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Woman at war

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Thriller islandais de Benedikt Erlingsson avec Halldora Geirhardsdottir, JóhannSigurðarson, DavídThórJónsson

          Halla, la cinquantaine, déclare la guerre à l’industrie locale de l’aluminium, qui défigure son pays. Elle prend tous les risques pour protéger les Hautes Terres d’Islande… Mais la situation pourrait changer avec l’arrivée inattendue d’une petite orpheline dans sa vie…

Affiche du film Woman at war

          Parmi les (rares) films que je tenais absolument à voir cet été, celui-ci était en bonne place. Et je n’ai pas regretté ! J’aime souvent beaucoup les films islandais bien que j’aie rarement l’occasion d’en voir, il y a souvent un humour très particulier que j’apprécie et un rapport à la terre qui me parle (c’est mon côté ours ariégeois qui ressort). Celui-ci ayant en plus pour personnage une femme forte et engagée sur fond d’écologie, je ne pouvais qu’être tentée. Et à vrai dire, je n’ai pas été déçue !

Image extraite du film Woman at war

          J’ai beaucoup apprécié le personnage principal. Une femme engagée et jusqu’au-boutiste qui ne manque pas pour autant de fantaisie et de sensibilité. Un personnage assez atypique et attachant. Le rôle est extrêmement bien campé par Halldora Geirharosdottir. Si le film semble avoir une certaine naïveté dans la réalisation, son message engagé et son côté décalé en font une fable pour le moins plaisante et plus profonde qu’il n’y paraît. Le message écologique est au centre du film et parvient à être clair sans que le message ne soit trop lourd.

Image extraite du film Woman at war

          Certains reprocheront peut-être à ce film son humour décalé, parfois absurde et un peu répétitif. Il y a notamment un orchestre qui apparaît à l’écran dans des situations improbables dès que la tension est un peu forte, créant ainsi un décalage que j’ai beaucoup apprécié mais qui peut s’avérer lassant. La toute fin du film m’a laissée songeuse, je ne suis pas sure d’en avoir bien saisi le message mais c’est un détail, l’essentiel ayant été dit avant. Un beau film, original, décalé, cynique et très engagé. Une belle découverte sur fond de splendides paysages islandais.

Made in Trenton, Tadzio Koelb

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          New Jersey, 1946. Alors que le monde sort tout juste des horreurs de la guerre, travailler dans l’industrie florissante de Trenton est une des clés de l’émancipation pour les classes populaires de la côte est des États-Unis. Le rêve américain fonctionne à plein, et le mystérieux Abe Kunstler, nouveau venu à l’usine, semble déterminé à en tirer parti. Travailleur obstiné, bon camarade, buveur émérite, Abe est l’archétype du col bleu : sauf qu’Abe est un mirage, un imposteur qui cache un terrible secret.

couverture de made in trenton

          Toujours pas de gros coup de cœur dans cette rentrée littéraire mais voici au moins un roman dont je suis venue (péniblement) à bout. C’est déjà un progrès vu que j’en ai abandonné la plupart. J’avoue que celui-ci à failli subir le même sort mais j’ai tenu bon. J’en avais entendu dire le plus grand bien de ce premier roman singulier mais j’ai immédiatement déchanté aux premières lignes de cette lecture. Je n’ai pas du tout, du tout accroché avec le style froid et impersonnel (même si ça colle assez bien avec le personnage, admettons-le). Je ne sais pas si c’est moi mais à une ou deux exceptions près en ce moment aucun style ne trouve grâce à mes yeux dans les nouveautés : trop sec ou trop intello, il n’y a pas trop de juste milieu.

          Bref, le style donc, pas trop ma tasse de thé. Ensuite, le personnage aurait pu – aurait dû même – être intéressant : une femme qui tue son mari et prend sa place après la guerre en se faisant passer pour un homme, il y a quand même un sacré potentiel côté dramaturgie et psychologie. Sauf que le personnage est extrêmement antipathique. Du genre gros con misogyne plus vrai que nature. On n’accède que très peu à ses pensée et il est totalement impénétrable en plus d’être carrément tordu. Ca se justifie tout à fait par la nécessité de se cacher et de vouloir passer pour « un homme un vrai » avec tout ce que ça peut supposer de violence pour cacher son secret mais n’empêche, niveau zéro de l’empathie en ce qui me concerne.

