2 novembre 1999. Luther Dunphy prend la route du Centre des femmes d’une petite ville de l’Ohio et tire sur le Dr Augustus Voorhees, l’un des » médecins avorteurs » de l’hôpital. De façon remarquable, Joyce Carol Oates dévoile les mécanismes qui ont mené à cet acte meurtrier et offre le portrait acéré d’une société ébranlée dans ses valeurs profondes. Entre les fœtus avortés, les médecins assassinés ou les » soldats de Dieu » condamnés à la peine capitale, qui sont les véritables martyrs ?
J’aime généralement ce qu’écrit Joyce Carol Oates et ce roman a été unanimement salué par la critique. Le sujet me parlait bien, j’avais donc hâte de le lire. Il m’a fallu un peu de temps pour me décider à m’y mettre parce que c’est quand même un sacré pavé. J’ai profité du confinement pour me lancer. Je dois dire que j’ai été assez déroutée par ce roman qui n’a pas été tout à fait le coup de cœur escompté.
Aux confins d’un Texas encore sauvage, les jeunes Augustus McCrae et Woodrow Call viennent de s’engager pour faire régner un semblant d’ordre dans ce pays en devenir. Sous-équipés, piètrement entraînés et mal dirigés, ils s’apprêtent à traverser une série d’expéditions et d’aventures plus dangereuses les unes que les autres. Tour à tour poursuivis par des Indiens, l’armée mexicaine ou des ours, ils devront se battre au milieu d’une nature hostile. Heureusement que les femmes sont là pour les laisser rêver à des jours meilleurs.
Du même auteur, j’avais adoré Lonesome Dove, l’incroyable épopée de deux cowboys pas très doués à travers les Etats-Unis. Seule la femme de l’un d’eux rattrape un peu le niveau. C’est drôle, bien écrit, extrêmement prenant. Un énorme coup de cœur. La marche du mort retrace l’histoire de la rencontre de ces deux copains bras cassés et j’avais hâte de les retrouver.
Beryl Markham a deux ans lorsque sa famille s’installe au Kenya en 1904. Très vite abandonnée par sa mère, elle est élevée par son père – entraîneur de chevaux de course – et par les natifs de la tribu Kipsigi. Cette éducation non-conventionnelle fait d’elle une jeune femme farouche et audacieuse, qui se moque de la bienséance. De mariages ratés en liaisons contrariées, Beryl va peu à peu s’imposer comme l’une des femmes les plus singulières de son temps.
Pour être honnête, je ne savais pas trop à quoi m’attendre en commençant ce livre, je craignais que ce soit un peu cucul. Eh bien, pas du tout, j’ai beaucoup aimé. Le style n’est pas particulièrement marquant, c’est assez classique mais pas désagréable, même si ça manque sans doute un peu de légèreté. Ce côté un peu trop « rigide » peut aussi être accentué par la traduction. Quoiqu’il en soit, à défaut d’être marquant, le style demeure efficace. Quant à l’histoire, elle est très prenante et mérite d’être découverte.
Lucy Diamond, quatorze ans, file à toute allure vers l’âge adulte. Prise entre l’urgence de vivre et la crainte de devoir abandonner ses manières de garçon manqué, Lucy se cherche et joue avec l’amour. Elle découvre par la même occasion que le mariage de ses parents n’est pas aussi solide qu’enfant, elle l’a cru. Son père, bûcheron, est toujours absent. Sa mère, encore jeune, rêve d’une autre vie. Et Lucy entre eux semble soudain un ciment bien fragile. Armée d’une solide dose de culot, elle s’apprête à sortir pour toujours de l’enfance et à décider qui elle est. Quitte à remettre en question l’équilibre de sa vie et à en faire voir de toutes les couleurs à ceux qui l’aiment.
