Librairies

Le livre écarlate

          Le livre écarlate est une petite librairie du 14° arrondissement, entre Pernety et Alésia. Son propriétaire accueillant sera vous prodiguer des conseils avisés et trouver LE livre qu’il vous faut et dont vous ignoriez même l’existence. On n’y croyait plus mais si, il reste encore quelques libraires qui connaissent le métier et le font avec amour.

          Cette petite librairie est un peu perdue dans le petite rue du Moulin vert. Elle n’est pas facile à repérer. On m’en avait dit le plus grand bien et j’ai décidé d’aller voir ce qu’il en était. Quand j’y suis allée pour la première fois (il y a déjà quelques mois), je cherchais le dernier livre de Michel Folco (encore et toujours…). Première bonne surprise : le libraire était lui aussi un adepte. J’ai vu son regard s’illuminer à cette simple demande et cet amour commun pour un auteur méconnu m’a emplie de joie. Il n’avait plus le livre et, seconde bonne surprise, il m’en a déconseillé l’achat, la sortie en poche ayant été annoncée. Un libraire qui ne cherche pas à vendre à tout prix, étrange.

          Ne voulant pas repartir sans rien acheter, ç’eut été dommage, je lui ai donc demandé conseil en romans historiques, genre que je connais peu et pour lequel j’étais entrée. Il m’a de suite avertie : l’humour et les romans historiques font rarement bon ménage, la réputation d’un genre quelque peu soporifique n’est pas totalement usurpée. Après une petite discussion autour de mes lectures pour tâter le terrain, il m’a finalement conseillé une biographie romancée sur l’histoire de l’anarchisme. Je ne me suis décidée à le lire que cette semaine, et je pense pouvoir dire que si je n’aurais jamais lu ce livre par moi-même, je suis contente de ce conseil. Dans cette librairie on trouve une sélection très intéressante, à l’image de son propriétaire. Un fonds qui mêle romans et essais, souvent assez engagés, mais aussi beaucoup de jeunesse. Je vous conseille d’aller y faire un tour pour voir. Une belle librairie généraliste qui propose également des rencontres régulières avec les auteurs. Une très bonne adresse où il fait bon s’arrêter ne serait-ce que pour le plaisir de parler littérature. 

Le livre écarlate

31, rue du Moulin Vert

75014 Paris

Mes lectures

Frédéric BEIGBEDER, Premier bilan après l’apocalypse

          Les 100 romans préférés de Frédéric Beigbeder. Triés sur le volet parmi les ouvrages du début du XX° s. à nos jours. Un condensé de littérature moderne dans lequel on trouve des choix parfois attendus (Gide ou Fitzgerald par exemple), parfois plus surprenants (pas d’exemples, il y en a trop que je ne connais pas). Un autoportrait de lecteur en 100 fragments amoureux. 

          Je dois l’admettre, je n’ai que feuilleté ce livre. J’ai lu l’introduction expliquant la démarche et les articles sur les livres que j’avais moi-même lus. Autant vous dire que ç’a été vite fait ! Je n’ai visiblement pas du tout les mêmes lectures que Frédéric Beigbeder. J’ai lu à peine 4 ou 5 livres de cette liste et s’il y en a quelques autres qui me tentent, il doit y en avoir une bonne moitié dont j’ignorais même l’existence. Ca limité mon intérêt pour la chose.

          L’introduction explique la naissance du projet. L’auteur avait déjà rédigé des commentaires sur les 100 livres préférés des français. La jugeant trop impersonnelle, il a choisi d’en faire une version qui lui corresponde. Si je trouve cela tout à fait louable et que j’aurais sans doute fait pareil si j’en avais eu l’occasion, de mon point de vue de lectrice, on échange une liste parlante contre une qui m’est totalement étrangère… Finalement, la version impersonnelle avait le bon goût de reprendre des livres qui nous évoquent quelque chose.