          Dans un second temps, le roman se consacre au fils du personnage principal. Je vous épargne la manière dont il a réussi à avoir un fils… Le fils a peur de son père qui est déçu que son fils ne soit pas un gros dur. Bonne ambiance à la maison. Il est évidemment question de mensonges, de secrets, de reproches. Le personnage du fils ne m’a guère été plus sympathique, c’est un ado paumé assez peu charismatique. Et le père déjà pas très chaleureux devient en plus alcoolique et violent qu’il ne l’était déjà. C’est pour le moins pesant. Je n’ai pas trop accroché avec ce roman, son style, ses personnages, rien ne m’a franchement emballée même si le point de départ est pour le moins original et que l’ambiance de cette petite ville ouvrière est bien retranscrite. Si je n’ai pas à proprement parlé apprécié cette lecture, je dois toutefois lui reconnaître une certaine originalité, un style à part et un côté dérangeant qui méritent quand même qu’on s’y arrête. Le genre de roman qui ne laisse pas indifférent.

Portrait de Tadzio Koelb

Elle ne ressentit jamais rien de semblable au désespoir larmoyant de sa mère. Elle pensait alors que c’était parce que déjà alors elle était laide et le savait, et que la laideur l’avait protégée de la douleur, pu plutôt que c’était en soi une si grande douleur que toutes les autres semblaient moindre en comparaison.

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Ils n’arrêtent pas de dire que l’armée et la guerre, ça fait de vous un homme, mais à aucun moment je n’ai été un homme là-bas, si par homme on veut dire humain. J’aurais éventré n’importe lequel d’entre vous pour sauver ma propre peau, voilà la vérité.

Anne with an « e »

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          Série canadienne de Moira Walley-Beckett avec Amybeth McNulty, Lucas Jade Zumann, Geraldine James, RH Thomson

          L’histoire d’une jeune fille adoptée qui se bat envers et contre tout pour se faire accepter et gagner l’affection de son nouvel entourage. En 1890, une adolescente qui a été maltraitée des années durant en orphelinat et par un chapelet de familles d’accueil atterrit par erreur dans le foyer d’une vieille dame sans enfant et de son frère. Avec le temps, Anne, 13 ans, va illuminer leur vie et celle de leur petite communauté grâce à son esprit fantasque, sa vive intelligence et son imagination débordante.

Anne with an e

          Voici LA série qui va adoucir votre rentrée. Je suis tombée dessus totalement par hasard. Je cherchais une nouvelle série à regarder. J’étais fatiguée et je voulais quelque chose de pas trop intello, pas trop pesant, pas trop neuneu non plus si possible et comme je n’aime pas particulièrement les comédies mes choix étaient assez limités. Je me suis dit que ça pouvait être « mignon » voire carrément sympathique, un peu dans le genre Tom Sawyer. Je ne savais pas au juste à quoi m’attendre et clairement sur le papier ce n’était pas sensé être un truc que j’apprécie particulièrement, juste un passe-temps pas trop prise de tête.

Anne with an e

          Au premier épisode j’ai eu un doute. L’univers faisait un peu « Petite maison dans la prairie » (même si j’étais fan quand j’étais gamine). Mais surtout cette mioche, elle parle sans cesse, pas une seconde de répit, elle est extrêmement agaçante. Mais aussi étrangement attachante. Et puis elle parle un joli anglais en articulant bien, je comprends presque tout ce qu’elle dit (ce qui vu mon niveau d’anglais tient du miracle). On finit par s’habituer plus ou moins à ses tirades d’un lyrisme exacerbé, voire même à leur trouver un certain charme. Et c’est donc comme ça que j’ai enchaîné les deux saisons en à peine quelques jours… Pour ma défense j’étais vraiment malade et je ne pouvais pas faire grand chose d’autre de mes journées.