Il y a peu, j’ai eu la chance de pouvoir choisir 3 titres parmi le catalogue des éditions Gallmeister (l’une de mes maisons favorites). J’aime toutes leurs parutions ou presque, ça n’a donc pas été facile ! Pour réduire un peu les possibilités, je me suis concentrée sur des écrivains que je n’avais pas encore lus. Pete Fromm faisait partie de ceux que j’avais envie de découvrir depuis longtemps. Pour le choix du titre, ça n’a pas été simple, finalement j’ai opté de quelque de très différent des titres que j’avais déjà à lire, pour de varier les plaisirs. Les histoires d’adolescentes, c’est un peu quitte ou double, le moins qu’on puisse dire c’est que ce n’est pas toujours bien traité et ça peut rapidement être niais. J’attendais de voir.
J’ai de suite beaucoup aimé le style de Pete Fromm. Son écriture est un immense coup de cœur. Le personnage de Lucy est également une belle réussite, on apprend à la connaître au fil des pages, on la voit évoluer autant qu’on la voit grandir et elle gagne en subtilité peu à peu. Elle s’avère très attachante, une ado un peu spéciale, un peu « garçon manqué » qui échappe pour l’essentiel aux clichés du genre. J’ai beaucoup aimé ce personnage et la manière dont ses relations aux autres (ses parents, son meilleur ami…) sont traitées. Il y a beaucoup de tendresse et de fraîcheur dans ces lignes.
Pour autant, l’histoire de Lucy est loin d’être simple. Elle connaît évidemment les affres de l’adolescence : le corps qui change, les repères qui sont chamboulés, le futur incertain, les émotions à fleur de peau… Tout cela est très bien décrit, la peur de sortir de l’enfance, les premiers pas dans la séduction, le flou autour de tout ça aussi. Mais à cela s’ajoute une prise de conscience sur les manquements de ses parents, et notamment de son père, toujours absent. Elle prend peu à peu conscience du mystère qui entoure ses absences et de côté fuyant de celui qu’elle a toujours tant admiré. Cela suscite des questions dont les réponses pourraient bien bouleverser sa vie.
J’ai pris un immense plaisir à suivre l’évolution de cette petite fille qui devient peu à peu une jeune femme et dont le caractère s’affirme au fil des pages. Ce texte pourtant parle de choses assez simples et quotidiennes mais j’ai trouvé qu’il y avait un côté universel dans les émotions décrites et il y a une touche de dérision qui donne beaucoup de charme à ce texte. Seule la fin m’a laissée un peu perplexe, je ne sais trop que penser des dernières pages. Un roman léger en apparence mais qui ne manque pourtant pas de profondeur. Coup de cœur pour le personnage de Lucy et la vivacité tant du personnage que de l’écriture. Coup de cœur aussi pour ce texte tendre et pétillant, une excellente surprise.
C’était donc ça, boire. Encore une étape dans ma vie. Ça et le sexe, je pouvais maintenant les ranger dans une sorte de boîte à souvenirs. « Étapes franchies ». Ça tinterait comme mes dents de lait dans la vieille boîte de tabac Copenhagen de Papa. Expériences vécues. C’était amusant, mais plus je faisais les choses – comme embrasser Justin Haven devant tout le monde -, plus je me sentais vide.
______________
Chez nous, l’amour n’est pas une chose qu’on fait semblant de ne pas voir dans l’espoir que ça disparaisse.
J’ai lu beaucoup de romans de Stephen King dans mon adolescence et pourtant, je n’avais jamais lu Misery, qui est l’un de ses plus célèbres. Depuis quelques temps, la nouille que je suis en anglais s’est mis en tête de progresser. Quand j’ai vu cette version du roman en VO pour débutant avec les mots-clefs traduits publiée chez Harrap’s, ça m’a semblé pas mal pour débuter. La libraire m’a affirmé que c’était abordable et que même si le vocabulaire était un peu difficile au début, l’histoire était assez prenante pour ne pas décourager le lecteur débutant. Me voilà donc lancée dans ma première lecture en anglais.
