurs.
Quoi qu’il en soit, ravi d’une si belle vue,
J’ai voulu lui parler, et ma voix s’est perdue :
Immobile, saisi d’un long étonnement,
Je l’ai laissée passer dans son appartement.
J’ai passé dans le mien. C’est là que solitaire,
De son image en vain j’ai voulu me distraire.
Trop présente à mes yeux, je croyais lui parler,
J’aimais jusqu’à ses pleurs que je faisais couler.
Quelquefois, mais trop tard, je lui demandais grâce ;
J’employais les soupirs, et même la menace.
Voilà comme, occupé de mon nouvel amour,
Mes yeux sans se fermer, ont attendu le jour.