Anne with an e

          Je dois donc le confesser, Anne with an « e » c’est trop choupinou, ça fait fondre votre petit cœur – fut-il de pierre – et ça fait un bien fou au moral. C’est la série que j’aurais aimé avoir quand j’étais à l’école. Je n’étais pas exactement aimée, on me trouvait bizarre et on m’embêtait à cause de mes tâches de rousseur (entre autres). Ah et je passais ma vie le nez dans les bouquins aussi. Bon, les ressemblances s’arrêtent là, je ne suis ni orpheline ni bavarde mais ça aurait suffi à me remonter le moral après des journées difficiles je pense. Etrangement, ça m’a quand même donné l’impression de soigner les bleus à l’âme même avec 25 ans de retard !

Anne with an e

          De nombreux sujets sont évoqués au cours des deux saisons, ça parle d’amitié, de famille, de racisme, de tolérance, de mensonge, de différence… L’éducation est au cœur du message avec une forte incitation à croire en ses rêves et à s’émanciper. Le tout est toujours très bienveillant sans être trop niais (les enfants étant au centre de l’histoire, on est aussi plus conciliants avec le trop plein de bons sentiments). Je ne vous en dis pas plus sur l’histoire, les péripéties sont nombreuses et ce serait dommage de vous gâcher le plaisir de la découverte. C’est une très jolie série pleine de bienveillance sans trop tomber dans la mièvrerie. Certains personnages sont peut-être un peu caricaturaux mais avec le temps des nuances apparaissent dans les caractères de chacun et ils ont le mérite de représenter un panel de comportements assez larges. L’espièglerie du personnage principal est quant à elle un régal. Sans hésiter, la série qui a illuminé ma rentrée.

Les vaches de Staline

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          Les « vaches de Staline », c’est ainsi que les Estoniens déportés en Sibérie désignèrent les maigres chèvres qu’ils trouvèrent là-bas. C’est aussi le titre du premier roman de Sofi Oksanen, dont l’héroïne, Anna, est une jeune finlandaise née dans les années 1970, qui souffre de troubles alimentaires profonds. La mère de celle-ci est estonienne, et afin d’être acceptée de l’autre côté du « Mur », elle a tenté d’effacer toute trace de ses origines et de taire les traumatismes de l’ère soviétique.

Couverture des Vaches de Staline

          Il y a quelques temps, j’ai découvert Sofi Oksanen avec Purge, dont on avait beaucoup parlé lors de sa sortie en France. J’en gardais un très bon souvenir (même si à relire ma critique, il semblerait que le style ne m’ait guère convaincue… l’histoire en tout cas valait le détour). J’avais donc acheté ensuite Les vaches de Staline, le premier roman de l’auteur. Il a bien longtemps dormi sur mes étagères avant que je me décide à l’en déloger. Il a même figuré durant plusieurs années sur ma liste de lecture de l’année, mais ça y est, c’est à présent chose faite !

          Le roman alterne entre deux récits (voire 3 sur le dernier tiers) : celui d’une jeune femme estonienne qui quitte son pays pour épouser un finlandais, et celui de sa fille des années plus tard, anorexique et boulimique. Vient se mêler par moment l’histoire de la génération précédente, lors de la guerre en Estonie. Des récits forts et parfois difficiles qui se lisent à petite dose et demandent parfois un peu de temps pour être digérés. L’histoire de la mère est avant tout celle de la nostalgie de son pays, du choc des cultures en passant à l’Ouest et des désillusions qui ont émaillé son parcours, d’un côté comme de l’autre de la frontière.