Dès la première page, j’ai senti que ça n’allait pas être gagné cette histoire ! Même avec les mots-clefs traduits, j’ai été obligée d’aller en chercher un certain nombre dans le dictionnaire. Beaucoup de vocabulaire que je ne connaissais pas dans ce texte. Notamment autour de la douleur. Je n’aurais jamais cru qu’il pouvait y avoir autant de mot pour dire « soupirer » ou « souffrir ». Enfin, en français aussi les nuances sont nombreuses, mais en anglais c’est plutôt pire. Et autant vous dire que vu mon niveau comprendre les nuances n’est pas aisé, pour ne pas dire impossible.
Le choix de ce roman n’était pas exactement une bonne idée pour débuter. C’est un huis-clos, il ne se passe pas grand-chose et la première moitié tourne essentiellement autour de la souffrance du personnage, décrite sous toutes les coutures, avec toutes les nuances possibles et imaginables. Lire ça quand on souffre de douleurs chroniques et qu’on est en pleine crise s’avère d’ailleurs assez déroutant comme expérience. En tout cas quand on manque de vocabulaire, pas évident de commencer par quelque chose qui repose beaucoup sur la psychologie du personnage et demande un minimum de compréhension fine pour en profiter. Je conseillerais plutôt de commencer par un roman d’aventure où l’action prime et qui est surement plus entraînant.
J’étais partie pour une sacrée galère mais je me suis accrochée. Je me suis efforcée de lire une vingtaine de pages par jours (heureusement, ce roman est très court) et il m’a fallu trois semaines pour en venir à bout. Bien que j’aie eu beaucoup de mal et que ç’ait été très fastidieux (particulièrement dans la première moitié), j’ai apprécié cette lecture. Souvent, quand je dis que je trouve que Stephen King est loin d’être un mauvais auteur face à quelqu’un qui le méprise, je suis incapable d’expliquer pourquoi. Je trouve ses histoires prenantes, terrifiantes pour certaines, mais je ne sais pas analyser et quoi c’est un « bon » auteur. Il m’aura fallu le lire en VO à un rythme de tortue neurasthénique pour comprendre.
La force de Stephen King réside en sa capacité à créer des images. L’écriture est assez simple en apparence. On n’est pas face à des phrases travaillées et parfaitement construites à la Proust ou à la Flaubert (vu la vitesse d’écriture du King, on ne s’attend pas à ce qu’il passe une semaine sur une phrase me direz-vous). Le style peut sembler familier, souvent c’est écrit un peu comme on parle. Mais cette simplicité est quelque peu trompeuse. L’auteur use d’un vocabulaire vaste. Ici pour décrire la souffrance physique comme psychologique du personnage. Il ne nous épargne aucune nuance. De plus, il use et abuse des comparaisons et métaphores. Ici, une métaphore filée qui compare la douleur au flux et reflux de la marée. La répétition de cette image associée à un grand nombre d’adjectifs pour définir la profondeur de la souffrance du personnage nous permet presque, au fil des pages de commencer à la ressentir nous-même et ainsi nous glisser dans la peau du personnage.
Cette mise en place est assez longue. Mais une fois le lecteur ferré, l’auteur passe à l’action, instille peu à peu un climat d’insécurité, puis de peur, voire de terreur. Il amène le lecteur sur le terrain en même temps que son personnage. Par des images toujours, des petits détails insignifiants en apparence mais qui nous plongent dans cette réalité avec beaucoup de réalisme. Il recrée un quotidien banal dans lequel le lecteur se retrouve, l’y amène par des images simples et forte à la fois, et une fois qu’il a ferré sa proie, tout est prêt pour l’émouvoir ou la terroriser selon son bon vouloir. Je ne sais pas si c’est le cas pour tous ses romans (je ne pense pas, certains étant très différents), mais comprendre le mécanisme d’écriture derrière ses romans psychologiques m’a émerveillée. C’est du grand art. Stephen King est définitivement un conteur hors pair. Misery n’est peut-être pas son meilleur roman mais c’est un texte court qui fonctionne très bien et peut permettre de découvrir son univers. Ca m’a donné envie de lire ou relire d’autres de ses textes en VO.