Mes lectures

La femme qui reste, Anne de Rochas

Dans l’Allemagne exsangue et tumultueuse des années 1920, le Bauhaus est plus qu’une école d’art. C’est une promesse. Une communauté dont le but est de mettre en forme l’idée de l’Homme nouveau. En 1926, l’école s’installe à Dessau. Dans le grand bâtiment de verre et d’acier, Clara, Holger et Théo se rencontrent, créant une sorte de Jules et Jim.
À Berlin, toute proche, le temps s’assombrit. Les convictions artistiques ou politiques ne sont pas les seuls facteurs qui décident du cours d’une vie. Ce sont aussi, entre rêves d’Amérique et désirs de Russie, d’autres raisons et déraisons. Lorsque l’école sera prise dans les vents contraires de l’Histoire, les étudiants feront leurs propres choix. À qui, à quoi rester fidèle, lorsqu’il faut continuer ?

Couverture du roman La femme qui reste

J’avais entendu le plus grand bien de ce premier roman dont le thème me tentait beaucoup. J’ai beaucoup lu sur cette période et ça m’intéressait d’avoir un point de vue un peu différent. Eh bien je dois avouer que j’ai été plutôt déçue. Ce livre parle très peu de la guerre finalement et beaucoup des années qui ont précédé au Bahaus. Je ne savais rien de ce mouvement, m’intéressant assez peu au design. Ca a posé problème dans cette lecture.

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Un jour viendra couleur d’orange, Grégoire Delacourt

Tandis que le pays s’embrase de colères, Geoffroy, treize ans, vit dans un monde imaginaire qu’il ordonne par chiffres et par couleurs. Sa pureté d’enfant « différent » bouscule les siens : son père, Pierre, incapable de communiquer avec lui et rattrapé par sa propre violence ; sa mère, Louise, qui le protège tout en cherchant éperdument la douceur. Et la jeune Djamila, en butte à la convoitise des hommes, fascinée par sa candeur de petit prince.
Fureurs, rêves et désirs s’entrechoquent dans une France révoltée. Et s’il suffisait d’un innocent pour que renaisse l’espoir ? Alors, peut-être, comme l’écrit Aragon, « un jour viendra couleur d’orange (…) Un jour d’épaule nue où les gens s’aimeront ».

Couverture du roman Un jour viendra couleur d'orange

Je connais mal Grégoire Delacourt mais j’avais bien aimé le seul roman lu de lui jusqu’alors. J’ai choisi celui-ci pour son titre, sans même lire la quatrième de couverture. Je n’avais donc aucune idée de quoi ça pouvait bien parler en commençant ma lecture. Les gilets jaunes… Hum… bof. Je lis peu de textes traitant de l’actualité, on sature déjà bien souvent avec les médias, je préfère ne pas en rajouter une couche à chaud. Je peux éventuellement y revenir quelques années après si le sujet m’intéresse. Enfin, puisque j’étais lancée…

Dans l’ensemble c’est plutôt une bonne surprise même si sur le fond je ne sais pas bien que penser de ce texte. La partie sur les gilets jaunes me semble plutôt bien traitée. Ca décortique les mécanismes de la colère, je suis loin de maîtriser le sujet mais ça me semble plutôt juste. S’y mêle ensuite une partie l’enfant autiste. S’il a été de loin mon personnage préféré dans ce roman, je pense que cette partie n’est pas dénuée d’un certain nombre de clichés. Mais là encore, je ne suis pas sure de pouvoir en juger. C’est ce qui m’a parfois gênée dans ce texte, l’impression par moments que c’était un peu hors réalité.

Il y a très peu de discours direct mais les rares dialogues m’ont semblé sonner faux : trop recherchés, pas assez « vrais ». La poésie prend souvent le pas sur la colère. Si c’est ce qui rend ce texte si beau, c’est aussi par là qu’il pêche. Il y a un côté assez naïf dans l’ensemble, qui m’a parfois agacée, la fin notamment m’a paru hors sol. En revanche, j’ai beaucoup aimé le découpage des émotions par couleurs, ça me parle énormément. Et le style, très poétique, si fascinant. Si le sujet m’a paru globalement bien traité, le déroulé des évènements manque parfois de réalisme. Le tout est porté par une plume sensible et poétique qui fait oublier les petits défauts de ce joli roman.

Portrait de Grégoire Delacourt

Le corps lâche le premier. L’âme s’accroche. Toujours. À cause d’un souvenir d’enfance. Un grain de peau aimée. Un rire étouffé. Une odeur de pluie poussiéreuse.

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Une saloperie, la colère. Elle dévorait sans rien soulager. On en conservait trop de bleus. Trop d’infirmités.

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Pour Geoffroy le monde était comme du verre brisé. Un puzzle géant dont il n’avait aucune idées de l’image à assembler. De plus il y avait trop d’informations dans chaque pièce. Trop de bruits. De contradictions parfois. Son hyper-connectivité à l’environnement rendait celui-ci illisible.