          Les résumés des ouvrages sont un peu légers à mon goût, on n’y apprend pas grand chose et ça ne donne pas vraiment envie d’en savoir plus. On aurait aimé une critique plus profonde. Ou plus de passion. Les extraits que j’ai lus restaient à la surface des choses et ne m’ont pas franchement convaincue malgré une belle preuve d’érudition (ce dont on ne doutait pas d’ailleurs). Heureusement, un peu d’humour vient arranger le tout, même si on a connu l’auteur plus incisif. Un essai égocentrique qui m’a laissée sur ma faim. Plutôt agréable mais conçu pour le seul amusement de l’auteur, le lecteur y est un peu laissé pour compte. Dommage.

Critères de notation pour établir cette liste :

1. Tronche de l’auteur (attitude ou manière de s’habiller)

2. Drôlerie (un point par éclat de rire)

3. Vie privée de l’auteur (par exemple, un bon point s’il s’est suicidé jeune)

4. Émotion (un point par larme versée)

5. Charme, grâce, mystère (quand tu te dis « Oh la la comme c’est beau » sans être capable d’expliquer pourquoi)

6. Présence d’aphorisme qui tuent, de paragraphes que j’ai envie de noter, voire de retenir par coeur (un point par citation produisant un effet sur les femmes)

7. Concision (un point supplémentaire si le livre fait moins de 150 pages)

8. Snobisme, arrogance (un bon point si l’auteur est un mythe obscur, deux s’il parle de gens que je ne connais pas, trois si l’action se déroule dans des lieux où il est impossible d’entrer)

9. Méchanceté, agacement, colère, éruptions cutanées (un point si j’ai ressenti l’envie de jeter le bouquin par la fenêtre)

10. Érotisme, sensualité de la prose (un point en cas d’érection, deux en cas d’orgasme sans les mains).

 

Ceux qui pensent qu’on ne doit pas lire Vian après 25 ans vont devoir aussi prévenir tous leurs amis d’éviter les excréments de Rabelais, les farces lourdes de Molière, les « hénaurmités » de Jarry, les niaiseries d’Andersen, les puérilités de Grimm, les sortilèges amoureux de Tristan et Yseult ou Shakespeare, les néologismes de Queneau, les absurdités d’Ionesco, les nouvelles infantiles de Marcel Aymé, l’argot vulgaire de Céline, les blagues scatologiques de San Antonio et les calembours mélancoliques de Blondin. Déjà que c’est pénible d’être vieux, je trouve que ce ne serait pas très gentil d’obliger les personnes âgées à ne lire que du Richard Millet.

Club lecture

Club-lecture février

          Après deux mois d’interruption en raison d’emploi du temps surchargé chez tout le monde, notre club-lecture reprend du service. Ce mois-ci, nous partons à la conquête des classiques et nous réunissons autour de William Shakespeare. A chacun de choisir le texte qu’il souhaite lire parmi ses pièces de théâtre, Roméo et Juliette mis à part (ce serait trop facile).

          Nous nous lançons également dans l’aventure du changement de lieu. Ce mois-ci, nous nous retrouvons dans le quartier de l’Odéon, traditionnellement situé au coeur de la vie littéraire, au café Les éditeurs (4 Carrefour de l’Odéon, dans le 6°) à 20h. Et bien sûr, vous retrouverez le compte-rendu de la soirée dès le lendemain sur ce blog.

Mes lectures

Erik ORSENNA, La chanson de Charles Quint

          Une autobiographie qui ne s’affiche pas. Du narrateur, on ne sait que peu de choses. Il ne se nomme pas et se dépeint essentiellement par sa relation aux autres. A son frère tout d’abord, qui a aimé une femme toute sa vie, alors que lui en a connu des dizaines sans jamais s’arrêter avec une seule. Et puis sa relation avec une femme justement. Celle avec qui il pensait passer le reste de sa vie enfin et emportée si vite par un cancer. Un livre comme un hommage à la femme aimée.

