Mes lectures

Un notaire peu ordinaire – Yves Ravey

          Quand son cousin Freddy sort de prison, Mme Rebernak a peur qu’il s’en prenne à sa fille, Clémence. Elle va tout faire pour le tenir éloigné de sa famille et en parle à Me Montussaint, qui lui a déjà rendu bien des services. Mais cela suffira-t-il à éloigner le danger qui rode ? 

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          Ce texte court est assez bien écrit. Un style fluide et une écriture concise qui sont très agréables et assez caractéristiques du type de textes publiés par Minuit. De suite, les éléments de l’intrigue se mettent en place et naît une certaine tension. Une atmosphère lourde se dégage de ces lignes et on sent le drame arriver peu à peu. La fin vient clore cette montée en puissance avec brio. J’ai trouvé que parfois la psychologie des personnages manquait un peu de finesse, leurs réactions ne sont pas toujours très plausibles et j’aurai aimé un plus grand accent de vérité, avec des personnages qui auraient sans doute mérité d’être un peu plus fouillés. Toutefois, l’écriture étant rapide et efficace, on ne s’attarde pas vraiment sur cette impression d’étrangeté qui se dégage parfois, sur ces petits décalages qui enlèvent un peu de sa force au texte. Ils se retrouvent finalement un peu noyés dans le rythme du récit et ne laissent que peu de traces à la fin de la lecture.

          L’intrigue est relativement classique et le dénouement même s’il m’a surprise par certains aspects, est prévisible par d’autres. Cependant, j’ai trouvé cela suffisamment bien mené pour ne pas être gênant. Les amateurs de polar regretteront ou de romans psychologiques regretteront sans doute ces petites maladresses qui gâchera un peu leur plaisir. Ils se douteront sans doute également assez vite du dénouement, ce qui pour m’a part ne m’a d’ailleurs nullement dérangée, une certaine incertitude demeurant jusqu’au bout. Pour les autres, ce roman est une bonne initiation au thriller dont il reprend certains des codes qu’il mêle avec ceux d’une littérature contemporaine plus « classique ». Un joli texte auquel j’ai pris grand plaisir.

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Les larmes ça ne sert à rien,c’est trop tard pour regretter,de toute façon ça ne change pas grand-chose…

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En attendant, fallait quand même être gonflé pour déranger une brigade pour un chien assis au milieu de la cour, qui ne fait aucun mal, évidemment. Le brigadier a ajouté qu’il n’allait quand même pas mettre une amende au chien pour violation de propriété privée et pour tapage nocturne.

Mes lectures

L’homme qui ne voulait plus se lever – David Lodge

          Six nouvelles en relation avec la vie ou les romans de l’auteur. Trois ont pour cadre l’été, trois l’hiver. Des textes très différents, écrits à divers moments de la vie de l’auteur et qui du rire aux larmes nous offre un éventail de ses talents.

          J’aime beaucoup les romans de David Lodge et la finesse de son écriture. Son humour subtil mais parfois féroce m’enchante. Quand je suis tombée par hasard sur ce recueil de nouvelles, je me suis donc jetée dessus, ayant hâte de découvrir une autre facette de son talent. Les nouvelles sont toutes les six dans des styles différents. Certaines sont assez drôles, d’autres beaucoup plus sombre. J’ai été un peu déçue de ne pas vraiment retrouver l’humour mordant de l’auteur dans ces courts textes. En revanche, j’ai été assez agréablement surprise par la profondeur de certains, qui sous des airs assez légers s’avèrent plutôt cruels. J’aime bien les nouvelles à chute et celles-ci n’en ont dans l’ensemble pas vraiment, ce qui me frustre toujours un peu. Toutefois, j’ai été contente de découvrir de nouveaux aspects de l’écriture de David Lodge. Si ces textes ne sont pas les meilleurs de l’auteur qui semble s’avérer plus à l’aise dans la longueur du roman, ils sont toutefois agréables à lire et permettent de découvrir différentes facettes de son univers.

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Ayant quitté l’école signifie un adolescent bon à rien renvoyé d’un collège secondaire. C’est un euphémisme, insista ma mère qui était une femme instruite. Depuis le temps qu’elle était mariée avec mon père, son sens de l’humour irlandais avait pris un mordant assez juif.

Actualité·Théâtre

Le marathon des mots, du 27 au 30 juin à Toulouse

          Comme chaque année depuis déjà depuis maintenant 8 ans, Toulouse accueille le dernier week-end de juin un événement littéraire de taille : le marathon des mots. Pendant 4 jours, les lectures se succèdent en ville à un rythme effréné. Le paradis des amoureux des mots !

          Au programme des réjouissances, des lectures, des débats et des rencontres avec des auteurs dans de grands lieux culturels de la ville. L’occasion de découvrir à la fois des textes, des auteurs, des lecteurs (beaucoup d’acteurs notamment se succèdent sur scène) et le patrimoine architectural toulousain. Quatre jours consacrés exclusivement à la littérature où le plus dur est de faire son choix ! Des lectures les plus classiques aux plus originales, il y en a pour tous les goûts !