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Les optimistes, Rebecca Makkai

Chicago, 1985. La carrière de Yale Tishman, jeune galeriste, s’apprête à décoller lorsque l’épidémie de sida frappe Chicago de plein fouet. Très vite, le virus s’immisce dans son entourage, et tout s’effondre autour de Yale. Bientôt, il ne lui reste plus que Fiona, la petite soeur de son meilleur ami Nico.
2015. Fiona se rend à Paris, à la recherche de sa fille devenue membre d’une secte. Logée chez une vieille connaissance, elle s’autorise enfin à revenir sur le traumatisme de sa jeunesse.

Le sujet de ce roman m’intéressait particulièrement. En effet, mes lecteurs les plus anciens et les plus fidèles s’en souviennent peut-être, mais il y a fort longtemps, j’ai consacré mon mémoire de master à la littérature sur le sida. Vous pouvez d’ailleurs retrouver mon article faisant un petit résumé de mes découvertes ici. Si avec le temps j’ai arrêté de me ruer sur chaque livre ou film traitant du sujet, je continue toutefois à m’y intéresser et j’étais ravie de m’y replonger avec ce roman.

Couverture du roman Les optimistes de Rebecca Makkai

Je dois admettre que les premières pages ne m’ont guère convaincue. Le personnage, une sorte d’intello mondain, m’a agacée très fort des le début. Pour tout dire ils m’ont quasiment tous agacée très fort des le début. Aucune identification aux personnages, pas même la moindre petite trace de sympathie. Je me suis dit que ça allait être compliqué. D’autant plus que c’est quand même un sacré pavé…

Par acquis de conscience, j’ai continué ma lecture en me disant que quand même ça m’intéressait de voir comment le sujet était traité. J’ai beaucoup lu sur cette période, mais essentiellement des textes écrits par des malades (ou éventuellement leur conjoint), des récits vus de l’intérieur, j’étais curieuse de voir un regard extérieur, qui aurait du recul sur les évènements. Et j’ai bien fait de persister ! Petit à petit, j’ai commencé à m’intéresser un peu plus à cette bande d’amis que le sort n’a pas épargné et qui s’est pris l’arrivée de la maladie de plein fouet.

Le récit est très différent de ce que j’ai pu lire jusqu’à maintenant et c’est justement ce que j’attendais de ce texte. Beaucoup de récit sur le sida tendent à magnifier la maladie, en faisant une sorte d’allié privilégié de l’artiste, le forçant à plus d’intensité dans le peu de temps qui lui est alloué. Ici c’est la peur qui prédomine. L’incompréhension parfois aussi. Et bien sûr l’infinie tristesse de vois ses proches disparaître les uns après les autres sans savoir qui sera le prochain. Bien que j’aie eu du mal à rentrer dedans et qu’on puisse lui reprocher quelques longueurs, j’ai beaucoup aimé ce texte qui dresse un magnifique portrait de l’époque. Un roman marquant.

Portrait de Rebecca Makkai

Avant j’avais peur que Reagan appuie sur le bouton rouge, tu sais ? Et je craignais les astéroïdes, et tout. Et puis j’ai compris un truc. Si tu devais choisir quand, dans la chronologie de la Terre, tu devais vivre, est-ce que tu ne choisirais pas la fin des temps ? Comme ça, tu n’aurais rien loupé. Si tu meurs en 1920, tu passes à côté du rock’n’roll. En 1600, tu rates Mozart. Pas vrai ? Je veux dire, les horreurs aussi s’accumulent, mais personne ne veut mourir avant la fin de l’histoire.

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Curieusement, à ses yeux, les amis étaient des gens que l’on rencontrait tôt et avec qui on restait à jamais lié. Peut-être était-ce pour cette raison que sa solitude le frappait de plein fouet. Il ne se voyait pas sortir pour sélectionner une toute nouvelle cohorte d’amis.

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Les trois mousquetaires, Alexandre Dumas

Aux trois gentilshommes mousquetaires Athos, Porthos et Aramis, toujours prêts à en découdre avec les gardes du Cardinal de Richelieu, s’associe le jeune gascon d’Artagnan fraîchement débarqué de sa province avec pour ambition de servir le roi Louis XIII.
Engagé dans le corps des mousquetaires, d’Artagnan s’éprend de l’angélique Constance Bonacieux.
En lutte contre la duplicité et l’intrigue politique, les quatre compagnons trouveront en face d’eux une jeune anglaise démoniaque et très belle, Milady, la redoutable espionne du Cardinal.