          Avec ce livre, Erik Orsenna entre dans la sphère de l’intime. On le connaît drôle et avide d’instruire, avec ses livres sur la grammaire et l’orthographe par exemple, plus sérieux avec un ouvrage sur le coton, ou imposant avec L’exposition coloniale. Mais jamais on ne l’avait vu ne serait-ce qu’approcher des sujets plus personnels. Un changement d’orientation total et réussi.

          Dès les premières phrases, on retrouve le style léger de l’auteur, si aisément identifiable. La narration est pour le moins surprenante : à la 3° personne, avec un point de vue interne. L’auteur parle de lui-même comme s’il était un personnage qu’il observait de l’extérieur, le ressenti en plus. Etrange et déroutant mais ça donne un style incroyable à ce livre. Pas de long récit détaillé ici. L’auteur semble seulement effleurer les souvenirs, passant de l’un à l’autre sans jamais s’y arrêter vraiment. J’ai trouvé agréable cette manière d’avancer dans l’histoire par petites touches. Cela donne l’impression d’une certaine pudeur dans l’évocation des sentiments qui est touchante. Un très joli texte.

Une carrière, l’idée même de faire une carrière lui ayant toujours semblé le comble de l’appauvrissement personnel, et la curiosité étant, à l’évidence, son unique vocation, il s’était employé à varier les univers à varier ses univers de travail.

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Voilà d’ailleurs comment éduquer ses amis : les habituer à ne jamais s’étonner de vos questions. Et voilà comment il faut s’éduquer soi-même : tout faire pour, néanmoins, continuer d’étonner ses amis.

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La maladie est une présence. La plupart des gens guéris sont des orphelins.

Cinéma·Culture en vrac·Mes lectures

La littérature et le sida

          Comme promis, voici une première page thématique. Pour la première, je ne vais pas faire dans l’originalité mais reprendre le thème qui a marqué mon année 2011 : la littérature et le sida. Je sais, on va encore me dire que c’est déprimant mais pas du tout ! La littérature sur le sida est étonnamment optimiste. L’occasion de revenir un peu sur les livres qui ont marqué mon année et de clôturer ainsi ce travail.

          La littérature sur le sida est née au début des années 90, au moment où la maladie s’est transformée en véritable pandémie et a décimé le milieu homosexuel. C’est aussi à cette époque que des chercheurs français identifient le virus, lui donnent un nom, et que les premiers traitements font leur apparition. Cette maladie, dont on sait alors très peu de choses, crée un véritable vent de panique et est à la naissance d’une forte création artistique. La littérature a voulu dire cette impuissance face à un fléau méconnu. Hervé Guibert fut un des premiers à oser avouer qu’il en était atteint et a placé la maladie au centre de son oeuvre. À l’ami qui ne pas sauvé la vie retrace l’annonce de la maladie et décrit aussi bien les symptômes physiques que la douleur psychologique. Étrangement, il apparaît que si la maladie et la mort certaine qu’elle entraîne fait bien sûr peur, elle est aussi accueillie comme une incitation à profiter d’autant plus du temps qu’il reste pour parachever son oeuvre. Une idée qu’on retrouvera chez bien d’autres artistes. Le protocole compassionnel est la suite du premier et se centre plus sur le traitement, les espoirs, la vie avec la maladie. Deux livres forts, non dénués d’humour, où la maladie apparaît avant tout comme le meilleur des sujets.