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          Voici un petit aperçu des réjouissances pour cette année (même si je m’y prends un peu tard et que beaucoup sont déjà passées, mais promis, je ferai mieux l’année prochaine…) : rencontre avec Laurent Gaudé, Daniel Mesguich lit Fictions de Borgès, rencontre musicale avec Guy Béart, hommage à Hector Bianciotti, rencontre avec Raphaël Enthoven sur la notion de « révolution » dans la philosophie, lectures de textes d’Amélie Nothomb, Pierre Arditi lit entre autres Les inconnus dans la maison de Georges Simenon, « Piaf/Cocteau, une journée particulière » par Camélia Jordana et Clément Hervieu-Léger de la Comédie-Française, Mathias Malzieu et Olivier Daviaud lisent Le plus petit baiser jamais recensé (et je vais encore rater ça !), un peu de chanson occitane avec Guillaume Lopez et Somi de Granada, Pierre Marty lit La soif primordiale de Pablo de Santis… Et tellement, tellement d’autres ! Beaucoup de grands noms pour une jolie programmation à découvrir dans son intégralité sur le site du marathon. La plupart des rencontres sont gratuites, sauf indications contraires. Bon marathon à tous les toulousains !

Mes lectures

Limonov – Emmanuel Carrère

          Edouard Limonov, un personnage inclassable de l’opposition au pouvoir en Russie. Avant d’en arriver là, il a été tour à tour petit voyou, poète, clochard, valet de chambre, écrivain à la mode, soldat… De Moscou aux Balkans en passant par Paris et New-York, une vie d’aventure pour un personnage trouble et ambigu.

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          Je ne sais pas pourquoi, je n’ai jamais été particulièrement tenté par les livres d’Emmanuel Carrère, sans doute parce que les gens qui l’appréciaient autour de moi étaient très intellos parisiens. Pourtant, quand il a obtenu le prix Renaudot avec Limonov, pour la première fois, ça a réellement éveillé ma curiosité. Parce que Limonov est un sacré personnage et que je voulais en apprendre plus sur lui, parce que le sujet ne collait pas avec l’image (fausse et étriquée) que j’avais de l’auteur et parce que la critique était unanime. Bref, autant de raison de s’y mettre, même s’il m’aura fallu quelques mois (l’attente de la sortie en poche, tout ça…) avant de me décider.

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          Dès les premières lignes j’ai été très surprise – et conquise – par le style. Il est simple et efficace : on est plus proche du journalisme que du romanesque. L’auteur n’hésite pas à faire entendre sa voix, donner son avis ou faire part de ses doutes, ce qui donne au texte un aspect très intéressant. Quant à la vie de Limonov, elle se suffit à elle-même. Un destin hors-normes pour un personnage qui l’est tout autant. A travers son histoire, c’est également l’évolution de la Russie après la Seconde Guerre Mondiale qu’on découvre. Il donne également envie de se pencher sur d’autres auteurs, qui ont jalonné les parcours des deux écrivains. Tout est passionnant dans ce livre qui se dévore littéralement.

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La vie a été bonne parce qu’on s’est aimés. Ce n’est peut-être pas comme ça que ça finira mais c’est comme ça, s’il ne tenait qu’à moi, que j’aimerais que ça finisse.

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Cette énergie, hélas, au lieu de me stimuler, m’enfonçait un peu plus, page après page, dans la dépression et la haine de moi-même. Plus je le lisais, plus je me sentais taillé dans une étoffe terne et médiocre, voué à tenir dans le monde un rôle de figurant, et de figurant amer, envieux, de figurant qui rêve des premiers rôles en sachant bien qu’il ne les aura jamais parce qu’il manque de charisme, de générosité, de courage, de tout sauf de l’affreuse lucidité des ratés.

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Je suis pris de court mais je répond sincèrement : parce qu’il a – ou parce qu’il a eu, je ne me rappelle plus le temps que j’ai employé – une vie passionnante. Une vie romanesque, dangereuse, une vie qui a pris le risque de se mêler à l’histoire.
Et là, il dit quelque chose qui me scie. Avec son petit rire sec, sans me regarde :
« une vie de merde, oui ».

Mes lectures·Patrimoine

Culture occitane : Max Rouquette

          Max Rouquette est un auteur de langue occitane né près de Montpellier en 1908 et mort en 2005. Fervent défenseur de la langue d’oc, il l’a choisie pour ses écrits aussi nombreux que variés : poésie, théâtre, prose… Une œuvre reconnue en France et au-delà grâce à des traductions dans plusieurs langues.

          C’est avec une semaine de retard que j’écris l’article du mois sur la culture occitane, une panne de d’ordinateur mettant à mal la publication de mes articles. Ce mois-ci donc, je vous parle d’un autre monument de la littérature occitane : Max Rouquette. Né dans la région de Montpellier, l’occitan est sa langue natale.Il fait des études de médecine mais trouve le temps de se consacrer à la défense de son patrimoine, notamment à travers un journal militant, « Occitania » et le participation active à la fondation puis au fonctionnement de l’Institut d’études occitanes. Son œuvre commencera à sortir de l’ombre seulement après les années 80, avec les premières traductions en français, puis dans de nombreuses autres langues.

          Parfois surnommé « le Gracq occitan », Max Rouquette a joué un rôle majeur dans la défense de la culture et de la langue occitane, qu’il choisit pour tout naturellement pour ses écrits. Vert Paradis, un recueil de courts textes qui ont pour cadre l’arrière-pays montpelliérain, est considéré comme son chef-d’œuvre. Pourtant, c’est sans doute sa Médée qui est aujourd’hui la plus célèbre, grâce à la mise en scène qu’en a fait Jean-Louis Martinelli en 2003, interprétée par des comédiens burkinabés. Elle a rencontré un grand succès à travers toute la France et remis l’œuvre de son auteur en lumière. Il s’est éteint en 2005 à l’âge de 96 ans, laissant une œuvre largement méconnue.