Les trois mousquetaires

Dernière lecture de cette série de découverte des grands classiques. On revient en France avec Alexandre Dumas. De lui, je n’avais lu que Le comte de Monte Cristo qui m’avait moyennement convaincue. Bien que comme tout le monde je connaisse l’histoire des Trois mousquetaires grâce aux nombreuses adaptations, je n’étais donc pas très sure d’apprécier cette lecture. Finalement, je me suis très rapidement laissé prendre par cette histoire riche en rebondissements. C’est de dire que c’est prenant ! On comprend sans peine l’énorme succès que connaît le roman aujourd’hui encore.

L’écriture est enlevée et très agréable et les personnages hauts en couleurs sont attachants. L’espièglerie et la fougue de d’Artagnan sont particulièrement délectables mais ses camarades ne sont pas en reste, avec chacun son style bien distinct. C’est un régal de suivre leurs nombreuses aventures. De plus, le contexte historique est passionnant, ce qui ne gâche rien à l’affaire. Le récit est bien construit et rondement mené. L’Histoire se mêle habilement aux intrigues personnelles parvenant toujours à garder le lecteur en haleine. Seul bémol, quelques longueurs dans le dernier tiers qui m’a moins emballée. Heureusement, on retrouve presque sur la fin le rythme du début, histoire de finir en beauté. Ce texte n’a pas volé son statut de grand classique du récit de cape et d’épée ! C’est foisonnant, riche, absolument palpitant.

Portrait d'Alexandre Dumas

En général, on ne demande de conseils, disait-il, que pour ne les pas suivre ; ou, si on les a suivis, que pour avoir quelqu’un à qui l’on puisse faire le reproche de les avoir donnés.


Nous disons, nous : « Fier comme un Écossais », murmura Buckingham.
Et nous disons, nous : « Fier comme un Gascon », répondit d’Artagnan. Les Gascons sont les Écossais de la France. »


La vie est un chapelet de petites misères que le philosophe égrène en riant.

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Le braconnier du lac perdu, Peter May

          Depuis qu’il a quitté la police, Fin sur son île natale. Engagé pour pourchasser les braconniers, il retrouve Whistler, son ami de jeunesse. Le plus brillant des enfants de Lewis. Le plus loyal aussi, et d’entre tous, il est le plus redoutable des braconniers. Quand Fin se voit contraint de le traquer, Whistler, l’arrache à la mort et le conduit jusqu’à un lac qui abrite depuis 17 années l’épave d’un avion.L’appareil que tous croyaient abimé en mer, recèle le corps d’un homme assassiné.

          Le Braconnier du lac perdu est le troisième (et dernier) tome de la trilogie de Peter May ayant pour décor l’île de Lewis. J’avais beaucoup aimé les deux premiers, lus il y a déjà plusieurs années. J’aime bien le personnage principal (qui sans grande originalité est un homme entre deux âges solitaire et un peu abîmé par la vie) et surtout l’auteur dépeint les paysages et la vie dans cette île avec beaucoup de force, donnant à ces romans une ambiance très particulière que j’apprécie beaucoup. Il me tardait donc de retrouver cet univers.

Couverture du Braconnier du lac perdu

          Pourtant je dois avouer avoir été déçue par ce dernier tome. J’ai trouvé qu’il fonctionnait moins bien que les deux enquêtes précédentes. L’ambiance notamment m’a moins transportée. Peut-être parce que cette fois on nous parle d’un temps plus clément (voire franchement sec) alors que les précédents n’étaient que pluie et brouillard, ce ajoutait au mystère ? En tout cas j’ai moins été transportée. L’histoire m’a également un peu déçue.

          On apprend des choses dans ce livre, ce qui est souvent le cas chez Peter May, mais j’ai trouvé que ça fonctionnait plutôt moins bien que d’habitude. L’histoire m’a semblé un peu bancale et poussive. J’ai mis du temps à rentrer dans ce texte où j’ai trouvé les personnages un peu caricaturaux et la trame assez compliquée, comme si l’auteur ne savait pas par quel bout la prendre. Le style quand à lui reste agréable, facile à lire sans être simpliste, ce qui fait que j’ai quand même pris plaisir à cette lecture.

          Finalement, au fil des pages, j’ai fini par rentrer un peu dans cette histoire et par m’y intéresser un peu plus. Mais ça n’a pas été sans peine ! Certains rebondissements m’ont paru quelque peu tirés par les cheveux. C’est à mes yeux le tome le moins réussi de la série et je suis déçue qu’elle se termine ainsi même si l’ensemble reste de très bonne qualité. Ca reste malgré tout une lecture assez agréable et pas dépourvue d’intérêt. Si vous ne connaissez pas Peter May, filez découvrir L’homme de Lewis.

Portrait de Peter May en Ecosse

Il n’y a rien de plus fort que de se retrouver responsable d’une autre vie. Tu commences à faire attention à la tienne.

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Je suis très exactement celui que j’ai envie d’être. Et ils ne sont pas nombreux ceux qui peuvent dire cela.