          Mais le récit que j’ai trouvé le plus réussi reste celui de la jeune fille. Sans jamais tomber dans le pathos, l’auteur parvient à nous faire partager un peu de son quotidien, et surtout de son ressenti. C’est souvent dur, pesant, mais aussi assez touchant. Ca permet sans doute d’appréhender un peu mieux ce type de troubles. Le roman est un peu long parfois et a tendance à tourner en rond sur la fin mais j’ai trouvé que sa grande force venait de cette capacité à nous faire entrevoir le quotidien de cette jeune femme. Un premier roman qui manque un peu de rythme mais traite un sujet fort avec un certain talent. On en ressort chamboulé.

Portrait de Sofi Oksanen

Je n’ai plus de souffle. Il faut que je .arrête de parler Que je réduise mon corps au silence, que je l’aplatisse par terre comme sous une tapette à mouche. Il ne demande plus beaucoup. Encore un peu… Juste un peu. Si peu.

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Le socialisme ne réussirait jamais ailleurs que sur le papier pour la simple raison que les doigts de tout le monde ne se tendent que vers soi, vers l’intérieur, même quand la main s’avance pour donner.

Evorybody knows

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          Thriller, drame espagnol d’Asghar Fharadi avec Penelope Cruz, Javier Bardem, Ricardo Darin.

          A l’occasion du mariage de sa sœur, Laura revient avec ses enfants dans son village natal au cœur d’un vignoble espagnol. Mais des évènements inattendus viennent bouleverser son séjour et font ressurgir un passé depuis trop longtemps enfoui.

affiche de Everybody knows

          J’attendais beaucoup de ce thriller dont j’apprécie autant le réalisateur que les acteurs. J’avais vu la bande-annonce, qui m’avait fait hésiter à aller le voir en salle tellement ça m’avait paru horriblement anxiogène. Je m’attendais donc à du suspens et de l’angoisse en me rendant au cinéma et je dois avouer que je n’étais pas particulièrement sereine. Je ne suis pas du tout fana des huis-clos, ça me pèse très vite et c’est vraiment une chose avec laquelle j’ai beaucoup de mal. Je m’attendais donc à ne passer un super moment.

Image de Eveybody knows

          Ca démarre plutôt gentiment. Une mère qui vit en Argentine avec ses enfants rentre en Espagne pour le mariage de sa sœur. Tout le monde est content de se revoir. Elle retrouve son ex qui semble aussi être son meilleur ami. Quelques vieilles rancœurs ressurgissent vaguement et certains se demandent pourquoi son mari n’est pas du voyage mais dans l’ensemble, ça reste très mignon. Rien que de très naturel pour des retrouvailles une veille de mariage. D’ailleurs j’ai même trouvé ça par moments un peu trop mignon. Le côté léger est pas mal surjoué… M’enfin.

Image de Eveybody knows

          Évidemment, on est dans un thriller quand même donc ça tourne mal. Normalement, c’est le moment où ça devient intéressant. Ou pas. Je m’attendais à un huis clos où tout le monde soupçonne tout le monde et où la tension monte sérieusement. J’attendais des secrets de famille à tout va et des gens qui s’écharpent. Ce n’est pas vraiment le cas. Il y a deux suspects principaux qu’on n’arrive jamais à soupçonner vraiment. Quant au secret de famille, on le sent tellement arriver qu’il n’y a que le personnage concerné qui n’a rien vu venir. On ne peut pas dire que j’ai été rongée par l’angoisse.

Image de Eveybody knows

          Tout n’est pas pour autant négatif. Ca ne correspondait simplement pas à mes attentes, ce qui est assez différent. Même si j’ai trouvé ça parfois un peu surjoué au début, j’ai bien aimé l’ambiance du film, le côté famille, le Sud, la bonne humeur. On s’y croirait. Les personnages sont dans l’ensemble assez réussis et attachants (j’émettrais simplement quelques réserves sur la personnalité du gamin, totalement mis à l’écart pendant à peu près tout le film). Le casting envoie du rêve et c’est un vrai régal de les voir évoluer à l’écran. Enfin, même si le suspens ne m’a pas rongé les entrailles, le scénario est bien ficelé et la mise en scène impeccable. Plus drame familial que thriller, si le film ne correspondait pas à ce que j’attendais, il n’en reste pas moins efficace.