          Autre très beau livre, Ce sont amis que vent emporte d’Yves Navarre. Ici la maladie est presque secondaire, elle s’efface devant une fabuleuse histoire d’amour entre deux hommes en phase terminale du sida. Un texte très émouvant et totalement dénué du pathos qu’on pourrait attendre dans ce type de sujet. Un livre que je classe sans hésiter parmi les beaux qu’il m’ait été donné de lire. Plus surprenant encore, un livre drôle. Oui oui, un livre sur le sida qui nous fait rire (jaune, certes, mais tout de même !). Air conditionné est un roman contemporain qui se passe dans la milieu de l’édition. Un homme vient de perdre son compagnon du sida et veut lutter contre l’exclusion qu’il a vécu. Une dénonciation à la fois de la manière dont la société traite ses malades mais aussi et surtout du terrible milieu de l’édition. Le cynisme dont fait preuve l’auteur m’a ravie.

          Inclassable, Alexandre Bergamini avec Sang damné. Un livre d’une grande complexité et d’une rare maîtrise. L’auteur mêle autobiographie, poésie, extraits d’articles ou de procès verbaux. C’est extrêmement bien écrit, on se laisse totalement porter par la force de cette écriture. Un texte très personnel et pour le moins original. On  retrouve une fascination pour la maladie qu’on pouvait déjà voir chez Hervé Guibert. Un texte déroutant qui met à mal bien des préjugés. Il permet également d’informer sur l’avancée des traitement et la vie d’un séropositif aujourd’hui. Une dédramatisation qui peut surprendre. Un texte un peu difficile sans doute mais qui mérite le détour, pour un livre qui peut se comparer aux plus grands.

          Voilà pour mes coups de coeur. Il y a d’autres livres qui m’ont moins convaincue. Parmi eux Les quartiers d’hiver de Jean-Noël Pancrazi, qui a reçu le prix Médicis. Ecrit au début des années 90, il retrace l’histoire d’un homme dont les amis meurent les uns après les autres du sida. Un texte tout en retenu que j’ai trouvé un peu ampoulé. Dans un tout autre genre, un témoignage, celui de Barbara Samson, On n’est pas sérieux quand on a 17 ans. Le récit d’une écervelée inconsciente qui se victimise à souhait. Un livre qui a cependant beaucoup ému et semble continuer aujourd’hui. Enfin, un livre que j’ai aimé mais dans lequel le sida me semble très en retrait par rapport à l’histoire d’amitié qui constitue le fil conducteur de l’histoire, Kyoko, de Ryû Murakami.

          En définitive, le sida en littérature est souvent un prétexte à l’écriture. Les autobiographies ont souvent tendance à se pencher sur l’aspect médical, ce qui leur donne un aspect informatif. Mais ce sont aussi dans ces textes personnels qui offrent des approches de la maladie souvent surprenantes. On imagine la détresse que doit être l’annonce d’une mort certaine et pourtant, beaucoup de ces auteurs transforment la maladie en « chance ». Elle permet de découvrir des horizons nouveaux, de se dépasser tant qu’il est encore temps. L’écriture devient un exutoire. Etonnamment, ce qui ressort de cette proximité de la mort, c’est avant tout la fureur de vivre.

          Bien sûr cette liste n’est pas exhaustive, je suis loin d’avoir tout lu sur le sujet. Des ouvrages critiques sont également parus sur cette littérature un peu particulière. Le cinéma c’est aussi penché sur le sujet. Je suis plus ignorante encore sur la question. Toutefois, je peux vous signaler le documentaire d’Hervé Guibert, La pudeur ou l’impudeur. Un film extrêmement poignant. Les images sont souvent insoutenables. A ne regarder que si vous n’êtes vraiment pas impressionnable. Côté fiction, le plus connu est Les nuits fauves de de Cyril Collard, que je n’ai malheureusement toujours pas vu. Je pense que le seul film que j’ai sur le sujet est Les témoins d’André Téchiné que j’avais plutôt aimé. J’y avais trouvé quelques longueurs me semble-t-il mais c’est un film qui m’a tout de même marquée.

          Le mois prochain, c’est promis, je choisirai un sujet plus porteur. En attendant, j’espère que vous partirez à la découverte de quelques uns de ces auteurs qui ont illuminé mon année.